Technologie et société : acceptabilité et éthique à l'ère de l'individualisation

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Résumé

Cet article, basé sur les travaux de Bobillier Chaumon, Devillers, Hétier et Blocquaux, explore les dynamiques d'acceptation de la technologie en approfondissant sa genèse sous une optique sociale, ainsi que les questionnements d'ordre éthique soulevés par le développement et l'appropriation de dispositifs numériques.

Introduction

Le développement technologique qui caractérise la société occidentale contemporaine est marqué par des événements qui ont nécessité une réévaluation de la relation entre l'homme et la machine. Le besoin de s'adapter à des situations échappant au contrôle individuel, comme l'obligation d'utiliser des outils numériques pour l'apprentissage à distance, ou le développement actuel et l'utilisation d'intelligences artificielles, impose une redéfinition de la compréhension des systèmes informatiques au service des êtres humains, suscitant des questionnements sur l'impact qu'ils peuvent avoir sur la population. En effet, les questions soulevées par l'adoption et l'utilisation de ces outils ne concernent pas seulement l'amélioration des performances dans le déroulement des tâches grâce à leur assistance, mais aussi l'influence qu'ils peuvent exercer au niveau personnel voire éthique. Cette évolution a permis une interconnexion de trois axes : les fondements sociaux de l'individualisation, l'acceptation des technologies et les considérations éthiques qui en découlent.

Développement

À une époque où l'utilisation de la technologie est poussée à une utilisation de masse, le capitalisme numérique cherche à répondre aux besoins existants et à en créer de nouveaux afin de rendre les individus dépendants des outils numériques (Hétier & Blocquaux, 2021). Pour mieux comprendre le rôle que les technologies jouent pour soutenir les utilisateurs, il est nécessaire de comprendre les conditions qui rendent une technologie plus ou moins acceptable dans l'exécution des activités : si d'un côté, l'acceptabilité pratique a une orientation instrumentale et pratique dans la conception de dispositifs plus ergonomiques (Bobillier Chaumon, 2016), de l'autre, l'acceptabilité sociale prend également en compte le point de vue de l'utilisateur lui-même, en particulier ses représentations subjectives basées sur des attitudes, des opinions, des caractéristiques et des préférences. Pensons au développement d'agents conversationnels (ou chatbots) ou de modules de détection des émotions, qui offriraient la possibilité d'améliorer l'expérience utilisateur grâce à une analyse et une interprétation de la situation afin de fournir des dialogues plus appropriés (Devillers, 2019). Dans cette perspective qui accorde de l'importance à la qualité de l'expérience basée sur les besoins de l'individu, on peut détecter une dichotomie dans la genèse de l'acceptation : l'individualisme avec sa liberté de choix en opposition au rôle de la société qui produit des usages socialement et culturellement construits.

Dans une perspective où les individus s'affranchissent des autorités telles que les institutions ou d'autres formes traditionnelles de normalisation, ils explorent de plus en plus des manières d'être qui leur sont propres et peuvent atteindre un seuil de singularité qui se rapproche du radical (Hétier & Blocquaux, 2021). La raison et la volonté sont les principaux moteurs du comportement, car les actions semblent être sous le contrôle de l'individu (Devillers, 2019). Sur cette base, de nombreuses technologies permettent des utilisations complètement individualisées et reposent sur cette perception de pouvoir dans la prise de décisions perçues comme rationnelles (Devillers, 2019). Cependant, il est nécessaire de prendre en compte également la situation d'utilisation, qui oriente et détermine la réalisation d'un comportement (Bobillier Chaumon, 2016) : l'acceptabilité sociale est en réalité la première étape de l'adoption d'une technologie, qui cherche à orienter cette dernière comme un objet qui doit être façonné socialement et psychologiquement pour être accepté (Bobillier Chaumon, 2016).

Dans cette perspective, la relation entre l'homme et la machine se complexifie et met en lumière de nouvelles interrogations, notamment d'ordre éthique. Les interactions sociales deviennent le noyau central de cette définition qui voit une meilleure acceptation de la technologie si elle est basée sur une expérience positive : pour exploiter au mieux ce besoin intrinsèque à la nature humaine, la technologie joue un rôle variable et ambigu. En effet, afin de fournir des services mieux adaptés aux besoins de l'individu, elle peut s'appuyer sur des modèles tels que l'affective computing. Ceci est utile dans la détection des émotions, le raisonnement et la génération d'expressions affectives en s'appuyant sur la théorie de l'esprit pour produire des sensations positives, et en exploitant notamment la tendance naturelle des humains à prêter des intentions aux machines (Devillers, 2019). Cependant, à travers cette personnalisation des services, une aliénation est créée qui renforce l'isolement en favorisant la solitude (Hétier & Blocquaux, 2021). Les besoins subjectifs et intersubjectifs dans le domaine des relations sociales ne peuvent pas être confiés entièrement aux outils technologiques, mettant en évidence la notion d'éthique du care, qui accorde de l'importance aux relations et s'appuie sur le prendre soin, être vulnérable ainsi que maintenir et réparer notre monde pour y vivre au mieux (Hétier & Blocquaux, 2021).

L'éthique dans le domaine technologique lie ces aspects d'importance croissante : un dispositif technologique, pour être accepté et approprié, doit permettre une maîtrise des outils où l'outil est un artefact sur lequel l'individu a la possibilité d'agir, de se transformer et de se développer. Ainsi, la liberté d'action est liée à l'acceptabilité lorsqu'on peut agir sur elle et qu'elle agit sur nous favorablement. Leur influence doit cependant être prise en compte pour tester l'autonomisation dans le développement de dispositifs actifs dans la réaction aux émotions (Devillers, 2019), et tenir compte du changement dans la relation au monde et à la réalité sociale que ces outils bousculent en fournissant des risques d'aliénation.

Conclusion

Cet entrelacement complexe de dimensions technologiques montre que l'acceptation et l'adaptation sociales, l'éthique, et l'individualisation sont intrinsèquement liées. Ainsi, les défis éthiques et la culture de l'individualisation émergent comme des éléments cruciaux dans le paysage technologique moderne. Une approche holistique est essentielle, qui embrasse l'éthique du care, tout en reconnaissant le rôle central de l'individu dans ce dialogue en constante évolution entre l'humain et la machine.

Références bibliographiques

  • Bobillier Chaumon, M.-E. (2016). L’acceptation située des technologies dans et par l’activité: Premiers étayages pour une clinique de l’usage. Psychologie du Travail et des Organisations, 22(1), 4–21. https://doi.org/10.1016/j.pto.2016.01.001
  • Devillers, L. (2019). Le dialogue homme-machine Intelligence artificielle / intelligence humaine : manipulation et évaluation. Futuribles, 433(6), 51‑61.
  • Hétier, R., & Blocquaux, S. (2021). Vulnérabilité et éthique de la présence à l’ère numérique. Éthique en éducation et en formation: Les Dossiers du GREE, 11, 8. https://doi.org/10.7202/1084194ar

Liens

Cette page fait référence à la page ADID1, les productions des étudiant.es


Page rédigée par Dafne Campioni (volée Drakkar)