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	<title>DeWiki - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9878</id>
		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2013-01-27T23:17:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Basaglia, Franco psychiatre italien (1924-1980). Psychiatre et militant marxiste, Franco Basaglia s&#039;est engagé en de multiples domaines et a suscité des controverses variées. Né à Venise, il se tourne vers la psychiatrie en 1958, après des études de médecine puis une spécialisation en neurologie, qu&#039;il a achevée en 1952. C&#039;est en 1961 que débute l&#039;expérience de Gorizia, l&#039;hôpital psychiatrique proche de Trieste auquel il a attaché son nom. Après avoir décidé de faire sortir de l&#039;hôpital de Gorizia, marqué par une longue tradition asilaire, ceux qui y étaient internés, Basaglia s&#039;efforce de rendre compte, à l&#039;adresse de l&#039;Italie et des autres pays, de la signification politique de l&#039;événement et publie alors L&#039;Institution en négation. L&#039;expérience de cet hôpital des confins orientaux de la péninsule devient par là même un pôle d&#039;attraction international. Ce mélange d&#039;audace et de pragmatisme marquera les entreprises, toujours à la fois un peu folles et solidement préparées, qui, après Gorizia, se dérouleront à Trieste, à Parme puis à Rome. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bergier-Moreillon, Jacques (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)(1911-2002). Né à Morges, part pour vivre à Lausanne à l&#039;age de 9ans. De nature timide, il s&#039;engage dans le scoutisme, le sport et dans le théâtre afin de se mouvoir dans la société. Ainsi, il s&#039;est servi du psychodrame comme moyen privilégié pour comprendre et soigner les enfants perturbés. Directeur adjoint de l&#039;office médicopédagogique vaudois auprès de Dr. Lucien Bovet en 1945, il lui succède en 1952 après avoir survécu à la tuberculose (et suite au décès accidentel de Dr Bovet). Collabore également au Bercail, annexe psychothérapeutique de l&#039;Hôpital de l&#039;Enfance. En 1956, directeur de service ed l&#039;enfance (Protection de la Jeunesse auourd&#039;hui). Mai 1968 lui révèle son épanouissement pour les doctrines socio éducatives respectant la dynamique des groupes, la non-directivité, les approches centrée sur le corps... il abandonne alors la directiojn du Service de l&#039;Enfance pour enseigner à l&#039;Université, à l&#039;école des sciences soiales et politiques, la discipline de psychopédagogie médico-sociale. Il poursuit son activité du Bercail jusqu&#039;en 1983, année de sa retraite et travaille alors à la fondation Delafontaine pendant une dizaine d&#039;années pratiquant avec ferveur la musicothérapie auprès d&#039;adolescents handicapés. Il meurt suite à une brève maladie à l&#039;âge de 91 ans. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bierens de Hahn, Bachtold. Psychiatre, ancien collaborateur CICR, Paris et Genève. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet, André : Neuropsychiatre, Boston&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister, Jean Jacques : Psychiatre, Médecin Chef Bel Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chatelanat, Gisela (professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chavanne, André (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cooper, David, (1931-1986) a été l&#039;inventeur du mot “antipsychiatrie”. Il naquit au Cap, en Afrique du Sud, en 1931, dans une &amp;quot;famille ordinaire&amp;quot;. Il s&#039;orienta vers la médecine et obtient son diplôme en 1955. Il vint poursuivre ses études à Londres, pour obtenir en 1960 le diplôme de Psychological Medicine.  En 1962, il ouvre le &amp;quot;pavillon 21&amp;quot;, une unité expérimentale pour schizophrènes, dans un hôpital psychiatrique londonien où il va mettre en pratique ses théories antipsychiatriques. Durant ces années, il s&#039;engagea dans les expériences hospitalières puis communautaires afin de créer des réseaux d&#039;alternative à la psychiatrie. Il avait une position critique du pouvoir et du rôle de l&#039;institution. Pour lui, l&#039;institution empêchait l&#039;émergence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Degoumois, Valy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (1911-1933), est un neuropsychiatre et psychanalyste français d&#039;origine basque espagnole. Il est l&#039;un représentants d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste. Il est l&#039;un de ceux qui ont inauguré en France le système de psychiatrie de secteur, c&#039;est-à-dire une répartition de structures de soins de santé mentale. Il a remplacé le professeur Ferdinand Morel à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air à Genève entre 1959 et 1975. Ceci a permis à la psychiatrie genevoise de se développer et de devenir une référence. A Bel-Air, il côtoyait des neurologues et il s&#039;est surtout intéressé au développement de l&#039;enfant, essentiellement sur les désordres psychomoteurs et les troubles de l&#039;écriture. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droz, Jean-Claude administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring, Jean-Jacques : Neuropsychiatre, thérapeute de famille (1937-1987) Médecin-Directeur de l’Hôpital psychiatrique de Marsens depuis janvier 1981. Il fait ses études médicales à Genève en les orientant sur les affections nerveuses de l’enfant. Il entre en 1968 dans les Institutions Universitaires de Psychiatrie de Genève où il suit sa formation psychiatrique sous la tutelle du Pr J. AJURIAGUERRA. Il met en place à Genève le Centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale. Il prend la direction de l’Hôpital psychiatrique de Marsens et y crée une division de psychiatrie gériatrique et une division d’investigation et de traitement pour adolescents et jeunes adultes. Promu au grade de colonel, il devient chef du Service psychologique de l’armée. Source : « Thérapie familiale », n.1, 1987 [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Engler, Klaus : Éducateur de rue à Genève [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Garonne, Gaston : Psychiatre à Genève et successeur de Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Grasset, François (psychiatre). Il a mis en place les ateliers protégés d&#039;occupation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hainal, Prof.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jervis, Giovanni collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jones, Maxwell psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laing, Ronald&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lalive, Jacqueline&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loizeau, Pierre-André: Directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève; chargé de cours (biologie) à l&#039;Université de Lausanne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pahud, Claude : Directeur école sociale à Lausanne. Né le 29 mai 1959, Claude Pahud, licencié en sociologie et anthropologie de l&#039;Université de Lausanne travaille à la sortie de ses études comme libraire à la librairie Basta!, puis collabore au titre de rédacteur à l&#039;hebdomadaire Domaine Public. En 1995, Claude Pahud publie un guide alternatif sur Lausanne Lausanne, autrement puis crée dans la foulée les Éditions Antipodes, spécialisées principalement en sciences humaines (sociologie, sciences politiques, anthropologie, etc.) mais publiant également des textes littéraires. Composé en majorité de textes académiques, mais pas exclusivement, le catalogue réunit plusieurs disciplines et vise à éclairer des pans de la vie sociale, dissimulés sous les voiles de la pensée commune ou des intérêts particuliers. En 2006, Claude Pahud reçoit le Prix Thorens pour avoir créé et fait rayonner les Editions Antipodes. SOURCES: Julien Burri 24 Heures 2007/03/27, p. 36 [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pasche, Bernard (psychologue). Fait partie de l&#039;Association Vaudoise des Psychologues. Membre de la commission &amp;quot;Psychologues des institutions parapubliques&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pelletier, Jacques. Jacques Pelletier détient une maîtrise en administration publique et a fait des études doctorales en gestion (évaluation) et en psychologie sociale. Leader reconnu et spécialiste de la politique sociale dans le domaine de la déficience, au Canada et en Europe francophone, il a joué un rôle déterminant, au cours des trente dernières années, dans la transformation des services en établissement offerts par les systèmes communautaires, partout au Canada et en Europe. Au fil des ans, il a acquis une expertise liée à l&#039;élaboration de solutions personnalisées pour les personnes souffrant d&#039;exclusion sociale. Il a fait son travail le plus connu à Genève auprès d&#039;adultes ayant des déficiences psychiques. Ses principaux intérêts cliniques sont l&#039;élaboration d&#039;approches holistiques à la prestation de services, l&#039;incidence des environnements sur le comportement humain et l&#039;observation clinique. Il a développé une expertise conceptuelle et pratique reconnue mondialement dans les domaines de la réadaptation, de l&#039;économie sociale et de l&#039;observation du comportement humain. Il intervient comme consultant auprès de dirigeants de compagnies, d&#039;agences, d&#039;établissements et d&#039;associations dans ces secteurs.&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier est associé à l&#039;École supérieure de management de l&#039;éthique et de la qualité dans les services humains, en France. À Genève, il est l&#039;associé de T-Interactions, un organisme privé sans but lucratif s&#039;occupant de psychiatrie sociale et d&#039;entreprises sociales ainsi que de AD-Consultant. De plus, il enseigne à l&#039;Institut de recherche évaluative et d&#039;intégration sociale et est coéditeur des Éditions des Deux Continents. En Amérique du Nord, il est associé à l&#039;organisme Shriver Nursing and Family Lives (situé à Boston) et à l&#039;Institut Valor, au Canada. En outre, il est l&#039;un des membres fondateurs d&#039;Integra International, un organisme international établi à Genève qui soutient l&#039;innovation dans le domaine des services humains. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Regamay, Françoise (artiste)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli, Franco : Psychiatre, Trieste, Naple&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thorel, Marie-Louise (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tissot, René ( directeur médical de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Uldry, Raymond &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vaney, Louis (chargé de cours à la FAPSE). Enseignant en éducation spéciale. Psychopédagogue, consultant international. Directeur du Centre de Formation Continue pour Adultes (Genève), ancien responsable du secteur Education Spéciale Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education. Université de Genève : &amp;quot; Désinstitutionnalisation et intégration : quelle place pour les établissements spécialisés ?&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wolfensberger, Wolf (VRS: valorisation des rôles sociaux). est né à Manheim en Allemagne en 1934 et a émigré aux États-Unis en 1950. Il a étudié la psychologie à la faculté de Siena à Memphis (Tennessee) et a obtenu une maîtrise de psychologie clinique à l&#039;Université St. Louis. Par la suite, il a complété un doctorat en psychologie à Peabody College for Teachers (qui fait maintenant partie de l&#039;Université Vanderbilt) où il s&#039;est spécialisé dans la déficience intellectuelle et l&#039;orthopédagogie. Il a effectué des recherches sur la déficience intellectuelle pour Nebraska Psychiatric Institute, à l&#039;University of Nebraska Medical School, Omaha entre 1964 et 1971. Entre 1971 et 1973, il était chercheur à l&#039;Association canadienne pour l&#039;intégration communautaire à Toronto, Canada. Il est présentement directeur du Training Institute for Human Service Planning, Leadership and Change Agentry à l&#039;Université Syracuse à Syracuse (New York). La majorité de son travail traite des idéologies, structures et l&#039;élaboration des systèmes de service à la personne, surtout en ce qui concerne les personnes présentant une déficience intellectuelle et leurs familles. Il est auteur ou co-auteur de plus de 40 livres et monographies, et a composé plus de 250 chapitres et articles. Ses œuvres, Changing Patterns in Residential Services for the Mentally Retarded, The Principle of Normalization, PASS et PASSING sont sans doute les plus reconnus. Son travail a été traduit en onze langues. Dr. Wolfensberger a créé le Parrainage Civique et la Valorisation de Rôles Sociaux et a été le principal promoteur de la normalisation en Amérique du Nord. En 1999, des représentants de sept grandes organisations dans le domaine de la déficience intellectuelle ont sélectionné Dr. Wolf Wolfensberger parmi les 35 individus ayant eu le plus grand impact sur la déficience intellectuelle au monde dans le XXe siècle. Au Québec, son œuvre et sa philosophie ont inspiré plusieurs citoyens à créer des organismes. Aujourd&#039;hui, le Regroupement québécois du parrainage civique (RQPC), qui existe depuis 1980, représente une vingtaine d&#039;organismes œuvrant en parrainage civique partout au Québec. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
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		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9877</id>
		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2013-01-27T23:03:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Basaglia, Franco psychiatre italien (1924-1980). Psychiatre et militant marxiste, Franco Basaglia s&#039;est engagé en de multiples domaines et a suscité des controverses variées. Né à Venise, il se tourne vers la psychiatrie en 1958, après des études de médecine puis une spécialisation en neurologie, qu&#039;il a achevée en 1952. C&#039;est en 1961 que débute l&#039;expérience de Gorizia, l&#039;hôpital psychiatrique proche de Trieste auquel il a attaché son nom. Après avoir décidé de faire sortir de l&#039;hôpital de Gorizia, marqué par une longue tradition asilaire, ceux qui y étaient internés, Basaglia s&#039;efforce de rendre compte, à l&#039;adresse de l&#039;Italie et des autres pays, de la signification politique de l&#039;événement et publie alors L&#039;Institution en négation. L&#039;expérience de cet hôpital des confins orientaux de la péninsule devient par là même un pôle d&#039;attraction international. Ce mélange d&#039;audace et de pragmatisme marquera les entreprises, toujours à la fois un peu folles et solidement préparées, qui, après Gorizia, se dérouleront à Trieste, à Parme puis à Rome. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bergier-Moreillon, Jacques (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)(1911-2002). Né à Morges, part pour vivre à Lausanne à l&#039;age de 9ans. De nature timide, il s&#039;engage dans le scoutisme, le sport et dans le théâtre afin de se mouvoir dans la société. Ainsi, il s&#039;est servi du psychodrame comme moyen privilégié pour comprendre et soigner les enfants perturbés. Directeur adjoint de l&#039;office médicopédagogique vaudois auprès de Dr. Lucien Bovet en 1945, il lui succède en 1952 après avoir survécu à la tuberculose (et suite au décès accidentel de Dr Bovet). Collabore également au Bercail, annexe psychothérapeutique de l&#039;Hôpital de l&#039;Enfance. En 1956, directeur de service ed l&#039;enfance (Protection de la Jeunesse auourd&#039;hui). Mai 1968 lui révèle son épanouissement pour les doctrines socio éducatives respectant la dynamique des groupes, la non-directivité, les approches centrée sur le corps... il abandonne alors la directiojn du Service de l&#039;Enfance pour enseigner à l&#039;Université, à l&#039;école des sciences soiales et politiques, la discipline de psychopédagogie médico-sociale. Il poursuit son activité du Bercail jusqu&#039;en 1983, année de sa retraite et travaille alors à la fondation Delafontaine pendant une dizaine d&#039;années pratiquant avec ferveur la musicothérapie auprès d&#039;adolescents handicapés. Il meurt suite à une brève maladie à l&#039;âge de 91 ans. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bierens de Hahn, Bachtold. Psychiatre, ancien collaborateur CICR, Paris et Genève. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet, André : Neuropsychiatre, Boston&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister, Jean Jacques : Psychiatre, Médecin Chef Bel Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chatelanat, Gisela (professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chavanne, André (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cooper, David, (1931-1986) a été l&#039;inventeur du mot “antipsychiatrie”. Il naquit au Cap, en Afrique du Sud, en 1931, dans une &amp;quot;famille ordinaire&amp;quot;. Il s&#039;orienta vers la médecine et obtient son diplôme en 1955. Il vint poursuivre ses études à Londres, pour obtenir en 1960 le diplôme de Psychological Medicine.  En 1962, il ouvre le &amp;quot;pavillon 21&amp;quot;, une unité expérimentale pour schizophrènes, dans un hôpital psychiatrique londonien où il va mettre en pratique ses théories antipsychiatriques. Durant ces années, il s&#039;engagea dans les expériences hospitalières puis communautaires afin de créer des réseaux d&#039;alternative à la psychiatrie. Il avait une position critique du pouvoir et du rôle de l&#039;institution. Pour lui, l&#039;institution empêchait l&#039;émergence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Degoumois, Valy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (neuropsychiatre et psychanalyste, représentant d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste --&amp;gt; psychiatrie de secteur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droz, Jean-Claude administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring, Jean-Jacques : Neuropsychiatre, thérapeute de famille (1937-1987) Médecin-Directeur de l’Hôpital psychiatrique de Marsens depuis janvier 1981. Il fait ses études médicales à Genève en les orientant sur les affections nerveuses de l’enfant. Il entre en 1968 dans les Institutions Universitaires de Psychiatrie de Genève où il suit sa formation psychiatrique sous la tutelle du Pr J. AJURIAGUERRA. Il met en place à Genève le Centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale. Il prend la direction de l’Hôpital psychiatrique de Marsens et y crée une division de psychiatrie gériatrique et une division d’investigation et de traitement pour adolescents et jeunes adultes. Promu au grade de colonel, il devient chef du Service psychologique de l’armée. Source : « Thérapie familiale », n.1, 1987 [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Engler, Klaus : Éducateur de rue à Genève [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Garonne, Gaston : Psychiatre à Genève et successeur de Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Grasset, François (psychiatre). Il a mis en place les ateliers protégés d&#039;occupation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hainal, Prof.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jervis, Giovanni collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jones, Maxwell psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laing, Ronald&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lalive, Jacqueline&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loizeau, Pierre-André: Directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève; chargé de cours (biologie) à l&#039;Université de Lausanne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pahud, Claude : Directeur école sociale à Lausanne. Né le 29 mai 1959, Claude Pahud, licencié en sociologie et anthropologie de l&#039;Université de Lausanne travaille à la sortie de ses études comme libraire à la librairie Basta!, puis collabore au titre de rédacteur à l&#039;hebdomadaire Domaine Public. En 1995, Claude Pahud publie un guide alternatif sur Lausanne Lausanne, autrement puis crée dans la foulée les Éditions Antipodes, spécialisées principalement en sciences humaines (sociologie, sciences politiques, anthropologie, etc.) mais publiant également des textes littéraires. Composé en majorité de textes académiques, mais pas exclusivement, le catalogue réunit plusieurs disciplines et vise à éclairer des pans de la vie sociale, dissimulés sous les voiles de la pensée commune ou des intérêts particuliers. En 2006, Claude Pahud reçoit le Prix Thorens pour avoir créé et fait rayonner les Editions Antipodes. SOURCES: Julien Burri 24 Heures 2007/03/27, p. 36 [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pasche, Bernard (psychologue). Fait partie de l&#039;Association Vaudoise des Psychologues. Membre de la commission &amp;quot;Psychologues des institutions parapubliques&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pelletier, Jacques. Jacques Pelletier détient une maîtrise en administration publique et a fait des études doctorales en gestion (évaluation) et en psychologie sociale. Leader reconnu et spécialiste de la politique sociale dans le domaine de la déficience, au Canada et en Europe francophone, il a joué un rôle déterminant, au cours des trente dernières années, dans la transformation des services en établissement offerts par les systèmes communautaires, partout au Canada et en Europe. Au fil des ans, il a acquis une expertise liée à l&#039;élaboration de solutions personnalisées pour les personnes souffrant d&#039;exclusion sociale. Il a fait son travail le plus connu à Genève auprès d&#039;adultes ayant des déficiences psychiques. Ses principaux intérêts cliniques sont l&#039;élaboration d&#039;approches holistiques à la prestation de services, l&#039;incidence des environnements sur le comportement humain et l&#039;observation clinique. Il a développé une expertise conceptuelle et pratique reconnue mondialement dans les domaines de la réadaptation, de l&#039;économie sociale et de l&#039;observation du comportement humain. Il intervient comme consultant auprès de dirigeants de compagnies, d&#039;agences, d&#039;établissements et d&#039;associations dans ces secteurs.&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier est associé à l&#039;École supérieure de management de l&#039;éthique et de la qualité dans les services humains, en France. À Genève, il est l&#039;associé de T-Interactions, un organisme privé sans but lucratif s&#039;occupant de psychiatrie sociale et d&#039;entreprises sociales ainsi que de AD-Consultant. De plus, il enseigne à l&#039;Institut de recherche évaluative et d&#039;intégration sociale et est coéditeur des Éditions des Deux Continents. En Amérique du Nord, il est associé à l&#039;organisme Shriver Nursing and Family Lives (situé à Boston) et à l&#039;Institut Valor, au Canada. En outre, il est l&#039;un des membres fondateurs d&#039;Integra International, un organisme international établi à Genève qui soutient l&#039;innovation dans le domaine des services humains. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Regamay, Françoise (artiste)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli, Franco : Psychiatre, Trieste, Naple&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thorel, Marie-Louise (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tissot, René ( directeur médical de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Uldry, Raymond &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vaney, Louis (chargé de cours à la FAPSE). Enseignant en éducation spéciale. Psychopédagogue, consultant international. Directeur du Centre de Formation Continue pour Adultes (Genève), ancien responsable du secteur Education Spéciale Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education. Université de Genève : &amp;quot; Désinstitutionnalisation et intégration : quelle place pour les établissements spécialisés ?&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wolfensberger, Wolf (VRS: valorisation des rôles sociaux). est né à Manheim en Allemagne en 1934 et a émigré aux États-Unis en 1950. Il a étudié la psychologie à la faculté de Siena à Memphis (Tennessee) et a obtenu une maîtrise de psychologie clinique à l&#039;Université St. Louis. Par la suite, il a complété un doctorat en psychologie à Peabody College for Teachers (qui fait maintenant partie de l&#039;Université Vanderbilt) où il s&#039;est spécialisé dans la déficience intellectuelle et l&#039;orthopédagogie. Il a effectué des recherches sur la déficience intellectuelle pour Nebraska Psychiatric Institute, à l&#039;University of Nebraska Medical School, Omaha entre 1964 et 1971. Entre 1971 et 1973, il était chercheur à l&#039;Association canadienne pour l&#039;intégration communautaire à Toronto, Canada. Il est présentement directeur du Training Institute for Human Service Planning, Leadership and Change Agentry à l&#039;Université Syracuse à Syracuse (New York). La majorité de son travail traite des idéologies, structures et l&#039;élaboration des systèmes de service à la personne, surtout en ce qui concerne les personnes présentant une déficience intellectuelle et leurs familles. Il est auteur ou co-auteur de plus de 40 livres et monographies, et a composé plus de 250 chapitres et articles. Ses œuvres, Changing Patterns in Residential Services for the Mentally Retarded, The Principle of Normalization, PASS et PASSING sont sans doute les plus reconnus. Son travail a été traduit en onze langues. Dr. Wolfensberger a créé le Parrainage Civique et la Valorisation de Rôles Sociaux et a été le principal promoteur de la normalisation en Amérique du Nord. En 1999, des représentants de sept grandes organisations dans le domaine de la déficience intellectuelle ont sélectionné Dr. Wolf Wolfensberger parmi les 35 individus ayant eu le plus grand impact sur la déficience intellectuelle au monde dans le XXe siècle. Au Québec, son œuvre et sa philosophie ont inspiré plusieurs citoyens à créer des organismes. Aujourd&#039;hui, le Regroupement québécois du parrainage civique (RQPC), qui existe depuis 1980, représente une vingtaine d&#039;organismes œuvrant en parrainage civique partout au Québec. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9876</id>
		<title>Index de personnes</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9876"/>
		<updated>2013-01-27T23:01:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Basaglia, Franco psychiatre italien (1924-1980). Psychiatre et militant marxiste, Franco Basaglia s&#039;est engagé en de multiples domaines et a suscité des controverses variées. Né à Venise, il se tourne vers la psychiatrie en 1958, après des études de médecine puis une spécialisation en neurologie, qu&#039;il a achevée en 1952. C&#039;est en 1961 que débute l&#039;expérience de Gorizia, l&#039;hôpital psychiatrique proche de Trieste auquel il a attaché son nom. Après avoir décidé de faire sortir de l&#039;hôpital de Gorizia, marqué par une longue tradition asilaire, ceux qui y étaient internés, Basaglia s&#039;efforce de rendre compte, à l&#039;adresse de l&#039;Italie et des autres pays, de la signification politique de l&#039;événement et publie alors L&#039;Institution en négation. L&#039;expérience de cet hôpital des confins orientaux de la péninsule devient par là même un pôle d&#039;attraction international. Ce mélange d&#039;audace et de pragmatisme marquera les entreprises, toujours à la fois un peu folles et solidement préparées, qui, après Gorizia, se dérouleront à Trieste, à Parme puis à Rome. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bergier-Moreillon, Jacques (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)(1911-2002). Né à Morges, part pour vivre à Lausanne à l&#039;age de 9ans. De nature timide, il s&#039;engage dans le scoutisme, le sport et dans le théâtre afin de se mouvoir dans la société. Ainsi, il s&#039;est servi du psychodrame comme moyen privilégié pour comprendre et soigner les enfants perturbés. Directeur adjoint de l&#039;office médicopédagogique vaudois auprès de Dr. Lucien Bovet en 1945, il lui succède en 1952 après avoir survécu à la tuberculose (et suite au décès accidentel de Dr Bovet). Collabore également au Bercail, annexe psychothérapeutique de l&#039;Hôpital de l&#039;Enfance. En 1956, directeur de service ed l&#039;enfance (Protection de la Jeunesse auourd&#039;hui). Mai 1968 lui révèle son épanouissement pour les doctrines socio éducatives respectant la dynamique des groupes, la non-directivité, les approches centrée sur le corps... il abandonne alors la directiojn du Service de l&#039;Enfance pour enseigner à l&#039;Université, à l&#039;école des sciences soiales et politiques, la discipline de psychopédagogie médico-sociale. Il poursuit son activité du Bercail jusqu&#039;en 1983, année de sa retraite et travaille alors à la fondation Delafontaine pendant une dizaine d&#039;années pratiquant avec ferveur la musicothérapie auprès d&#039;adolescents handicapés. Il meurt suite à une brève maladie à l&#039;âge de 91 ans. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bierens de Hahn, Bachtold. Psychiatre, ancien collaborateur CICR, Paris et Genève. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet, André : Neuropsychiatre, Boston&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister, Jean Jacques : Psychiatre, Médecin Chef Bel Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chatelanat, Gisela (professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chavanne, André (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cooper, David, (1931-1986) a été l&#039;inventeur du mot “antipsychiatrie”. Il naquit au Cap, en Afrique du Sud, en 1931, dans une &amp;quot;famille ordinaire&amp;quot;. Il s&#039;orienta vers la médecine et obtint son diplôme en 1955. Il vint poursuivre ses études à Londres, pour obtenir en 1960 le diplôme de Psychological Medicine. Dans les années 60, il s&#039;engagea dans les expériences hospitalières puis communautaires afin de créer des réseaux d&#039;alternative à la psychiatrie. En 1962, il ouvre le &amp;quot;pavillon 21&amp;quot;, une unité expérimentale pour schizophrènes, dans un hôpital psychiatrique londonien où il va mettre en pratique ses théories antipsychiatriques. Il avait une position critique du pouvoir et du rôle de l&#039;institution. Pour lui, l&#039;institution empêchait l&#039;émergence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Degoumois, Valy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (neuropsychiatre et psychanalyste, représentant d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste --&amp;gt; psychiatrie de secteur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droz, Jean-Claude administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring, Jean-Jacques : Neuropsychiatre, thérapeute de famille (1937-1987) Médecin-Directeur de l’Hôpital psychiatrique de Marsens depuis janvier 1981. Il fait ses études médicales à Genève en les orientant sur les affections nerveuses de l’enfant. Il entre en 1968 dans les Institutions Universitaires de Psychiatrie de Genève où il suit sa formation psychiatrique sous la tutelle du Pr J. AJURIAGUERRA. Il met en place à Genève le Centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale. Il prend la direction de l’Hôpital psychiatrique de Marsens et y crée une division de psychiatrie gériatrique et une division d’investigation et de traitement pour adolescents et jeunes adultes. Promu au grade de colonel, il devient chef du Service psychologique de l’armée. Source : « Thérapie familiale », n.1, 1987 [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Engler, Klaus : Éducateur de rue à Genève [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Garonne, Gaston : Psychiatre à Genève et successeur de Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Grasset, François (psychiatre). Il a mis en place les ateliers protégés d&#039;occupation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hainal, Prof.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jervis, Giovanni collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jones, Maxwell psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laing, Ronald&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lalive, Jacqueline&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loizeau, Pierre-André: Directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève; chargé de cours (biologie) à l&#039;Université de Lausanne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pahud, Claude : Directeur école sociale à Lausanne. Né le 29 mai 1959, Claude Pahud, licencié en sociologie et anthropologie de l&#039;Université de Lausanne travaille à la sortie de ses études comme libraire à la librairie Basta!, puis collabore au titre de rédacteur à l&#039;hebdomadaire Domaine Public. En 1995, Claude Pahud publie un guide alternatif sur Lausanne Lausanne, autrement puis crée dans la foulée les Éditions Antipodes, spécialisées principalement en sciences humaines (sociologie, sciences politiques, anthropologie, etc.) mais publiant également des textes littéraires. Composé en majorité de textes académiques, mais pas exclusivement, le catalogue réunit plusieurs disciplines et vise à éclairer des pans de la vie sociale, dissimulés sous les voiles de la pensée commune ou des intérêts particuliers. En 2006, Claude Pahud reçoit le Prix Thorens pour avoir créé et fait rayonner les Editions Antipodes. SOURCES: Julien Burri 24 Heures 2007/03/27, p. 36 [[Utilisateur:Aline Armeli|(Aline)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pasche, Bernard (psychologue). Fait partie de l&#039;Association Vaudoise des Psychologues. Membre de la commission &amp;quot;Psychologues des institutions parapubliques&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pelletier, Jacques. Jacques Pelletier détient une maîtrise en administration publique et a fait des études doctorales en gestion (évaluation) et en psychologie sociale. Leader reconnu et spécialiste de la politique sociale dans le domaine de la déficience, au Canada et en Europe francophone, il a joué un rôle déterminant, au cours des trente dernières années, dans la transformation des services en établissement offerts par les systèmes communautaires, partout au Canada et en Europe. Au fil des ans, il a acquis une expertise liée à l&#039;élaboration de solutions personnalisées pour les personnes souffrant d&#039;exclusion sociale. Il a fait son travail le plus connu à Genève auprès d&#039;adultes ayant des déficiences psychiques. Ses principaux intérêts cliniques sont l&#039;élaboration d&#039;approches holistiques à la prestation de services, l&#039;incidence des environnements sur le comportement humain et l&#039;observation clinique. Il a développé une expertise conceptuelle et pratique reconnue mondialement dans les domaines de la réadaptation, de l&#039;économie sociale et de l&#039;observation du comportement humain. Il intervient comme consultant auprès de dirigeants de compagnies, d&#039;agences, d&#039;établissements et d&#039;associations dans ces secteurs.&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier est associé à l&#039;École supérieure de management de l&#039;éthique et de la qualité dans les services humains, en France. À Genève, il est l&#039;associé de T-Interactions, un organisme privé sans but lucratif s&#039;occupant de psychiatrie sociale et d&#039;entreprises sociales ainsi que de AD-Consultant. De plus, il enseigne à l&#039;Institut de recherche évaluative et d&#039;intégration sociale et est coéditeur des Éditions des Deux Continents. En Amérique du Nord, il est associé à l&#039;organisme Shriver Nursing and Family Lives (situé à Boston) et à l&#039;Institut Valor, au Canada. En outre, il est l&#039;un des membres fondateurs d&#039;Integra International, un organisme international établi à Genève qui soutient l&#039;innovation dans le domaine des services humains. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Regamay, Françoise (artiste)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli, Franco : Psychiatre, Trieste, Naple&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thorel, Marie-Louise (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tissot, René ( directeur médical de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Uldry, Raymond &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vaney, Louis (chargé de cours à la FAPSE). Enseignant en éducation spéciale. Psychopédagogue, consultant international. Directeur du Centre de Formation Continue pour Adultes (Genève), ancien responsable du secteur Education Spéciale Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education. Université de Genève : &amp;quot; Désinstitutionnalisation et intégration : quelle place pour les établissements spécialisés ?&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wolfensberger, Wolf (VRS: valorisation des rôles sociaux). est né à Manheim en Allemagne en 1934 et a émigré aux États-Unis en 1950. Il a étudié la psychologie à la faculté de Siena à Memphis (Tennessee) et a obtenu une maîtrise de psychologie clinique à l&#039;Université St. Louis. Par la suite, il a complété un doctorat en psychologie à Peabody College for Teachers (qui fait maintenant partie de l&#039;Université Vanderbilt) où il s&#039;est spécialisé dans la déficience intellectuelle et l&#039;orthopédagogie. Il a effectué des recherches sur la déficience intellectuelle pour Nebraska Psychiatric Institute, à l&#039;University of Nebraska Medical School, Omaha entre 1964 et 1971. Entre 1971 et 1973, il était chercheur à l&#039;Association canadienne pour l&#039;intégration communautaire à Toronto, Canada. Il est présentement directeur du Training Institute for Human Service Planning, Leadership and Change Agentry à l&#039;Université Syracuse à Syracuse (New York). La majorité de son travail traite des idéologies, structures et l&#039;élaboration des systèmes de service à la personne, surtout en ce qui concerne les personnes présentant une déficience intellectuelle et leurs familles. Il est auteur ou co-auteur de plus de 40 livres et monographies, et a composé plus de 250 chapitres et articles. Ses œuvres, Changing Patterns in Residential Services for the Mentally Retarded, The Principle of Normalization, PASS et PASSING sont sans doute les plus reconnus. Son travail a été traduit en onze langues. Dr. Wolfensberger a créé le Parrainage Civique et la Valorisation de Rôles Sociaux et a été le principal promoteur de la normalisation en Amérique du Nord. En 1999, des représentants de sept grandes organisations dans le domaine de la déficience intellectuelle ont sélectionné Dr. Wolf Wolfensberger parmi les 35 individus ayant eu le plus grand impact sur la déficience intellectuelle au monde dans le XXe siècle. Au Québec, son œuvre et sa philosophie ont inspiré plusieurs citoyens à créer des organismes. Aujourd&#039;hui, le Regroupement québécois du parrainage civique (RQPC), qui existe depuis 1980, représente une vingtaine d&#039;organismes œuvrant en parrainage civique partout au Québec. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9875</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2013-01-27T22:31:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Trajets et la mobilisation de la communauté */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9874</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9874"/>
		<updated>2013-01-27T22:26:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&amp;#039;accueil et de rencontre non médicalisé */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9873</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9873"/>
		<updated>2013-01-27T22:21:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Une désinstitutionalisation libératrice */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9872</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9872"/>
		<updated>2013-01-27T22:18:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Une désinstitutionalisation libératrice */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9871</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9871"/>
		<updated>2013-01-27T22:15:30Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Une désinstitutionalisation libératrice */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9870</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9870"/>
		<updated>2013-01-27T22:07:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9869</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9869"/>
		<updated>2013-01-27T22:03:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* De l&amp;#039;enfermement à la libération */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées dans lequel il travaillera une dizaine d&#039;année tout en s&#039;engageant, dès 1971, comme formateur à l&#039;école d&#039;éducateur créée à Genève par Paul Weber en 1970.  &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9868</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2013-01-27T21:56:54Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* La prise de conscience */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon. Puis, dans les années 70, il est engagé à Caritas jeunesse avec l&#039;idée d&#039;y organiser des camps de vacances et des colonies. Il se rend compte qu&#039;il aime créer des choses nouvelles, qui n&#039;existent pas encore. Dans ces camps de vacances, il accueille des gens handicapés. Première ébauche du secteur des handicapés au sein de Caritas. Une activité professionnelle qu&#039;il poursuit pendant dix ans tout en enseignant comme formateur à l&#039;école sociale où le directeur Paul Weber ouvre une section pour la formation des éducateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est alors que le Prof. [[Index|Eisenring]], qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le Centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale, est venu lui demander s&#039;il ne voulait pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes, puisqu&#039;il connaissait déjà le champ de la déficience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées dans lequel il travaillera une dizaine d&#039;année tout en s&#039;engageant, dès 1971, comme formateur à l&#039;école d&#039;éducateur créée à Genève par Paul Weber en 1970.  &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9867</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9867"/>
		<updated>2013-01-27T21:49:21Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* De l&amp;#039;enfermement à la libération */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon. Puis, dans les années 70, il est engagé à Caritas jeunesse avec l&#039;idée d&#039;y organiser des camps de vacances et des colonies. Il se rend compte qu&#039;il aime créer des choses nouvelles, qui n&#039;existent pas encore. Dans ces camps de vacances, il accueille des gens handicapés. Première ébauche du secteur des handicapés au sein de Caritas. Une activité professionnelle qu&#039;il poursuit pendant dix ans tout en enseignant comme formateur à l&#039;école sociale où le directeur Paul Weber ouvre une section pour la formation des éducateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est alors que le Prof. [[Index|Eisenring]], qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le Centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale, est venu lui demander s&#039;il ne voulait pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes, puisqu&#039;il connaissait déjà le champ de la déficience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous lever le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activité pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées dans lequel il travaillera une dizaine d&#039;année tout en s&#039;engageant, dès 1971, comme formateur à l&#039;école d&#039;éducateur créée à Genève par Paul Weber en 1970.  &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9866</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9866"/>
		<updated>2013-01-27T21:39:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* L&amp;#039;enfance du refus de l&amp;#039;enfermement */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire. Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le Biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonie de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnels pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon. Puis, dans les années 70, il est engagé à Caritas jeunesse avec l&#039;idée d&#039;y organiser des camps de vacances et des colonies. Il se rend compte qu&#039;il aime créer des choses nouvelles, qui n&#039;existent pas encore. Dans ces camps de vacances, il accueille des gens handicapés. Première ébauche du secteur des handicapés au sein de Caritas. Une activité professionnelle qu&#039;il poursuit pendant dix ans tout en enseignant comme formateur à l&#039;école sociale où le directeur Paul Weber ouvre une section pour la formation des éducateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est alors que le Prof. [[Index|Eisenring]], qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale, est venu lui demander si il ne voulait pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes, puisqu&#039;il connaissait déjà le champ de la déficience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;ils subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critiques sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsable, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;ils changent tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous lever le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activité pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées dans lequel il travaillera une dizaine d&#039;année tout en s&#039;engageant, dès 1971, comme formateur à l&#039;école d&#039;éducateur créée à Genève par Paul Weber en 1970.  &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9865</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9865"/>
		<updated>2013-01-27T20:36:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* L&amp;#039;enfance du refus de l&amp;#039;enfermement */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les école. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résilient qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suis des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec  60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes  (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des institueurs/trices spécialisées et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire. Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le Biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonie de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnels pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon. Puis, dans les années 70, il est engagé à Caritas jeunesse avec l&#039;idée d&#039;y organiser des camps de vacances et des colonies. Il se rend compte qu&#039;il aime créer des choses nouvelles, qui n&#039;existent pas encore. Dans ces camps de vacances, il accueille des gens handicapés. Première ébauche du secteur des handicapés au sein de Caritas. Une activité professionnelle qu&#039;il poursuit pendant dix ans tout en enseignant comme formateur à l&#039;école sociale où le directeur Paul Weber ouvre une section pour la formation des éducateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est alors que le Prof. [[Index|Eisenring]], qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale, est venu lui demander si il ne voulait pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes, puisqu&#039;il connaissait déjà le champ de la déficience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;ils subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critiques sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsable, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;ils changent tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous lever le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activité pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées dans lequel il travaillera une dizaine d&#039;année tout en s&#039;engageant, dès 1971, comme formateur à l&#039;école d&#039;éducateur créée à Genève par Paul Weber en 1970.  &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9864</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9864"/>
		<updated>2013-01-27T19:08:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Dire et saisir le temps pour écrire l&amp;#039;histoire */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les événements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:Exemple.jpg]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, Juan Ajuriaguerra, mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel, et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagée par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet événement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un événement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il cris, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les école. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résilient qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suis des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec  60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes  (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des institueurs/trices spécialisées et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire. Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le Biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains événements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonie de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnels pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon. Puis, dans les années 70, il est engagé à Caritas jeunesse avec l&#039;idée d&#039;y organiser des camps de vacances et des colonies. Il se rend compte qu&#039;il aime créer des choses nouvelles, qui n&#039;existent pas encore. Dans ces camps de vacances, il accueille des gens handicapés. Première ébauche du secteur des handicapés au sein de Caritas. Une activité professionnelle qu&#039;il poursuit pendant dix ans tout en enseignant comme formateur à l&#039;école sociale où le directeur Paul Weber ouvre une section pour la formation des éducateurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est alors que le Prof. [[Index|Eisenring]], qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale, est venu lui demander si il ne voulait pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes, puisqu&#039;il connaissait déjà le champ de la déficience.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;ils subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critiques sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsable, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;ils changent tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous lever le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activité pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées dans lequel il travaillera une dizaine d&#039;année tout en s&#039;engageant, dès 1971, comme formateur à l&#039;école d&#039;éducateur créée à Genève par Paul Weber en 1970.  &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des événements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le Quatre, Alain Dupont fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel, qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (office fédéral des assurances sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment).  C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens.. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Discussion:Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9765</id>
		<title>Discussion:Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Discussion:Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9765"/>
		<updated>2012-12-23T13:19:32Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Article sur la valorisation des rôles -- ~~~~ */ nouvelle section&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;==  -- [[Utilisateur:Ruchat|Ruchat]] ([[Discussion utilisateur:Ruchat|discussion]]) 23 octobre 2012 à 20:45 (CEST) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous suggère d&#039;alimenter le texte d&#039;introduction générale par des éléments qui s&#039;inscrivent dans cette narration en donnant des éléments puisés dans vos lectures.&lt;br /&gt;
Je vous propose de mettre déjà des sous-titre ou intention de sous chapitre pour construire l&#039;introduction. Qu&#039;est-ce que vous avez retenu de vos lectures qui permettent d&#039;introduire le récit biographique d&#039;Alain Dupont?&lt;br /&gt;
Attention de ne pas &amp;quot;balancer dans l&#039;article&amp;quot; des éléments sans maintenir une cohérence d&#039;ensemble. La partie récit biographique devra être écrit par les deux personnes qui à chaque fois on fait l&#039;entretien. Cela n&#039;empêche nullement que les autre personne y apportent des modifications par la suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Attention la question de Dionna n&#039;est pas très claire: est-ce désinstitutionalisation plutôt que démédicalisation, car c&#039;est bien plutôt l&#039;arrivée des neuroleptiques qui a permis la sectorisation. Ne risquez-vous pas de poser une question évidente? Il faudrait quelques arguments tout de même!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Re: -- [[Utilisateur:Aline Armeli|Aline Armeli]] ([[Discussion utilisateur:Aline Armeli|discussion]]) 7 novembre 2012 à 12:33 (CET)===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me demandais s&#039;il n&#039;était pas mieux de se couper les tranches d&#039;années pour l&#039;introduction. On risque d&#039;un peu répéter les mêmes choses si tous le monde reprend la chronologie et tous le monde écrit une introduction. Ce n&#039;est qu&#039;une suggestion =)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  -- [[Utilisateur:Ruchat|Ruchat]] ([[Discussion utilisateur:Ruchat|discussion]]) 13 novembre 2012 à 09:43 (CET) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une excellente idée! peut-être pouvez-vous suggérer des sous-titres même indicatifs!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Re: -- [[Utilisateur:Aline Armeli|Aline Armeli]] ([[Discussion utilisateur:Aline Armeli|discussion]]) 13 novembre 2012 à 21:48 (CET)===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je regarde ça avec les filles demain alors =)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  -- [[Utilisateur:Ruchat|Ruchat]] ([[Discussion utilisateur:Ruchat|discussion]]) 19 novembre 2012 à 11:45 (CET) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aline, j&#039;ai modifié un peu vos questions et réparti entre nous deux les thèmes. Il me semble que M. Dupont a déjà assez raconté (description), il faudrait l&#039;amener à analyser un peu son chemin, car c&#039;est bien cela qu&#039;il faudra écrire maintenant: ce fil conducteur, son moteur d&#039;engagement: quel est-il?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
===Re: -- [[Utilisateur:Aline Armeli|Aline Armeli]] ([[Discussion utilisateur:Aline Armeli|discussion]]) 19 novembre 2012 à 18:49 (CET)===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pas de soucis, je prend note des modifications de questions =) Il faudra que je vous pose une question sur l&#039;introduction mais je le ferais de vive voix.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  -- [[Utilisateur:Ruchat|Ruchat]] ([[Discussion utilisateur:Ruchat|discussion]]) 19 novembre 2012 à 11:46 (CET) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je mets en attente le texte de Dionna&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
LES DÉBUTS «INSTITUTIONNELS» DE MONSIEUR ALAIN DUPONT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, à l&#039;âge de 20 ans, Monsieur A. Dupont entre en stage dans l&#039;Institut de Serix-sur-Oron (VD) [1]. Un institut au passé lourd, qui a été créé en 1863 comme colonie agricole et professionnelle, comme centre de détention pour enfants et adolescents. Cet institut s’appelait jusqu’en 1991 &amp;quot;Institut Romand d’Éducation&amp;quot;. La fondation propose aujourd’hui un internat éducatif qui comporte une école spécialisée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au moment où Monsieur A. Dupont entre dans cet institut, il est logé à la même enseigne que les pensionnaires. Il dort dans une petite chambre, sous le toit, où il ne faisait parfois pas plus de 6 degrés en hiver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour Monsieur A. Dupont, cet institut relève plutôt du champ d’éducation que du champ de formation : «il y avait des personnes qui sont venues “former“ les éducateurs, elles nous ont donné des techniques de punitions à employer à l’égard des pensionnaires, des conditions sous lesquelles, il fallait les mettre en isolement (cachot)». Il y avait beaucoup de violence physique et verbale entre les pensionnaires. Monsieur A. Dupont met cela sur le compte de l’enfermement, de l’isolement et de la violence institutionnelle, en somme, les conditions auxquelles ont été exposés les jeunes pensionnaires.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait alors un événement qui a changé profondément son regard. Il avait placé un adolescent, considéré par l’institut comme sujet difficile, chez un agriculteur de la région. Monsieur A. Dupont prend des nouvelles au bout de quelques mois auprès du paysan, à son étonnement, l’agriculteur considère l’adolescent comme exemplaire à tout point de vue : «il se comporte parfaitement bien à table, débarrasse la table après les repas, fait la vaisselle, il effectue les tâches qu’on lui demande à la perfection, il s’exprime poliment et joue avec les enfants de manière passionnée». Cet agriculteur n’avait pas la moindre critique à faire à l’égard de l’adolescent, mais avait bien au contraire exprimé toutes les manières d’appréciation de qualité envers ce jeune homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Probablement, motivé par cette expérience, Monsieur A. Dupont s’engage alors dans une formation d’éducateur de groupe et suit en parallèle une recherche sur l’enseignement et la formation professionnelle pour des personnes déficientes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1970, à la mise en place de Caritas (camps de vacances, colonies), à Genève, il participe à la création d’un centre de formation spécialisée pour des enfants handicapés mentaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[1] Madame Martine Ruchat consacre un chapitre entier à l’histoire de la colonie de Serix-sur-Oron dans son ouvrage «L’oiseau et le cachot».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  -- [[Utilisateur:Ruchat|Ruchat]] ([[Discussion utilisateur:Ruchat|discussion]]) 11 décembre 2012 à 10:38 (CET) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous suggère de mettre le récit plutôt au présent historique cela allège le texte. Attention à ne pas répéter trop souvent Alain Dupont et mettre des pronoms; il, lequel, et de vous arranger dans la syntaxe pour qu&#039;il n&#039;y ait pas son nom à chaque phrase! (si cela est possible). Il faudrait que pour mercredi une bonne partie des chapitre (qui d&#039;ailleurs n&#039;ont pas été mis contrairement à ce qui avait été demandé: ce que j&#039;ai écrit sur le tableau noir devait il me semble constituer des chapitres).&lt;br /&gt;
il faut toujours partir de son récit à lui et non d&#039;un autre. Par exemple Vité... C&#039;est Dupont qui cite Vité? alors on peut en parler. Sinon on est dans une analyse qui pose Alain Dupont en un objet d&#039;étude ce qui n&#039;est pas l&#039;idée de la construction biographique à partir du témoignage, laquelle doit être une construction de sens à partir du souvenir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Article sur la valorisation des rôles -- [[Utilisateur:Perrine|Perrine]] ([[Discussion utilisateur:Perrine|discussion]]) 23 décembre 2012 à 14:19 (CET) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J&#039;ai trouvé deux textes d&#039;Alain Dupont sur la valorisation des rôles, je vous met le lien si ça peut aider certaines. &lt;br /&gt;
http://www.ad-consultants.ch/les-articles/19-le-principe-de-la-valorisation-des-roles-sociaux&lt;br /&gt;
http://www.ad-consultants.ch/les-articles/22-handicap-et-participation-sociale&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9764</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9764"/>
		<updated>2012-12-23T13:14:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande ou une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du ....., &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a récemment proposé une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives et de la recherche de nouvelle archives sur ce nouvel objet de l&#039;histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réflexion sur les formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en oeuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l&#039;Etat, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme oblige à penser des entreprises sociales qui ne soient pas seulement subventionnées par l&#039;Etat. Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique: ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prendre un acteur important de cette époque est une occasion, pour lui, de faire un retour par la mémoire, l&#039;archives (notamment photographiques) et pour les étudiantes de découvrir une époque inconnue, d&#039;apprendre à recevoir un témoignage et à écrire une biographie, fusse-t-elle qu&#039;une goutte d&#039;eau dans le vaste champ de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée du XXe siècle non encore exploré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outredes périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1963 – premier stage de formation effectué – et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et de la critique surtout lorsque la personne modifie sa manière de travailler ou de penser. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 n&#039;avait-il pas des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui ? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique des questionnements se font et des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, Une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour de la part d&#039;un jeune Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du centre femme, le comité contre l&#039;internement psychiatrique, le réseau romand contre la psychiatrie (qui édite un bulletin) et le comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital, le pouvoir qui leur est attaché et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, au dossier, et un consentement éclairé du patient. C&#039;est aussi un manière différente de concevoir la maladie mentale. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979, dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires, sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi dans ces années que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hôtel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, au jour aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Alain Dupont tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une formation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Synthèse élaborée en commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mots	principaux qui peuvent guider le récit et caractéristiques principales du personnage. Ces mots peuvent être la trame, titre et sous-titre du récit: (les mots principaux se trouvent à gauche; à droite se trouvent des thèmes qui caractérisent le personnage)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Enfermement -----                                Empirique, s’autoforme, formateur, évaluateur&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Rencontre, partage  -----                                    Valeurs chrétiennes  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Engagement militant: réforme de l’institution ou destruction ?  -----                Passionné&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Prise de risque quant à sortir de l’institution, pas de travailleurs, ni médecin -----  Entrepreneur, moi je&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Intégration, participation sociale, chacun a sa place dans la communauté  -----       Humilité, ouverture face aux autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La violence et l&#039;injustice ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Lorsqu’il est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par des faits d’enseignants. Il retrouve les lignes qu&#039;il avait perdu durant les colonies de vacances mais qui lui rappelait l&#039;armée. La discrimination existe fréquemment à l’intérieur de l’école à cette époque. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui se trouve dans cette école, mais qui est un peu turbulent, ou bien un peu caractériel comme ils disent à Serix. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon, et l’enseignant lui fait une remarque non justifiée. Il lève la main, et l’enseignant est sur le point de lui mettre une claque lorsque le couteau lui transperce la main. Il y a du sang partout, et un enfant de la classe tombe dans les pommes. Ce passage de sa vie est marquant car c’était de la pure injustice. Cet homme est ensuite parti en maison d’éducation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On retrouve d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Ou bien au sein même de la paroisse, et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à la justice sociale qui ne correspond pas au discours qu’on tient à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qu’on vous annonce, et ce qui se passe réellement. Il l’a retrouvé dans l’éducation au même titre que lorsqu’on parle de Serix ou bien après si on reprend les débuts de la sociothérapie, du Quatre et autre. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils étaient tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies à cette époque, ou bien elle sont systématiquement montrées du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues. Cela peut également se voir dans les école, cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images assez racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fond de lui, mais il ne les laisse pas remonter à la surface car tout simplement, si on y cède, on tombe dans des extrêmes et des abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est marqué par cette injustice lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation appelé l’Aubépine. Il voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui est dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny. Il n’y a donc pas de dialogue et il remet même la démocratie en doute. Il est ensuite marqué par des personnes, comme Michel Bassot qui est un français et qui partait dans l’humanitaire et qui leur parle de ses expériences. Il est considéré comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. Il se considère comme un homme résiliant en fin de compte, car il aurait choisi la transgression dans un autre cas, dans le sens de la délinquance pour combattre ces faits-là. Mais cela est, selon lui, inutile sous cette forme car il n’est pas possible d’analyser, de comprendre et d’essayer de construire à partir de cela. Il a donc construit quelque chose pour donner une place à ces personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&#039;&#039;A venir&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Au début des années 70, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées est créé. Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles, afin notamment d’encadrer les camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein même du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring était en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Emergent de nouvelles idées. Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur a donc proposé à Dupont de travailler avec lui, afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. Eisenring lui propose  d&#039;entreprendre un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont fait allusion à la présence de personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu&#039;aujourd&#039;hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
Dupont est alors très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir la situation dans laquelle vivent ces personnes et par leur environnement. Les personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il a beaucoup de considération pour le personnel qui fait alors un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
C’est le début de son &amp;quot;côté militant&amp;quot; dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont donc mis d’accord puisque qu&#039;il venait les prendre pour sortir de l&#039;hôpital psychiatrique, une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois Dupont avait des craintes à sortir notamment d&#039;être vu avec ces personnes qui n’en étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener à la campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation, et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville est alors une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, Alain Dupont a pu voir que le personnel médical soignait bien les patients et avait créé des relations de type non-verbal – mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre –. Il était conscient qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes. En effet, il juge que pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice le permettant, ce qui n’était pas le cas à Bel-Air, en se référent à la pièce n’ayant qu’une télévision et une seule chaise. &lt;br /&gt;
Lors de cette prise en charge, il lui a été donné la possibilité de rencontrer des personnes, selon ses dires « extraordinaires », comme « les Roland ». &lt;br /&gt;
Ces deux personnes présentaient une déficience relativement importante, « irrécupérable ». Malgré cet handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de tel sorte à ce qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat étaient d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Pour Dupont ce professeur de psychiatrie a des idées très novatrices pour son époque. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. Durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’élaboration du QUATRE, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu était d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne serait plus simplement question de travail individualisé mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine. &lt;br /&gt;
Par la suite, ce club se fera le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueillera certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraissaient être comme étant la suite logique à toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants était largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances ont aussi permis de faire des recherches. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tenait aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. &lt;br /&gt;
Cette recherche a permis à Alain Dupont de se rendre compte qu’ils étaient encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaitait tendre vers une réelle intégration. Il voulait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il a pris conscience qu&#039;au fond, à Bel-Air il y avait une duplicité &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; et finalement, on retrouvait plus ou moins ce même modèle dans le club de rencontre où il était question d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Comme cité avant, Alain Dupont, avec ses années d’expériences, a remarqué qu’au travers de la responsabilisation de ces personnes il observait de réelles compétences et capacités chez chacune d’elle. L’hôpital psychiatrique de par son manque d’ouverture au monde extérieur montre effectivement l’impossibilité de réveiller chez ces personnes leurs capacités à apprendre et à évoluer. Pour illustrer ceci, reprenons d’Alain Dupont. Il a rencontré une personne grabataire qui au travers de différentes situations réagissait aux différentes odeurs. D’où l’idée d’apporter à cette personne la possibilité d’aller dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expérience telle que celle ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres Alain Dupont a surtout appris à se connaître lui même et avec le recul c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes et fait remarquer que ces personnes avaient aussi des choses à nous apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot; mais il faut partager de réelles situations de vie du quotidien comme partager des repas et boire un verre. Aujourd’hui il continue à voir certaines personnes avec qui il a créé une amitié forte car ils ont partagé ensemble en terme d’émotions, de sentiments et simplement des choses de la vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Lors de la conférence deux professeurs étaient présents, le Prof. André Haynal, un psychanalyste, le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéressait à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droze. Quelques temps après, Jean-Claude Droze a pris contact avec Alain Dupont, et autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences, comme le Club du mercredi, avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe voulait avant tout que ce lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Alain Dupont continuait de travailler à Caritas et était professeur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
Lors de l’élaboration du projet, les auteurs savaient déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parla avec les étudiants de l’institut d’études sociales et leur proposa de pouvoir acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commença avec six étudiants. Alain Dupont essaya donc de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine était lancée. Les locaux leur ont été accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial louerait les lieux à 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs était différent du Club du mercredi car il proposait le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
Pour l’anecdote, le QUATRE tient son nom de part le numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de part l’inauguration faite le 4 janvier 1977. A contrario du Club du mercredi, le QUATRE se prédestinait plus à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  avaient donc lieu en dehors de ces moments soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui ont commencé à venir bénéficiaient d’un service de transport qui les descendait directement de Bel-Air. La clientèle était hétérogène, il y avait des personnes médicamentés, des personnes de différents niveaux sociaux, des personnes institutionnalisées mais aussi des gens du quartier, extérieur à ce milieu. Par contre, n’est tant pas un lieu de soin aucun infirmier, ni personnel médical était autorisé à venir au QUATRE. La particularité des projets d’Alain Dupont était de créer des lieux démédicalisés afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre , qui lui exposait son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont s’est rendu compte que ces personnes exprimaient des besoins, des désirs et ce sont des remarques telles que celles-ci qui l’interroge sur le bien fondé des établissements psychiatriques. Même si Alain Dupont ne se considère pas comme un antipsychiatrique, il est vrai qu’il doute de l’efficacité d’une vie médicalisé dans un lieu fermé. &lt;br /&gt;
Même en ayant une envie d’intégration, la tâche n’était pas toujours si facile. En effet, il n’était pas rare d’observer des crises, des hurlements, des coups violents, des gestes d’automutilation, des objets voler d’un coin de la pièce à l’autre et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, le personnel appréciait les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettaient de poser les choses, de trouver des solutions face aux possibles raisons de crises et d’élaborer des projets de vie. C’était une manière de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’avait pas la parole pour le rendre explicite. De plus, les synthèses permettaient aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourageait les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain.&lt;br /&gt;
Pour la direction administrative du CPSU et Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, était d’obtenir de réels résultats observables au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les  choses qui ont pris jusqu’à lors plus de 35 ans. 35 ans c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il était donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il fallait accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative à décider d’arrêter son financement, il n’y avait donc plus d’argent. Bien sûr, Alain Dupont en a décidé autrement. Après s’être consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Alain Dupont, ne voulant pas abandonner ce projet, décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en a été informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qu’il décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite se fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le QUATRE, il fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== IV Trajets  == &lt;br /&gt;
LA DESINSTITUTIONNALISATION LIBERATRICE&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené M. Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas a pris congé de ses engagements en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Ces personnes ont vécu si longtemps en instituts, qu’elles ont adopté un comportement formé et colmaté relatif aux fonctionnements institutionnels. De trouver la manière qui leur faciliterait une pensée autonome, d’être les acteurs de leur propre projet, ces besoins se sont faits sentir avec la fréquentation de ces personnes. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus il vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère, à leur abandon. La réaction que M. Dupont met à jour, lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, en témoigne de manière manifeste : devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont exprime bien clairement qu’il est non seulement choqué mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sont concernés pas le moindre du monde tout en se trouvant à leur côté.&lt;br /&gt;
Motivé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, M. Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettait aux personnes psychiatrisées à Bel-Air d’aller en foyer.&lt;br /&gt;
Par l’observation, M. Dupont remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur indépendance est donc relative à la possibilité de prendre part dans la société et progressive d’être les acteurs de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
Les voyages formant l’esprit, probablement influencé par l’exemple type de désinstitutionnalisation, de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, M. Dupont est imprégné de cette inscription qu’il a relevé sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» (Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionnalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.). Les deux personnes auxquelles se réfèrent M. Dupont quant à son influence dans le regard relatif à la nécessité de la dépsychiatrisation sont M. Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et M. Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, qui existe aujourd’hui partout dans le monde.&lt;br /&gt;
D’origine canadienne, M. Vannier a organisé l’Arche depuis Compiègnes en France. Il a été possible à M. Dupont de vivre quelque temps au sein de cette communauté. M. Lainé a rendu M. Dupont conscient du poids que pouvait prendre pour les personnes handicapées le regard qu’on posait sur elles, il y voit d’autant plus l’indispensable nécessité de structurer ces futurs lieux d’accueil en rapport avec cette élucidation, en organisant une rencontre à Genève entre M. Lainé, l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. M. Lainé met l’accent sur l’importance du poids que peut prendre l’influence psychiatrique exercée sur une personne psychiatrisée. Se contentant de poser leur diagnostic sur eux, les psychiatres ne tiennent pas compte de la parole d’une personne psychiatrisée. Diona&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans l’environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette année là à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à LE PHASE. &lt;br /&gt;
Trajets a pour but de trouver du travail aux personnes psychiatrisées, en tenant compte de eurs besoins et de leurs spécificités en terme d&#039;accueil et d&#039;aménagements du temps de travail. &lt;br /&gt;
C&#039;est une fonation qui offre des prestations tant au niveau socio-économmiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le week end et pendant les vacances) et qu&#039;au nivau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons vous présenter l&#039;entreprise Trajets en développant deux objectifs principaux d&#039;Alain Dupont à ce moment là. Tout d&#039;abord, il vise à faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Alain Dupont y parvient en changeant les pratiques de travailleurs sociaux de l&#039;époque et en valorisnt les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Ensuite, nous mettrons en avant les moyens mis en place par Alain Dupont pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté en les faisant participer socialement de façon active. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
Au vu des conditions assez précaires fournies par l’institution psychiatrique, Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions plus dignes humainement sur le long terme. A cet effet de nombreux appartements sont loués au nom d’Alain Dupont pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatriqueau sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9763</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9763"/>
		<updated>2012-12-23T13:11:42Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* II Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande ou une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du ....., &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a récemment proposé une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives et de la recherche de nouvelle archives sur ce nouvel objet de l&#039;histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réflexion sur les formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en oeuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l&#039;Etat, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme oblige à penser des entreprises sociales qui ne soient pas seulement subventionnées par l&#039;Etat. Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique: ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prendre un acteur important de cette époque est une occasion, pour lui, de faire un retour par la mémoire, l&#039;archives (notamment photographiques) et pour les étudiantes de découvrir une époque inconnue, d&#039;apprendre à recevoir un témoignage et à écrire une biographie, fusse-t-elle qu&#039;une goutte d&#039;eau dans le vaste champ de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée du XXe siècle non encore exploré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outredes périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1963 – premier stage de formation effectué – et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et de la critique surtout lorsque la personne modifie sa manière de travailler ou de penser. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 n&#039;avait-il pas des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui ? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique des questionnements se font et des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, Une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour de la part d&#039;un jeune Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du centre femme, le comité contre l&#039;internement psychiatrique, le réseau romand contre la psychiatrie (qui édite un bulletin) et le comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital, le pouvoir qui leur est attaché et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, au dossier, et un consentement éclairé du patient. C&#039;est aussi un manière différente de concevoir la maladie mentale. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979, dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires, sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi dans ces années que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hôtel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, au jour aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Alain Dupont tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une formation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Synthèse élaborée en commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mots	principaux qui peuvent guider le récit et caractéristiques principales du personnage. Ces mots peuvent être la trame, titre et sous-titre du récit: (les mots principaux se trouvent à gauche; à droite se trouvent des thèmes qui caractérisent le personnage)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Enfermement -----                                Empirique, s’autoforme, formateur, évaluateur&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Rencontre, partage  -----                                    Valeurs chrétiennes  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Engagement militant: réforme de l’institution ou destruction ?  -----                Passionné&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Prise de risque quant à sortir de l’institution, pas de travailleurs, ni médecin -----  Entrepreneur, moi je&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Intégration, participation sociale, chacun a sa place dans la communauté  -----       Humilité, ouverture face aux autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La violence et l&#039;injustice ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Lorsqu’il est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par des faits d’enseignants. Il retrouve les lignes qu&#039;il avait perdu durant les colonies de vacances mais qui lui rappelait l&#039;armée. La discrimination existe fréquemment à l’intérieur de l’école à cette époque. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui se trouve dans cette école, mais qui est un peu turbulent, ou bien un peu caractériel comme ils disent à Serix. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon, et l’enseignant lui fait une remarque non justifiée. Il lève la main, et l’enseignant est sur le point de lui mettre une claque lorsque le couteau lui transperce la main. Il y a du sang partout, et un enfant de la classe tombe dans les pommes. Ce passage de sa vie est marquant car c’était de la pure injustice. Cet homme est ensuite parti en maison d’éducation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On retrouve d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Ou bien au sein même de la paroisse, et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à la justice sociale qui ne correspond pas au discours qu’on tient à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qu’on vous annonce, et ce qui se passe réellement. Il l’a retrouvé dans l’éducation au même titre que lorsqu’on parle de Serix ou bien après si on reprend les débuts de la sociothérapie, du Quatre et autre. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils étaient tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies à cette époque, ou bien elle sont systématiquement montrées du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues. Cela peut également se voir dans les école, cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images assez racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fond de lui, mais il ne les laisse pas remonter à la surface car tout simplement, si on y cède, on tombe dans des extrêmes et des abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est marqué par cette injustice lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation appelé l’Aubépine. Il voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui est dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny. Il n’y a donc pas de dialogue et il remet même la démocratie en doute. Il est ensuite marqué par des personnes, comme Michel Bassot qui est un français et qui partait dans l’humanitaire et qui leur parle de ses expériences. Il est considéré comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. Il se considère comme un homme résiliant en fin de compte, car il aurait choisi la transgression dans un autre cas, dans le sens de la délinquance pour combattre ces faits-là. Mais cela est, selon lui, inutile sous cette forme car il n’est pas possible d’analyser, de comprendre et d’essayer de construire à partir de cela. Il a donc construit quelque chose pour donner une place à ces personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&#039;&#039;A venir&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Au début des années 70, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées est créé. Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles, afin notamment d’encadrer les camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein même du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring était en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Emergent de nouvelles idées. Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur a donc proposé à Dupont de travailler avec lui, afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. Eisenring lui propose  d&#039;entreprendre un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont fait allusion à la présence de personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu&#039;aujourd&#039;hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
Dupont est alors très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir la situation dans laquelle vivent ces personnes et par leur environnement. Les personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il a beaucoup de considération pour le personnel qui fait alors un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
C’est le début de son &amp;quot;côté militant&amp;quot; dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont donc mis d’accord puisque qu&#039;il venait les prendre pour sortir de l&#039;hôpital psychiatrique, une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois Dupont avait des craintes à sortir notamment d&#039;être vu avec ces personnes qui n’en étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener à la campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation, et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville est alors une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, Alain Dupont a pu voir que le personnel médical soignait bien les patients et avait créé des relations de type non-verbal – mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre –. Il était conscient qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes. En effet, il juge que pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice le permettant, ce qui n’était pas le cas à Bel-Air, en se référent à la pièce n’ayant qu’une télévision et une seule chaise. &lt;br /&gt;
Lors de cette prise en charge, il lui a été donné la possibilité de rencontrer des personnes, selon ses dires « extraordinaires », comme « les Roland ». &lt;br /&gt;
Ces deux personnes présentaient une déficience relativement importante, « irrécupérable ». Malgré cet handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de tel sorte à ce qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat étaient d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Pour Dupont ce professeur de psychiatrie a des idées très novatrices pour son époque. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. Durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’élaboration du QUATRE, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu était d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne serait plus simplement question de travail individualisé mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine. &lt;br /&gt;
Par la suite, ce club se fera le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueillera certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraissaient être comme étant la suite logique à toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants était largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances ont aussi permis de faire des recherches. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tenait aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. &lt;br /&gt;
Cette recherche a permis à Alain Dupont de se rendre compte qu’ils étaient encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaitait tendre vers une réelle intégration. Il voulait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il a pris conscience qu&#039;au fond, à Bel-Air il y avait une duplicité &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; et finalement, on retrouvait plus ou moins ce même modèle dans le club de rencontre où il était question d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Comme cité avant, Alain Dupont, avec ses années d’expériences, a remarqué qu’au travers de la responsabilisation de ces personnes il observait de réelles compétences et capacités chez chacune d’elle. L’hôpital psychiatrique de par son manque d’ouverture au monde extérieur montre effectivement l’impossibilité de réveiller chez ces personnes leurs capacités à apprendre et à évoluer. Pour illustrer ceci, reprenons d’Alain Dupont. Il a rencontré une personne grabataire qui au travers de différentes situations réagissait aux différentes odeurs. D’où l’idée d’apporter à cette personne la possibilité d’aller dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expérience telle que celle ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres Alain Dupont a surtout appris à se connaître lui même et avec le recul c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes et fait remarquer que ces personnes avaient aussi des choses à nous apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot; mais il faut partager de réelles situations de vie du quotidien comme partager des repas et boire un verre. Aujourd’hui il continue à voir certaines personnes avec qui il a créé une amitié forte car ils ont partagé ensemble en terme d’émotions, de sentiments et simplement des choses de la vie.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Lors de la conférence deux professeurs étaient présents, le Prof. André Haynal, un psychanalyste, le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéressait à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droze. Quelques temps après, Jean-Claude Droze a pris contact avec Alain Dupont, et autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences, comme le Club du mercredi, avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe voulait avant tout que ce lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Alain Dupont continuait de travailler à Caritas et était professeur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
Lors de l’élaboration du projet, les auteurs savaient déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parla avec les étudiants de l’institut d’études sociales et leur proposa de pouvoir acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commença avec six étudiants. Alain Dupont essaya donc de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine était lancée. Les locaux leur ont été accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial louerait les lieux à 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs était différent du Club du mercredi car il proposait le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
Pour l’anecdote, le QUATRE tient son nom de part le numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de part l’inauguration faite le 4 janvier 1977. A contrario du Club du mercredi, le QUATRE se prédestinait plus à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  avaient donc lieu en dehors de ces moments soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui ont commencé à venir bénéficiaient d’un service de transport qui les descendait directement de Bel-Air. La clientèle était hétérogène, il y avait des personnes médicamentés, des personnes de différents niveaux sociaux, des personnes institutionnalisées mais aussi des gens du quartier, extérieur à ce milieu. Par contre, n’est tant pas un lieu de soin aucun infirmier, ni personnel médical était autorisé à venir au QUATRE. La particularité des projets d’Alain Dupont était de créer des lieux démédicalisés afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre , qui lui exposait son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont s’est rendu compte que ces personnes exprimaient des besoins, des désirs et ce sont des remarques telles que celles-ci qui l’interroge sur le bien fondé des établissements psychiatriques. Même si Alain Dupont ne se considère pas comme un antipsychiatrique, il est vrai qu’il doute de l’efficacité d’une vie médicalisé dans un lieu fermé. &lt;br /&gt;
Même en ayant une envie d’intégration, la tâche n’était pas toujours si facile. En effet, il n’était pas rare d’observer des crises, des hurlements, des coups violents, des gestes d’automutilation, des objets voler d’un coin de la pièce à l’autre et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, le personnel appréciait les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettaient de poser les choses, de trouver des solutions face aux possibles raisons de crises et d’élaborer des projets de vie. C’était une manière de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’avait pas la parole pour le rendre explicite. De plus, les synthèses permettaient aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourageait les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain.&lt;br /&gt;
Pour la direction administrative du CPSU et Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, était d’obtenir de réels résultats observables au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les  choses qui ont pris jusqu’à lors plus de 35 ans. 35 ans c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il était donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il fallait accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative à décider d’arrêter son financement, il n’y avait donc plus d’argent. Bien sûr, Alain Dupont en a décidé autrement. Après s’être consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Alain Dupont, ne voulant pas abandonner ce projet, décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en a été informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qu’il décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite se fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le QUATRE, il fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== IV Trajets  == &lt;br /&gt;
LA DESINSTITUTIONNALISATION LIBERATRICE&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené M. Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas a pris congé de ses engagements en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Ces personnes ont vécu si longtemps en instituts, qu’elles ont adopté un comportement formé et colmaté relatif aux fonctionnements institutionnels. De trouver la manière qui leur faciliterait une pensée autonome, d’être les acteurs de leur propre projet, ces besoins se sont faits sentir avec la fréquentation de ces personnes. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus il vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère, à leur abandon. La réaction que M. Dupont met à jour, lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, en témoigne de manière manifeste : devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont exprime bien clairement qu’il est non seulement choqué mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sont concernés pas le moindre du monde tout en se trouvant à leur côté.&lt;br /&gt;
Motivé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, M. Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettait aux personnes psychiatrisées à Bel-Air d’aller en foyer.&lt;br /&gt;
Par l’observation, M. Dupont remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur indépendance est donc relative à la possibilité de prendre part dans la société et progressive d’être les acteurs de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
Les voyages formant l’esprit, probablement influencé par l’exemple type de désinstitutionnalisation, de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, M. Dupont est imprégné de cette inscription qu’il a relevé sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» (Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionnalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.). Les deux personnes auxquelles se réfèrent M. Dupont quant à son influence dans le regard relatif à la nécessité de la dépsychiatrisation sont M. Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et M. Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, qui existe aujourd’hui partout dans le monde.&lt;br /&gt;
D’origine canadienne, M. Vannier a organisé l’Arche depuis Compiègnes en France. Il a été possible à M. Dupont de vivre quelque temps au sein de cette communauté. M. Lainé a rendu M. Dupont conscient du poids que pouvait prendre pour les personnes handicapées le regard qu’on posait sur elles, il y voit d’autant plus l’indispensable nécessité de structurer ces futurs lieux d’accueil en rapport avec cette élucidation, en organisant une rencontre à Genève entre M. Lainé, l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. M. Lainé met l’accent sur l’importance du poids que peut prendre l’influence psychiatrique exercée sur une personne psychiatrisée. Se contentant de poser leur diagnostic sur eux, les psychiatres ne tiennent pas compte de la parole d’une personne psychiatrisée. Diona&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans l’environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette année là à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à LE PHASE. &lt;br /&gt;
Trajets a pour but de trouver du travail aux personnes psychiatrisées, en tenant compte de eurs besoins et de leurs spécificités en terme d&#039;accueil et d&#039;aménagements du temps de travail. &lt;br /&gt;
C&#039;est une fonation qui offre des prestations tant au niveau socio-économmiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le week end et pendant les vacances) et qu&#039;au nivau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons vous présenter l&#039;entreprise Trajets en développant deux objectifs principaux d&#039;Alain Dupont à ce moment là. Tout d&#039;abord, il vise à faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Alain Dupont y parvient en changeant les pratiques de travailleurs sociaux de l&#039;époque et en valorisnt les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Ensuite, nous mettrons en avant les moyens mis en place par Alain Dupont pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté en les faisant participer socialement de façon active. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
Au vu des conditions assez précaires fournies par l’institution psychiatrique, Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions plus dignes humainement sur le long terme. A cet effet de nombreux appartements sont loués au nom d’Alain Dupont pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatriqueau sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9762</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9762"/>
		<updated>2012-12-23T13:10:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* II Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande ou une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du ....., &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a récemment proposé une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives et de la recherche de nouvelle archives sur ce nouvel objet de l&#039;histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réflexion sur les formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en oeuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l&#039;Etat, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme oblige à penser des entreprises sociales qui ne soient pas seulement subventionnées par l&#039;Etat. Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique: ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prendre un acteur important de cette époque est une occasion, pour lui, de faire un retour par la mémoire, l&#039;archives (notamment photographiques) et pour les étudiantes de découvrir une époque inconnue, d&#039;apprendre à recevoir un témoignage et à écrire une biographie, fusse-t-elle qu&#039;une goutte d&#039;eau dans le vaste champ de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée du XXe siècle non encore exploré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outredes périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1963 – premier stage de formation effectué – et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et de la critique surtout lorsque la personne modifie sa manière de travailler ou de penser. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 n&#039;avait-il pas des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui ? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique des questionnements se font et des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, Une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour de la part d&#039;un jeune Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du centre femme, le comité contre l&#039;internement psychiatrique, le réseau romand contre la psychiatrie (qui édite un bulletin) et le comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital, le pouvoir qui leur est attaché et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, au dossier, et un consentement éclairé du patient. C&#039;est aussi un manière différente de concevoir la maladie mentale. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979, dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires, sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi dans ces années que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hôtel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, au jour aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Alain Dupont tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une formation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Synthèse élaborée en commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mots	principaux qui peuvent guider le récit et caractéristiques principales du personnage. Ces mots peuvent être la trame, titre et sous-titre du récit: (les mots principaux se trouvent à gauche; à droite se trouvent des thèmes qui caractérisent le personnage)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Enfermement -----                                Empirique, s’autoforme, formateur, évaluateur&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Rencontre, partage  -----                                    Valeurs chrétiennes  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Engagement militant: réforme de l’institution ou destruction ?  -----                Passionné&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Prise de risque quant à sortir de l’institution, pas de travailleurs, ni médecin -----  Entrepreneur, moi je&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Intégration, participation sociale, chacun a sa place dans la communauté  -----       Humilité, ouverture face aux autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La violence et l&#039;injustice ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Lorsqu’il est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par des faits d’enseignants. Il retrouve les lignes qu&#039;il avait perdu durant les colonies de vacances mais qui lui rappelait l&#039;armée. La discrimination existe fréquemment à l’intérieur de l’école à cette époque. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui se trouve dans cette école, mais qui est un peu turbulent, ou bien un peu caractériel comme ils disent à Serix. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon, et l’enseignant lui fait une remarque non justifiée. Il lève la main, et l’enseignant est sur le point de lui mettre une claque lorsque le couteau lui transperce la main. Il y a du sang partout, et un enfant de la classe tombe dans les pommes. Ce passage de sa vie est marquant car c’était de la pure injustice. Cet homme est ensuite parti en maison d’éducation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On retrouve d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Ou bien au sein même de la paroisse, et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à la justice sociale qui ne correspond pas au discours qu’on tient à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qu’on vous annonce, et ce qui se passe réellement. Il l’a retrouvé dans l’éducation au même titre que lorsqu’on parle de Serix ou bien après si on reprend les débuts de la sociothérapie, du Quatre et autre. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils étaient tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies à cette époque, ou bien elle sont systématiquement montrées du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues. Cela peut également se voir dans les école, cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images assez racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fond de lui, mais il ne les laisse pas remonter à la surface car tout simplement, si on y cède, on tombe dans des extrêmes et des abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est marqué par cette injustice lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation appelé l’Aubépine. Il voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui est dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny. Il n’y a donc pas de dialogue et il remet même la démocratie en doute. Il est ensuite marqué par des personnes, comme Michel Bassot qui est un français et qui partait dans l’humanitaire et qui leur parle de ses expériences. Il est considéré comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. Il se considère comme un homme résiliant en fin de compte, car il aurait choisi la transgression dans un autre cas, dans le sens de la délinquance pour combattre ces faits-là. Mais cela est, selon lui, inutile sous cette forme car il n’est pas possible d’analyser, de comprendre et d’essayer de construire à partir de cela. Il a donc construit quelque chose pour donner une place à ces personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&#039;&#039;A venir&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projet en collaboration avec le psychiatre Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Au début des années 70, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées est créé. Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles, afin notamment d’encadrer les camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein même du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring était en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Emergent de nouvelles idées. Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur a donc proposé à Dupont de travailler avec lui, afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. Eisenring lui propose  d&#039;entreprendre un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont fait allusion à la présence de personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu&#039;aujourd&#039;hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
Dupont est alors très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir la situation dans laquelle vivent ces personnes et par leur environnement. Les personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il a beaucoup de considération pour le personnel qui fait alors un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
C’est le début de son &amp;quot;côté militant&amp;quot; dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont donc mis d’accord puisque qu&#039;il venait les prendre pour sortir de l&#039;hôpital psychiatrique, une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois Dupont avait des craintes à sortir notamment d&#039;être vu avec ces personnes qui n’en étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener à la campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation, et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville est alors une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, Alain Dupont a pu voir que le personnel médical soignait bien les patients et avait créé des relations de type non-verbal – mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre –. Il était conscient qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes. En effet, il juge que pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice le permettant, ce qui n’était pas le cas à Bel-Air, en se référent à la pièce n’ayant qu’une télévision et une seule chaise. &lt;br /&gt;
Lors de cette prise en charge, il lui a été donné la possibilité de rencontrer des personnes, selon ses dires « extraordinaires », comme « les Roland ». &lt;br /&gt;
Ces deux personnes présentaient une déficience relativement importante, « irrécupérable ». Malgré cet handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de tel sorte à ce qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat étaient d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Pour Dupont ce professeur de psychiatrie a des idées très novatrices pour son époque. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. Durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’élaboration du QUATRE, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu était d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne serait plus simplement question de travail individualisé mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine. &lt;br /&gt;
Par la suite, ce club se fera le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueillera certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraissaient être comme étant la suite logique à toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants était largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances ont aussi permis de faire des recherches. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tenait aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. &lt;br /&gt;
Cette recherche a permis à Alain Dupont de se rendre compte qu’ils étaient encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaitait tendre vers une réelle intégration. Il voulait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il a pris conscience qu&#039;au fond, à Bel-Air il y avait une duplicité &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; et finalement, on retrouvait plus ou moins ce même modèle dans le club de rencontre où il était question d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Comme cité avant, Alain Dupont, avec ses années d’expériences, a remarqué qu’au travers de la responsabilisation de ces personnes il observait de réelles compétences et capacités chez chacune d’elle. L’hôpital psychiatrique de par son manque d’ouverture au monde extérieur montre effectivement l’impossibilité de réveiller chez ces personnes leurs capacités à apprendre et à évoluer. Pour illustrer ceci, reprenons d’Alain Dupont. Il a rencontré une personne grabataire qui au travers de différentes situations réagissait aux différentes odeurs. D’où l’idée d’apporter à cette personne la possibilité d’aller dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expérience telle que celle ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres Alain Dupont a surtout appris à se connaître lui même et avec le recul c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes et fait remarquer que ces personnes avaient aussi des choses à nous apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot; mais il faut partager de réelles situations de vie du quotidien comme partager des repas et boire un verre. Aujourd’hui il continue à voir certaines personnes avec qui il a créé une amitié forte car ils ont partagé ensemble en terme d’émotions, de sentiments et simplement des choses de la vie.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Lors de la conférence deux professeurs étaient présents, le Prof. André Haynal, un psychanalyste, le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéressait à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droze. Quelques temps après, Jean-Claude Droze a pris contact avec Alain Dupont, et autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences, comme le Club du mercredi, avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe voulait avant tout que ce lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Alain Dupont continuait de travailler à Caritas et était professeur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
Lors de l’élaboration du projet, les auteurs savaient déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parla avec les étudiants de l’institut d’études sociales et leur proposa de pouvoir acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commença avec six étudiants. Alain Dupont essaya donc de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine était lancée. Les locaux leur ont été accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial louerait les lieux à 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs était différent du Club du mercredi car il proposait le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
Pour l’anecdote, le QUATRE tient son nom de part le numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de part l’inauguration faite le 4 janvier 1977. A contrario du Club du mercredi, le QUATRE se prédestinait plus à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  avaient donc lieu en dehors de ces moments soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui ont commencé à venir bénéficiaient d’un service de transport qui les descendait directement de Bel-Air. La clientèle était hétérogène, il y avait des personnes médicamentés, des personnes de différents niveaux sociaux, des personnes institutionnalisées mais aussi des gens du quartier, extérieur à ce milieu. Par contre, n’est tant pas un lieu de soin aucun infirmier, ni personnel médical était autorisé à venir au QUATRE. La particularité des projets d’Alain Dupont était de créer des lieux démédicalisés afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre , qui lui exposait son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont s’est rendu compte que ces personnes exprimaient des besoins, des désirs et ce sont des remarques telles que celles-ci qui l’interroge sur le bien fondé des établissements psychiatriques. Même si Alain Dupont ne se considère pas comme un antipsychiatrique, il est vrai qu’il doute de l’efficacité d’une vie médicalisé dans un lieu fermé. &lt;br /&gt;
Même en ayant une envie d’intégration, la tâche n’était pas toujours si facile. En effet, il n’était pas rare d’observer des crises, des hurlements, des coups violents, des gestes d’automutilation, des objets voler d’un coin de la pièce à l’autre et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, le personnel appréciait les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettaient de poser les choses, de trouver des solutions face aux possibles raisons de crises et d’élaborer des projets de vie. C’était une manière de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’avait pas la parole pour le rendre explicite. De plus, les synthèses permettaient aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourageait les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain.&lt;br /&gt;
Pour la direction administrative du CPSU et Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, était d’obtenir de réels résultats observables au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les  choses qui ont pris jusqu’à lors plus de 35 ans. 35 ans c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il était donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il fallait accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative à décider d’arrêter son financement, il n’y avait donc plus d’argent. Bien sûr, Alain Dupont en a décidé autrement. Après s’être consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Alain Dupont, ne voulant pas abandonner ce projet, décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en a été informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qu’il décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite se fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le QUATRE, il fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== IV Trajets  == &lt;br /&gt;
LA DESINSTITUTIONNALISATION LIBERATRICE&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené M. Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas a pris congé de ses engagements en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Ces personnes ont vécu si longtemps en instituts, qu’elles ont adopté un comportement formé et colmaté relatif aux fonctionnements institutionnels. De trouver la manière qui leur faciliterait une pensée autonome, d’être les acteurs de leur propre projet, ces besoins se sont faits sentir avec la fréquentation de ces personnes. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus il vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère, à leur abandon. La réaction que M. Dupont met à jour, lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, en témoigne de manière manifeste : devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont exprime bien clairement qu’il est non seulement choqué mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sont concernés pas le moindre du monde tout en se trouvant à leur côté.&lt;br /&gt;
Motivé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, M. Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettait aux personnes psychiatrisées à Bel-Air d’aller en foyer.&lt;br /&gt;
Par l’observation, M. Dupont remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur indépendance est donc relative à la possibilité de prendre part dans la société et progressive d’être les acteurs de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
Les voyages formant l’esprit, probablement influencé par l’exemple type de désinstitutionnalisation, de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, M. Dupont est imprégné de cette inscription qu’il a relevé sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» (Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionnalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.). Les deux personnes auxquelles se réfèrent M. Dupont quant à son influence dans le regard relatif à la nécessité de la dépsychiatrisation sont M. Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et M. Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, qui existe aujourd’hui partout dans le monde.&lt;br /&gt;
D’origine canadienne, M. Vannier a organisé l’Arche depuis Compiègnes en France. Il a été possible à M. Dupont de vivre quelque temps au sein de cette communauté. M. Lainé a rendu M. Dupont conscient du poids que pouvait prendre pour les personnes handicapées le regard qu’on posait sur elles, il y voit d’autant plus l’indispensable nécessité de structurer ces futurs lieux d’accueil en rapport avec cette élucidation, en organisant une rencontre à Genève entre M. Lainé, l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. M. Lainé met l’accent sur l’importance du poids que peut prendre l’influence psychiatrique exercée sur une personne psychiatrisée. Se contentant de poser leur diagnostic sur eux, les psychiatres ne tiennent pas compte de la parole d’une personne psychiatrisée. Diona&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans l’environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette année là à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à LE PHASE. &lt;br /&gt;
Trajets a pour but de trouver du travail aux personnes psychiatrisées, en tenant compte de eurs besoins et de leurs spécificités en terme d&#039;accueil et d&#039;aménagements du temps de travail. &lt;br /&gt;
C&#039;est une fonation qui offre des prestations tant au niveau socio-économmiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le week end et pendant les vacances) et qu&#039;au nivau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons vous présenter l&#039;entreprise Trajets en développant deux objectifs principaux d&#039;Alain Dupont à ce moment là. Tout d&#039;abord, il vise à faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Alain Dupont y parvient en changeant les pratiques de travailleurs sociaux de l&#039;époque et en valorisnt les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Ensuite, nous mettrons en avant les moyens mis en place par Alain Dupont pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté en les faisant participer socialement de façon active. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
Au vu des conditions assez précaires fournies par l’institution psychiatrique, Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions plus dignes humainement sur le long terme. A cet effet de nombreux appartements sont loués au nom d’Alain Dupont pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatriqueau sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9761</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9761"/>
		<updated>2012-12-23T13:07:52Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* II L&amp;#039;expérience d&amp;#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud) */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande ou une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du ....., &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a récemment proposé une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives et de la recherche de nouvelle archives sur ce nouvel objet de l&#039;histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réflexion sur les formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en oeuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l&#039;Etat, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme oblige à penser des entreprises sociales qui ne soient pas seulement subventionnées par l&#039;Etat. Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique: ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prendre un acteur important de cette époque est une occasion, pour lui, de faire un retour par la mémoire, l&#039;archives (notamment photographiques) et pour les étudiantes de découvrir une époque inconnue, d&#039;apprendre à recevoir un témoignage et à écrire une biographie, fusse-t-elle qu&#039;une goutte d&#039;eau dans le vaste champ de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée du XXe siècle non encore exploré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outredes périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1963 – premier stage de formation effectué – et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et de la critique surtout lorsque la personne modifie sa manière de travailler ou de penser. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 n&#039;avait-il pas des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui ? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique des questionnements se font et des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, Une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour de la part d&#039;un jeune Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du centre femme, le comité contre l&#039;internement psychiatrique, le réseau romand contre la psychiatrie (qui édite un bulletin) et le comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital, le pouvoir qui leur est attaché et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, au dossier, et un consentement éclairé du patient. C&#039;est aussi un manière différente de concevoir la maladie mentale. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979, dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires, sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi dans ces années que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hôtel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, au jour aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Alain Dupont tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une formation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Synthèse élaborée en commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mots	principaux qui peuvent guider le récit et caractéristiques principales du personnage. Ces mots peuvent être la trame, titre et sous-titre du récit: (les mots principaux se trouvent à gauche; à droite se trouvent des thèmes qui caractérisent le personnage)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Enfermement -----                                Empirique, s’autoforme, formateur, évaluateur&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Rencontre, partage  -----                                    Valeurs chrétiennes  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Engagement militant: réforme de l’institution ou destruction ?  -----                Passionné&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Prise de risque quant à sortir de l’institution, pas de travailleurs, ni médecin -----  Entrepreneur, moi je&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Intégration, participation sociale, chacun a sa place dans la communauté  -----       Humilité, ouverture face aux autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La violence et l&#039;injustice ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Lorsqu’il est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par des faits d’enseignants. Il retrouve les lignes qu&#039;il avait perdu durant les colonies de vacances mais qui lui rappelait l&#039;armée. La discrimination existe fréquemment à l’intérieur de l’école à cette époque. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui se trouve dans cette école, mais qui est un peu turbulent, ou bien un peu caractériel comme ils disent à Serix. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon, et l’enseignant lui fait une remarque non justifiée. Il lève la main, et l’enseignant est sur le point de lui mettre une claque lorsque le couteau lui transperce la main. Il y a du sang partout, et un enfant de la classe tombe dans les pommes. Ce passage de sa vie est marquant car c’était de la pure injustice. Cet homme est ensuite parti en maison d’éducation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On retrouve d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Ou bien au sein même de la paroisse, et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à la justice sociale qui ne correspond pas au discours qu’on tient à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qu’on vous annonce, et ce qui se passe réellement. Il l’a retrouvé dans l’éducation au même titre que lorsqu’on parle de Serix ou bien après si on reprend les débuts de la sociothérapie, du Quatre et autre. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils étaient tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies à cette époque, ou bien elle sont systématiquement montrées du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues. Cela peut également se voir dans les école, cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images assez racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fond de lui, mais il ne les laisse pas remonter à la surface car tout simplement, si on y cède, on tombe dans des extrêmes et des abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est marqué par cette injustice lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation appelé l’Aubépine. Il voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui est dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny. Il n’y a donc pas de dialogue et il remet même la démocratie en doute. Il est ensuite marqué par des personnes, comme Michel Bassot qui est un français et qui partait dans l’humanitaire et qui leur parle de ses expériences. Il est considéré comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. Il se considère comme un homme résiliant en fin de compte, car il aurait choisi la transgression dans un autre cas, dans le sens de la délinquance pour combattre ces faits-là. Mais cela est, selon lui, inutile sous cette forme car il n’est pas possible d’analyser, de comprendre et d’essayer de construire à partir de cela. Il a donc construit quelque chose pour donner une place à ces personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&#039;&#039;A venir&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Au début des années 70, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées est créé. Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles, afin notamment d’encadrer les camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein même du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring était en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Emergent de nouvelles idées. Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur a donc proposé à Dupont de travailler avec lui, afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. Eisenring lui propose  d&#039;entreprendre un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont fait allusion à la présence de personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu&#039;aujourd&#039;hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
Dupont est alors très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir la situation dans laquelle vivent ces personnes et par leur environnement. Les personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il a beaucoup de considération pour le personnel qui fait alors un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
C’est le début de son &amp;quot;côté militant&amp;quot; dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont donc mis d’accord puisque qu&#039;il venait les prendre pour sortir de l&#039;hôpital psychiatrique, une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois Dupont avait des craintes à sortir notamment d&#039;être vu avec ces personnes qui n’en étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener à la campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation, et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville est alors une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, Alain Dupont a pu voir que le personnel médical soignait bien les patients et avait créé des relations de type non-verbal – mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre –. Il était conscient qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes. En effet, il juge que pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice le permettant, ce qui n’était pas le cas à Bel-Air, en se référent à la pièce n’ayant qu’une télévision et une seule chaise. &lt;br /&gt;
Lors de cette prise en charge, il lui a été donné la possibilité de rencontrer des personnes, selon ses dires « extraordinaires », comme « les Roland ». &lt;br /&gt;
Ces deux personnes présentaient une déficience relativement importante, « irrécupérable ». Malgré cet handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de tel sorte à ce qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat étaient d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Pour Dupont ce professeur de psychiatrie a des idées très novatrices pour son époque. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. Durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’élaboration du QUATRE, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu était d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne serait plus simplement question de travail individualisé mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine. &lt;br /&gt;
Par la suite, ce club se fera le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueillera certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraissaient être comme étant la suite logique à toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants était largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances ont aussi permis de faire des recherches. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tenait aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. &lt;br /&gt;
Cette recherche a permis à Alain Dupont de se rendre compte qu’ils étaient encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaitait tendre vers une réelle intégration. Il voulait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il a pris conscience qu&#039;au fond, à Bel-Air il y avait une duplicité &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; et finalement, on retrouvait plus ou moins ce même modèle dans le club de rencontre où il était question d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Comme cité avant, Alain Dupont, avec ses années d’expériences, a remarqué qu’au travers de la responsabilisation de ces personnes il observait de réelles compétences et capacités chez chacune d’elle. L’hôpital psychiatrique de par son manque d’ouverture au monde extérieur montre effectivement l’impossibilité de réveiller chez ces personnes leurs capacités à apprendre et à évoluer. Pour illustrer ceci, reprenons d’Alain Dupont. Il a rencontré une personne grabataire qui au travers de différentes situations réagissait aux différentes odeurs. D’où l’idée d’apporter à cette personne la possibilité d’aller dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expérience telle que celle ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres Alain Dupont a surtout appris à se connaître lui même et avec le recul c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes et fait remarquer que ces personnes avaient aussi des choses à nous apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot; mais il faut partager de réelles situations de vie du quotidien comme partager des repas et boire un verre. Aujourd’hui il continue à voir certaines personnes avec qui il a créé une amitié forte car ils ont partagé ensemble en terme d’émotions, de sentiments et simplement des choses de la vie.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Lors de la conférence deux professeurs étaient présents, le Prof. André Haynal, un psychanalyste, le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéressait à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droze. Quelques temps après, Jean-Claude Droze a pris contact avec Alain Dupont, et autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences, comme le Club du mercredi, avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe voulait avant tout que ce lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Alain Dupont continuait de travailler à Caritas et était professeur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
Lors de l’élaboration du projet, les auteurs savaient déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parla avec les étudiants de l’institut d’études sociales et leur proposa de pouvoir acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commença avec six étudiants. Alain Dupont essaya donc de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine était lancée. Les locaux leur ont été accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial louerait les lieux à 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs était différent du Club du mercredi car il proposait le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
Pour l’anecdote, le QUATRE tient son nom de part le numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de part l’inauguration faite le 4 janvier 1977. A contrario du Club du mercredi, le QUATRE se prédestinait plus à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  avaient donc lieu en dehors de ces moments soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui ont commencé à venir bénéficiaient d’un service de transport qui les descendait directement de Bel-Air. La clientèle était hétérogène, il y avait des personnes médicamentés, des personnes de différents niveaux sociaux, des personnes institutionnalisées mais aussi des gens du quartier, extérieur à ce milieu. Par contre, n’est tant pas un lieu de soin aucun infirmier, ni personnel médical était autorisé à venir au QUATRE. La particularité des projets d’Alain Dupont était de créer des lieux démédicalisés afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre , qui lui exposait son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont s’est rendu compte que ces personnes exprimaient des besoins, des désirs et ce sont des remarques telles que celles-ci qui l’interroge sur le bien fondé des établissements psychiatriques. Même si Alain Dupont ne se considère pas comme un antipsychiatrique, il est vrai qu’il doute de l’efficacité d’une vie médicalisé dans un lieu fermé. &lt;br /&gt;
Même en ayant une envie d’intégration, la tâche n’était pas toujours si facile. En effet, il n’était pas rare d’observer des crises, des hurlements, des coups violents, des gestes d’automutilation, des objets voler d’un coin de la pièce à l’autre et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, le personnel appréciait les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettaient de poser les choses, de trouver des solutions face aux possibles raisons de crises et d’élaborer des projets de vie. C’était une manière de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’avait pas la parole pour le rendre explicite. De plus, les synthèses permettaient aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourageait les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain.&lt;br /&gt;
Pour la direction administrative du CPSU et Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, était d’obtenir de réels résultats observables au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les  choses qui ont pris jusqu’à lors plus de 35 ans. 35 ans c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il était donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il fallait accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative à décider d’arrêter son financement, il n’y avait donc plus d’argent. Bien sûr, Alain Dupont en a décidé autrement. Après s’être consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Alain Dupont, ne voulant pas abandonner ce projet, décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en a été informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qu’il décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite se fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le QUATRE, il fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== IV Trajets  == &lt;br /&gt;
LA DESINSTITUTIONNALISATION LIBERATRICE&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené M. Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas a pris congé de ses engagements en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Ces personnes ont vécu si longtemps en instituts, qu’elles ont adopté un comportement formé et colmaté relatif aux fonctionnements institutionnels. De trouver la manière qui leur faciliterait une pensée autonome, d’être les acteurs de leur propre projet, ces besoins se sont faits sentir avec la fréquentation de ces personnes. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus il vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère, à leur abandon. La réaction que M. Dupont met à jour, lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, en témoigne de manière manifeste : devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont exprime bien clairement qu’il est non seulement choqué mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sont concernés pas le moindre du monde tout en se trouvant à leur côté.&lt;br /&gt;
Motivé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, M. Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettait aux personnes psychiatrisées à Bel-Air d’aller en foyer.&lt;br /&gt;
Par l’observation, M. Dupont remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur indépendance est donc relative à la possibilité de prendre part dans la société et progressive d’être les acteurs de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
Les voyages formant l’esprit, probablement influencé par l’exemple type de désinstitutionnalisation, de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, M. Dupont est imprégné de cette inscription qu’il a relevé sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» (Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionnalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.). Les deux personnes auxquelles se réfèrent M. Dupont quant à son influence dans le regard relatif à la nécessité de la dépsychiatrisation sont M. Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et M. Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, qui existe aujourd’hui partout dans le monde.&lt;br /&gt;
D’origine canadienne, M. Vannier a organisé l’Arche depuis Compiègnes en France. Il a été possible à M. Dupont de vivre quelque temps au sein de cette communauté. M. Lainé a rendu M. Dupont conscient du poids que pouvait prendre pour les personnes handicapées le regard qu’on posait sur elles, il y voit d’autant plus l’indispensable nécessité de structurer ces futurs lieux d’accueil en rapport avec cette élucidation, en organisant une rencontre à Genève entre M. Lainé, l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. M. Lainé met l’accent sur l’importance du poids que peut prendre l’influence psychiatrique exercée sur une personne psychiatrisée. Se contentant de poser leur diagnostic sur eux, les psychiatres ne tiennent pas compte de la parole d’une personne psychiatrisée. Diona&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans l’environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette année là à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à LE PHASE. &lt;br /&gt;
Trajets a pour but de trouver du travail aux personnes psychiatrisées, en tenant compte de eurs besoins et de leurs spécificités en terme d&#039;accueil et d&#039;aménagements du temps de travail. &lt;br /&gt;
C&#039;est une fonation qui offre des prestations tant au niveau socio-économmiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le week end et pendant les vacances) et qu&#039;au nivau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons vous présenter l&#039;entreprise Trajets en développant deux objectifs principaux d&#039;Alain Dupont à ce moment là. Tout d&#039;abord, il vise à faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Alain Dupont y parvient en changeant les pratiques de travailleurs sociaux de l&#039;époque et en valorisnt les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Ensuite, nous mettrons en avant les moyens mis en place par Alain Dupont pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté en les faisant participer socialement de façon active. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
Au vu des conditions assez précaires fournies par l’institution psychiatrique, Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions plus dignes humainement sur le long terme. A cet effet de nombreux appartements sont loués au nom d’Alain Dupont pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatriqueau sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9760</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9760"/>
		<updated>2012-12-23T12:52:40Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* II L&amp;#039;expérience d&amp;#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud) */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande ou une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du ....., &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a récemment proposé une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives et de la recherche de nouvelle archives sur ce nouvel objet de l&#039;histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réflexion sur les formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en oeuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l&#039;Etat, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme oblige à penser des entreprises sociales qui ne soient pas seulement subventionnées par l&#039;Etat. Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique: ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prendre un acteur important de cette époque est une occasion, pour lui, de faire un retour par la mémoire, l&#039;archives (notamment photographiques) et pour les étudiantes de découvrir une époque inconnue, d&#039;apprendre à recevoir un témoignage et à écrire une biographie, fusse-t-elle qu&#039;une goutte d&#039;eau dans le vaste champ de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée du XXe siècle non encore exploré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outredes périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1963 – premier stage de formation effectué – et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et de la critique surtout lorsque la personne modifie sa manière de travailler ou de penser. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 n&#039;avait-il pas des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui ? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève, en 1973, à l&#039;intérieure même de l&#039;institution psychiatrique des questionnements se font et des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont Bierens de Hahn). A l&#039;extérieur des murs, Une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;événements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour de la part d&#039;un jeune Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989 est passé de 1005 et 2034, chiffres donné par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie de des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du centre femme, le comité contre l&#039;internement psychiatrique, le réseau romand contre la psychiatrie (qui édite un bulletin) et le comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital, le pouvoir qui leur est attaché et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considérée au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieu d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, au dossier, et un consentement éclairé du patient. C&#039;est aussi un manière différente de concevoir la maladie mentale. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979, dont le fonds d&#039;archives est déposées à l&#039;association des archives contestataires, sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi dans ces années que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hôtel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, au jour aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Alain Dupont tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une formation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Synthèse élaborée en commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mots	principaux qui peuvent guider le récit et caractéristiques principales du personnage. Ces mots peuvent être la trame, titre et sous-titre du récit: (les mots principaux se trouvent à gauche; à droite se trouvent des thèmes qui caractérisent le personnage)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Enfermement -----                                Empirique, s’autoforme, formateur, évaluateur&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Rencontre, partage  -----                                    Valeurs chrétiennes  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Engagement militant: réforme de l’institution ou destruction ?  -----                Passionné&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Prise de risque quant à sortir de l’institution, pas de travailleurs, ni médecin -----  Entrepreneur, moi je&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Intégration, participation sociale, chacun a sa place dans la communauté  -----       Humilité, ouverture face aux autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La violence et l&#039;injustice ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Lorsqu’il est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par des faits d’enseignants. Il retrouve les lignes qu&#039;il avait perdu durant les colonies de vacances mais qui lui rappelait l&#039;armée. La discrimination existe fréquemment à l’intérieur de l’école à cette époque. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui se trouve dans cette école, mais qui est un peu turbulent, ou bien un peu caractériel comme ils disent à Serix. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon, et l’enseignant lui fait une remarque non justifiée. Il lève la main, et l’enseignant est sur le point de lui mettre une claque lorsque le couteau lui transperce la main. Il y a du sang partout, et un enfant de la classe tombe dans les pommes. Ce passage de sa vie est marquant car c’était de la pure injustice. Cet homme est ensuite parti en maison d’éducation. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On retrouve d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Ou bien au sein même de la paroisse, et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à la justice sociale qui ne correspond pas au discours qu’on tient à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qu’on vous annonce, et ce qui se passe réellement. Il l’a retrouvé dans l’éducation au même titre que lorsqu’on parle de Serix ou bien après si on reprend les débuts de la sociothérapie, du Quatre et autre. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils étaient tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies à cette époque, ou bien elle sont systématiquement montrées du doigt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues. Cela peut également se voir dans les école, cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images assez racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fond de lui, mais il ne les laisse pas remonter à la surface car tout simplement, si on y cède, on tombe dans des extrêmes et des abus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est marqué par cette injustice lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation appelé l’Aubépine. Il voit la manière dont les enseignant agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui est dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny. Il n’y a donc pas de dialogue et il remet même la démocratie en doute. Il est ensuite marqué par des personnes, comme Michel Bassot qui est un français et qui partait dans l’humanitaire et qui leur parle de ses expériences. Il est considéré comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. Il se considère comme un homme résiliant en fin de compte, car il aurait choisi la transgression dans un autre cas, dans le sens de la délinquance pour combattre ces faits-là. Mais cela est, selon lui, inutile sous cette forme car il n’est pas possible d’analyser, de comprendre et d’essayer de construire à partir de cela. Il a donc construit quelque chose pour donner une place à ces personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&#039;&#039;A venir&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Au début des années 70, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées est créé. Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles, afin notamment d’encadrer les camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein même du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring était en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Emergent de nouvelles idées. Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur a donc proposé à Dupont de travailler avec lui, afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. Eisenring lui propose  d&#039;entreprendre un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont fait allusion à la présence de personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu&#039;aujourd&#039;hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
Dupont est alors très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir la situation dans laquelle vivent ces personnes et par leur environnement. Les personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il a beaucoup de considération pour le personnel qui fait alors un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
C’est le début de son &amp;quot;côté militant&amp;quot; dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont donc mis d’accord puisque qu&#039;il venait les prendre pour sortir de l&#039;hôpital psychiatrique, une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois Dupont avait des craintes à sortir notamment d&#039;être vu avec ces personnes qui n’en étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener à la campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation, et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville est alors une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, Alain Dupont a pu voir que le personnel médical soignait bien les patients et avait créé des relations de type non-verbal – mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre –. Il était conscient qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes. En effet, il juge que pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice le permettant, ce qui n’était pas le cas à Bel-Air, en se référent à la pièce n’ayant qu’une télévision et une seule chaise. &lt;br /&gt;
Lors de cette prise en charge, il lui a été donné la possibilité de rencontrer des personnes, selon ses dires « extraordinaires », comme « les Roland ». &lt;br /&gt;
Ces deux personnes présentaient une déficience relativement importante, « irrécupérable ». Malgré cet handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de tel sorte à ce qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat étaient d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Pour Dupont ce professeur de psychiatrie a des idées très novatrices pour son époque. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. Durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’élaboration du QUATRE, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu était d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne serait plus simplement question de travail individualisé mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine. &lt;br /&gt;
Par la suite, ce club se fera le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueillera certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraissaient être comme étant la suite logique à toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants était largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances ont aussi permis de faire des recherches. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tenait aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. &lt;br /&gt;
Cette recherche a permis à Alain Dupont de se rendre compte qu’ils étaient encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaitait tendre vers une réelle intégration. Il voulait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il a pris conscience qu&#039;au fond, à Bel-Air il y avait une duplicité &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; et finalement, on retrouvait plus ou moins ce même modèle dans le club de rencontre où il était question d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Comme cité avant, Alain Dupont, avec ses années d’expériences, a remarqué qu’au travers de la responsabilisation de ces personnes il observait de réelles compétences et capacités chez chacune d’elle. L’hôpital psychiatrique de par son manque d’ouverture au monde extérieur montre effectivement l’impossibilité de réveiller chez ces personnes leurs capacités à apprendre et à évoluer. Pour illustrer ceci, reprenons d’Alain Dupont. Il a rencontré une personne grabataire qui au travers de différentes situations réagissait aux différentes odeurs. D’où l’idée d’apporter à cette personne la possibilité d’aller dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expérience telle que celle ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres Alain Dupont a surtout appris à se connaître lui même et avec le recul c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes et fait remarquer que ces personnes avaient aussi des choses à nous apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot; mais il faut partager de réelles situations de vie du quotidien comme partager des repas et boire un verre. Aujourd’hui il continue à voir certaines personnes avec qui il a créé une amitié forte car ils ont partagé ensemble en terme d’émotions, de sentiments et simplement des choses de la vie.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Lors de la conférence deux professeurs étaient présents, le Prof. André Haynal, un psychanalyste, le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéressait à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droze. Quelques temps après, Jean-Claude Droze a pris contact avec Alain Dupont, et autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences, comme le Club du mercredi, avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe voulait avant tout que ce lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Alain Dupont continuait de travailler à Caritas et était professeur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
Lors de l’élaboration du projet, les auteurs savaient déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parla avec les étudiants de l’institut d’études sociales et leur proposa de pouvoir acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commença avec six étudiants. Alain Dupont essaya donc de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine était lancée. Les locaux leur ont été accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial louerait les lieux à 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs était différent du Club du mercredi car il proposait le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
Pour l’anecdote, le QUATRE tient son nom de part le numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de part l’inauguration faite le 4 janvier 1977. A contrario du Club du mercredi, le QUATRE se prédestinait plus à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  avaient donc lieu en dehors de ces moments soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui ont commencé à venir bénéficiaient d’un service de transport qui les descendait directement de Bel-Air. La clientèle était hétérogène, il y avait des personnes médicamentés, des personnes de différents niveaux sociaux, des personnes institutionnalisées mais aussi des gens du quartier, extérieur à ce milieu. Par contre, n’est tant pas un lieu de soin aucun infirmier, ni personnel médical était autorisé à venir au QUATRE. La particularité des projets d’Alain Dupont était de créer des lieux démédicalisés afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre , qui lui exposait son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont s’est rendu compte que ces personnes exprimaient des besoins, des désirs et ce sont des remarques telles que celles-ci qui l’interroge sur le bien fondé des établissements psychiatriques. Même si Alain Dupont ne se considère pas comme un antipsychiatrique, il est vrai qu’il doute de l’efficacité d’une vie médicalisé dans un lieu fermé. &lt;br /&gt;
Même en ayant une envie d’intégration, la tâche n’était pas toujours si facile. En effet, il n’était pas rare d’observer des crises, des hurlements, des coups violents, des gestes d’automutilation, des objets voler d’un coin de la pièce à l’autre et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, le personnel appréciait les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettaient de poser les choses, de trouver des solutions face aux possibles raisons de crises et d’élaborer des projets de vie. C’était une manière de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’avait pas la parole pour le rendre explicite. De plus, les synthèses permettaient aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourageait les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain.&lt;br /&gt;
Pour la direction administrative du CPSU et Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, était d’obtenir de réels résultats observables au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les  choses qui ont pris jusqu’à lors plus de 35 ans. 35 ans c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il était donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il fallait accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative à décider d’arrêter son financement, il n’y avait donc plus d’argent. Bien sûr, Alain Dupont en a décidé autrement. Après s’être consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Alain Dupont, ne voulant pas abandonner ce projet, décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en a été informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qu’il décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite se fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif. &lt;br /&gt;
En 1978, vue l’ampleur que prend le QUATRE, il fonde le potager de la Vendée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== IV Trajets  == &lt;br /&gt;
LA DESINSTITUTIONNALISATION LIBERATRICE&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené M. Dupont de réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est fait sentir d’autant plus que Caritas a pris congé de ses engagements en 1978, après seulement une année d’activité, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Ces personnes ont vécu si longtemps en instituts, qu’elles ont adopté un comportement formé et colmaté relatif aux fonctionnements institutionnels. De trouver la manière qui leur faciliterait une pensée autonome, d’être les acteurs de leur propre projet, ces besoins se sont faits sentir avec la fréquentation de ces personnes. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus il vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère, à leur abandon. La réaction que M. Dupont met à jour, lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, en témoigne de manière manifeste : devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont exprime bien clairement qu’il est non seulement choqué mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sont concernés pas le moindre du monde tout en se trouvant à leur côté.&lt;br /&gt;
Motivé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, M. Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettait aux personnes psychiatrisées à Bel-Air d’aller en foyer.&lt;br /&gt;
Par l’observation, M. Dupont remarque que les personnes à besoins social ou psychosocial se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur indépendance est donc relative à la possibilité de prendre part dans la société et progressive d’être les acteurs de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
Les voyages formant l’esprit, probablement influencé par l’exemple type de désinstitutionnalisation, de dépsychiatrisation de Franco Basaglia à Trieste, M. Dupont est imprégné de cette inscription qu’il a relevé sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» (Franco Basaglia est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionnalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.). Les deux personnes auxquelles se réfèrent M. Dupont quant à son influence dans le regard relatif à la nécessité de la dépsychiatrisation sont M. Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et M. Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, qui existe aujourd’hui partout dans le monde.&lt;br /&gt;
D’origine canadienne, M. Vannier a organisé l’Arche depuis Compiègnes en France. Il a été possible à M. Dupont de vivre quelque temps au sein de cette communauté. M. Lainé a rendu M. Dupont conscient du poids que pouvait prendre pour les personnes handicapées le regard qu’on posait sur elles, il y voit d’autant plus l’indispensable nécessité de structurer ces futurs lieux d’accueil en rapport avec cette élucidation, en organisant une rencontre à Genève entre M. Lainé, l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. M. Lainé met l’accent sur l’importance du poids que peut prendre l’influence psychiatrique exercée sur une personne psychiatrisée. Se contentant de poser leur diagnostic sur eux, les psychiatres ne tiennent pas compte de la parole d’une personne psychiatrisée. Diona&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans l’environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette année là à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à LE PHASE. &lt;br /&gt;
Trajets a pour but de trouver du travail aux personnes psychiatrisées, en tenant compte de eurs besoins et de leurs spécificités en terme d&#039;accueil et d&#039;aménagements du temps de travail. &lt;br /&gt;
C&#039;est une fonation qui offre des prestations tant au niveau socio-économmiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le week end et pendant les vacances) et qu&#039;au nivau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons vous présenter l&#039;entreprise Trajets en développant deux objectifs principaux d&#039;Alain Dupont à ce moment là. Tout d&#039;abord, il vise à faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Alain Dupont y parvient en changeant les pratiques de travailleurs sociaux de l&#039;époque et en valorisnt les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Ensuite, nous mettrons en avant les moyens mis en place par Alain Dupont pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté en les faisant participer socialement de façon active. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
Au vu des conditions assez précaires fournies par l’institution psychiatrique, Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions plus dignes humainement sur le long terme. A cet effet de nombreux appartements sont loués au nom d’Alain Dupont pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatriqueau sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9718</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2012-12-16T21:07:51Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande ou une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du ....., &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réflexion sur les formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en oeuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l&#039;Etat, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme oblige à penser des entreprises sociales qui ne soient pas seulement subventionnées par l&#039;Etat. Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique: ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Prendre un acteur important de cette époque est une occasion, pour lui, de faire un retour par la mémoire, l&#039;archives (notamment photographiques) et pour les étudiantes de découvrir une époque inconnue, d&#039;apprendre à recevoir un témoignage et à écrire une biographie, fusse-t-elle qu&#039;une goutte d&#039;eau dans le vaste champ de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée du XXe siècle non encore exploré.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1963 – premier stage de formation effectué – et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et de la critique surtout lorsque la personne modifie sa manière de travailler ou de penser. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 n&#039;avait-il pas des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui ? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, au jour aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Alain Dupont tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une formation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Synthèse élaborée en commun ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mots	principaux qui peuvent guider le récit et caractéristiques principales du personnage. Ces mots peuvent être la trame, titre et sous-titre du récit: (les mots principaux se trouvent à gauche; à droite se trouvent des thèmes qui caractérisent le personnage)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Enfermement -----                                Empirique, s’autoforme, formateur, évaluateur&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Rencontre, partage  -----                                    Valeurs chrétiennes  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Engagement militant: réforme de l’institution ou destruction ?  -----                Passionné&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Prise de risque quant à sortir de l’institution, pas de travailleurs, ni médecin -----  Entrepreneur, moi je&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
- Intégration, participation sociale, chacun a sa place dans la communauté  -----       Humilité, ouverture face aux autres&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naî: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socioculturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Eglise, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
&#039;&#039;A venir&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont au côté de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas].&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Au début des années 70, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées est créé. Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles, afin notamment d’encadrer les camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein même du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring était en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Emergent de nouvelles idées. Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur a donc proposé à Dupont de travailler avec lui, afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. Eisenring lui propose  d&#039;entreprendre un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont fait allusion à la présence de personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu&#039;aujourd&#039;hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
Dupont est alors très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir la situation dans laquelle vivent ces personnes et par leur environnement. Les personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il a beaucoup de considération pour le personnel qui fait alors un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
C’est le début de son &amp;quot;côté militant&amp;quot; dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont donc mis d’accord puisque qu&#039;il venait les prendre pour sortir de l&#039;hôpital psychiatrique, une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois Dupont avait des craintes à sortir notamment d&#039;être vu avec ces personnes qui n’en étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener à la campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation, et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville est alors une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, Alain Dupont a pu voir que le personnel médical soignait bien les patients et avait créé des relations de type non-verbal – mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre –. Il était conscient qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes. En effet, il juge que pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice le permettant, ce qui n’était pas le cas à Bel-Air, en se référent à la pièce n’ayant qu’une télévision et une seule chaise. &lt;br /&gt;
Lors de cette prise en charge, il lui a été donné la possibilité de rencontrer des personnes, selon ses dires « extraordinaires », comme « les Roland ». &lt;br /&gt;
Ces deux personnes présentaient une déficience relativement importante, « irrécupérable ». Malgré cet handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de tel sorte à ce qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat étaient d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Pour Dupont ce professeur de psychiatrie a des idées très novatrices pour son époque. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. Durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant l’élaboration du QUATRE, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu était d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne serait plus simplement question de travail individualisé mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine. &lt;br /&gt;
Par la suite, ce club se fera le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueillera certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraissaient être comme étant la suite logique à toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants était largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances ont aussi permis de faire des recherches. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tenait aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. &lt;br /&gt;
Cette recherche a permis à Alain Dupont de se rendre compte qu’ils étaient encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaitait tendre vers une réelle intégration. Il voulait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il a pris conscience qu&#039;au fond, à Bel-Air il y avait une duplicité &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; et finalement, on retrouvait plus ou moins ce même modèle dans le club de rencontre où il était question d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Comme cité avant, Alain Dupont, avec ces années d’expériences, a remarqué qu’au travers de la responsabilisation de ces personnes il observait de réelles compétences et capacités chez chacune d’elle. L’hôpital psychiatrique de par son manque d’ouverture au monde extérieur montre effectivement l’impossibilité de réveiller chez ces personnes leurs capacités à apprendre et à évoluer. Pour illustrer ceci, reprenons d’Alain Dupont. Il a rencontré une personne grabataire qui au travers de différentes situations elle réagissait aux différentes odeurs. D’où l’idée d’apporter à cette personne la possibilité d’aller dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importante d’ouvrir les possibles et les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expérience telle que celle ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres Alain Dupont a surtout appris à se connaître lui même et avec le recul c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes et fait remarquer que ces personnes avaient aussi des choses à nous apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres rencontrés ces personnes mais il faut partager de réels situations de vie du quotidien comme partager des repas et boire un verre. Aujourd’hui il continue à voir certaines personnes avec qui il a créé une amitié forte car ils ont partagé ensemble en terme d’émotions, de sentiments et simplement des choses de la vie.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le projet individuel a fait ensuite son apparition dans les écoles sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== IV Trajets  == &lt;br /&gt;
(présentation de trajets et du plan à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
(intro à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatriqueau sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== V T-Interaction ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9661</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9661"/>
		<updated>2012-12-09T15:44:49Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Un engagement pour le prochain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève http://www.caritasge.ch/p107001102.html. Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9658</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9658"/>
		<updated>2012-12-09T15:36:29Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Un engagement pour le prochain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève (lien). Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9656</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9656"/>
		<updated>2012-12-09T15:31:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Un engagement pour le prochain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève (lien). Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9655</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9655"/>
		<updated>2012-12-09T15:30:11Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Un engagement pour le prochain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève (lien). Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. &lt;br /&gt;
M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. &lt;br /&gt;
 C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9653</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9653"/>
		<updated>2012-12-09T15:29:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Un engagement pour le prochain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève (lien). Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
 M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. &lt;br /&gt;
 C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9652</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9652"/>
		<updated>2012-12-09T15:23:01Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : /* Un engagement pour le prochain */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève (lien). Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
 M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. &lt;br /&gt;
 C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, il avait pu voir que le personnel médical avait créé des relations de type non-verbal mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre et que les patients étaient très bien soignés. M. Dupont était conscient qu’il venait déranger un système déjà bien établi mais l’idée de l’enfermement lui était insupportable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9651</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9651"/>
		<updated>2012-12-09T15:22:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
Caritas-Jeunesse a été fondée en 1965 notamment par Monsieur Dupont au côté de Monsieur Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève (lien). Au début des années 70, Caritas organisait des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Par la suite, un secteur pour personnes handicapées a été créé. Alain Dupont souligne alors l’importance de la mobilisation et de la participation active de tous les bénévoles afin notamment d’encadrer les camps de vacances. Alain Dupont promouvait aussi, durant cette période, la formation de jeunes. &lt;br /&gt;
La rencontre avec le renommé médecin psychiatre, Dr Jean-Jacques Eisenring s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie de M Dupont, et une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, le professeur Eisenring était en charge du centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge de ces dites personnes se faisait dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. L’émergence de premières réflexions se sont faites. Dr Eisenring avait une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il voulait mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. Ceci marqua une nouveauté car le service de sociothérapie existait déjà mais il était promulgué pour les personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Lilas. Il a donc proposé à M. Dupont de travailler avec lui afin de prendre en charge cette nouvelle expérience. M. Eisenring lui a donc proposé de commencer un travail individuel avec ces personnes. &lt;br /&gt;
Plusieurs changements se sont passés entre les années 70 à aujourd’hui. M. Dupont fait allusion à la présence des personnes déficientes qui dans le passé étaient internées alors qu’aujourd’hui, nous pouvons les croiser dans la rue. &lt;br /&gt;
 M. Dupont était très enthousiasme et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il est arrivé au pavillon des Lilas, il a été choqué de voir la situation dans laquelle vivaient ces personnes et le contexte. Par exemple, ces personnes passaient du dortoir à la salle à manger, de la salle à manger à une grande salle qui possédait un poste de télévision, une chaise, où l’espace restant était occupé par des personnes qui allaient et venaient d’un coin de la pièce à un autre, qui tournaient en rond et surtout qui ne revêtaient rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. &lt;br /&gt;
Il constate qu’il n’y avait que du personnel médical dans ce pavillon. Il avait beaucoup de considération pour le personnel qui faisait un travail remarquable mais qui n’avait qu’une vision médicalisée axées sur les soins. Tout comme les infirmiers, M. Dupont avait beaucoup de réticences mais il était objectif. C’est le début de son côté militant dans l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. &lt;br /&gt;
 C’est aussi un homme battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de les prendre sous son ail. Dans un premier temps, il fallait que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel avait de la peine. Ils se sont mis d’accord que M. Dupont viendrait prendre une personne à la fois pour une heure puis, petit à petit plusieurs personnes avec un temps qui leur était consacré beaucoup plus long. Toutefois M. Dupont avait certaines craintes comme par exemple sortir avec des personnes et être vu avec alors que ces personnes n’étaient jamais sorties. Il a donc commencé par aller se promener en campagne et ces moments lui ont permis d’entrer en relation et de faire de l’observation. Ses peurs et ses craintes se sont au fil du temps amoindries, jusqu’à se rendre compte que le fait de se rendre en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, la projection d’aller en ville fut une évidence. &lt;br /&gt;
Au début de ses sorties avec les patients de Bel-Air, il avait pu voir que le personnel médical avait créé des relations de type non-verbal mais elles permettaient aux acteurs de se comprendre et que les patients étaient très bien soignés. M. Dupont était conscient qu’il venait déranger un système déjà bien établi mais l’idée de l’enfermement lui était insupportable. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Mobilisation du réseau au profit de tous ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Bibliographie|Vité (2000)]] nous aide à saisir l&#039;importance aux yeux d&#039;Alain Dupont de créer un endroit permettant la rencontre de tous, par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous. En effet, [[Bibliographie|Vité (2000)]] souligne l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir qu&#039;Alain Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Alain Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot; [[Bibliographie|(Vité, 2000)]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes devant se rendre en institution psychiatrique pour obtenir des soins par le travail au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et les &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un [[Dictionnaire|cercle vicieux]]. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Alain Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque là établies en choisissant de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; plutôt que d&#039;exercer le pouvoir légitime et omniprésent sur l&#039;individu d&#039;éducateur. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Retranscription&amp;diff=9547</id>
		<title>Retranscription</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Retranscription&amp;diff=9547"/>
		<updated>2012-11-18T13:12:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Mercredi 31 octobre dans le bureau d&#039;Alain Dupont&lt;br /&gt;
Retranscription&lt;br /&gt;
Myriam&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrine &lt;br /&gt;
Au bureau de M. Dupont, le 31.10.2012 (Deuxième partie de l’entretien. Enregistrer à partir de la 45ème minute).&lt;br /&gt;
Cette personne aveugle ne parlait pas, simplement elle avait trouvé des moyens de s’occuper,  parfois l’automutilation c’est aussi ça. Ce n’est pas simplement que dans la tête, faut bien que je m’occupe. Vous savez, être dans un lit 24h/24h ce n’est pas très drôle. Moi j’avais découvert cette femme, tout à fait par hasard, et puis grâce à une autre femme, qui était là avec moi quand je faisais la rencontre de cet avion ( ? ), j’enseignais l’observation et puis les gens me disaient : tu es un peu secoué avec ce que tu nous dis. Viens voir la clientèle, il ne savait pas mon histoire et puis que j’en connaissais un petit bout. Simplement en faisant le tour, je vais l’appeler Marie, quand on est allé lui dire “bonjour“, elle a eu des mimiques sur son visage. Deux choses : tiens, il y a eu une nouveauté, ce n’est plus le même son de voix, et ma collègue avait un parfum, je ne sais plus lequel, et elle, elle avait perçu cela, à partir de cet élément là, vous pouvez construire un projet de vie. Et cette personne a le droit d’avoir un appartement ici, et d’avoir son projet de vie, et évidemment, dans sa situation, avec un accompagnement pour toutes les choses où elle a besoin d’être accompagnée. Mais il y a des choses je vais vous dire, je vais simplement prendre l’odorat parce que moi j’ai découvert cela avec les personnes comme Roland, aller faire le marché de Plainpalais ou faire le marché de Provence ou aller à la criée à Cherbourg, vous n’avez pas les mêmes odeurs, pas les mêmes bruits, les mêmes environnements, ça change tout. Et votre vie après, vous devez faire des choix, elle, avec le développement de son odorat, elle s’est mit à faire de la cuisine parce qu’elle est gourmande… et c’est ce que je disais, le découpage, tout ces gens me l’ont appris mais vous verrez que pour la psychiatrie, c’était extrêmement important. Le découpage c’était de dire, vous savez sur cette terre il y a un millier de sorte de pommes, elles n’ont pas toutes le même goût. Chez nous, il n’y en a pas beaucoup, c’est 5 ou 10 sortes. Vous verrez quand psychiatrie j’ai monté une petite entreprise avec le QUATRE, où on travaillait il y avait mille pommiers, et il y a une personne comme cela qui a travaillé là, je vous expliquerai cela parce que c’était aussi  avec la notion du travail. Mais en même temps, Marie nous apprend qu’elle est capable de choisir ses pommes, vous allez au marché, si vous ne la mettez pas en situation,  moi, c’est ce que j’ai appris, c’est l’expérience, c’est leur donner la possibilité de vivre des expériences pour que ces personnes puissent prendre leur responsabilité et faire leur choix. Les pommes il y en a plusieurs sortes et bien, elle peut les sentir, mais ensuite vous savez, même pour éplucher les pommes, ça existe depuis des dizaines d’années, ce petit appareil, comme elle avait la mobilité au niveau de ses membres pas de souci, elle pouvait éplucher les pommes et quand vous cuisez une tarte aux pommes chez vous, vous faites pas ça chez vous ? si… ça a une odeur… et Marie elle peut partager sa tarte aux pommes. Elle apporte quelques chose à la communauté, elle peut recevoir les membres de sa famille et puis avoir fait une tarte aux pommes, même si ma fois, elle n’a pas la motricité avec ses jambes, c’est pas bien grave cela, c’est même jamais grave.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’arriver au sujet concret du QUATRE, vous parlez des sorties au Bastion, au marché et les personnes avec qui vous partez en campagne, toute votre vie vous avez œuvré pour une certaine catégorie de personnes, à savoir les personnes dite déficiente, physique, mentale, psychiatrique et autre et je me posais la question, à savoir quels sont les liens que vous avez tissé avec ces personnes quand elles vous ont appris des choses, vous disiez justement, elles vous ont permis de voir les choses différemment,  de passer de la théorie à la pratique et vous absorber de ces personnes, et qu’elles ont été les apports de ces rencontres et à quel niveau ? Est-ce que c’était plus personnel, plus dans les recherches à venir comme vous étiez en train de faire avec M. Eisenring en parallèle ? Ou est-ce que c’était au niveau humain que vous avez appris des choses sur vous ou sur les autres de manière général ? Plus se situer sur ces personnes et qu’est-ce qu’elles vous ont apporté ? Et peut-être même au final, vous ont aidé à construire le QUATRE ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le QUATRE, ce que je fais aujourd’hui ce que je suis aujourd’hui. Merci de votre question parce que je crois qu’elle est importante. Moi je crois que pour pouvoir travailler, mais rencontrer ces personnes j’ai dû m’ouvrir à moi-même. Je pense que ça, ça a été un point extrêmement important, c’est-à-dire m’interroger sur moi, sur qu’est la vie, sur c’est quoi mes valeurs, et je pense que ça c’est un point important qu’elle m’ont apporté parce que.. vous savez, moi j’avais appris qu’il y avait le bien et le mal, vous savez ces choses là. J’ai eu une éducation religieuse, catholique, qui fait qu’il y a le bien le mal, et puis le pêché véniel et mortel, je crois que je les ai pratiquement tous fait à part tuer du monde, parce que c’est bon la transgression, et puis ces personnes m’ont appris la transgression, m’ont appris l’humain, mais m’ont appris le fait que, là attend, Alain tu es qui dans cette situation pour te permettre de juger, et pourtant, c’est important de porter des jugements, parce qu’il y a que comme cela qu’on peut construire aussi des relations. Enfin quand je vous vois, et c’est la même chose pour vous, simplement vous portez un jugement sur qui je suis, moi sur vous, mais simplement parce que je vous vois, je vous regarde et autre, par ce que je suis, et quand je vous vois, je me vois, vous êtes un miroir et les personnes, c’est d’accepter que ces personnes déficientes étaient un miroir pour moi. Donc est-ce que j’ose prendre le risque de m’interroger et d’oser prendre le risque qu’elles ont quelque chose à m’apprendre. C’est quelques chose qui m’est resté, donc oui j’ai rencontré des personnes, il y a des personnes avec qui je suis toujours en lien là aujourd’hui. Il y a des personnes que je n’ai jamais quitté comme relation, certaines oui, ça a disparu comme beaucoup de relations. Dans ma vie j’ai croisé des centaines, miliers de personnes, de part mon activité et puis certaines sont devenues des amis, et puis chez ces personnes, la même chose, simplement on partage pas toujours comme… je vous en parlerai quand on parlera d’ici et maintenant, moi j’ai des amis qui étaient là hier, je veux dire avec qui on partage le quotidien mais ces personnes… votre question est intéressante car il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres, rencontré ces personnes, partager des moments, soyez des amis. Il faut, c’est ce que j’ai appris et continue à mettre en place, balaye devant ta porte, mais en même temps faisant l’expérience avant de dire à d’autres de la faire comme professionnel parce qu’il ne suffit pas d’être dans un bureau, il faut oser partager un repas et boire un verre avec mon ami Juan, qui habite juste en face et puis aller chez Servette, là à côté, et puis boire un verre avec lui et partager son quotidien, ou avec Patrick, même si ces personnes, parce que la vie est faite comme cela, les systèmes sont fait comme ça… Là, aujourd’hui, on retourne à l’enfermement et ces personnes, aujourd’hui se retrouvent en institution, c’est triste au possible, mais impuissant face au système, et je pense que c’est important de le savoir. &lt;br /&gt;
Avec le professeur Eisenring, on proposait logement, habitat, loisirs et autres. Il y a des choses qui continuent comme ceci mais on a créé des grandes institutions toutes ces dernières années. Et je pense que c’est quand même important de le savoir, oui c’est beau, à Genève on a énormément d’argent mais moi ce que je vous dis je l’ai réalisé, je l’ai proposé à des amis. Ils ont découvert au travers du club du mercredi, des vacances, il y a eu des rencontres, des vraies rencontres dans la vraie vie, comme ça peut se passer avec vous, des personnes de votre entourage, de votre quartier, ou comme ça, dans un tram, vous croisez un regard et vous tomber amoureuse, et puis à partir de là, moi j’ai des personnes aujourd’hui, vous imaginez, des années après, continue à se voir, sont devenues des amis parce qu’ils partagent des repas une fois par semaine en famille, parce que la personne handicapée était pendant des années seule et autre, ça fait des années que cela dure, mais tiens, j’aimerai me trouver un logement, la personne fait marcher son réseau et autre, et je pense à une personne Patrick, il était en institution et ensuite en foyer et ensuite en logement, il a voulu déménager, il a fait marcher son réseau, c’est-à-dire les amis, comme vous et moi. S’il va se présenter dans une régis vous oubliez… on lui ferme la porte sur le champ. Et là je ne parle même pas de personne psychiatrisée, mais avec sa dégaine un peu tordue quand il marche sur le trottoir, c’est un homme extraordinaire, vous pouvez le rencontrer il prend son café le matin au début de la rue de Carouge. On se croise, on discute et autre, pas de souci. Oui des rencontres réeles, sur le plan humain, de personne à personne, c’est à dire que l’on a des choses à partager en terme d’émotions, de sentiments, des choses de la vie, moi je crois que c’est ce qui me permet de réussir ma vie, c’est la rencontre avec autrui, parce que autrui vient m’interroger. Est-ce que je suis capable de m’interroger par des personnes qui apparamment sont, peu ou gravement touchées.  Si je me laisse touché par ça oui, pas de souci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourrions nous revenir sur le QUATRE ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça me semblait important les prémisses, vous comprenez, parce que la psychiatrie, vous savez, c’est un monstre… avec des professeurs, des docteurs, des médecins-chefs, des chefs de clinique, des infirmiers, des concepts, des DSMIII, IV, je crois qu’on est au V là maintenant qui augmente chaque fois parce qu’on définit les maladies, et puis il y a les malades et nous ! et avec Jean Jacques Eisenring on était au CPSU, Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, c’est intéressant en terme de désinstitutioNnalisation parce que psychothérapie institutionnel, la biologie, et puis là on reparlera du professeur Tissot à qui on a confié ce secteur là, même quand il y a eu l’affaire d’Alain Urban, toute la structuration, je l’ai ici dans un texte. On lui confie après toute la chair de biologie et puis Birensdean ( ? ), tout ces gens qui avaient d’autres visions. Et avec Eisenring on a donné des journées d’études, on a présenté nos expériences avec les personnes handicapées mentales et le professeur Garonne, qui était en charge du CPSU. Il y avait deux personnes, le professeur Enal, il était plus branché sur psychanalyse, et puis le professeur Garonne sur tout ce qui était psychatrie sociale. Ils étaient là les deux lorsque nous avions fait cette journée d’étude en 1975 et puis, Garonne, quand il a entendu ça, c’est un homme extraordinaire, en politique et autre… misère pourquoi pas faire ceci avec des personnes dites chroniques de Bel-Air ? Moi j’ai reçu un coup de téléphone, il y avait Jean-Claude Drauss, qui était le directeur administratif du centre psychosocial. Là même chose qu’avec Einsenring, on s’est rencontré, on est allé manger ensemble… Est-ce que tu serais prêt à mettre en place la même chose que vous faites, on parlait du club du mercredi avec des personnes venant de la psychiatrie adulte dite chronique ? J’en connaissais un petit bout, là j’ai parlé des vacances et autres ,mais un champ que j’avais développé, ça va un petit bout sur le champ de ma formation artistique, j’avais développé tout le côté artistique des personnes handicapées mentales, à l’époque, et entre autre avec une artiste Françoise Regamet et on avait mis en place des ateliers, et quand j’étais à Bel-Air en sociothérapie, mais psychiatrique, pas avec les personnes déficientes intellectuelles, j’avais travaillé a Chouni, il y avait un pavillon en dehors de la clinique, tenez vous bien… vous allez comprendre, ça va rejoindre le QUATRE, on avait exclu les personnes dites chroniques à l’extérieur de la clinique, on les avait mis dans un pavillon a Chouni, vous savez le village… et il y avait une très belle maison de maitre. On était denouveau dans les soins et autres, et moi j’avais travaillé avec eux, avec ce que l’on trouvait à l’époque, j’avais trouvé de la peinture, et autres, toutes sortes de choses et autres, des dessins, on avait même fait une exposition pour dire venez voir ! Je crois que nous avons eu une personne quand même, c’était sympa…qui était venue de Bel-Air. Mais bref, nous nous avions eu notre plaisir et Garonne dit : Avec toutes ces personnes et les pavillons de Bel-Air, est-ce que nous pourrions mettre quelque chose en place d’eux-même ? Vous savez moi je suis plutôt un homme spontané pur, qui aime un peu l’aventure, je sais que j’avais dit oui, mais sur le champ, un peu inconscient quand même. Alors on va réfléchir ensemble et c’est comme ça que dans les années 75-76, une réflexion s’est mise en place, eux savaient aussi que je continuai de travailler à Caritas, j’étais formateur, professeur à l’institut d’études sociales et puis, à ce moment, on s’est dit mettre en place un lieu d’accueil, on a appelé ça comme ça, mais on voulait un lieu démédicalisé et dépsychiatrisé. &lt;br /&gt;
Garonne voulait un lieu démédicalisé, hors des soins, c’était sa vision même comme psychiatre, la psychiatrie sociale appartient aussi à d’autres personnes qu’au médecin psychiatre et aux infirmiers, je pense que là, ça me convenait, et on ne mettera pas cela en place, comme il existait à Bel-Air la sociothérapie au pavillon des Lilas, on mettera cela en place à l’extérieur. Comme j’avais le club du mercredi qui se passait au Pâquis, j’ai essayé de négocier avec Caritas, et les personnes qui étaient là à l’époque pour dire, est-ce que vous seriez d’accord ? les locaux qu’on utilise peu, c’était des locaux vétustes quand on les a pris, qui appartenaient à la paroisse Notre Dame mais qui étaient inutilisés depuis des années. Et puis, on a écrit, on a essayé de vendre notre histoire en disant on a besoin de vous Caritas, ce n’était pas l’aspect catholique, c’était simplement parce que l’expérience avait déjà été faite avec les personnes handicapées mentales eux ont été d’accord pour une année, et le centre psychosocial louerait les locaux, 5000 frs par an et puis, était d’accord que à l’intérieur il y ait le club du mercredi qui n’avait rien à voir avec le QUATRE. Ok ! On a mis cela en place pour les personnes, et le même mécanisme s’est fait, les personnes venaient de Bel-Air mais on avait cette idée dans ce que nous avions imaginé de faire venir les gens du quartier, c’était dans les objectifs. Ce n’est pas quelque chose qui s’est produit au départ. D’abord un, je pense que cela c’était une erreur, de faire rentrer les gens du quartier dans une institution plutôt que nous d’aller vers l’extérieur. Et le lieu d’accueil du QUATRE, nous avions aussi imaginé les permanences, en dehors, et volontairement, ce n’était pas toute la journée. Vous savez, la psychiatrie de secteur avait mis en place des ateliers protégés, des centres de jour, des centres d’occupation sociale, le COS, et même après il y a eu une plateforme, et à partir de là, on fait une permanence le midi de 11hoo à 14hoo et le soir dès 17hoo. Pourquoi on avait déjà cette idée, on ne veut pas que cela empiète sur les heures d’ateliers ou de travail, c’est des rencontres, un moment de partage avec d’autres personnes, et voilà comment est né  le QUATRE, à partir d’un exposé qu’on avait pu faire et d’un travail  et d’un intérêt et ce qui est intéressant, qui va bien avec les universitaires et les politiques justement. &lt;br /&gt;
Ok, on met ceci en place, pour une année après on verra, c’est génial, je saute sur l’occasion. Comme j’étais à l’IES, j’avais une équipe d’étudiants de travailleurs sociaux, un peu bouillonant, qui faisait la révolution à l’institut , moi j’étais là comme enseignant, et l’école d’assisants sociaux, m’a demandé de faire avec eux, car j’ai une formation dans ce domaine, de regarder la dynamite de groupe,  et de faire l’enseignement et à un moment donné j’ai donné l’idée à cette classe, que j’allais ouvrir un lieu et que si des étudiants voulaient faire un stage, pas de souci. Je me suis organisé avec l’institut, j’étais leur praticien formateur. Il y a 6 personnes qui ont décidé de faire leur stage, et le 4 janvier 1977, on a ouvert ça au 4 rue des Pâquis, voilà pourquoi, c’est aussi simple que ça, on n’a pas chercher midi à 14hoo. L’immeuble où on a commencé à été détruit puis reconstruit, et simplement on a entamé avec nos permanences, et quelques personnes ont commencé à venir, et souvent on les descendait de Bel-Air, il y avait un service de transports, avec l’écriteau sur le côté comme ça on sait qui c’est qui vient. En terme d’image c’est assez intéressant. Et c’est extraordinaire ce qui s’est passé à ce moment parce qu’on se retrouve avec des personnes, ça n’a plus rien avoir avec la déficience intellectuelle, on a des gens brillants qui ont fait des études, des apprentissages, il y en a qui sont institutionnalisés ou qui sont à l’hôpital depuis 10-20 ans, il y a une personne ici, j’ai son dossier complet, et ceci rejoindra votre question, par ce que c’est elle qui m’a appris mon métier. Avec des gens, sous médication, avec des gens qui là, viennent voir, et on les rencontre, on s’assoit, partage un repas, on s’était installé un petit bout de cuisine, c’était modeste mais ça a eu un impact assez important au niveau des personnes mais aussi au niveau infirmier et médical. On s’était fixé une règle, il ne venait pas mettre les pieds dans ce lieu, car ce n’était pas un lieu de soins. Je crois que cela était important. Et là très rapidement ces personnes ont exprimé des désirs, besoins, et qui étaient par mon ami J-P : Ecoute Alain, toi tu as des amis, un appart, un job, moi j’aimerai vivre comme toi, quand on vous dit… Moi j’ai honte, je lui ai dit, mais soigne toi, quand ça ira mieux on verra ! J’ai honte… Vous savez ce qui m’a répondu ? Alain, ça fait 35 ans que j’essaye de me soigner ou que je me soigne, et vous êtes mal avec ça. C’est là qu’on vous renvoit des questions. C’est vrai mais est-ce qu’on peut se soigner à l’hôpital et vivre à l’hôpital ? là dessus il avait raison, c’est tout d’un coup il vous renvoit des choses de la vrai vie, c’est-à-dire ce que vous vivez. Mais vous, comme on est dans la psychiatrie, et je vais parler des peurs avec les personnes déficientes, là vous avez encore les chocottes, parce que des crises il y en a eu. Des gens qui ont tout cassé, des gens qui vous agressent, et ça c’est nos mots, ce que l’on s’apperçoit, c’est que nous étions pas capable d’être à l’écoute réellement de ces personnes et de leurs besoins, il ne suffit pas de les nourrir et d’avoir un toit. &lt;br /&gt;
Alors, avec l’équipe du QUATRE, c’était extraordinaire, on faisait un point systématiquement. Mais tous les jours étaient notés les informations, j’aimerai remettre la main dessus. Il y a des observations de toutes les personnes et une fois par semaine, on s’arrêtait un après-midi pour remettre toutes ces choses, et pour savoir où on allait. Et en même temps comme c’était un stage, ils avaient des comptes à rendre à leur école. Une des choses qui avait été dit à la direction administrative, au CPSU et à Bel-Air,  si l’expérience est positive, on continue. En juin, on fait le point, un rapport avec tous le monde, la direction administrative mais en 6 mois, vous ne pouvez pas changer quelque chose qui a pris 35 ans, une personne a pris 35 ans pour essayer de dire que effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade, qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre, mais plus elle poussait des cris, plus elle voulait se faire entendre, et plus on médicalise parce que vous voyez bien, elle est en crise. On a vécu toutes ces choses là, et pourtant il y a eu une évolution, on est parti en vacances, je vous dis pas, j’avais entrainer cette équipe à partir en vacances, à Rochefort du Gard. On arrive à Rochefort du Gard avec toute l’équipe du QUATRE, et une dizaine de personnes dites malades mentales, on avait loué là-bas une petite maison. La personne vient nous ouvrir, à la personne décrite comme la plus folle ! Bonjour, parfait, vous êtes arrivés, entrez, je vais vous montrer que vous puissiez installer les personnes. On a commencé comme ça, c’était la personne la plus touchée, elle avait vu que du feu, elle ne devait pas savoir qui était qui, ça devait être la responsable, on s’est regardé, comme ça, c’est ça les apprentissages, vous êtes là et vous vous dites là il se passe quelques chose. Je reviens… la direction administrative nous dit on arrête là, il n’y a pas d’argent. Alors là, pour ceux qui me connaissent je monte les tours, je deviens un peu mauvais, vous nous faites faire cette expérience, c’est pour quoi, écrire un article ?  Parce que là vous nous dites, il n’y a pas d’argent, d’abord un, vous le saviez avant, vous nous avez promis quelque chose là vous n’avez pas le droit de… Je veux dire c’était assez virulant, on s’est réunis à notre retour de vacances, on est en 77, fin juillet 77, on se retrouve toute l’équipe chez un des membres, on travaille toute la journée on fait quoi ? On va vous cherchez du travail, moi je dis, je poursuis qui poursuis ? Sans argent … tout le monde était partant, un engagement de ces gens là , pas dans la semaine des 35 hrs, on décide de poursuivre, à partir de là, on a annoncé à Bel-Air et au Centre Psychosocial qu’on poursuit. On poursuit jusqu’à décembre, et puis les gens non non, ont continue. On a mis tellement les gens mal à l’aise que l’expérience était en train de grandir que 6 mois plus tard, on essaye de faire les fonds de tiroirs. Très bien, nous on est d’accord de vous payer de 6 mois en 6 mois. Les gens ont été d’accord d’avoir des contrats de 6 mois en 6 mois, et puis d’année en année, jamais de contrat fixe, c’était renouveler tout le temps. Tellement mal à l’aise et au vue de la progression, voyant les résultats que les personnes pouvaient obtenir pour elle même, ils ont même décidé de payer le rétroactif. À partir de là, c’était important qur des gens puissent s’engager. Le lieu d’accueil s’est mis à vivre, s’est mis à être à l’écoute, de pouvoir rencontrer des personnes dites malades chroniques, c’était pour des incurables vous comprenez, parce que vous vous appercevez que personne n’y croit que ces personnes ont un potentiel, des capacités, peuvent modifier quelques chose dans leur vie. Mais il n’y a pas que les soins, il y a aussi les aspects psychosociaux, et il peut y avoir un partenariat qui se met en place sans créer la confusion… Mais vous y connaissez rien M. Dupont, vous n’êtes pas psychiatre, vous ne pouvez pas savoir le nombre de fois que je l’ai entendu, vous, les personnes la maladie mentale, stop, je veux dire, même si j’avais suivi les cours de Dachoriagera ( ? ), Garonne, au même titre que font les personnes psychiatres en dehors de la médecine avant, je veux dire, je peux vous conter quelques anecdotes, on a rencontré des personnes, je pourrai vous citer des parcours de vie mais on voulait que le QUATRE puisse vivre, tout en faisant partie, mais en étant à l’extérieur,  du centre psychosocial, et on verra qu’il y a toute la naissance de TRAJET mais grâce aux personnes, nous ont aimerait bien avoir des activités et c’est comme cela que le potager de la Vendée à été mis en place au QUATRE, on en parlera la prochaine fois mais c’est le point de départ, mais c’est identique aux personnes handicapées mentales, là c’était des personnes dites chroniques où le lieu démédicalisé, je veux dire est de pouvoir tenir compte, vous savez aussi des réseaux naturels qui existe au sein d’un quartier, au sein de la vie en général, voilà en deux mots. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mercredi 7 novembre Hôtel pension Silva&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona : Je ferai la retranscription jusqu&#039;à la 35 ème minute :&lt;br /&gt;
jusqu&#039;à la fameuse phrase «dès 1981 parce que le quatre continuait à vivre…».  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sandra: &amp;quot;Dès 1981 parce que le quatre continuait à vivre et à Organiser l’asssociation, c’est que c’était quelque chose qui était devenu important parce que ça se chiffrait quand meme à des dizaines de personnes au niveau de quand on regarde les statistiques de la fréquentation. Et il y avait des listes &amp;quot; (environ 35 ème minute)&lt;br /&gt;
Sandra.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9488</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2012-10-29T17:36:02Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
== Alain Dupont: un homme engagé pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux (titre provisoire) == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage, à recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit . Le but poursuivi est de saisir le récit biographique d&#039;Alain Dupont dans le champ de l&#039;éducation spécialisée et en particulier celui de la psychiatrie, et de dégager son rôle, et son action, dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologique et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie doit être inscrite non seulement dans celle de la psychiatrie, mais aussi  dans celle d&#039;une conception des soins à la personnes qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des trente glorieuse, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales. Ils ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs et des contre-modèles institutionnels. Il en a été ainsi des communautés de vie, des communautés thérapeutiques revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés. Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des référence incontournable comme Yvan Illitch, Une société sans école, Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatifs d&#039;une normalisation comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de  leurs familles (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changement apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieu dans la ville même obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit l&#039;itinéraire d&#039;Alain Dupont, un itinéraire marqué par des thématiques (la normalisation, la valorisation des rôles sociaux) et des méthodes (l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau) qui ont aussi constitué le champs des sciences de l&#039;éducation dans les années 1970-1990; un itinéraire marqué aussi par son engagement où se mêlent vie personnelle et vie professionnelle dans un esprit de liberté. Posture personnelle, idéologique, générationnelle qui s&#039;agira d&#039;interroger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31 octobre: Le Quatre, 1972-1979, sociothérapie en déficience mentale (Perrine, Myriam) 106 rue de Carouge, 1er étage &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Suite à une rencontre avec un neuropsychiatre de talent, vous avez décidé de mettre en place le premier lieu d&#039;accueil à Genève pour des personnes handicapées mentales. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous parler de ce lieu d&#039;accueil qui a ouvert le 4 janvier 1997 et qui visait une approche différente, ainsi que de vos expériences antérieures qui ont été probablement à l&#039;origine de ce lieu de rencontre ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 novembre: Trajet 1977-1979 (19 juin) (Diona, Sandra)    Hôtel, pension Sila, rue Jean-Robert Chouet (arrêt Tram) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sandra: question sur le thème des nuances: désinstitutionnaliser pour libérer les gens: entre &amp;quot;flicage (cf chap 2 &amp;quot;mort de l&#039;asile&amp;quot;, P. 51) et &amp;quot;abandon&amp;quot; des patients à eux-mêmes. quelle procédure de suivi pour respecter au mieux la liberté des patients?&lt;br /&gt;
que faire quand la liberté des patients confronte les questions de sécurité de &amp;quot;la cité&amp;quot;, des familles, du personnel soignant et du patient lui-même? la société peut-elle participer à la désinstitutionnalisation; à quel prix?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14 novembre: Pyramus T-interaction 2002 (Isabelle,  Daphnée)  au restaurant-même  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
21 novembre: Café-Cult, place Jargonnant No5: les premiers pas - les motivations premières - les rencontres essentielles (Aline, Martine)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[catégorie: article]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9487</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9487"/>
		<updated>2012-10-29T17:28:27Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
== Alain Dupont: un homme engagé pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux (titre provisoire) == &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage, à recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit . Le but poursuivi est de saisir le récit biographique d&#039;Alain Dupont dans le champ de l&#039;éducation spécialisée et en particulier celui de la psychiatrie, et de dégager son rôle, et son action, dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologique et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie doit être inscrite non seulement dans celle de la psychiatrie, mais aussi  dans celle d&#039;une conception des soins à la personnes qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des trente glorieuse, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales. Ils ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs et des contre-modèles institutionnels. Il en a été ainsi des communautés de vie, des communautés thérapeutiques revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés. Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des référence incontournable comme Yvan Illitch, Une société sans école, Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatifs d&#039;une normalisation comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de  leurs familles (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changement apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieu dans la ville même obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit l&#039;itinéraire d&#039;Alain Dupont, un itinéraire marqué par des thématiques (la normalisation, la valorisation des rôles sociaux) et des méthodes (l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau) qui ont aussi constitué le champs des sciences de l&#039;éducation dans les années 1970-1990; un itinéraire marqué aussi par son engagement où se mêlent vie personnelle et vie professionnelle dans un esprit de liberté. Posture personnelle, idéologique, générationnelle qui s&#039;agira d&#039;interroger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31 octobre: Le Quatre, 1972-1979, sociothérapie en déficience mentale (Perrine, Myriam) 106 rue de Carouge, 1er étage &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Suite à une rencontre avec un neuropsychiatre de talent, vous avez décidé de mettre en place le premier lieu d&#039;accueil à Genève pour des personnes handicapées mentales. &lt;br /&gt;
Pouvez-vous nous parler de ce lieu d&#039;accueil qui a ouvert le 4 janvier 1997 et de vos expériences antérieures qui ont abouties à la création de ce lieu de rencontre ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7 novembre: Trajet 1977-1979 (19 juin) (Diona, Sandra)    Hôtel, pension Sila, rue Jean-Robert Chouet (arrêt Tram) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sandra: question sur le thème des nuances: désinstitutionnaliser pour libérer les gens: entre &amp;quot;flicage (cf chap 2 &amp;quot;mort de l&#039;asile&amp;quot;, P. 51) et &amp;quot;abandon&amp;quot; des patients à eux-mêmes. quelle procédure de suivi pour respecter au mieux la liberté des patients?&lt;br /&gt;
que faire quand la liberté des patients confronte les questions de sécurité de &amp;quot;la cité&amp;quot;, des familles, du personnel soignant et du patient lui-même? la société peut-elle participer à la désinstitutionnalisation; à quel prix?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14 novembre: Pyramus T-interaction 2002 (Isabelle,  Daphnée)  au restaurant-même  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
21 novembre: Café-Cult, place Jargonnant No5: les premiers pas - les motivations premières - les rencontres essentielles (Aline, Martine)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[catégorie: article]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9420</id>
		<title>Chronologie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9420"/>
		<updated>2012-10-16T16:52:58Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1791 Instauration de l&#039;éducation publique gratuite et obligatoire en France&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1838 Loi genevoise sur le placement et la surveillance des aliénés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1874 L&#039;école publique obligatoire et gratuite est inscrite dans la Constitution Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1895 Révision de la loi de 1838, l&#039;avis médical devient requis pour tout placement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1911 Naissance de Raymond Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1924 La déclaration des droits de l&#039;enfant s&#039;inscrit dans un développement plus général du respect de la personne fragile et fragilisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1941 Première expérience en Grande Bretagne de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1942 Raymond Uldry est instituteur à l&#039;école du Grütli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l’École d&#039;éducateurs spécialisés dite École Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de l’association des parents d’enfants atteints d’une déficience par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1959 Création de l&#039;association des parents d&#039;enfants mentalement handicapés (APMH)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de la SGIPA, service des apprentissages par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Diffusion de l&#039;approche des communautés thérapeutiques en Europe continentale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Début du mouvement de désinstitutionalisation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Mise en vigueur de la loi sur l&#039;assurance invalidité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1961 Création de la Fondation et du Village d&#039;Aigues-Vertes &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1962 Création de la Fédération Suisse des associations de parents&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Création du Service d&#039;éducation itinérant&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Accès des femmes au droit de vote en Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1973 Création de l&#039;Association Psichiatria Democratica&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1975 Création de l&#039;école de la Petite Arche&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976: Remise en question par l&#039;espace public du bien-fondé de l&#039;internement psychiatrique, utilisé parfois à des fins de répression sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 Réflexion avec une équipe du centre psychosocial des Pâquis : pour les personnes considérées comme malades chroniques, inactives, isolées et marginalisées, le type de prestations est inadéquat et incomplet --&amp;gt; naissance du Quatre (nouvelle approche, lieu de rencontre non médicalisé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrète d’Intégration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977: description, dans les travaux préparatoires du Réseau international d&#039;alternative à la psychiatrie se réunissant annuellement, de la psychiatrie genevoise, dont les réformes se sont caractérisées par la sectorisation des soins, composée de pavillons ouverts et fermés dans la clinique ainsi que de structures extra-hospitalières; critique par les milieux alternatifs qui considéraient cette mise en place comme une &amp;quot;fausse ouverture&amp;quot;  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 naissance du premier lieu d&#039;accueil et de rencontre pour personnes psychiatrisées, ouvert sur le quartier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatriques&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création à Genève de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Publication de l&#039;Université de Paris de l&#039;ouvrage : &amp;quot;Les marginaux et les exclus dans l&#039;histoire&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Déposition de la Motion M32, proposition concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés (Marie-Laure Beck) au Grand Conseil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 Création de l&#039;ASPEA aujourd&#039;hui Autisme Suisse Romande&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 le Conseil d&#039;Etat répond au Grand Conseil sur la motion de Marie-Laure Beck (1979) et encourage l&#039;intégration, en ayant en tête l&#039;idée d&#039;ouverture d&#039;esprit des écoles et des classes spécialisées vers l&#039;extérieur. De plus, le DIP approuve la création d&#039;une commission permanente de l&#039;intégration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1983: Suppression des isolements à la Clinique de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Création de la fondation Cap Loisir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Modification de la loi sur l&#039;instruction publique : l&#039;intégration des enfants handicapés dans les écoles est mis en avant (art 4A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1994 Insième Genève dépose une pétition au Grand Conseil pour la création de classes intégrées au C.O &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1999 Refus du DIP et du Grand Conseil de classe intégrée au C.O &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2003 Création de la Fondation Ensemble&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2003 l&#039;APMH devient insième-Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2006 le Conseil d&#039;Etat adopte un nouveau projet de loi concernant l&#039;intégration des mineurs handicapés ou à besoins spéciaux (champ plus large,incluant aussi les élèves à besoins éducatifs particuliers)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
???? Ouverture de la Yourte aux fondue&lt;br /&gt;
???? Ouverture du Café Cult&lt;br /&gt;
???? Ouverture de &amp;quot; Aux Glaces Inuits&amp;quot; &lt;br /&gt;
???? Ouverture du Gîte, &amp;quot;La pierre Bleue&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9419</id>
		<title>Chronologie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9419"/>
		<updated>2012-10-16T12:57:08Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1791 Instauration de l&#039;éducation publique gratuite et obligatoire en France&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1838 Loi genevoise sur le placement et la surveillance des aliénés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1874 L&#039;école publique obligatoire et gratuite est inscrite dans la Constitution Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1895 Révision de la loi de 1838, l&#039;avis médical devient requis pour tout placement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1911 Naissance de Raymond Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1924 La déclaration des droits de l&#039;enfant s&#039;inscrit dans un développement plus général du respect de la personne fragile et fragilisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1941 Première expérience en Grande Bretagne de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1942 Raymond Uldry est instituteur à l&#039;école du Grütli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l’École d&#039;éducateurs spécialisés dite École Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de l’association des parents d’enfants atteints d’une déficience par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1959 Création de l&#039;association des parents d&#039;enfants mentalement handicapés (APMH)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de la SGIPA, service des apprentissages par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Diffusion de l&#039;approche des communautés thérapeutiques en Europe continentale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Début du mouvement de désinstitutionalisation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Mise en vigueur de la loi sur l&#039;assurance invalidité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1961 Création de la Fondation et du Village d&#039;Aigues-Vertes &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1962 Création de la Fédération Suisse des associations de parents&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Création du Service d&#039;éducation itinérant&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Accès des femmes au droit de vote en Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1973 Création de l&#039;Association Psichiatria Democratica&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1975 Création de l&#039;école de la Petite Arche&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976: Remise en question par l&#039;espace public du bien-fondé de l&#039;internement psychiatrique, utilisé parfois à des fins de répression sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 Réflexion avec une équipe du centre psychosocial des Pâquis : pour les personnes considérées comme malades chroniques, inactives, isolées et marginalisées, le type de prestations est inadéquat et incomplet --&amp;gt; naissance du Quatre (nouvelle approche, lieu de rencontre non médicalisé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrète d’Intégration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977: description, dans les travaux préparatoires du Réseau international d&#039;alternative à la psychiatrie se réunissant annuellement, de la psychiatrie genevoise, dont les réformes se sont caractérisées par la sectorisation des soins, composée de pavillons ouverts et fermés dans la clinique ainsi que de structures extra-hospitalières; critique par les milieux alternatifs qui considéraient cette mise en place comme une &amp;quot;fausse ouverture&amp;quot;  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 naissance du premier lieu d&#039;accueil et de rencontre pour personnes psychiatrisées, ouvert sur le quartier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatriques&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création à Genève de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Publication de l&#039;Université de Paris de l&#039;ouvrage : &amp;quot;Les marginaux et les exclus dans l&#039;histoire&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Déposition de la Motion M32, proposition concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés (Marie-Laure Beck) au Grand Conseil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 Création de l&#039;ASPEA aujourd&#039;hui Autisme Suisse Romande&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 le Conseil d&#039;Etat répond au Grand Conseil sur la motion de Marie-Laure Beck (1979) et encourage l&#039;intégration, en ayant en tête l&#039;idée d&#039;ouverture d&#039;esprit des écoles et des classes spécialisées vers l&#039;extérieur. De plus, le DIP approuve la création d&#039;une commission permanente de l&#039;intégration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1983: Suppression des isolements à la Clinique de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Création de la fondation Cap Loisir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Modification de la loi sur l&#039;instruction publique : l&#039;intégration des enfants handicapés dans les écoles est mis en avant (art 4A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1994 Insième Genève dépose une pétition au Grand Conseil pour la création de classes intégrées au C.O &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1999 Refus du DIP et du Grand Conseil de classe intégrée au C.O &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2003 Création de la Fondation Ensemble&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2006 le Conseil d&#039;Etat adopte un nouveau projet de loi concernant l&#039;intégration des mineurs handicapés ou à besoins spéciaux (champ plus large,incluant aussi les élèves à besoins éducatifs particuliers)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
???? Ouverture de la Yourte aux fondue&lt;br /&gt;
???? Ouverture du Café Cult&lt;br /&gt;
???? Ouverture de &amp;quot; Aux Glaces Inuits&amp;quot; &lt;br /&gt;
???? Ouverture du Gîte, &amp;quot;La pierre Bleue&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9418</id>
		<title>Chronologie</title>
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		<updated>2012-10-16T12:54:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1791 Instauration de l&#039;éducation publique gratuite et obligatoire en France&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1838 Loi genevoise sur le placement et la surveillance des aliénés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1874 L&#039;école publique obligatoire et gratuite est inscrite dans la Constitution Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1895 Révision de la loi de 1838, l&#039;avis médical devient requis pour tout placement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1911 Naissance de Raymond Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1924 La déclaration des droits de l&#039;enfant s&#039;inscrit dans un développement plus général du respect de la personne fragile et fragilisée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1941 Première expérience en Grande Bretagne de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1942 Raymond Uldry est instituteur à l&#039;école du Grütli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l’École d&#039;éducateurs spécialisés dite École Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de l’association des parents d’enfants atteints d’une déficience par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1959 Création de l&#039;association des parents d&#039;enfants mentalement handicapés (APMH)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de la SGIPA, service des apprentissages par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Diffusion de l&#039;approche des communautés thérapeutiques en Europe continentale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Début du mouvement de désinstitutionalisation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Mise en vigueur de la loi sur l&#039;assurance invalidité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1961 Création de la Fondation et du Village d&#039;Aigues-Vertes &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1962 Création de la Fédération Suisse des associations de parents&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Création du Service d&#039;éducation itinérant&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Accès des femmes au droit de vote en Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1973 Création de l&#039;Association Psichiatria Democratica&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1975 Création de l&#039;école de la Petite Arche&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976: Remise en question par l&#039;espace public du bien-fondé de l&#039;internement psychiatrique, utilisé parfois à des fins de répression sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 Réflexion avec une équipe du centre psychosocial des Pâquis : pour les personnes considérées comme malades chroniques, inactives, isolées et marginalisées, le type de prestations est inadéquat et incomplet --&amp;gt; naissance du Quatre (nouvelle approche, lieu de rencontre non médicalisé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrète d’Intégration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977: description, dans les travaux préparatoires du Réseau international d&#039;alternative à la psychiatrie se réunissant annuellement, de la psychiatrie genevoise, dont les réformes se sont caractérisées par la sectorisation des soins, composée de pavillons ouverts et fermés dans la clinique ainsi que de structures extra-hospitalières; critique par les milieux alternatifs qui considéraient cette mise en place comme une &amp;quot;fausse ouverture&amp;quot;  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 naissance du premier lieu d&#039;accueil et de rencontre pour personnes psychiatrisées, ouvert sur le quartier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatriques&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création à Genève de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Publication de l&#039;Université de Paris de l&#039;ouvrage : &amp;quot;Les marginaux et les exclus dans l&#039;histoire&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Déposition de la Motion concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés (Marie-Laure Beck) , M32 au Grand Conseil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 Création de l&#039;ASPEA aujourd&#039;hui Autisme Suisse Romande&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 le Conseil d&#039;Etat répond au Grand Conseil sur la motion de Marie-Laure Beck (1979) et encourage l&#039;intégration, en ayant en tête l&#039;idée d&#039;ouverture d&#039;esprit des écoles et des classes spécialisées vers l&#039;extérieur. De plus, le DIP approuve la création d&#039;une commission permanente de l&#039;intégration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1983: Suppression des isolements à la Clinique de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Création de la fondation Cap Loisir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Modification de la loi sur l&#039;instruction publique : l&#039;intégration des enfants handicapés dans les écoles est mis en avant (art 4A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1994 Insième Genève dépose une pétition au Grand Conseil pour la création de classes intégrées au C.O &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1999 Refus du DIP et du Grand Conseil de classe intégrée au C.O &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2003 Création de la Fondation Ensemble&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2006 le Conseil d&#039;Etat adopte un nouveau projet de loi concernant l&#039;intégration des mineurs handicapés ou à besoins spéciaux (champ plus large,incluant aussi les élèves à besoins éducatifs particuliers)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
???? Ouverture de la Yourte aux fondue&lt;br /&gt;
???? Ouverture du Café Cult&lt;br /&gt;
???? Ouverture de &amp;quot; Aux Glaces Inuits&amp;quot; &lt;br /&gt;
???? Ouverture du Gîte, &amp;quot;La pierre Bleue&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9417</id>
		<title>Chronologie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9417"/>
		<updated>2012-10-16T12:44:04Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1791 Instauration de l&#039;éducation publique gratuite et obligatoire en France&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1838 Loi genevoise sur le placement et la surveillance des aliénés&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1874 L&#039;école publique obligatoire et gratuite est inscrite dans la Constitution Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1895 Révision de la loi de 1838, l&#039;avis médical devient requis pour tout placement&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1911 Naissance de Raymond Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1941 Première expérience en Grande Bretagne de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1942 Raymond Uldry est instituteur à l&#039;école du Grütli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l’École d&#039;éducateurs spécialisés dite École Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de l’association des parents d’enfants atteints d’une déficience par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1959 Création de l&#039;association des parents d&#039;enfants mentalement handicapés (APMH)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1958 Création de la SGIPA, service des apprentissages par monsieur Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Diffusion de l&#039;approche des communautés thérapeutiques en Europe continentale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Début du mouvement de désinstitutionalisation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1960 Mise en vigueur de la loi sur l&#039;assurance invalidité&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1961 Création de la Fondation et du Village d&#039;Aigues-Vertes &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1962 Création de la Fédération Suisse des associations de parents&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Création du Service d&#039;éducation itinérant&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 Accès des femmes au droit de vote en Suisse&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1973 Création de l&#039;Association Psichiatria Democratica&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1975 Création de l&#039;école de la Petite Arche&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976: Remise en question par l&#039;espace public du bien-fondé de l&#039;internement psychiatrique, utilisé parfois à des fins de répression sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 Réflexion avec une équipe du centre psychosocial des Pâquis : pour les personnes considérées comme malades chroniques, inactives, isolées et marginalisées, le type de prestations est inadéquat et incomplet --&amp;gt; naissance du Quatre (nouvelle approche, lieu de rencontre non médicalisé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrète d’Intégration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977: description, dans les travaux préparatoires du Réseau international d&#039;alternative à la psychiatrie se réunissant annuellement, de la psychiatrie genevoise, dont les réformes se sont caractérisées par la sectorisation des soins, composée de pavillons ouverts et fermés dans la clinique ainsi que de structures extra-hospitalières; critique par les milieux alternatifs qui considéraient cette mise en place comme une &amp;quot;fausse ouverture&amp;quot;  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 naissance du premier lieu d&#039;accueil et de rencontre pour personnes psychiatrisées, ouvert sur le quartier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatriques&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création à Genève de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Publication de l&#039;Université de Paris de l&#039;ouvrage : &amp;quot;Les marginaux et les exclus dans l&#039;histoire&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Déposition de la Motion concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés (Marie-Laure Beck) , M32 au Grand Conseil.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 Création de l&#039;ASPEA aujourd&#039;hui Autisme Suisse Romande&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 le Conseil d&#039;Etat répond au Grand Conseil sur la motion de Marie-Laure Beck (1979) et encourage l&#039;intégration, en ayant en tête l&#039;idée d&#039;ouverture d&#039;esprit des écoles et des classes spécialisées vers l&#039;extérieur. De plus, le DIP approuve la création d&#039;une commission permanente de l&#039;intégration. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1983: Suppression des isolements à la Clinique de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Création de la fondation Cap Loisir&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1986 Modification de la loi sur l&#039;instruction publique : l&#039;intégration des enfants handicapés dans les écoles est mis en avant (art 4A).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2003 Création de la Fondation Ensemble&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
???? Ouverture de la Yourte aux fondue&lt;br /&gt;
???? Ouverture du Café Cult&lt;br /&gt;
???? Ouverture de &amp;quot; Aux Glaces Inuits&amp;quot; &lt;br /&gt;
???? Ouverture du Gîte, &amp;quot;La pierre Bleue&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9400</id>
		<title>Chronologie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9400"/>
		<updated>2012-10-09T14:10:18Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l&#039;Ecole d&#039;éducateurs spécialisés dite Ecole Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 Réflexion avec une équipe du centre psychosocial des Pâquis : pour les personnes considérées comme malades chroniques, inactives, isolées et marginalisées, le type de prestations est inadéquat et incomplet --&amp;gt; naissance du Quatre (nouvelle approche, lieu de rencontre non médicalisé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrète d&#039;Intergration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 naissance du premier lieu d&#039;accueil et de rencontre pour personnes psychiatrisées, ouvert sur le quartier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatrique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
???? Ouverture de la Yourte aux fondue&lt;br /&gt;
???? Ouverture du Café Cult&lt;br /&gt;
???? Ouverture de &amp;quot; Aux Glaces Inuits&amp;quot; &lt;br /&gt;
???? Ouverture du Gîte, &amp;quot;La pierre Bleue&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9399</id>
		<title>Index de personnes</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9399"/>
		<updated>2012-10-09T14:05:46Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Perrine : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Dr. David Cooper (précurseur de l&#039;antipsychiatrie (1962)) avec Ronald Laing&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr. Jacques Bergier (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Valy Degoumois &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André Chavanne (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pr. Garone succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline Lalive&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Claude Droz administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Pache (psychologue)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franco Basaglia, psychiatre italien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Professeur Tissot, directeur médical de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
W. Wolfenberger (VRS: valorisation des rôles sociaux)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Perrine</name></author>
	</entry>
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