Cours initiation à la broderie numérique - Bases théoriques et pratiques

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Guide de tutoriels de broderie machine
Module: Cours d'initiation à la broderie numérique (FacLab UniGE)
brouillon débutant
2026/02/11
Objectifs
  • Citer les étapes de conception
  • La notion d'objet de broderie
  • Connaître les points principaux de la broderie
  • Choisir aiguilles
  • fils et stabilisateurs
  • Cerclage
  • Utiliser la brodeuse
Autres pages du module
Catégorie: Broderie machine

Février 2026 au FacLab UniGE - Inscriptions

Introduction

Elna 8300

La broderie machine, aussi appelée broderie numérique ou broderie assistée par ordinateur (BAO), est une technique de conception et de fabrication numérique. Elle trouve son origine au XIXe siècle et constitue ainsi l’une des premières formes de fabrication pilotée par ordinateur.

Nous pensons qu’elle peut jouer un rôle important dans l’acquisition de compétences techniques (Schneider & al., 2018). La broderie est également un médium pertinent pour développer des compétences transversales telles que la littératie technologique et la créativité, deux éléments centraux des 21st century skills. Voir à ce propos la page Broderie machine dans l'éducation. Il existe par ailleurs une littérature sur la broderie comme médium d’expression personnelle ou de « craftivism », un néologisme anglais qui associe « craft » et « activism ». On pourrait traduire ce terme par « artisanisme » ou « bricolactivisme », à ne pas confondre avec l’artivisme, qui associe l’art à l’activisme.

La broderie est utilisée, par exemple, pour :

  • décorer des vêtements avec des motifs abstraits ou figuratifs, en y ajoutant éventuellement un lettrage ;
  • créer des monogrammes ;
  • décorer des coussins, des sacs, des poupées, etc., parfois fabriqués entièrement avec la brodeuse ;
  • ajouter des logos sur des vêtements de qualité ou de luxe ;
  • ajouter des logos et du lettrage sur des vêtements professionnels ;
  • créer des écussons pour diverses organisations (astronautes, police, scouts) ;
  • créer des casquettes avec du lettrage.

Différents usages nécessitent des techniques parfois légèrement différentes. La plupart des machines familiales ne permettent pas de broder sur des manches ou d’autres zones étroites.

Depuis novembre 2021, ce cours a été proposé plusieurs fois par année au FacLab UniGE.

Créer une broderie, étapes principales

Plus d'informations : Principes de la numérisation en broderie machine

On peut distinguer deux grandes variantes de création en broderie :

  1. La numérisation (semi-)automatique, que nous préconisons dans notre contexte.
  2. La numérisation dite « classique ».

La numérisation semi-automatique

Créer une broderie avec une étape de numérisation semi-automatique est recommandé dans un contexte « fablab ». Cette approche implique, en règle générale, les étapes suivantes :

  1. Réaliser un dessin (à la main ou avec un logiciel de dessin) ou télécharger une image.
  2. Adapter le dessin aux contraintes de la broderie (éliminer les détails trop fins, réduire le nombre de couleurs, supprimer les superpositions inutiles). Cette étape est cruciale. Les novices l’omettent souvent, ce qui conduit à de mauvais résultats lors de la numérisation.
  3. Importer le dessin dans un logiciel de broderie (de préférence un dessin vectoriel ; à défaut, une image matricielle nette et en haute résolution). Une image SVG mal construite peut poser des problèmes à l’importation.
  4. Numériser le dessin en « objets de broderie » via un processus de numérisation (angl. digitizing, punching) automatique (traduction d’un dessin en objets de broderie) ou manuel (dessin direct d’objets de broderie). Un objet de broderie définit une « zone » permettant de générer des points selon divers paramètres.
  5. (Optionnel) Ajouter du lettrage à l’aide de fontes déjà numérisées.
  6. Ajuster / reparamétrer les objets de broderie (type de point, densité, sous-couche, motifs de remplissage, ordre de broderie, bordures, etc.).
  7. Exporter au format machine compatible avec la marque utilisée (.pes, .art, .jef, .dst, etc.).
  8. Réaliser la broderie (choisir le cadre adapté, cercler correctement, sélectionner les fils, etc.).

Ci-dessous, ce type de flux de travail pour l’utilisation d’une machine à broder numérique avec un logiciel semi-professionnel comme Stitch Era ou la plateforme gratuite InkStitch, sous forme de schéma.

Notes :

Les logiciels grand public comme PE-Design ne permettent pas de manipuler directement des dessins ; il faut donc préparer en amont une image PNG propre et en haute résolution (600 DPI). Hatch peut importer des fichiers vectoriels de type EPS et dispose également d’un bon module de numérisation d’images matricielles.

La numérisation classique

La méthode de numérisation classique est plus directe, mais généralement plus exigeante. Elle comporte quatre étapes :

  1. Dessiner directement des objets de broderie dans un logiciel spécialisé (une image en arrière-plan peut servir de guide visuel).
  2. (Re)paramétrer les objets de broderie.
  3. Simuler et ajuster (répéter l’étape 2 si nécessaire).
  4. Générer le code machine.

Les formats graphiques

Dans un logiciel de broderie, on peut manipuler jusqu’à quatre types de formats graphiques :

  • Images matricielles : réduction du nombre de couleurs (Stitch Era, Hatch).
  • Images vectorielles : importation et conversion (la plupart des logiciels), modification limitée.
  • Motifs de broderie : ensemble d’objets de broderie manipulables et paramétrables.
  • Code machine : séquence de points à piquer, coupes de fil, déplacements, etc.
Trois types de formats utilisés dans la broderie machine
1) Dessin vectoriel d'un arbre : trois objets vectoriels éditables (formats : InkScape/SVG, Illustrator/AI, etc.). Alternativement, on peut importer une image matricielle nette en haute définition.
2) Dessin numérisé avec objets de broderie : cinq objets paramétrables et éditables (format propriétaire propre à chaque logiciel).
Zoom sur un objet de broderie et ses éléments manipulables (fichier de conception de broderie éditable).
3) Format machine (visualisation des points) : seuls les points sont éditables (format propriétaire propre à chaque marque).
Démo live : créer un objet de broderie
  • Présentation de l’importation d’un fichier SVG (éléphant) via Illustrator dans Stitch Era (logiciel commercial), puis numérisation et paramétrage.
  • Présentation de l’importation d’un fichier PNG dans Hatch, ainsi que du même SVG dans Hatch/Corel.
  • Présentation de la numérisation dans Ink/Stitch (logiciel gratuit enseigné dans ce cours) : modification d’éléments SVG (étape non détaillée ici), puis paramétrage d’un chemin SVG.

Schéma détaillé de workflows de broderies

Le schéma suivant permet de visualiser et de discuter les multiples chemins possibles pour créer une broderie.

Workflow de la broderie machine (suggéré aux membres du FacLab)

Types de machines et logiciels

Pour en savoir plus : embroidery software (Angl.)

Machines (brodeuses)

On peut distinguer cinq types de machines à broder numériques :

  • Les brodeuses dites familiales (coût entre 800 et 7000 euros). Les modèles les plus chers offrent des cadres plus grands, davantage d’automatismes, un grand écran et parfois une meilleure précision. Elles utilisent une plateforme large, peu pratique pour broder sur des vêtements déjà confectionnés.
  • Les machines combinées couture et broderie (coût entre 2500 et 8000 euros). La broderie nécessite l’installation d’un module amovible. Ces machines incluent parfois un bras libre, nécessaire pour broder des manches ou d’autres zones étroites.
  • Les machines mono-aiguille semi-professionnelles (coût d’environ 4000 euros). Elles disposent d’un bras libre permettant de broder des manches ou des sacs. Ce type de machine est recommandé pour des fablabs à budget limité.
  • Les machines multi-aiguilles semi-professionnelles (coût entre 4000 et 11000 euros). Elles possèdent entre 4 et 10 aiguilles et permettent un changement automatique de fil.
  • Les machines multi-aiguilles industrielles. Disponibles à partir d’environ 5000 euros, mais une marque reconnue coûte plutôt 15 000 euros ou plus. Elles comportent généralement 16 aiguilles. Certains modèles disposent de plusieurs têtes.

Logiciels

Sans logiciel de broderie, il est impossible de créer ses propres motifs. Un bon logiciel devrait au minimum intégrer les modules ou fonctionnalités suivants :

  • Un visualiseur / transformeur / convertisseur permettant d’importer, visualiser, adapter (dans une certaine mesure) et transcoder un fichier machine. Il existe des logiciels gratuits pour cela, par exemple MyEditor (gratuit) ou WILCOM TrueSizer (désormais payant).
  • Un traceur (vectoriseur) permettant de convertir une image matricielle (*.jpg, *.png, etc.) composée de pixels en formes vectorielles manipulables. Cette fonctionnalité est disponible dans la plupart des logiciels de dessin, par exemple Inkscape. L’outil doit aussi permettre de réduire le nombre de couleurs, d’éliminer de petites zones, etc. Un logiciel comme GIMP permet également de réduire les couleurs d’une image matricielle.
  • Un éditeur de graphismes vectoriels pour créer ou adapter des dessins vectoriels importés. Un objet vectoriel comprend un trait, un remplissage ou les deux. L’éditeur doit permettre de régler couleurs, formes, rotation, position, largeur de trait, etc., et inclure des opérations de lissage et de géométrie additive. Si l’on importe des dessins vectoriels déjà prêts, ce module devient moins essentiel.
  • Un numériseur (digitaliseur) permettant de traduire un dessin vectoriel en objets de broderie paramétrables. Exemple : un trait épais autour d’un cercle est un objet graphique ; une bordure satin autour d’un cercle est un objet de broderie.
  • Un éditeur d’objets de broderie fonctionnant selon des principes proches de l’éditeur vectoriel, mais permettant aussi de paramétrer en détail la génération des points (densité, type de point, motif, sous-couches, couleur, bordures, etc.).
  • Un éditeur de points pour modifier directement le plan de broderie généré à partir d’objets ou importé via un fichier machine.
  • Un module de lettrage permettant de créer du texte à partir de polices déjà numérisées. En revanche, numériser manuellement une police vectorielle est un travail complexe et très chronophage.

Un bon logiciel intègre ces modules de manière cohérente et propose des fonctionnalités supplémentaires : gestion de palettes de fils et de cerceaux, compensation pull/push, transformation de photos, estimation de prix, etc. Il doit pouvoir exporter vers les principaux formats machine.

Le monde de la broderie est très propriétaire. Il n’existe qu’un seul logiciel gratuit et open source : (InkStitch). Un bon logiciel coûte entre 1000 et 1500 CHF ; un logiciel professionnel industriel entre 4000 et 5000 CHF. Pour plus d’informations, voir Logiciel de broderie.

On recommande de louer la version allégée SEU Express de Stitch Era pendant 6 mois pour tester (18 $), ou la version SEU Standard pour 2 mois (36 $). Si l’outil vous convient, la version Liberty (192 $/an) est conseillée. Le logiciel le plus populaire depuis 2021 — puissant, fiable et ergonomique — est Hatch (Wilcom, environ 1100 $). À moindre coût, Embird est également populaire. Le logiciel industriel dominant est Embroidery Studio Digital Edition (anciennement E4.5) de Wilcom (plusieurs milliers de dollars).

Il existe également un logiciel libre intéressant pour enseigner la programmation dans la logique de Logo/Scratch, basé sur la géométrie de la tortue, avec des extensions facilitant le dessin de formes comme un cercle : TurtleStitch, voir TurtleStitch en ligne.

Formats de fichiers de broderie

Pour en savoir plus : Embroidery format (information très technique)

Il existe plusieurs types de formats de fichiers de broderie, aux capacités différentes. On distingue les fichiers destinés à faire fonctionner une machine, et ceux destinés à créer et modifier un design. L’analogie est la suivante : un fichier Photoshop avec calques et historique n’est pas équivalent à un *.jpeg ; de même, un fichier *.ai ou *.svg éditable n’est pas équivalent à un PDF.

On distingue donc les formats machine (propriétaires, exécutés par la machine) et les formats de design (propriétaires, utilisés pour créer et modifier des motifs). Certains fabricants ont créé des formats hybrides, par exemple Brother (.PES) ou Bernina/Melco (.ART). Toutefois, lorsqu’InkStitch ou un autre logiciel génère un fichier *.PES, celui-ci ne contient généralement aucune information de design exploitable.

  • Un fichier machine créé ou acheté est très peu éditable. On peut uniquement intervenir au niveau des points (déplacement, suppression, mise à l’échelle sans recalcul optimal, etc.).
  • Pour éditer un fichier de design, il faut posséder le logiciel correspondant. Par exemple, le format natif de Stitch Era est *.DSG.

Il est difficile de trouver de la documentation technique détaillée sur les formats machine. Une synthèse ouverte est disponible sur notre wiki (Embroidery format).

Voici quelques formats machine populaires :

  • PES (Brother), format hybride avec section design et section machine.
  • JEF (Janome, Elna).
  • DST (Tajima), format industriel simple.
  • VP3 (Pfaff).
  • ART (Bernina), format hybride.

Formats de design :

  • EMB (Wilcom, fabricant dominant : Hatch, Digitizer, E3, etc.).
  • ART (Bernina).
  • PES (Brother).
  • THR (ThreadWorks).
  • DSG (Stitch Era).

La Brother PR1050X du FacLab accepte les fichiers *.DST (Tajima) et *.PES (Brother). Nous recommandons le format DST si la palette de couleurs (assignée arbitrairement) n’a pas d’importance. La machine interprète parfois imparfaitement les commandes de coupe contenues dans certains fichiers *.PES.

Types de points de broderie

Pour en savoir plus : Points de broderie

On peut distinguer cinq types principaux de points de broderie :

  • Points manuels : objets définis point par point. Ils sont principalement utilisés pour corriger certains points générés automatiquement à partir d’un objet de broderie (par exemple de petits yeux), pour « coder » manuellement de petits objets ou pour créer des motifs répétables dans des remplissages.
  • Points droits : principalement utilisés pour coudre des lignes ou des contours (à ne pas confondre avec la notion d’« objet ligne »).
  • Points satin (appelés aussi point de damas ou point de bourdon) : utilisés pour coudre des lignes plus larges, des colonnes ou des bordures. En règle générale, il s’agit d’un point zigzag dense en « Z ».
  • Points de remplissage (appelés également remplissage tatami) : utilisés pour remplir des zones plus grandes, notamment des polygones pouvant comporter des trous.
  • Points programmables ou spéciaux : ils permettent de définir des stratégies de remplissage variées, par exemple points de croix, points radiaux, points suivant un contour, points méandres, petites étoiles, etc.

Petite complication : les points droits, satin, de remplissage ou programmables sont générés automatiquement à partir d’objets de broderie, mais ils peuvent aussi être manipulés individuellement comme des points manuels.

La terminologie en broderie machine est relativement instable : différents spécialistes utilisent parfois des termes différents pour désigner des objets similaires.

Il existe également des points spécifiques pour verrouiller le fil en début et en fin de séquence.

Dans les logiciels de broderie, chaque objet (ligne, remplissage, colonne satin, etc.) possède un ensemble de paramètres configurables.

Points droits

Les points droits peuvent être simples, répétés entre deux points, ou répétés sur toute la longueur.

Paramètres typiques :

  • Longueur du pas (écart entre les points).
  • Répétition pas à pas, points triples (généralement entre un et trois).
  • Répétition de l’ensemble (1 à 3 fois).

Le point satin

Le point satin est une variante du point zigzag. Connu aussi sous le nom de point de damas ou point de bourdon, il est utilisé dans de nombreuses traditions, aussi bien en broderie à la main qu’à la machine. Il convient particulièrement aux petites colonnes, par exemple pour les lettres, les bordures, les pétales de fleurs ou les petites feuilles.

Il existe plusieurs variantes :

type de zigzag / satin Structure Description
Satin |/|/|/|/| Un point satin en « Z » utilise des points droits parallèles, formant un zigzag asymétrique entre deux lignes.
Zigzag classique /\/\/\/\ Les lignes sont obliques. Très étroit, il peut ressembler à un point satin.
Point E E Le point E forme une ligne d’ancrage sur un côté.

Paramètres typiques pour les points zigzag / satin :

  • Largeur du satin (environ 1,3 mm à 8 mm maximum pour un fil de poids 40).
  • Type de zigzag (zigzag classique, point Z, point E).
  • Densité (distance entre les pics ou nombre de lignes par mm, typiquement 4–5).
  • Sous-couche (ligne, zigzag ou contour).
  • Régularité des bordures (droites ou légèrement irrégulières).

Points de remplissage tatami

Les points de remplissage servent à couvrir des surfaces plus étendues.

Pour paramétrer un remplissage tatami, on peut notamment choisir :

  • Le modèle (ou motif, angl. pattern).
  • La longueur du point (souvent environ 3 mm par défaut).
  • La densité.
  • La direction.
  • Le type de sous-couche.
  • La densité de la sous-couche.
  • La présence ou l’absence d’un contour en satin ou en point droit.

Quelques modèles typiques. Afin d’améliorer la visualisation, la sous-couche a été supprimée et la densité réduite de 5 lignes/mm (valeur typique) à 2 lignes/mm. Les petits rectangles mesurent 9,9 mm × 16,6 mm, donc restent de petite taille.

Comme mentionné plus haut, il existe d’autres types de points, notamment un large éventail de points programmés pour les remplissages et les contours. Nous les introduirons plus loin. Ils ne font pas partie des points de base, car il serait possible de les recréer manuellement à partir de dessins composés de lignes.

Types d'objets de broderie

Pour en savoir plus : Points de broderie

La notion d'objet de broderie

Les logiciels de broderie modernes reposent sur la notion d’objet de broderie (anglais « stitch object »). Il s’agit d'objets vectoriels paramétrables permettant de générer les points de broderie décrits ci-dessus. On distingue quatre formes de base :

  1. Les lignes (ou chemins).
  2. Les colonnes.
  3. Les zones (remplissages de polygones).
  4. Les lettres (généralement composées de colonnes).

Par exemple, une ligne peut être réalisée avec des points droits simples, un satin ou des points programmés. Dans un logiciel semi-professionnel comme Stitch Era ou Hatch, il suffit de modifier les paramètres de l’objet de broderie concerné. Dans InkStitch, pour obtenir un satin, il faut transformer la ligne en un chemin composé de deux lignes « bordures ».

Taxonomie d'objets de broderie chez les constructeurs

Chaque éditeur de logiciel utilise sa propre terminologie pour désigner les différents types d’objets de broderie.

La taxonomie de Stitch Era

Différents types de points peuvent être utilisés avec différents objets de broderie. Par exemple, le zigzag (satin) peut être appliqué à des lignes, des colonnes ou des zones. Les « zones tournantes » (avec modèle ajustable) peuvent être subdivisées en sous-sections à l’aide de lignes de direction modifiant l’orientation du remplissage.

La capture d’écran suivante montre quelques possibilités de remplissage pour un objet « cœur », c’est-à-dire un simple polygone sans bordure.

(Some) Stitch Era 17 fill styles, objets numérotés de gauche à droite, ligne par ligne
Démo live : manipuler les paramètres d'un objet de broderie
  • Présentation du remplissage d’un simple polygone (éléphant) avec Stitch Era (logiciel commercial).

La taxonomie de Ink/Stitch

InkStitch est, en 2021, le seul logiciel de broderie gratuit et réellement utilisable sur PC/Mac/Linux. Il permet de créer des objets de broderie en s’appuyant sur la puissance du logiciel de dessin Inkscape. Il convient particulièrement aux personnes intéressées par des broderies fines basées sur des lignes et de petits satins. À l’exception des colonnes satin, les objets de broderie sont essentiellement des chemins SVG annotés avec des attributs spécifiques. Autrement dit, Ink/Stitch distingue très peu entre objet de dessin et objet de broderie.

Ink/Stitch connaît trois types d’objets de broderie de base : les lignes, les colonnes satin et les remplissages. Il existe en outre un module de lettrage basé sur des lettres déjà numérisées.

  1. Lignes (définies comme des traits SVG)
    • points droits simples ou répétés (traits SVG en pointillé)
    • points zigzag (traits SVG remplis)
  2. Colonnes satin (définies comme un chemin SVG composé de deux rails)
    • chemin avec deux rails SVG comportant un nombre identique de points
    • chemin SVG avec deux rails et lignes de direction (par exemple le contour de l’éléphant dans la figure suivante)
  3. Remplissages
    • tatami simple (actuellement un seul motif de base)

Voici un éléphant composé de trois objets : (a) un corps en tatami, (b) un contour en ligne satin défini par un chemin composé de deux rails et de traverses de direction, (c) un œil en point triple.

Il est possible d’ajouter des textures (anglais « stitch patterns ») aux remplissages, aux satins et aux lignes. Ces textures ajoutent ou suppriment des points afin de modifier l’aspect visuel et tactile.

Le paramétrage des objets de broderie

Selon Marina Belova, experte russe en numérisation, on peut identifier les propriétés principales suivantes :

  • Longueur des points : distance entre deux points, typiquement entre 2 et 4 mm.
  • Densité : exprimée en lignes/mm, en distance entre les lignes, ou encore en distance entre chaque seconde ligne.
  • Largeur : en mm pour une ligne satin et en nombre de répétitions pour les points droits.
  • Angle des lignes de remplissage : en degrés par rapport à l’horizontale (pour les satins, par rapport à l’angle de la colonne).
  • Texture : motif de remplissage ; selon les logiciels, il en existe des centaines.
  • Raccourcissement des points : dans les satins et zones élastiques, certaines lignes doivent être raccourcies pour éviter une densité excessive.
  • Forme des bordures : droites ou hachées.
  • Compensation de l'étirement' (pull compensation).
  • Compensation de la poussée' (push compensation).
  • Sous-couches : type, densité, angle.
  • Points de verrouillage : type et densité.

À cela s’ajoutent des paramètres spécifiques propres à certains types ou sous-types de remplissage.

Même les paramètres de base ci-dessus ne s’appliquent pas à tous les objets de broderie, comme le montre le tableau suivant :

Type de point Longueur du point Densité Largeur d'une ligne Angle des lignes de remplissage Texture (remplissage de zones) Raccourcir points Forme des bordures Compensation de l'étirement Compensation de la poussée Sous-couches Points de verrouillage
Point manuel ✔️                
Point droit ✔️ ✔️               ✔️
Satin ✔️  ✔️  ✔️ ✔️   ✔️ ✔️ ✔️ ✔️  ✔️  ✔️
Remplissage ✔️  ✔️  ✔️ ✔️   ✔️ ✔️  ✔️  ✔️  ✔️

Démo live avec un éléphant.

Animation de la couture. Source : Wikipedia

Aspects « physiques » de la broderie

Principe de la broderie machine

  • Un tissu est fixé dans un cadre (cerceau) qui se déplace dans les directions X / Y tandis qu’une aiguille monte et descend. En broderie, c’est donc la surface de travail qui bouge.
  • Cela implique que le tissu doit pouvoir se déplacer librement (il est impossible de broder une manche fermée avec une brodeuse familiale sans bras libre).
  • Le mécanisme de formation du point est identique à celui d’une machine à coudre (point noué / lockstitch).

Contraintes physiques et difficultés de la broderie numérique

Directions du push/pull
  • Taille de la broderie : limitée par la taille des cadres. Une petite machine peut être limitée à 10 × 10 cm ; une machine semi-professionnelle comme la PR1050X peut atteindre 36 × 20 cm ; les machines industrielles disposent de cadres encore plus grands. Inversement, pour broder des manches, il faut de très petits cadres, généralement disponibles uniquement sur des machines semi-professionnelles ou industrielles.
  • Résolution pratique : environ 0,25 mm. Un remplissage typique utilise 4 à 5 lignes/mm. Pour éviter nœuds et perforations, la longueur des points ne doit pas être inférieure au diamètre de l’aiguille (≈ 0,7 à 1,1 mm). Bien que la machine puisse théoriquement se déplacer par pas de 0,1 mm, cette précision n’est pas exploitable en pratique.
  • Petites lettres : difficiles à broder car la distance entre points devient trop faible. Une hauteur minimale de 6 mm (≈ 17 points) est recommandée. Avec un fil 60 et une aiguille 60, on peut descendre à 3–4 mm sur un support très stable.
  • Stabilisation : la plupart des tissus doivent être stabilisés. Le choix dépend du tissu, du fil et du type de point.
  • Nombre de couches limité : dépasser 2 couches complètes devient problématique. On peut toutefois superposer des lignes ou satins fins sur un remplissage.
  • Effets pull/push : le fil se contracte dans la direction du point (pull) et peut repousser dans l’autre direction (push). Il faut compenser par un bon cerclage, un stabilisateur adapté, une sous-couche appropriée, un chevauchement des zones, et des paramètres de compensation logicielle. La gestion de ces effets constitue une difficulté majeure pour les débutant-e-s.

Les types de fils

Plus d’informations : Fil à broder

Démo live : bobines de broderie
Type de fil Usage Solidité Lustre (éclat/brillance) Lavage etc.
Viscose / Rayon Fil standard pour la plupart des broderies machine Solide, moins élastique que le polyester Très brillant, couleurs moins stables à long terme 95 °C (pas d’eau de Javel)
Polyester Fil standard polyvalent Très solide, élastique, supporte haute vitesse Brillant (versions trilobées très brillantes ou mates) 95 °C (bonne tenue des couleurs)
Coton Aspect rétro Assez solide mais s’effiloche Mat ou lustre doux 95 °C
Acrylique / Laine Effet laine Difficile à broder, nécessite aiguille adaptée Aspect laineux, brossable 60–65 °C
Soie Décoration, satin Solide mais fragile avec aiguille inadaptée Lustre naturel 60 °C ?
Métallique Lettrage, mise en valeur Plus fragile, nécessite aiguille métallique Nombreuses variantes (brillant, lisse, glitter…) ≈65 °C
Conducteur E-textile Polyamide plaqué argent Brillant 30 °C (pas de repassage)
Divers Ignifuge, fluo, invisible… Variable

Taille de fils

Les tailles sont des poids standardisés (et non des diamètres). Dans le système Wt/Nm, un numéro plus élevé = fil plus fin.

Exemples :

  • 75 = très fin
  • 60 = fin
  • 50 = moyen
  • 40 = standard (le plus courant)
  • 30 = légèrement épais
  • 12 = épais (aspect fait main)

Il est impératif d'adapter la densité au poids du fil.

Taille de fils de broderie et densités conseillés pour tissus et fils normaux
Taille

wt. (poids)

Largeur (diamètre) en mm (très approximative) Densité en lignes par mm Densité en distance entre les fils

en mm

Densité en distance entre les crêtes satins ou toutes les 2 lignes

(mesure populaire)

Champ d'application

(exemples)

75 0.1mm 10

9

0.1 0.2 Lettrages fins, détails de logos
60 0.15mm 10

8

7

6.5

5.7

(0.1)

0.125

0.143

0.153

0.175

(0.2)

0.25

0.28

0.31

0.35

Petit lettrage, logos, tissus délicats
40 0.2mm 5

4.5

(4)

0.2

0.22

0.25

0.4

0.45

0.5

Usage général
35
30 0.3 (3.8)

3.5

0.26

0.285

0.52

0.57

Motifs larges, arrière-plans
20 3 0.33 0.66
12 0.4mm 3

2.5

2

0.35

0.4

0.5

0.7

0.8

1.0

Effet « fait main »
Comparaison de tailles adaptées à différents poids de fil

Les aiguilles

Plus d’informations : Aiguille pour machines à broder et à coudre

Il faut adapter l’aiguille au tissu et au fil.

Toutes les machines familiales utilisent le système 130/705 H (talon plat). Les machines industrielles utilisent un système à talon rond.

Typologie d'aiguilles (système 130/705 H)
Code Champ d'application Type de pointe Oeil Tailles
H Universel Bille légère Normal 60–100
H-E Broderie Bille légère Légèrement élargi 60–90
H-MET Métallique Légèrement arrondie Long et large 80–100
H-S Stretch Bille moyenne Normal 65–90
H-LL Cuir Très acérée Normal 70–120

Les stabilisateurs

Plus d’informations : Cerceaux et stabilisateurs en broderie machine

Tissu Stabilisateur arrière Stabilisateur surface Commentaires
T-shirt 1 découpable léger Facultatif Éviter motifs trop denses
Tissu éponge 1 déchirable 1 soluble Augmenter densité
Jean 1 déchirable Aucun Réduire vitesse si nécessaire
Tricot 1 déchirable 1 soluble Attention à l’élasticité

Les sous-couches

Une sous-couche stabilise le tissu et améliore la couverture.

  • Satin mince : ligne centrale ou zigzag léger.
  • Tatami : lignes espacées à 90° par rapport au remplissage principal.
Plan de broderie (Ink/Stitch)

Les sauts et les coupes

Il faut minimiser les sauts (jumps) et les coupes (trims). Les sauts peuvent être cachés sous des remplissages.

Le tissu

Pour débuter, privilégier coton serré ou canevas.

Principes :

  • Adapter stabilisateur et aiguille.
  • Ajuster densité et compensation.
  • Cercler correctement (cadre magnétique pour tissus fragiles).

Les préréglages

Les logiciels permettent de définir des préréglages par type de tissu.

Hatch 3 auto-fabric

Dans Ink/Stitch, il est possible d’enregistrer des réglages personnalisés.

paramètre de préreglage dans InkStitch 2.2
Paramètre de préréglage dans InkStitch 2.2

Utilisation de la PR1050X

Pour avoir le droit d'utiliser la machine, il faut passer un petit test qui démontre que vous maîtrisez les étapes suivantes.

Plus d'informations : Brother PR1050X

En cas de doute, consultez le manuel Brother déposé sous la machine. Il existe également une version PDF en ligne !

Démo live - broder un éléphant

Choisir le cadre approprié et son support de cadre

  • Cadres classiques dans la plupart des cas : 6.0x4.0 cm, 10.0x10.0 cm, 18.0x13.0 cm, 36.0x20.0 cm.
  • Cadre magnétique ou « clamp » pour des tissus délicats.
  • Cadres compacts pour travailler sur des manches, chaussettes, etc., ou pour réparer de petits trous.
Cadres classiques pour la PR1050X (compris dans l'achat) avec leur support de cadre A
Deux petits cadres pour la PR1050X et leur support de cadre E.
Cadre à ressort et cadre magnétique pour la PR1050X

Choisir un support de cadre

  • Le choix du support de cadre (A, B, D, E) est indiqué sur le cadre concerné.
  • Veillez à l’insérer au bon endroit, puis à visser avec les deux petites vis grises.
  • Pour les cadres classiques, il faut encore ajuster la largeur du support de cadre A ou B selon les indentations prévues (attention !).
  • L'utilisation des cadres magnétiques verts est réservée aux experts. Une mauvaise utilisation peut endommager la machine.

Note : Nous possédons aussi un cadre à casquettes, mais il faut encore le calibrer.

Le cerclage

Pour la plupart des tissus, vous pouvez utiliser le Filmoplast (stabilisateur léger, déchirable et auto-collant). Il peut encrasser légèrement les aiguilles, mais il est plus pratique que d’autres solutions.

Pour les cadres classiques et compacts, on conseille de régler le cercle de façon à pouvoir pousser le tissu dedans sans devoir resserrer. Le tissu cerclé doit être bien tendu, « comme un tambour », et ne pas former de « vagues ». Attention : cette manière de cercler peut déchirer un t-shirt ou un autre tissu fin !

Utilisez la méthode hors cadre pour les tissus fragiles : cercler uniquement le stabilisateur, puis coller et épingler le tissu par-dessus. Alternativement, utilisez le cadre magnétique (5x5 cm) ou le cadre à ressort (10x10 cm). N’utilisez pas les cadres verts sans autorisation spéciale.

Huiler le crochet

  • Au début de la journée (ou après des broderies importantes), il faut huiler le crochet. Pour cela, ouvrez la porte du bras libre où se trouve la cannette. Indiquez à la machine (menu en bas de l’écran) de se positionner (cf. le manuel), déposez une goutte d’huile sur la pointe du crochet, puis appuyez sur OK.

Importer le fichier de broderie, ajustements et lancement

  • Insérez le cadre avec le tissu cerclé.
  • Insérez la clé USB ou la carte SD sur le côté de l’écran.
  • Choisissez le motif à broder, puis appuyez sur SET.
  • Ajustez la position et la rotation. Vous pouvez utiliser la caméra, puis appuyez sur EDIT END.
  • (Option) Ajoutez un stop ou une bordure de fixation, puis appuyez sur EMBROIDERY.
  • Appuyez sur la baguette magique pour définir l’utilisation des fils pour les diverses couleurs du motif, puis appuyez sur OK.
  • Appuyez sur Lock, puis sur le bouton rouge pour démarrer.

Changement de fil

  • Les novices n'ont pas le droit de changer le fil sans être formés à cela : adressez-vous à un membre du FacLab qui maîtrise bien la procédure.
  • Pour débuter, on conseille d’utiliser du fil polyester de taille 40 avec une aiguille Organ 75. Un changement de poids de fil nécessite des modifications dans le design et un changement d’aiguille.
  • Pour changer de fil : coupez le fil derrière (juste après la bobine), attachez le nouveau fil à l’ancien (nœud simple), puis tirez l’ancien fil jusqu’à ce que le nœud arrive devant le chas de l’aiguille. Tirez ensuite le fil vers l’extérieur (environ 50 cm), puis utilisez le système d’enfilage.
  • Il est strictement interdit d’utiliser le système automatique d’enfilage avec les aiguilles 60. Normalement, l’aiguille #1 est en 60 : il ne faut donc pas l’utiliser avec du fil 40 et surtout ne pas utiliser l’enfileur. Vous risquez d’endommager l’enfileur et vous devrez payer les frais de remplacement.
  • Pour remplacer le fil de cannette, placez-le dans le bon sens, puis fermez bien le verrou (clic). Sinon, vous risquez d’endommager gravement la machine.

Suite

1) Réaliser 2 à 3 petites broderies. Nous suggérons de faire un peu de upcycling avec des broderies émoji.

2) Apprendre les bases de la numérisation en broderie avec InkStitch. Participer à la séance Cours initiation à la broderie numérique - Bases de InkStitch (FacLab UniGE).

3) Explorer la documentation de EduTechWiki, en français ou en anglais. Notez que la documentation pour Stitch Era n’est pas entièrement à jour. La version actuelle du logiciel utilise un menu contextuel compact pour manipuler la géométrie d’un objet, mais la logique générale reste identique.

4) Venir au FacLab avec des projets concrets.

5) Apprendre les bases de Inkscape (une formation existe au FabLab), notamment le dessin simple, la manipulation de chemins et la géométrie soustractive. Dans l’aide d’Inkscape, les didacticiels sont bien conçus et fortement recommandés.

À éviter (!) :

  • Vectoriser des images matricielles avant de maîtriser les bases.
  • Broder des photos (beaucoup trop difficile pour débuter).
  • Broder sur des T-shirts légers sans expérience préalable.