Entre illusions et désillusions du numérique dans la formation

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Introduction

Notre master est consacré aux technologies de l’apprentissage et de la formation. Et ce n’est pas le seul. Il est vrai qu’il existe de plus en plus de formations dans ce domaine, qui permettent d’apprendre à créer et à construire des formations digitales.

La pandémie de la Covid 19 a permis au numérique de prendre une place importante au sein de notre société, et plus particulièrement dans le domaine de l’enseignement et de la formation. La fermeture des écoles a obligé les enseignants à revoir leur manière d’enseigner et devoir trouver une alternative à l’enseignement en présentiel. Ils se sont donc tournés vers les EIAH. Pour rappel, un EIAH est un environnement informatique pour l’apprentissage humain dont la finalité est de susciter ou d’accompagner un apprentissage. Les élèves/étudiants ont également été contraints de s’adapter car avec l’utilisation d’EIAH, leur manière d’apprendre a changé et a évolué.

Le numérique était déjà en voie de développement dans les institutions de formation. Toutefois, la crise sanitaire de 2020 a tout simplement permis d’accélérer son implémentation.

Développement

Il existe de plus en plus de formations utilisant les outils numériques. Est-ce un effet de mode ? Pas vraiment. « Aujourd’hui, le numérique a déjà modifié le commerce, la finance, les médias, les transports ou encore l’hôtellerie. Demain, il redessinera le travail dans les secteurs de l’assurance, de la santé, de l’énergie… et de l’éducation. »(Poizat & Durand, 2017). La crise sanitaire de 2020 a été un vrai catapulteur du numérique au sein des institutions de formation et sur la place de travail. Plusieurs études ont été menées afin d’analyser les effets sur l’apprentissage. Des avantages ont été mis en lumière comme le fait de pouvoir apprendre n’importe où et n’importe quand. L’ apprenant devient alors acteur de sa formation. L’utilisation d’EIAH permet aux enseignants de « placer les élèves aux commandes du processus d’apprentissage, accélérant ainsi leur autonomie » (Fullan et Langworthy, 2014 cités dans Weber, 2021, p. 127). De plus, « il a également été prouvé que les technologies numériques ont un impact sur la motivation des élèves, qu’elles soutiennent l’implication des élèves peu performants » (Balanskat et al., 2006 cités dans Weber, 2021, p. 127 ) et qu’elles « renforcent la confiance des apprenants » (Blamire, 2009 cité dans Weber, 2021, p. 127).

Il existe un certain paradoxe car, malgré ces avantages, les technologies numériques ne semblent pas démontrer une efficacité particulière en terme d’apprentissage (Betton & Pondaven, 2019).Par exemple, si pour certains le numérique permet d’acquérir une certaine autonomie dans l’apprentissage, pour d’autres, il n’est pas évident qu’ils l’acquièrent. « Bien au contraire, l’usage de ces dispositifs requiert une certaine autonomie qui, si elle n’est pas acquise, compromet les apprentissages » (Betton & Pondaven, 2019). Leroux et al. (2017) concluent qu’il « apparaît donc difficile d’établir un lien clair entre usages numériques éducatifs, motivation et réussite scolaire » (p.444).

Malgré ce constat, les établissements de formation sont de plus en plus friants à l’idée d’utiliser des outils numériques et à intégrer de la technologie dans leurs enseignements.

Conception d’un dispositif de formation numérique

On peut alors se demander pourquoi un tel engouement, alors que la qualité de l’apprentissage n’est pas forcément là ? La réponse résiderait-elle dans la conception du dispositif numérique éducatif ? Il serait intéressant de « s’intéresser aux fonctionnalités qui permettent de renforcer l’engagement des élèves, et en particulier leur persévérance, et qui ne pourraient être répliquées sans outils numériques dans le contexte scolaire » (Leroux et al., 2017).

La question se pose également pour les collaborateurs qui sont contraints de suivre des formations imposées par leur entreprise. Qu’en est-il de leur apprentissage ? Il peut être difficile de parler de motivation lorsque l’on est obligé de suivre un cours ou une formation. Quels éléments ou fonctions permettraient de rendre un dispositif de formation numérique suffisamment attractif pour que le collaborateur s’intéresse réellement au contenu, et ainsi garantir l’acquisition des connaissances souhaitées par son entreprise ?

Profil des apprenants

Outre la question de la conception du dispositif de formation, il y a également une autre problématique qui pourrait expliquer pourquoi l’apprentissage n’est pas acquis à la suite d’une formation utilisant des outils numériques, celle de la disparité des profils d’apprenants. Selon Tricot (2021), les outils numériques peuvent pénaliser les élèves les plus fragiles, les moins compétents pour gérer eux-mêmes leur temps, leur lieu et leur manière d’apprendre » (p.52). Est-ce que l’hybridation des formations pourraient être une solution ? Pour aller encore plus loin, le modèle HyFlex est un modèle hybride-flexible qui offre aux étudiants une flexibilité dans le temps et l’espace et soutient l’apprentissage dirigé par les étudiants, avec des approches flexibles de la participation et des parcours d’apprentissage flexibles (Beatty, 2019b cité dans Naffi, 2020, traduction libre). Est-ce que cette modalité pourrait être une solution et ainsi garantir un apprentissage après une formation ?

Conclusion

Cet article représente les différentes questions que je me pose quant à l’essor du numérique en milieu scolaire et professionnel, et est un des thèmes qui a le plus retenu mon attention dans le module ADID. Ce sont des questions qui, à l’heure d’aujourd’hui, n’ont pas réellement de réponse. Les différentes études menées permettent de discuter de différents aspects mais n’apportent pas de réponse claire, ceci probablement dû au fait que c’est un domaine en évolution.

Références bibliographiques

Betton, E., & Pondaven, J. (2019). Éditorial : Les technologies numériques, une innovation pédagogique ? Éducation Permanente, N° 219(2), 5‑17. https://doi.org/10.3917/edpe.219.0005

Leroux, G., Monteil, J.-M., & Huguet, P. (2017). Apprentissages scolaires et technologies numériques : Une revue critique des méta-analyses: L’Année psychologique, Vol. 117(4), 433‑465. https://doi.org/10.3917/anpsy.174.0433

Naffi, N. (2020). Le modèle de conception de cours hybride-flexible (HyFlex) : Une stratégie pédagogique gagnante en ces temps d’incertitude. Revue Internationale Des Technologies En Pédagogie Universitaire, 17(2), 136‑143. https://doi.org/10.18162/ritpu-2020-v17n2-14

Poizat, G., & Durand, M. (2017). Réinventer le travail et la formation des adultes à l’ère du numérique : État des lieux critique et prospectif: Raisons éducatives, N° 21(1), 19‑44. https://doi.org/10.3917/raised.021.0019

Tricot, A. (2021). Le numérique permet-il des apprentissages scolaires moins contraints ? Une revue de la littérature: Éducation et sociétés, n° 45(1), 37‑56. https://doi.org/10.3917/es.045.0037

Weber, H. (2021). La contribution des technologies numériques à l’accessibilité des environnements d’apprentissage. Dans S. Ebersold (dirs), L’accessibilité ou la réinvention de l’école (pp. 123-144). ISTE Editions. https://books.google.fr/books?id=8zMQEAAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false