L’enseignant concepteur de ses propres ressources

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Emma Schenkenberg van Mierop - Volée Concordia

Résumé

L’enseignant doit créer des ressources pour ses élèves, mais n’étant pas expert en informatique, il dépend fortement d’outils crées par des concepteurs d’EIAH. Il arrive parfois, que les objectifs pédagogiques ne sont pas adaptés aux besoins des enseignants ou des élèves, car les concepteurs ne les prennent pas en compte. Pour vérifier si son dispositif est adapté, il faut l'évaluer selon différents critères.

Adopter une démarche centrée sur l'apprenant et collaborer avec les enseignants est la meilleure solution pour s'assurer que les outils créés soient adaptés à tous les acteurs.

Introduction

Les enseignants créent souvent leurs propres ressources pour leurs élèves, qu’elles soient au format papier ou au format numérique. Cependant, la plupart du temps, les enseignants réutilisent des dispositifs numériques crées par d’autres personnes, qui ne sont pas toujours des enseignants. Il arrive parfois dans ces cas-là, que les objectifs pédagogiques ne sont pas pertinents et que finalement la ressource créée n’est pas adaptée pour les besoins des enseignants ou des élèves. Saettler (2004) observe d'ailleurs que peu d'outils n’apportent une amélioration dans l’enseignement, car ils ne tiennent pas compte de l’apprenant.

Il est ainsi beaucoup plus efficace de concevoir quelque chose directement avec l’enseignant, le solliciter pour l’inclure dans la conception et partager ses connaissances pour créer un dispositif efficace. Il y aura ainsi plus de chance que ce dernier soit évalué positivement par les apprenants et qu’il soit réellement approprié par les enseignants.

Par ailleurs, Tchoukine et Tricot (2011) impliquent les enseignants dans la définition d'un EIAH en expliquant que c'est "un environnement intégrant des agents humains (apprenant ou enseignant) et artificiels (informatiques) et leur offrant des conditions d'interactions". Il devient donc capital de prendre en compte leurs besoins et de se référer à eux lors de la conception d'un EIAH.

Dans cette note de synthèse, nous allons étudier comment les concepteurs en EIAH et les enseignants peuvent collaborer ensemble pour créer un outil adapté aux apprenants.

Développement

La conception

Pour rappel, un EIAH est un “environnement informatique dont la finalité est de susciter ou d’accompagner un apprentissage” (Tchoukine, 2002). Il devrait, idéalement, permettre d’améliorer les performances d’apprentissage des élèves ou d’améliorer la motivation des apprenants.

Les enseignants nomment ainsi la motivation comme une des raisons principales de leur utilisation des technologies en classe, mais, cela ne suffit pas. Utiliser la technologie n’a de sens, seulement si, il y a un apprentissage derrière. Si un exercice peut être mieux effectué sur une feuille de papier, alors le remplacer par un outil technologique ne sert à rien.

Par un concepteur d’EIAH

Pour Lavoué (2018), lorsqu’on conçoit un EIAH, il est ainsi, indispensable de se baser sur des fondements théoriques et de prendre en compte la méthode d’enseignement des praticiens. Mais, il s’agit aussi de prendre en compte les connaissances du domaine, les utilisateurs et le contexte. On créé d’abord un outil pour un public et il faut le cibler. Il est donc nécessaire de connaître leur niveau de connaissances et la matière qui doit leur être transmise. Par ailleurs, il s’agit également de bien poser les objectifs pédagogiques en amont et d’identifier les différentes modalités de travail (collectif ou individuel ; présence ou distance).

Il reste que certains outils créés ne conviennent ni aux enseignants, ni aux élèves et ne sont pas utilisés.

En collaboration entre chercheurs et praticiens

Un meilleur moyen de s’assurer que l’EIAH créé et adapté à l’enseignement, est de le concevoir en collaboration avec les praticiens. "L’évolution des EIAH vers des environnements plus ouverts est aussi marquée par une plus grande prise en compte de l’enseignant. Il devient le plus souvent un acteur à part entière de l’EIAH, en particulier pour préparer les activités d’apprentissage pour ses apprenants (scénarisation) et pour assurer le suivi et l’encadrement pédagogique de celles-ci (contrôle, régulation)." (George, 2013)

Sanchez (2018) indique qu'il faut effectuer un partage de praxologies. Les chercheurs et les enseignants ont chacun leur domaine de connaissance avant le travail de collaboration, puis au fur et à mesure, ils se partagent leurs praxologies, en d’autres termes, grâce à la collaborations, tous les participants apprennent des choses les uns des autres et évoluent leurs pratiques.

Concrètement, on pourra réellement satisfaire les besoins des enseignants, car on prend en compte leur expérience et ils participent eux-mêmes à la conception. Ils sont les plus à mêmes de connaître les besoins des élèves, l’EIAH créé à donc d’autant plus de chances d’être adapté et utilisé par eux.

Evaluation et appropriation

Pour savoir si son dispositif est adapté et adéquat pour les utilisateurs, il faut l’évaluer. Pour cela, il est nécessaire, selon Caron (2018) d’observer l’utilisateur dans son environnement, l’interviewer ou lui faire remplir un questionnaire pour avoir son avis. Toutefois, ces trois méthodes sont subjectives, et n’apportent pas toujours un retour utilisable.

En effet, selon Michel (2018) il est possible que certaines personnes aient apprécié le dispositif, mais n’aient rien appris ou, au contraire, qu’ils ne l’aient pas appréciés, mais qu’ils ont bien réussi et compris. Il est donc important de prendre cet aspect en compte, et d’utiliser une large échelle de participants.

Il est possible d’évaluer son dispositif grâce à trois critères : l’utilisabilité, l’utilité et l’acceptabilité (Tricot, 2003).

  • L’utilisabilité évalue si un EIAH est fonctionnel et ergonomique.
  • L’utilité évalue si les apprenants ont des meilleurs performances ou si leur motivation augmente.
  • L’acceptabilité évalue si l’EIAH est réellement intégré dans les pratiques des enseignants.

Un dispositif sera ainsi approprié lorsque l’enseignant l’utilise en contexte. Dans ce cas-là, les objectifs de correspondre aux besoins de l’utilisateur et de lui permettre d’adapter le système à ses besoins seront atteints.

Conclusion

Pour finir, il faut adopter une démarche centrée sur l'apprenant, c'est-à-dire, "s'intéresser aux mécanismes de l'apprentissage et considérer la technologie comme simple support" (Mayer, 2010), afin de créer une technologie qui s'adapte aux besoins des apprenants et des enseignants.

L’enseignement ne peut pas se faire sans ressources technologiques. Il en va de notre devoir de s’assurer que ce qu’on propose aux élèves est adapté et qu’il réponde aux objectifs pédagogiques émis en amont. En tant que concepteur d’EIAH, solliciter des enseignants ou des formateurs lors de la conception d’un dispositif parait indispensable pour permettre la création d’un dispositif pertinent et adapté. On peut requérir à eux durant toutes les phases de conception. Créer une collaboration entre chercheurs et praticiens devient alors une pratique inévitable et qui possède de nombreux avantages.

Bibliographie

ATIEF, Caron T. (2018, décembre 18). Analyse de Traces : Objectifs de traçage. Capsule vidéo du MOOC d’introduction à la recherche sur les EIAH. Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=aQMnhcq4HBM&feature=emb_title

ATIEF, Michel C. (2018, décembre 15). Adaptation : Analyser l'appropriation pour analyser l'adaptation. Capsule vidéo du MOOC d’introduction à la recherche sur les EIAH. Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=9soVe48UClo&feature=emb_title

ATIEF, Lavoué E. (2018, décembre 14). Méthodes de conception : Introduction à la conception des EIAH. Capsule vidéo du MOOC d’introduction à la recherche sur les EIAH. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=mZe0bRwrRzs&t=242s

ATIEF, Sanchez E. (2018, décembre 14). Méthodes de conception : recherche orientée par la conception. Capsule vidéo du MOOC d’introduction à la recherche sur les EIAH. Youtube. https://www.youtube.com/watch?v=iiN3Axy5a9c&feature=emb_title

George, S., Michel, C., & Ollagnier-Beldame, M. (2013). Usages réflexifs des traces dans les environnements informatiques pour l’apprentissage humain. Intellectica, 59(1), 205-241.

Mayer, R. (2010), « Apprentissage et technologie », dans Dumont, H., D. Istance et F. Benavides (dir. pub.), Comment apprend-on ? : La recherche au service de la pratique, Éditions OCDE, Paris,https://doi.org/10.1787/9789264086944-10-fr.

Saettler, P. (2004), The Evolution of American Educational Technology, Information Age Publishing. Greenwich, CT.

Tchounikine P. 2002. « Pour une ingénierie des Environnements Informa- tiques pour l’Apprentissage Humain», Revue I3, 2(1): 59-95 et http:// ArchivesEiah.org.

Tchounikine P. et Tricot A. (2011). Environnements informatiques et apprentissages humains.

Tricot, A., Plégat-Soutjis, F., Camps, J-F., Amiel, A., Lutz, G. et Morcillo, A. (2003). Utilité, utilisabilité, acceptabilité : interpréter les relations entre trois dimensions de l'évaluation des EIAH.