Exemple de scénarisation d'une vidéo pédagogique

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Dans le cadre de la rédaction de la page de recommandations en création de vidéo pédagogiques, nous avons créé 3 vidéos d’illustrations. Voici ici, pour vous donner un exemple, l’ensemble du processus de création de la première vidéo d’explication du principe multimédia.

1 Scénarisation globale

Sachant que je devais créer des vidéos d’illustrations, j’ai réfléchi, en parallèle de la rédaction de la fiche de recommandations, à un scénario de vidéos qui pouvait s’adapter à différentes recommandations. Je souhaitais éviter le schéma « introduction, définition, exemple » que je jugeais classique et sans originalité. Je souhaitais proposer une réflexion aux spectateurs de mes vidéos avant de leur définir la recommandation. Suite au visionnement d’une vidéo de Dr Nozman sur le Mova Globe, j’ai trouvé un scénario de vidéo qui me plaisait. Ce scénario présente donc d’abord un extrait illustratif, puis propose une réflexion sur la qualité de cet extrait. La recommandation est alors définie et finalement l’extrait illustratif est à nouveau présenté, mais retravaillé selon la recommandation.

Il m’a alors fallut trouver une thématique à aborder dans cet extrait illustratif. M’adressant principalement à des enseignants et chercheurs en psychologie ou en sciences de l’éducation, j’ai dû choisir une thématique conceptuelle dans ces domaines-ci. Mon choix s’est alors porté sur le modèle de la mémoire de travail de Baddeley.

2 Scénarisation de la vidéo et storyboard

Ainsi, une fois que j’ai eu choisi la première recommandation à illustrer, trouvé un scénario global et choisi la thématique des extraits illustratifs, j’ai dû rédiger la scénarisation précise de la première vidéo. J’ai donc commencé par rédiger la narration de la vidéo en reprenant chacun des éléments que je voulais transmettre dans ma vidéo (voir le tableau ci-dessous pour la première version de la narration).

Première version de la narration de la vidéo
Partie Description
Introduction Bonjour et bienvenue dans cette vidéo d’illustration. Avant de rentrer dans le vif du sujet, regardons un petit extrait de vidéo à visée pédagogique.
Extrait illustratif Vidéo uniquement verbale, texte écrit et oral
Introduction La mémoire de travail est un modèle de système cognitif qui permet le maintien temporaire et la manipulation d’informations maintenues
Modèle de Baddeley Un modèle encore régulièrement utilisé est de celui de Baddeley et Hitch. Dans la dernière version de ce modèle, la mémoire de travail est composée de 4 composants : l’administrateur central, le calepin visuo-spatial, la boucle phonologique et le tampon épisodique.
Administrateur central L’administrateur central est responsable de la coordination de la boucle phonologique et du calepin visuo-spatial, du contrôle des stratégies d’encodage et de récupération ainsi que de la gestion de l’attention.
Boucle phonologique La boucle phonologique comprend un registre de stockage temporaire dédié aux informations verbales et acoustiques et un mécanisme de répétition articulatoire dont le rôle est de maintenir la trace phonologique en mémoire.
Calepin visuo-spatial Le calepin visuo-spatial contient un registre de stockage et un mécanisme de rafraichissement de l’information visuo-spatiale selon une structure similaire à celle de la boucle phonologique. Il serait fractionnable en des composants distincts dédiés aux informations visuelles, spatiales et probablement kinesthésiques.
Tampon épisodique Finalement, le tampon épisodique souvent appelé buffer épisodique est un système de stockage temporaire de capacité limitée qui fait l’interface entre la boucle phonologique, le calepin visuo-spatial et la mémoire à long-terme. Il est contrôlé par l’administrateur central qui peut récupérer de manière consciente des informations stockées dans le tampon épisodique.
Questions interactives Avez-vous trouvé cet extrait vidéo agréable à regarder ?
  • Oui
  • Non

Si non, qu’est-ce qui vous a gêné ?

  • Il n’y a que du texte
  • Je n’arrive pas à me représenter les informations
  • La vidéo n’est pas très avenante
Explications Pour tous ceux d’entre vous qui ont répondu que, non… cet extrait vidéo n’est pas très agréable à regarder, c’est normal ! Cet extrait n’est composé uniquement que de texte. A l’heure actuelle nous sommes habitués à un mélange de texte et d’images pour toute transmission d’informations. Cela nous aide à nous représenter les informations que l’on reçoit et à créer des liens entre ces nouvelles informations et nos connaissances.
Définition du principe C’est exactement pour ces raisons que Clark et Mayer ont défini dans leur ouvrage sur l’apprentissage multimédia ce qu’ils appellent le principe multimédia.

Clark et Mayer recommandent ainsi de toujours utiliser à la fois des images et des textes, écrits ou oraux, dans les leçons. Toutefois, ils mettent en garde de ne pas utiliser n’importe quelle image. En effet, ils estiment que les images purement décoratives ou représentatives n’aident pas à l’apprentissage, voire pourrait le perturber en forçant un traitement de ces images qui, au final, ne sont pas utiles pour l’apprentissage. Ainsi traiter cognitivement ces images ne sert à rien, donc ils recommandent tout simplement d’éviter d’afficher des images inutiles. Il faut privilégier les images qui aident à organiser les informations, à créer des liens entre les éléments, qui montre une évolution ou qui proposent une représentation d’un concept intangible. N’hésitez pas à consulter la fiche Edutechwiki qui décrit plus précisément quels types d’images conviennent pour quel type de contenu.

Introduction de l’illustration Et puis, au final, il faut avouer que c’est dommage d’utiliser le support technologique de la vidéo pour transmettre uniquement du texte. Si vous n’avez que du texte à transmettre, pourquoi faire une vidéo ?

Reprenons maintenant l’extrait que nous avons vu au début et appliquons-lui le principe multimédia de Clark et Mayer. Enlevons un peu de texte et remplaçons-le par quelques images.

Illustration Même extrait vidéo, mais qui suit le principe multimédia. Il y a donc du texte ET des images cette fois.
Conclusion C’est mieux ainsi non ?

Suite à cela, j’ai découpé la narration en phrases ou morceaux de phrases qui me semblaient correspond à un plan de vidéo. J’ai mis en forme cela dans un tableau pour créer la base de mon storyboard. J’ai commencé par imaginer les différents plans en les dessinant sur papier. Suite à cela, j’ai refait mon storyboard sur ordinateur (à l’aide de Word, à voir ici ) pour le rendre plus propre. Ceci m’a pris beaucoup de temps car cela m’a forcé à chercher et préparer les images (libres de droits) de la vidéo.

3 Montage et diffusion de la vidéo

N’ayant pas de plans à filmer à la caméra, je me suis alors attaquée au montage de la vidéo sur Final Cut Pro (payant, disponible uniquement sur Mac). J’ai donc commencé par enregistrer une première version de la narration, la voix-off, avec un micro. Ceci m’a servi de base pour placer tous les éléments sur la « timeline » de mon logiciel de montage. J’ai ensuite assemblé et animé tous les éléments que j’avais (textes et images), en suivant mon storyboard et ma narration. Au fur et à mesure de l’assemblage, j’ai retravaillé certains passages du storyboard qui me semblaient mal conçu. J’ai également réenregistré plusieurs fois certains passages de la narration.

Quand la vidéo m’a eu l’air terminée, je l’ai exporté de mon logiciel de montage et l’ai importé sur Youtube, puis sur Vizia. A ce moment-là, j’ai intégré les questions interactives que j’avais préparé.

4 Feedbacks de mon entourage

J’ai ensuite transmis la vidéo à mon entourage pour qu’il me donne son avis. J’ai reçu de nombreux commentaires constructifs qui m’ont permis de retravailler ma vidéo pour la rendre plus agréable à regarder.

On m’a dit, entre autres, que l’extrait illustratif était beaucoup trop long. En effet, il durait initialement presque 2 minutes (d’autant plus qu’il apparait 2 fois, une fois avant et une fois après), ce qui prend beaucoup trop de temps de la vidéo. On m’a également dit que certaines animations s’affichaient dans un sens illogique perturbant (voir le biais de « spatial agency »), que certains liens entre l’oral et les images n’étaient pas forcément évidents, que la narration était un peu rapide et la voix un peu monotone.

Pour une question de temps à disposition, j’ai choisi de corriger une partie de ces commentaires et d’en laisser d’autres de côté (tel que les problèmes de voix et de narration qui prennent énormément de temps à corriger).

Pour mes vidéos suivantes, j’ai fait bien attention de respecter ces commentaires afin de ne pas refaire les mêmes erreurs. J’ai ainsi pris le temps de m’entraîner à faire des narrations plus fluides et enthousiastes lors de la création de la deuxième vidéo.

5 Temporalité

La phase de narration, de storyboarding et de recherche d’images a pris environ 5 heures. L’étape de montage itératif de la vidéo a pris environ 15 heures. La transmission de feedbacks et les corrections de ces feedbacks a pris encore 3-4 heures.

Ainsi le temps global estimé de création de cette première vidéo tourne autour des 20 à 25 heures. Toutefois, c’était la première vidéo de la série. La deuxième vidéo a pris moins d’une quinzaine d’heures à réaliser (sans feedbacks) et la troisième vidéo a pris une dizaine d’heures (sans feedbacks).

Ceci s’explique par le fait que pour la première vidéo, il a fallu prendre beaucoup de temps pour la préparation du matériel (autant images, schémas que narration) et qu’une partie de ce matériel a pu être réutilisé pour les deux vidéos suivantes (notamment l’extrait illustratif). De plus, j’ai développé certains réflexes et raccourcis dans le logiciel de montage.