Résumé Foucault

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NAISSANCE DE LA CLINIQUE (1963)

Michel Foucault décrit, par une approche historique, la naissance et le développement de la clinique, c'est-à-dire l'avènement de la médecine moderne. L'auteur nous montre aussi qu'elle s'est construite socialement. Son évolution a été notamment marquée par deux périodes, le XVIIIème et le début du XIXème siècle.

Au XVIIIème siècle, la maladie est spatialisée successivement de trois manières par le corps médical. Premièrement, la médecine des espèces classifie des maladies selon leur degré de ressemblance. Dans ce paradigme, le médecin abstrait le corps du patient, afin de pouvoir classifier son mal. Ce dernier est donc mis en parenthèse pour éviter que ces caractéristiques individuelles corporelles et existentielles ne viennent dénaturer l'essence pure de son mal. On voit la limite que comporte cette spatialisation primaire : comment faire correspondre une partie du corps et une catégorie nosologique ? C'est pourquoi, par la suite, la médecine procédera à une spatialisation secondaire : la maladie n'est pas tributaire d'un seul organe ou d'une partie corporelle, mais peut se développer au travers d'un réseau d'espaces corporels. Ici, également, le médecin va très peu s'attacher au corps du patient, mais à un réseau de signes qui vont lui permettre de déterminer quelle est sa maladie ou ses symptômes.

Foucault dénote également une spatialisation tertiaire qui consiste à décentraliser dans l'espace social, socioprofessionnel et géographique les lieux de soins. Il s'agit de démanteler les hôpitaux et soigner le patient dans sa famille. Il est, en effet, plus pertinent de guérir le malade, là où la maladie s'exprime naturellement et dans tout l'espace social; plutôt que de réunir les malades, seulement dans une région donnée, un hôpital, et ainsi augmenter des contagions conjointes ou la fréquence des maladies. Il faut toutefois un contrôle global des malades et des médecins, afin de traiter au mieux les patients. Ce qui passe par la définition d'un statut politique du médecin, allant de pair avec la constitution à grande échelle d'une conscience médicale chargée d'une tâche d'information, de contrôle et de contrainte. Cette spatialisation tertiaire naît avec la médecine précédente, celle des espèces, qui nécessite des canevas de catégorisation identiques pour tous les médecines, donc une standardisation et une globalisation de la pratique médicale. D'autre part, la période précédant la révolution de 1789 voit se développer une deuxième médecine, celle épidémiologique. Cette dernière prône la diffusion de la maladie au niveau de la collectivité. C'est à partir de la maladie, telle qu'elle s'exprime à grande échelle dans la société, notamment dans les familles, que les médecins vont prendre des mesures de soins, quelquefois coercitives, sur des patients en présentant les signes. Ce qui nécessite de ce fait une spatialisation tertiaire. Par la suite, le courant libéral, émergeant avec la révolution de 1789, réclame aussi une médecine éclatée, libérale et décentralisée, se pratiquant au sein de la famille. Ce qui nécessite la mise en place de nouvelles normes : politique d'assistance, normes de compétences nécessaires à la pratique, amélioration de la qualité de l'enseignement, protection légale du statut de médecin.

Toutefois, dans les faits, cette libéralisation ne s'est pas pleinement concrétisée. L'apprentissage du métier de médecin nécessite tout de même un regard du médecin sur le mal du patient qui peut avoir lieu plus fréquemment à l'hôpital que dans une faculté. Une nouvelle vision émerge donc : quand les étudiants en médecine regardent le corps, leur regard clinique doit s'extraire d'un cadre pédagogique qui fait préexister leurs réponses aux questions. Ainsi, une nouvelle clinique renaît dans des hôpitaux : le regard clinique du médecin devient également un savoir hic et nunc. De plus, fait nouveau, les riches financent ces structures. Ce qui rend services aux pauvres, mais confère aux premiers le droit de demander une juste contrepartie, c'est-à-dire le droit de prendre comme objet le pauvre et de constituer un savoir utile pour le plus grand nombre, à commencer par les gens les plus favorisés.

Pour Foucault, toutefois, ce nouveau paradigme médical n'empêche pas que le champ et le regard soient liés par des codes du savoirs socialement déterminés. Ceux-ci sont étudiés sous deux formes majeures : le signe, sa structure linguistique et le cas aléatoire. Dans la médecine traditionnelle, notamment des espèces, le signe dévoile la maladie, il permet de voir l'invisible. Il désigne ce qui s'est passé et se passera. Dans cette nouvelle clinique des hôpitaux, le signe et le symptôme ne sont plus des révélateurs de la maladie, mais sont eux-même la pathologie. Cette médecine clinique se base aussi conjointement sur le raisonnement probabiliste : en observant la fréquence à laquelle un faisceau d'éléments donnés converge, ceci parmi un grand nombre de malades, on pourra dégager ce qu'est la maladie. Selon ce paradigme, le domaine hospitalier et le domaine pédagogique sont donc intimement liés. Mais dans ce processus de construction de savoir, le médecin utilise des mots culturels, il ne peut pas s'en passer. Comme dit l'auteur : « le regard clinique a cette paradoxale propriété d'entendre un langage au moment où il perçoit un spectacle » (page 108). Ce nouveau regard clinique procède donc paradoxalement à un réductionnisme nominal.

Au final, cette désillusion fait tomber un autre mythe : celui du dire se confondant avec le voir. C'est pourquoi, l'idée se développe que la médecine doit être un art du voir que le médecin maîtrise. Cette nouvelle approche implique une appréhension globale et immédiate du réel, incluant le toucher également. A partir de là, une nouvelle clinique se développe, celle se centrant sur l'anatomie pathologique et se livrant entre autres à la dissection. Même si cette dernière était pratiquée auparavant, un changement de paradigme aboutit maintenant : cette médecine s'intéresse à une spatialisation concrète du mal dans le corps, quitte à l'enfoncer ou le pénétrer par diverses techniques ; alors que la précédente s'intéressait à la mise en évidence de processus, de manifestations, de fréquences et chronologies. La maladie se détecte dorénavant en explorant les tissus corporels lésés. Alors que précédemment la mort était considérée comme la fin de la vie, maintenant la mort fait partie de la vie. Puisque des processus de mortifications atteignent le corps, la mort permet d'accéder à la vérité pathologique. A ce stade la médecine prend donc davantage l'aspect individualisé du corps. C'est ainsi que l'essence et la classification laissent davantage la place à la médecine des organes.

En conclusion, Foucault nous montre que la Clinique est un objet qui se construit socialement, car elle implique que l'homme soit à la fois sujet et objet du savoir médical, notamment par la reconnaissance progressive de l'individu et l'idée d'une correspondance entre le langage et le regard du médecin ; tout en étant confronté à sa finalité ultime, c'est-dire la mort. Cependant paradoxalement, si on examine notre société actuelle, l'homme, au travers de la médecine, ne se regarde pas lui même. En effet, le médecin instaure tout de même une certaine distance avec le patient qui, en fin de compte, ne prend pas part activement à la construction de son savoir, d'où des dérives possibles. C'est ce paradoxe que Foucault interroge également.