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	<title>DeWiki - Contributions [fr]</title>
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		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9934</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2013-01-29T08:01:19Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prises alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politiques faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait des prestations de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personnes qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades, imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leur famille, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, c&#039;est aussi le manque de structures sociales de prise en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de [[Index|Jean Vannier]] [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou [[Index|Fernand Deligny]] à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]:&amp;quot;Dans l&#039;aventure du non de la parole&amp;quot;. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peut, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constitue avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lesquels l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger et pratique d&#039;utilisation. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne la collection des traces, notre travail se base essentiellement sur quatre entretiens menés, tous abordant une étape de la vie professionnelle ou plus personnelle d&#039;Alain Dupont. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ces entretiens ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, où il parle du Quatre, puis en se rendant à l&#039;Hôtel Pension Silva pour traiter de l&#039;Association Trajets; le troisième entretien, qui a eu lieu au restaurant Le Pyramus, portait sur l&#039;Association T-Interactions; enfin, au cours du dernier entretien, réalisé au Café Cult, Alain Dupont a évoqué son enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui permettent, comme l&#039;affirme Descamps (2006), de « situer le témoin dans son environnement familier». De surcroît, ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter le quotidien d&#039;Alain Dupont, de rendre plus concrets certains faits évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l&#039;archivage des quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours), ils ont fait l&#039;objet d&#039;une retranscription car, comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans Le recueil d&#039;une histoire de vie (1980), « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information. Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langage et les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens, sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». Blanchet (1985) parle de transcription en « intégrale allégée » lorsqu&#039;il s&#039;agit de fluidifier le récit en supprimant quelques marques discursives comme certaines interjections. L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprises, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, en ce qui concerne le traitement des données, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interactions&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. [[Index|Gaston Garrone]] et le [[Index|Dr Goldmeister]], Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et [[index|Jean Vannier]] qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que [[index|François Grasset]] développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
D&#039;abord tombés dans les extrêmes de cacher la location de certains appartements en ville à des personnes psychiatrisées, c&#039;est en se servant des exemples de la vie ordinaire que petit à petit, Dupont et ses collègues régulent leurs pratiques de professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
C&#039;est en se faisant connaitre du public et des politiques que Trajets et ses membres se sont fait connaitre aux yeux de la cité. Cr c&#039;est bel et bien en se dirigeant vers l&#039;extérieur, vers la communauté, que des liens et des réseaux se créent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public est un point extrêmement important selon Dupont. En poursuivant sa formation, il découvre en 1983 un article de [[index|Wolfenberger]] concernant la valorisation des roles sociaux. La valorisation des rôles sociaux est primordiale à la valorisation de la personne parce qu&#039;une personne peut être valorisée à l’intérieur de l’institution, sans que ses rôles sociaux soient reconnus. Le programme d’analyse du système des services est un outil d’évaluation des institutions en vue de la désinstitutionalisation, mis en place par Wolfenberger. Après s&#039;être formé auprès des Canadiens à l&#039;origine de ce courant, Alain Dupont décide de venir à Genève pour lancer la valorisation des rôles sociaux. Jacques Pelletier, au courant également de ces pratiques, est toujours consultant et vient aider à réfléchir sur ce qui est mis en  place por l&#039;association Trajets et autour. &lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public joue un rôle dans la valorisation des rôles sociaux d&#039;une personne et sur la façon d&#039;entrer en matière avec la population. En effet, ce n&#039;est pas en regroupant dans le même endroit toute sorte de &amp;quot;déficience&amp;quot; que l&#039;intégration au sein de la communauté de ces mêmes personnes va aboutir. Par exemple, lorsque dans un supermarché sont aperçus une dizaine de personnes handicapées accompagnées de quatre éducatrices, l&#039;image montrée est négative: les éducatrices renvoient une image des personnes handicapées comme si ces dernières étaient incapables, incompétentes. Ce n&#039;est pas ainsi que l’éducation du public procède: &amp;quot;parce que les gens changent de trottoir&amp;quot;. L’éducation du public se passe par l’expérience, par la rencontre, afin que les personnes puissent se croiser.&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi des lieux de rencontre, des lieux où les personnes peuvent se découvrir, ont été créés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des programmes individualisés sont alors mis en place pour revendiquer les différences entre les personens psychiatrisées, leurs divers projets et besoins spécifiques, en travaillant avec [[index|Jacques Pelletier]]. Le projet de réalisation de personnes et la réalisation de soi avec une visions élistique est créé selon ces objectifs en incluant la communauté, les proches, les amis, la famille et toute autre personne.&lt;br /&gt;
Les différents lieux de rencontre ont pu être mis en place à Trajets en terme d’accueil, d’accompagnement psycho-social. Des travailleurs sociaux ont mis en place les ateliers, les entreprises pour offrir du travail. Puis des possibilités de vacances, de loisirs, culture, ont été créés pour se rencontrer. L&#039;idée n&#039;étant pas de devenir une association totalitaire mais simplement de répondre aux besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit,  [[Index|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association [http://www.arcade84.ch/B_QuiSommesNous.htm Arcade 84] et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association [http://www.t-interactions.ch T-interactions ], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le biais de l’Association T-Interactions, créée en 2002, Alain Dupont a pu mettre en pratique les valeurs qu’il avait tenté d’instaurer, en vain, lorsqu’il était encore à la direction de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une vision élargie des difficultés sociales  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
T-Interactions ouvre ses portes à un public désormais plus large : il peut s’agir de personnes rencontrant des difficultés sociales, psychiatriques, psychosociales, mais également de personnes en fin de droit de chômage, prises en charge par l’Hospice Général ou l’AI. Les étudiants en difficulté financière ou des personnes victimes de violences peuvent également recourir à ce service. En été, beaucoup d’étudiants travaillent dans les diverses entreprises sociales. Ainsi, « aucune porte n’est fermée à qui que ce soit », proclame Alain Dupont, à l’exception des personnes souffrant de toxicomanie, en raison de son manque de spécialisation dans ce domaine. D’autres structures sont plus enclines à répondre à leurs réels besoins. Cette importante mixité permet une confrontation entre les personnes, soit une synergie et un enrichissement tant personnel que professionnel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une mission économique au même titre qu’une mission sociale ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un des principes fondamentaux qui caractérisent l’Association T-Interactions est de ne pas être subventionnée. Cependant, comment se déroule, dès lors, la création de ces entreprises jusqu’à l’aboutissement du projet ? Alain Dupont rédige un business-plan, répertoriant tous les détails du projet qu’il soumet à différentes personnes, dont Jacques Pelletier qui l’évalue. Puis, cela devient le projet de toute une équipe qui doit œuvrer à sa réussite. Ainsi les personnes impliquées, quelles qu’elles soient, doivent être suffisamment compétentes pour faire « tourner » l’entreprise. Par le biais du business-plan, Alain Dupont cherche donc véritablement à donner à T-Interactions une mission économique, au-delà d’une mission sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 23 décembre 2007, le directeur de Trajets annonce à Alain Dupont qu’il ne veut plus de ses projets, tels que le Domaine de la Pierre Bleue, les Jardins de Milly, l’Hôtel Pension Silva et le Café Cult. Ces projets sont alors repris par Alain Dupont, au compte de T-Interactions. Ces entreprises étaient alors déficitaires et Alain Dupont s’est retrouvé avec près de 1,2 millions de Frs. de dettes. Téméraire et ne reculant pas devant la prise de risques, il met tout en œuvre pour que les projets aboutissent. L’Hôtel Pension Silva, ouvert le 15 mars 2008, en est un exemple évident. Ce projet a rapporté à l’entreprise entre 100&#039;000 et 200&#039;000 Frs. de bénéfice. Cet argent a ainsi pu être réinvesti, entre autres, pour l’engagement de personnel supplémentaire. Cela contribue donc au développement de l’entreprise, par l’auto-financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Professionnalisme et formation, un pas vers la responsabilisation  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement à Trajets, cette association est axée principalement sur le domaine professionnel et non plus socio-professionnel. L’objectif principal est de donner de réels rôles sociaux aux personnes en situation d’exclusion, par leur intégration dans des entreprises. En effet, dans notre société, la valorisation d’un individu passe énormément par la reconnaissance professionnelle. L’aspect social des interventions n’est plus ici la priorité. Cependant, une aide psycho-sociale est tout de même dispensée en cas de besoin. La mission de l’Association est ainsi de considérer les personnes en rupture sociale ou rencontrant des difficultés comme des professionnels ordinaires, afin de favoriser au mieux leur insertion professionnelle et sociale. Il est important de relever que, depuis le 15 mars 2008, 85 emplois ont été créés à T-Interactions, « des emplois RÉELS », insiste Alain Dupont. Ainsi, toute personne reçoit un salaire, essentiel à sa dignité. Puis, un réel contrat de travail est proposé à ces personnes. Si elles peuvent bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs, elles sont également tenues aux mêmes devoirs. En effet, selon Alain Dupont, ce ne sont pas des employés « à protéger ». Ils ne rencontreront donc pas plus d’indulgence en raison de leur vécu, et ne seront pas à l’abri de licenciements éventuels. Ainsi, l’un des objectifs moteurs de T-Interactions est la responsabilisation du travailleur. Autrefois, les ateliers protégés étaient mis en place, mais les personnes restaient coupées de la société en étant trop encadrées. Désormais, ce service d’insertion permet une intégration dans le marché du travail ordinaire, donc dans la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat de T-interactions propose, de plus, deux prestations : des stages et une formation professionnelle. Les bénéficiaires peuvent effectuer un stage aboutissant, suite à une évaluation des compétences, à un engagement, soit à l’obtention d’un emploi « réel » et non plus à un emploi de solidarité. De plus, un partenariat dynamique est établi entre trois pôles, à savoir l’usager, les professionnels spécialisés et T-interactions. T-interactions propose, en effet, une formation continue à tous les usagers de l’Association. En ce qui concerne les personnes spécialisées dans le domaine professionnel, T-interactions leur propose une formation interne puisqu’ils seront tout de même amenés à travailler avec un certain type de personnes. Ils sont en quelque sorte outillés pour intervenir auprès d’elles de façon adéquate.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, contrairement à Trajets, les personnes « intégrées » pourront être formées par des personnes spécialisées dans le domaine professionnel, au lieu d’être uniquement prises en charge par des travailleurs sociaux. Par exemple, concernant le restaurant Pyramus, l’une des entreprises sociales créées par Alain Dupont, c’est un chef cuisinier étoilé, soit un grand professionnel de la restauration, qui accompagne les personnes en difficulté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, un suivi individualisé est établi avec les personnes bénéficiaires de l’Association et défini selon leurs besoins individuels, afin « de leur donner de réelles possibilités, de réelles chances de réadaptation et de trouver un emploi », explique Alain Dupont lors de l’entrevue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le suivi individualisé de la personne garantit une certaine continuité, essentielle, selon Alain Dupont, pour le projet de vie de tout un chacun. Il affirme « qu’il ne sert à rien de vouloir prendre le pouvoir sur les gens. Ce sont eux qui sont capables de nous dire quels sont leurs projets et comment ils entrevoient leur vie ». Ainsi, T-interactions permet à chacun d’accomplir ce projet de vie et d’en être l’acteur principal, tout en misant sur le « principe de réciprocité », c’est-à-dire trouver une place de travail qui corresponde aux attentes de la personne, tout en s’assurant que celle-ci corresponde également aux attentes de l’entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, un outil essentiel au développement de certaines compétences est mis en place. Chaque employé en insertion possède un portfolio d’intégration professionnelle, en rapport avec son projet personnel et professionnel. Ce portfolio permet un suivi de l’apprentissage, de la progression et de l’accompagnement mais favorise surtout l’auto-évaluation des compétences, des savoir-faire et des savoir-être, ainsi que des comportements adaptatifs et habiletés sociales essentielles à sa progression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== T-Interactions : une entreprise en constante évolution  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nombreux projets répondant aux valeurs humaines prônées par Alain Dupont ont vu le jour grâce à T-interactions. Jusqu’à ce jour, 11 entreprises ont déjà été mises sur pied. Cette association représente donc une avancée supplémentaire contre l’exclusion sociale et professionnelle des personnes « différentes ». Contrairement à ce qui se pratique dans le milieu de la psychiatrie, tel que cela nous a été décrit par Alain Dupont, l’individu est ici perçu en fonction de ses compétences et difficultés et non en fonction d’un diagnostic. L’objectif est de faire confiance afin de responsabiliser les personnes et leur assurer une certaine autonomie et reconnaissance nécessaires à leur bien-être et à leur épanouissement. Alain Dupont garantissant une prestation de qualité des entreprises sociales de T-interactions, il ne nous reste plus qu’à passer une nuit à l’Hôtel Pension Silva, siroter un verre au Café-Cult, savourer un sorbet aux Glaces Inuit, hésiter entre déguster une fondue à la Yourte aux fondues ou un plat moins convivial mais plus raffiné au restaurant Le Pyramus…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9933</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9933"/>
		<updated>2013-01-29T08:00:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prises alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politiques faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait des prestations de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personnes qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades, imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leur famille, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, c&#039;est aussi le manque de structures sociales de prise en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de [[Index|Jean Vannier]] [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou [[Index|Fernand Deligny]] à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]:&amp;quot;Dans l&#039;aventure du non de la parole&amp;quot;. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peut, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constitue avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lesquels l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger et pratique d&#039;utilisation. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne la collection des traces, notre travail se base essentiellement sur quatre entretiens menés, tous abordant une étape de la vie professionnelle ou plus personnelle d&#039;Alain Dupont. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ces entretiens ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, où il parle du Quatre, puis en se rendant à l&#039;Hôtel Pension Silva pour traiter de l&#039;Association Trajets; le troisième entretien, qui a eu lieu au restaurant Le Pyramus, portait sur l&#039;Association T-Interactions; enfin, au cours du dernier entretien, réalisé au Café Cult, Alain Dupont a évoqué son enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui permettent, comme l&#039;affirme Descamps (2006), de « situer le témoin dans son environnement familier». De surcroît, ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter le quotidien d&#039;Alain Dupont, de rendre plus concrets certains faits évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne l&#039;archivage des quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours), ils ont fait l&#039;objet d&#039;une retranscription car, comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans Le recueil d&#039;une histoire de vie (1980), « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information. Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langage et les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens, sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». Blanchet (1985) parle de transcription en « intégrale allégée » lorsqu&#039;il s&#039;agit de fluidifier le récit en supprimant quelques marques discursives comme certaines interjections. L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprises, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, en ce qui concerne le traitement des données, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interactions&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. [[Index|Gaston Garrone]] et le [[Index|Dr Goldmeister]], Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et [[index|Jean Vannier]] qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que [[index|François Grasset]] développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
D&#039;abord tombés dans les extrêmes de cacher la location de certains appartements en ville à des personnes psychiatrisées, c&#039;est en se servant des exemples de la vie ordinaire que petit à petit, Dupont et ses collègues régulent leurs pratiques de professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
C&#039;est en se faisant connaitre du public et des politiques que Trajets et ses membres se sont fait connaitre aux yeux de la cité. Cr c&#039;est bel et bien en se dirigeant vers l&#039;extérieur, vers la communauté, que des liens et des réseaux se créent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public est un point extrêmement important selon Dupont. En poursuivant sa formation, il découvre en 1983 un article de [[index|Wolfenberger]] concernant la valorisation des roles sociaux. La valorisation des rôles sociaux est primordiale à la valorisation de la personne parce qu&#039;une personne peut être valorisée à l’intérieur de l’institution, sans que ses rôles sociaux soient reconnus. Le programme d’analyse du système des services est un outil d’évaluation des institutions en vue de la désinstitutionalisation, mis en place par Wolfenberger. Après s&#039;être formé auprès des Canadiens à l&#039;origine de ce courant, Alain Dupont décide de venir à Genève pour lancer la valorisation des rôles sociaux. Jacques Pelletier, au courant également de ces pratiques, est toujours consultant et vient aider à réfléchir sur ce qui est mis en  place por l&#039;association Trajets et autour. &lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public joue un rôle dans la valorisation des rôles sociaux d&#039;une personne et sur la façon d&#039;entrer en matière avec la population. En effet, ce n&#039;est pas en regroupant dans le même endroit toute sorte de &amp;quot;déficience&amp;quot; que l&#039;intégration au sein de la communauté de ces mêmes personnes va aboutir. Par exemple, lorsque dans un supermarché sont aperçus une dizaine de personnes handicapées accompagnées de quatre éducatrices, l&#039;image montrée est négative: les éducatrices renvoient une image des personnes handicapées comme si ces dernières étaient incapables, incompétentes. Ce n&#039;est pas ainsi que l’éducation du public procède: &amp;quot;parce que les gens changent de trottoir&amp;quot;. L’éducation du public se passe par l’expérience, par la rencontre, afin que les personnes puissent se croiser.&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi des lieux de rencontre, des lieux où les personnes peuvent se découvrir, ont été créés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des programmes individualisés sont alors mis en place pour revendiquer les différences entre les personens psychiatrisées, leurs divers projets et besoins spécifiques, en travaillant avec [[index|Jacques Pelletier]]. Le projet de réalisation de personnes et la réalisation de soi avec une visions élistique est créé selon ces objectifs en incluant la communauté, les proches, les amis, la famille et toute autre personne.&lt;br /&gt;
Les différents lieux de rencontre ont pu être mis en place à Trajets en terme d’accueil, d’accompagnement psycho-social. Des travailleurs sociaux ont mis en place les ateliers, les entreprises pour offrir du travail. Puis des possibilités de vacances, de loisirs, culture, ont été créés pour se rencontrer. L&#039;idée n&#039;étant pas de devenir une association totalitaire mais simplement de répondre aux besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit,  [[Index|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association [http://www.arcade84.ch/B_QuiSommesNous.htm Arcade 84] et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le biais de l’Association T-Interactions, créée en 2002, Alain Dupont a pu mettre en pratique les valeurs qu’il avait tenté d’instaurer, en vain, lorsqu’il était encore à la direction de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une vision élargie des difficultés sociales  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
T-Interactions ouvre ses portes à un public désormais plus large : il peut s’agir de personnes rencontrant des difficultés sociales, psychiatriques, psychosociales, mais également de personnes en fin de droit de chômage, prises en charge par l’Hospice Général ou l’AI. Les étudiants en difficulté financière ou des personnes victimes de violences peuvent également recourir à ce service. En été, beaucoup d’étudiants travaillent dans les diverses entreprises sociales. Ainsi, « aucune porte n’est fermée à qui que ce soit », proclame Alain Dupont, à l’exception des personnes souffrant de toxicomanie, en raison de son manque de spécialisation dans ce domaine. D’autres structures sont plus enclines à répondre à leurs réels besoins. Cette importante mixité permet une confrontation entre les personnes, soit une synergie et un enrichissement tant personnel que professionnel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une mission économique au même titre qu’une mission sociale ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un des principes fondamentaux qui caractérisent l’Association T-Interactions est de ne pas être subventionnée. Cependant, comment se déroule, dès lors, la création de ces entreprises jusqu’à l’aboutissement du projet ? Alain Dupont rédige un business-plan, répertoriant tous les détails du projet qu’il soumet à différentes personnes, dont Jacques Pelletier qui l’évalue. Puis, cela devient le projet de toute une équipe qui doit œuvrer à sa réussite. Ainsi les personnes impliquées, quelles qu’elles soient, doivent être suffisamment compétentes pour faire « tourner » l’entreprise. Par le biais du business-plan, Alain Dupont cherche donc véritablement à donner à T-Interactions une mission économique, au-delà d’une mission sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 23 décembre 2007, le directeur de Trajets annonce à Alain Dupont qu’il ne veut plus de ses projets, tels que le Domaine de la Pierre Bleue, les Jardins de Milly, l’Hôtel Pension Silva et le Café Cult. Ces projets sont alors repris par Alain Dupont, au compte de T-Interactions. Ces entreprises étaient alors déficitaires et Alain Dupont s’est retrouvé avec près de 1,2 millions de Frs. de dettes. Téméraire et ne reculant pas devant la prise de risques, il met tout en œuvre pour que les projets aboutissent. L’Hôtel Pension Silva, ouvert le 15 mars 2008, en est un exemple évident. Ce projet a rapporté à l’entreprise entre 100&#039;000 et 200&#039;000 Frs. de bénéfice. Cet argent a ainsi pu être réinvesti, entre autres, pour l’engagement de personnel supplémentaire. Cela contribue donc au développement de l’entreprise, par l’auto-financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Professionnalisme et formation, un pas vers la responsabilisation  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement à Trajets, cette association est axée principalement sur le domaine professionnel et non plus socio-professionnel. L’objectif principal est de donner de réels rôles sociaux aux personnes en situation d’exclusion, par leur intégration dans des entreprises. En effet, dans notre société, la valorisation d’un individu passe énormément par la reconnaissance professionnelle. L’aspect social des interventions n’est plus ici la priorité. Cependant, une aide psycho-sociale est tout de même dispensée en cas de besoin. La mission de l’Association est ainsi de considérer les personnes en rupture sociale ou rencontrant des difficultés comme des professionnels ordinaires, afin de favoriser au mieux leur insertion professionnelle et sociale. Il est important de relever que, depuis le 15 mars 2008, 85 emplois ont été créés à T-Interactions, « des emplois RÉELS », insiste Alain Dupont. Ainsi, toute personne reçoit un salaire, essentiel à sa dignité. Puis, un réel contrat de travail est proposé à ces personnes. Si elles peuvent bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs, elles sont également tenues aux mêmes devoirs. En effet, selon Alain Dupont, ce ne sont pas des employés « à protéger ». Ils ne rencontreront donc pas plus d’indulgence en raison de leur vécu, et ne seront pas à l’abri de licenciements éventuels. Ainsi, l’un des objectifs moteurs de T-Interactions est la responsabilisation du travailleur. Autrefois, les ateliers protégés étaient mis en place, mais les personnes restaient coupées de la société en étant trop encadrées. Désormais, ce service d’insertion permet une intégration dans le marché du travail ordinaire, donc dans la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat de T-interactions propose, de plus, deux prestations : des stages et une formation professionnelle. Les bénéficiaires peuvent effectuer un stage aboutissant, suite à une évaluation des compétences, à un engagement, soit à l’obtention d’un emploi « réel » et non plus à un emploi de solidarité. De plus, un partenariat dynamique est établi entre trois pôles, à savoir l’usager, les professionnels spécialisés et T-interactions. T-interactions propose, en effet, une formation continue à tous les usagers de l’Association. En ce qui concerne les personnes spécialisées dans le domaine professionnel, T-interactions leur propose une formation interne puisqu’ils seront tout de même amenés à travailler avec un certain type de personnes. Ils sont en quelque sorte outillés pour intervenir auprès d’elles de façon adéquate.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, contrairement à Trajets, les personnes « intégrées » pourront être formées par des personnes spécialisées dans le domaine professionnel, au lieu d’être uniquement prises en charge par des travailleurs sociaux. Par exemple, concernant le restaurant Pyramus, l’une des entreprises sociales créées par Alain Dupont, c’est un chef cuisinier étoilé, soit un grand professionnel de la restauration, qui accompagne les personnes en difficulté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, un suivi individualisé est établi avec les personnes bénéficiaires de l’Association et défini selon leurs besoins individuels, afin « de leur donner de réelles possibilités, de réelles chances de réadaptation et de trouver un emploi », explique Alain Dupont lors de l’entrevue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le suivi individualisé de la personne garantit une certaine continuité, essentielle, selon Alain Dupont, pour le projet de vie de tout un chacun. Il affirme « qu’il ne sert à rien de vouloir prendre le pouvoir sur les gens. Ce sont eux qui sont capables de nous dire quels sont leurs projets et comment ils entrevoient leur vie ». Ainsi, T-interactions permet à chacun d’accomplir ce projet de vie et d’en être l’acteur principal, tout en misant sur le « principe de réciprocité », c’est-à-dire trouver une place de travail qui corresponde aux attentes de la personne, tout en s’assurant que celle-ci corresponde également aux attentes de l’entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, un outil essentiel au développement de certaines compétences est mis en place. Chaque employé en insertion possède un portfolio d’intégration professionnelle, en rapport avec son projet personnel et professionnel. Ce portfolio permet un suivi de l’apprentissage, de la progression et de l’accompagnement mais favorise surtout l’auto-évaluation des compétences, des savoir-faire et des savoir-être, ainsi que des comportements adaptatifs et habiletés sociales essentielles à sa progression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== T-Interactions : une entreprise en constante évolution  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nombreux projets répondant aux valeurs humaines prônées par Alain Dupont ont vu le jour grâce à T-interactions. Jusqu’à ce jour, 11 entreprises ont déjà été mises sur pied. Cette association représente donc une avancée supplémentaire contre l’exclusion sociale et professionnelle des personnes « différentes ». Contrairement à ce qui se pratique dans le milieu de la psychiatrie, tel que cela nous a été décrit par Alain Dupont, l’individu est ici perçu en fonction de ses compétences et difficultés et non en fonction d’un diagnostic. L’objectif est de faire confiance afin de responsabiliser les personnes et leur assurer une certaine autonomie et reconnaissance nécessaires à leur bien-être et à leur épanouissement. Alain Dupont garantissant une prestation de qualité des entreprises sociales de T-interactions, il ne nous reste plus qu’à passer une nuit à l’Hôtel Pension Silva, siroter un verre au Café-Cult, savourer un sorbet aux Glaces Inuit, hésiter entre déguster une fondue à la Yourte aux fondues ou un plat moins convivial mais plus raffiné au restaurant Le Pyramus…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Curriculum_vitae&amp;diff=9932</id>
		<title>Curriculum vitae</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Curriculum_vitae&amp;diff=9932"/>
		<updated>2013-01-29T07:55:03Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;CURRICULUM VITAE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Diplôme d’éducateur spécialisé de l’EESP à Lausanne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Licence en science de l’éducation de la FAPSE à Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Certificat en Travail Social de Groupe de L’EESP et l’IES de Genève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Certificat de Superviseur en travail social de l’IES de Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Diplôme en Evaluation institutionnelle de l’Institut Canadien de la déficience (Allan &lt;br /&gt;
	Roeher) à Toronto.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Formation Intervention de réseaux CEFOC, Genève et du GRPR, Montréal.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Formation en Intervention communautaire du CEFOC, Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Formation continue en ingénierie sociale, en psychosociologie, en management de &lt;br /&gt;
direction, en sociothérapie, en système d’évaluation de la qualité, auditeur ISO 9001 – 19011 et praticien formateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plus de 30 ans, j’agis en tant que conseiller en développement organisationnel et consultant formateur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai fondé et dirigé Trajets, association pour l’intégration sociale de personnes souffrant de troubles psychiatriques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’œuvre au sein d’entreprises privées, publiques ou parapubliques dans le cadre d’interventions liées principalement aux aspects psychosociaux des organisations, à la mise en place de systèmes d’évaluation, de certification « qualité », de planification stratégique et de gestion du changement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’interviens également comme formateur - enseignant dans des organismes du secteur social et sanitaire, notamment au niveau de l’évaluation de programme, la planification de services et la mise en place de structures pouvant soutenir l’intégration sociale de personnes ou groupes à risque d’être marginalisés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de ma carrière, j’ai publié ou collaboré à la publication d’ouvrages et articles concernant l’intégration sociale et professionnelle et l’accompagnement de personnes marginalisées, en rupture sociale ou à risque de dévalorisation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mes principaux champs d’intérêt sont l’ingénierie psychosociale, la désinstitutionnalisation, l’observation, la gestion de projet, l’intégration sociocommunautaire, le développement organisationnel, le travail d’équipe, la planification, la gestion d’entreprise sociale et l’évaluation de services psychosociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
PARCOURS PROFESSIONNEL ET DE GESTION  DEPUIS 1970&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2010  - 2011	Chômage à temps partiel (80%) / Conseiller – formateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 – à ce jour	Fondateur et conseiller de l’association T-Interactions&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2003 - 2009	Conseiller clinique à la Fondation Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1991 – à ce jour	Editeur et directeur des Editions des Deux Continents EDC&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 – 2003		Fondateur et Directeur de l’association Trajets à Genève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1980 à ce jour 		Directeur/ consultant-formateur, Bureau européen d’ingénierie sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 à ce jour	Enseignant à l’IES-GE, HES-So Fribourg, Lausanne, Tessin, ARPIH et au CEDIS (Comité Européen pour le développement de l’Intégration Sociale) France ; Université de Mons en Belgique, Pédagogie Curative, Université de Fribourg; à Valoris, à Solution-S et à l’Institut Valor, Canada. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 – 1994		Responsable du service de sociothérapie, lieu d’accueil « le Quatre » au CPSU et Bel’Air à Genève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1971 – 1985		Formateur et professeur à l’Institut d’Etudes Sociales et CEFOC à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 – 1977		Responsable du service de sociothérapie au Centre Universitaire de &lt;br /&gt;
diagnostic et de soins de la déficience mentale à Genève (Bel’Air)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 – 1980		Responsable de Caritas Jeunesse et du secteur des personnes handicapées&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 – 1975		Conseiller- social et enseignant au Cycle d’Orientation à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autres réalisations professionnelles&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Consultant pour des associations suisses et canadiennes en matière de politiques sociales et d’évaluation institutionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Conseiller auprès du Service aux Enfants et Adultes du Prescott Russel (SEAPR) en Ontario et Réseau de services en déficience intellectuelle (RSDI) en Outaouais – Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Accompagnement d’agences pour fins d’accréditation ISO 9001&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Membre de l’équipe responsable de l’évaluation de la qualité des services aux personnes qui présentent une déficience intellectuelle dans la région Bois-Francs-Mauricie, à la demande du Gouvernement du Québec.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Audits d’une trentaine d’institutions et d’agences sociales au Canada et en Europe dans le domaine socio sanitaire depuis 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Enseignement de méthodes d’évaluation de la qualité de programmes et d’analyse de système de service (PASS, PASSING, MEQSS, API) en Europe et au Canada depuis 1988.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Formateur en Suisse, en Europe francophone et au Canada français depuis 1989 dans le domaine de l’ingénierie sociale, de l’évaluation de programme et de la programmation individualisée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Enseignant à l’Université de Fribourg (IPC) pour le cours « projet individuel de réalisation personnelle ». &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Co-fondateur et président de l’association « SUCCES », Initiatives constructives en santé mentale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Président de la « faîtière » CORAASP (Coordination romande des associations d’action pour la santé psychique).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Assistant à la FAPSE à Genève du Professeur T. Rey et du Professeur G. Magerotte de l’Université de Mons en Belgique, entre 1980 et 1985.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Chercheur à la Fondation nationale de gérontologie à Paris et du Groupe de recherche sur les handicaps de la sénescence à Marseille entre 1986 et 1990 (avec publication d’un ouvrage).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Co-fondateur et président des « Éditions des Deux Continents » EDC à  Genève depuis 1991. Editions qui donnent la parole aux usagers et aux professionnels du domaine socio sanitaire et psychosocial. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Mise en place de formations et de stages pour des professionnels du champ psychosocial&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Supervision individuelle et d’équipe dans le domaine de l’éducation de la petite enfance, des personnes âgées et du champ psychosocial&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Co-fondateur et Vice-président du CEDIS, Comité européen pour le développement de l’intégration sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Création d’entreprises sociales en Suisse et au Canada.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Membre du Comité de la SGUP depuis depuis 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Président de l’association Genevoise des Diabétiques depuis 2010&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ARTICLES – CONFERENCES&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout au long de ma carrière professionnelle, j’ai publié des articles dans diverses revues professionnelles et participé à des congrès du domaine psychosocial. J’ai, également donné de nombreuses conférences sur des thèmes liés à mes recherches et activités professionnelles. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ENSEIGNEMENTS&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au cours de toutes ces années, j’ai enseigné dans divers instituts et écoles sociales en Europe et au Canada dans le cadre de formations de base et continues pour des professionnels du domaine socio sanitaire. &lt;br /&gt;
Voici quelques enseignements dispensés :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’observation et l’évaluation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’ingénierie psychosociale et communautaire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	La VRS, valorisation des rôles sociaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Le projet individuel de réalisation personnelle et le PSI, plan de services individualisés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’entretien d’aide.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’évaluation de la qualité avec les méthodes  PASS et MEQSS, programme d’analyse de la qualité des systèmes de service.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’intervention de réseau.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’évaluation du personnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	La notion de projet et l’élaboration d’un projet institutionnel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	La dynamique et les processus du déroulement d’une formation et son évaluation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	La santé mentale et intégration sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Le travail social de groupe et la supervision.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Animer équipe et une réunion avec compétence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Le Projet de Réalisation Personnelle PRP&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	L’Analyse des Pratiques Institutionnelles d’accompagnement psychosocial et professionnel API&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Gestion d’une association.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	Création d’entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ALAIN DUPONT&lt;br /&gt;
Né à Genève / 23 08 1946&lt;br /&gt;
Marié&lt;br /&gt;
Deux enfants&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
COORDONNEES&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Case postale 302&lt;br /&gt;
1211 Genève 4&lt;br /&gt;
Tél : 079 203 13 12&lt;br /&gt;
Mail : alain@ad-consultants.ch&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9929</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9929"/>
		<updated>2013-01-28T22:39:24Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* T-Interactions : une entreprise en constante évolution */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prises alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politiques faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait des prestations de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personnes qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades, imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leur famille, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, c&#039;est aussi le manque de structures sociales de prise en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de [[Index|Jean Vannier]] [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou [[Index|Fernand Deligny]] à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]:&amp;quot;Dans l&#039;aventure du non de la parole&amp;quot;. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peut, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constitue avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lesquels l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. [[Index|Gaston Garrone]] et le [[Index|Dr Goldmeister]], Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et [[index|Jean Vannier]] qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que [[index|François Grasset]] développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
D&#039;abord tombés dans les extrêmes de cacher la location de certains appartements en ville à des personnes psychiatrisées, c&#039;est en se servant des exemples de la vie ordinaire que petit à petit, Dupont et ses collègues régulent leurs pratiques de professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
C&#039;est en se faisant connaitre du public et des politiques que Trajets et ses membres se sont fait connaitre aux yeux de la cité. Cr c&#039;est bel et bien en se dirigeant vers l&#039;extérieur, vers la communauté, que des liens et des réseaux se créent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public est un point extrêmement important selon Dupont. En poursuivant sa formation, il découvre en 1983 un article de [[index|Wolfenberger]] concernant la valorisation des roles sociaux. La valorisation des rôles sociaux est primordiale à la valorisation de la personne parce qu&#039;une personne peut être valorisée à l’intérieur de l’institution, sans que ses rôles sociaux soient reconnus. Le programme d’analyse du système des services est un outil d’évaluation des institutions en vue de la désinstitutionalisation, mis en place par Wolfenberger. Après s&#039;être formé auprès des Canadiens à l&#039;origine de ce courant, Alain Dupont décide de venir à Genève pour lancer la valorisation des rôles sociaux. Jacques Pelletier, au courant également de ces pratiques, est toujours consultant et vient aider à réfléchir sur ce qui est mis en  place por l&#039;association Trajets et autour. &lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public joue un rôle dans la valorisation des rôles sociaux d&#039;une personne et sur la façon d&#039;entrer en matière avec la population. En effet, ce n&#039;est pas en regroupant dans le même endroit toute sorte de &amp;quot;déficience&amp;quot; que l&#039;intégration au sein de la communauté de ces mêmes personnes va aboutir. Par exemple, lorsque dans un supermarché sont aperçus une dizaine de personnes handicapées accompagnées de quatre éducatrices, l&#039;image montrée est négative: les éducatrices renvoient une image des personnes handicapées comme si ces dernières étaient incapables, incompétentes. Ce n&#039;est pas ainsi que l’éducation du public procède: &amp;quot;parce que les gens changent de trottoir&amp;quot;. L’éducation du public se passe par l’expérience, par la rencontre, afin que les personnes puissent se croiser.&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi des lieux de rencontre, des lieux où les personnes peuvent se découvrir, ont été créés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des programmes individualisés sont alors mis en place pour revendiquer les différences entre les personens psychiatrisées, leurs divers projets et besoins spécifiques, en travaillant avec [[index|Jacques Pelletier]]. Le projet de réalisation de personnes et la réalisation de soi avec une visions élistique est créé selon ces objectifs en incluant la communauté, les proches, les amis, la famille et toute autre personne.&lt;br /&gt;
Les différents lieux de rencontre ont pu être mis en place à Trajets en terme d’accueil, d’accompagnement psycho-social. Des travailleurs sociaux ont mis en place les ateliers, les entreprises pour offrir du travail. Puis des possibilités de vacances, de loisirs, culture, ont été créés pour se rencontrer. L&#039;idée n&#039;étant pas de devenir une association totalitaire mais simplement de répondre aux besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit,  [[Index|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le biais de l’Association T-Interactions, créée en 2002, Alain Dupont a pu mettre en pratique les valeurs qu’il avait tenté d’instaurer, en vain, lorsqu’il était encore à la direction de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une vision élargie des difficultés sociales  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
T-Interactions ouvre ses portes à un public désormais plus large : il peut s’agir de personnes rencontrant des difficultés sociales, psychiatriques, psychosociales, mais également de personnes en fin de droit de chômage, prises en charge par l’Hospice Général ou l’AI. Les étudiants en difficulté financière ou des personnes victimes de violences peuvent également recourir à ce service. En été, beaucoup d’étudiants travaillent dans les diverses entreprises sociales. Ainsi, « aucune porte n’est fermée à qui que ce soit », proclame Alain Dupont, à l’exception des personnes souffrant de toxicomanie, en raison de son manque de spécialisation dans ce domaine. D’autres structures sont plus enclines à répondre à leurs réels besoins. Cette importante mixité permet une confrontation entre les personnes, soit une synergie et un enrichissement tant personnel que professionnel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une mission économique au même titre qu’une mission sociale ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un des principes fondamentaux qui caractérisent l’Association T-Interactions est de ne pas être subventionnée. Cependant, comment se déroule, dès lors, la création de ces entreprises jusqu’à l’aboutissement du projet ? Alain Dupont rédige un business-plan, répertoriant tous les détails du projet qu’il soumet à différentes personnes, dont Jacques Pelletier qui l’évalue. Puis, cela devient le projet de toute une équipe qui doit œuvrer à sa réussite. Ainsi les personnes impliquées, quelles qu’elles soient, doivent être suffisamment compétentes pour faire « tourner » l’entreprise. Par le biais du business-plan, Alain Dupont cherche donc véritablement à donner à T-Interactions une mission économique, au-delà d’une mission sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 23 décembre 2007, le directeur de Trajets annonce à Alain Dupont qu’il ne veut plus de ses projets, tels que le Domaine de la Pierre Bleue, les Jardins de Milly, l’Hôtel Pension Silva et le Café Cult. Ces projets sont alors repris par Alain Dupont, au compte de T-Interactions. Ces entreprises étaient alors déficitaires et Alain Dupont s’est retrouvé avec près de 1,2 millions de Frs. de dettes. Téméraire et ne reculant pas devant la prise de risques, il met tout en œuvre pour que les projets aboutissent. L’Hôtel Pension Silva, ouvert le 15 mars 2008, en est un exemple évident. Ce projet a rapporté à l’entreprise entre 100&#039;000 et 200&#039;000 Frs. de bénéfice. Cet argent a ainsi pu être réinvesti, entre autres, pour l’engagement de personnel supplémentaire. Cela contribue donc au développement de l’entreprise, par l’auto-financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Professionnalisme et formation, un pas vers la responsabilisation  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement à Trajets, cette association est axée principalement sur le domaine professionnel et non plus socio-professionnel. L’objectif principal est de donner de réels rôles sociaux aux personnes en situation d’exclusion, par leur intégration dans des entreprises. En effet, dans notre société, la valorisation d’un individu passe énormément par la reconnaissance professionnelle. L’aspect social des interventions n’est plus ici la priorité. Cependant, une aide psycho-sociale est tout de même dispensée en cas de besoin. La mission de l’Association est ainsi de considérer les personnes en rupture sociale ou rencontrant des difficultés comme des professionnels ordinaires, afin de favoriser au mieux leur insertion professionnelle et sociale. Il est important de relever que, depuis le 15 mars 2008, 85 emplois ont été créés à T-Interactions, « des emplois RÉELS », insiste Alain Dupont. Ainsi, toute personne reçoit un salaire, essentiel à sa dignité. Puis, un réel contrat de travail est proposé à ces personnes. Si elles peuvent bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs, elles sont également tenues aux mêmes devoirs. En effet, selon Alain Dupont, ce ne sont pas des employés « à protéger ». Ils ne rencontreront donc pas plus d’indulgence en raison de leur vécu, et ne seront pas à l’abri de licenciements éventuels. Ainsi, l’un des objectifs moteurs de T-Interactions est la responsabilisation du travailleur. Autrefois, les ateliers protégés étaient mis en place, mais les personnes restaient coupées de la société en étant trop encadrées. Désormais, ce service d’insertion permet une intégration dans le marché du travail ordinaire, donc dans la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat de T-interactions propose, de plus, deux prestations : des stages et une formation professionnelle. Les bénéficiaires peuvent effectuer un stage aboutissant, suite à une évaluation des compétences, à un engagement, soit à l’obtention d’un emploi « réel » et non plus à un emploi de solidarité. De plus, un partenariat dynamique est établi entre trois pôles, à savoir l’usager, les professionnels spécialisés et T-interactions. T-interactions propose, en effet, une formation continue à tous les usagers de l’Association. En ce qui concerne les personnes spécialisées dans le domaine professionnel, T-interactions leur propose une formation interne puisqu’ils seront tout de même amenés à travailler avec un certain type de personnes. Ils sont en quelque sorte outillés pour intervenir auprès d’elles de façon adéquate.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, contrairement à Trajets, les personnes « intégrées » pourront être formées par des personnes spécialisées dans le domaine professionnel, au lieu d’être uniquement prises en charge par des travailleurs sociaux. Par exemple, concernant le restaurant Pyramus, l’une des entreprises sociales créées par Alain Dupont, c’est un chef cuisinier étoilé, soit un grand professionnel de la restauration, qui accompagne les personnes en difficulté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, un suivi individualisé est établi avec les personnes bénéficiaires de l’Association et défini selon leurs besoins individuels, afin « de leur donner de réelles possibilités, de réelles chances de réadaptation et de trouver un emploi », explique Alain Dupont lors de l’entrevue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le suivi individualisé de la personne garantit une certaine continuité, essentielle, selon Alain Dupont, pour le projet de vie de tout un chacun. Il affirme « qu’il ne sert à rien de vouloir prendre le pouvoir sur les gens. Ce sont eux qui sont capables de nous dire quels sont leurs projets et comment ils entrevoient leur vie ». Ainsi, T-interactions permet à chacun d’accomplir ce projet de vie et d’en être l’acteur principal, tout en misant sur le « principe de réciprocité », c’est-à-dire trouver une place de travail qui corresponde aux attentes de la personne, tout en s’assurant que celle-ci corresponde également aux attentes de l’entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, un outil essentiel au développement de certaines compétences est mis en place. Chaque employé en insertion possède un portfolio d’intégration professionnelle, en rapport avec son projet personnel et professionnel. Ce portfolio permet un suivi de l’apprentissage, de la progression et de l’accompagnement mais favorise surtout l’auto-évaluation des compétences, des savoir-faire et des savoir-être, ainsi que des comportements adaptatifs et habiletés sociales essentielles à sa progression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== T-Interactions : une entreprise en constante évolution  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De nombreux projets répondant aux valeurs humaines prônées par Alain Dupont ont vu le jour grâce à T-interactions. Jusqu’à ce jour, 11 entreprises ont déjà été mises sur pied. Cette association représente donc une avancée supplémentaire contre l’exclusion sociale et professionnelle des personnes « différentes ». Contrairement à ce qui se pratique dans le milieu de la psychiatrie, tel que cela nous a été décrit par Alain Dupont, l’individu est ici perçu en fonction de ses compétences et difficultés et non en fonction d’un diagnostic. L’objectif est de faire confiance afin de responsabiliser les personnes et leur assurer une certaine autonomie et reconnaissance nécessaires à leur bien-être et à leur épanouissement. Alain Dupont garantissant une prestation de qualité des entreprises sociales de T-interactions, il ne nous reste plus qu’à passer une nuit à l’Hôtel Pension Silva, siroter un verre au Café-Cult, savourer un sorbet aux Glaces Inuit, hésiter entre déguster une fondue à la Yourte aux fondues ou un plat moins convivial mais plus raffiné au restaurant Le Pyramus…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9928</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9928"/>
		<updated>2013-01-28T22:38:40Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Professionnalisme et formation, un pas vers la responsabilisation */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prises alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politiques faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait des prestations de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personnes qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades, imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leur famille, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, c&#039;est aussi le manque de structures sociales de prise en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de [[Index|Jean Vannier]] [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou [[Index|Fernand Deligny]] à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]:&amp;quot;Dans l&#039;aventure du non de la parole&amp;quot;. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peut, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constitue avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lesquels l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. [[Index|Gaston Garrone]] et le [[Index|Dr Goldmeister]], Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et [[index|Jean Vannier]] qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que [[index|François Grasset]] développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
D&#039;abord tombés dans les extrêmes de cacher la location de certains appartements en ville à des personnes psychiatrisées, c&#039;est en se servant des exemples de la vie ordinaire que petit à petit, Dupont et ses collègues régulent leurs pratiques de professionnels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
C&#039;est en se faisant connaitre du public et des politiques que Trajets et ses membres se sont fait connaitre aux yeux de la cité. Cr c&#039;est bel et bien en se dirigeant vers l&#039;extérieur, vers la communauté, que des liens et des réseaux se créent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public est un point extrêmement important selon Dupont. En poursuivant sa formation, il découvre en 1983 un article de [[index|Wolfenberger]] concernant la valorisation des roles sociaux. La valorisation des rôles sociaux est primordiale à la valorisation de la personne parce qu&#039;une personne peut être valorisée à l’intérieur de l’institution, sans que ses rôles sociaux soient reconnus. Le programme d’analyse du système des services est un outil d’évaluation des institutions en vue de la désinstitutionalisation, mis en place par Wolfenberger. Après s&#039;être formé auprès des Canadiens à l&#039;origine de ce courant, Alain Dupont décide de venir à Genève pour lancer la valorisation des rôles sociaux. Jacques Pelletier, au courant également de ces pratiques, est toujours consultant et vient aider à réfléchir sur ce qui est mis en  place por l&#039;association Trajets et autour. &lt;br /&gt;
L&#039;éducation du public joue un rôle dans la valorisation des rôles sociaux d&#039;une personne et sur la façon d&#039;entrer en matière avec la population. En effet, ce n&#039;est pas en regroupant dans le même endroit toute sorte de &amp;quot;déficience&amp;quot; que l&#039;intégration au sein de la communauté de ces mêmes personnes va aboutir. Par exemple, lorsque dans un supermarché sont aperçus une dizaine de personnes handicapées accompagnées de quatre éducatrices, l&#039;image montrée est négative: les éducatrices renvoient une image des personnes handicapées comme si ces dernières étaient incapables, incompétentes. Ce n&#039;est pas ainsi que l’éducation du public procède: &amp;quot;parce que les gens changent de trottoir&amp;quot;. L’éducation du public se passe par l’expérience, par la rencontre, afin que les personnes puissent se croiser.&lt;br /&gt;
C&#039;est pourquoi des lieux de rencontre, des lieux où les personnes peuvent se découvrir, ont été créés. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des programmes individualisés sont alors mis en place pour revendiquer les différences entre les personens psychiatrisées, leurs divers projets et besoins spécifiques, en travaillant avec [[index|Jacques Pelletier]]. Le projet de réalisation de personnes et la réalisation de soi avec une visions élistique est créé selon ces objectifs en incluant la communauté, les proches, les amis, la famille et toute autre personne.&lt;br /&gt;
Les différents lieux de rencontre ont pu être mis en place à Trajets en terme d’accueil, d’accompagnement psycho-social. Des travailleurs sociaux ont mis en place les ateliers, les entreprises pour offrir du travail. Puis des possibilités de vacances, de loisirs, culture, ont été créés pour se rencontrer. L&#039;idée n&#039;étant pas de devenir une association totalitaire mais simplement de répondre aux besoins.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit,  [[Index|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par le biais de l’Association T-Interactions, créée en 2002, Alain Dupont a pu mettre en pratique les valeurs qu’il avait tenté d’instaurer, en vain, lorsqu’il était encore à la direction de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une vision élargie des difficultés sociales  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
T-Interactions ouvre ses portes à un public désormais plus large : il peut s’agir de personnes rencontrant des difficultés sociales, psychiatriques, psychosociales, mais également de personnes en fin de droit de chômage, prises en charge par l’Hospice Général ou l’AI. Les étudiants en difficulté financière ou des personnes victimes de violences peuvent également recourir à ce service. En été, beaucoup d’étudiants travaillent dans les diverses entreprises sociales. Ainsi, « aucune porte n’est fermée à qui que ce soit », proclame Alain Dupont, à l’exception des personnes souffrant de toxicomanie, en raison de son manque de spécialisation dans ce domaine. D’autres structures sont plus enclines à répondre à leurs réels besoins. Cette importante mixité permet une confrontation entre les personnes, soit une synergie et un enrichissement tant personnel que professionnel. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une mission économique au même titre qu’une mission sociale ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’un des principes fondamentaux qui caractérisent l’Association T-Interactions est de ne pas être subventionnée. Cependant, comment se déroule, dès lors, la création de ces entreprises jusqu’à l’aboutissement du projet ? Alain Dupont rédige un business-plan, répertoriant tous les détails du projet qu’il soumet à différentes personnes, dont Jacques Pelletier qui l’évalue. Puis, cela devient le projet de toute une équipe qui doit œuvrer à sa réussite. Ainsi les personnes impliquées, quelles qu’elles soient, doivent être suffisamment compétentes pour faire « tourner » l’entreprise. Par le biais du business-plan, Alain Dupont cherche donc véritablement à donner à T-Interactions une mission économique, au-delà d’une mission sociale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le 23 décembre 2007, le directeur de Trajets annonce à Alain Dupont qu’il ne veut plus de ses projets, tels que le Domaine de la Pierre Bleue, les Jardins de Milly, l’Hôtel Pension Silva et le Café Cult. Ces projets sont alors repris par Alain Dupont, au compte de T-Interactions. Ces entreprises étaient alors déficitaires et Alain Dupont s’est retrouvé avec près de 1,2 millions de Frs. de dettes. Téméraire et ne reculant pas devant la prise de risques, il met tout en œuvre pour que les projets aboutissent. L’Hôtel Pension Silva, ouvert le 15 mars 2008, en est un exemple évident. Ce projet a rapporté à l’entreprise entre 100&#039;000 et 200&#039;000 Frs. de bénéfice. Cet argent a ainsi pu être réinvesti, entre autres, pour l’engagement de personnel supplémentaire. Cela contribue donc au développement de l’entreprise, par l’auto-financement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Professionnalisme et formation, un pas vers la responsabilisation  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contrairement à Trajets, cette association est axée principalement sur le domaine professionnel et non plus socio-professionnel. L’objectif principal est de donner de réels rôles sociaux aux personnes en situation d’exclusion, par leur intégration dans des entreprises. En effet, dans notre société, la valorisation d’un individu passe énormément par la reconnaissance professionnelle. L’aspect social des interventions n’est plus ici la priorité. Cependant, une aide psycho-sociale est tout de même dispensée en cas de besoin. La mission de l’Association est ainsi de considérer les personnes en rupture sociale ou rencontrant des difficultés comme des professionnels ordinaires, afin de favoriser au mieux leur insertion professionnelle et sociale. Il est important de relever que, depuis le 15 mars 2008, 85 emplois ont été créés à T-Interactions, « des emplois RÉELS », insiste Alain Dupont. Ainsi, toute personne reçoit un salaire, essentiel à sa dignité. Puis, un réel contrat de travail est proposé à ces personnes. Si elles peuvent bénéficier des mêmes droits que les autres travailleurs, elles sont également tenues aux mêmes devoirs. En effet, selon Alain Dupont, ce ne sont pas des employés « à protéger ». Ils ne rencontreront donc pas plus d’indulgence en raison de leur vécu, et ne seront pas à l’abri de licenciements éventuels. Ainsi, l’un des objectifs moteurs de T-Interactions est la responsabilisation du travailleur. Autrefois, les ateliers protégés étaient mis en place, mais les personnes restaient coupées de la société en étant trop encadrées. Désormais, ce service d’insertion permet une intégration dans le marché du travail ordinaire, donc dans la société. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mandat de T-interactions propose, de plus, deux prestations : des stages et une formation professionnelle. Les bénéficiaires peuvent effectuer un stage aboutissant, suite à une évaluation des compétences, à un engagement, soit à l’obtention d’un emploi « réel » et non plus à un emploi de solidarité. De plus, un partenariat dynamique est établi entre trois pôles, à savoir l’usager, les professionnels spécialisés et T-interactions. T-interactions propose, en effet, une formation continue à tous les usagers de l’Association. En ce qui concerne les personnes spécialisées dans le domaine professionnel, T-interactions leur propose une formation interne puisqu’ils seront tout de même amenés à travailler avec un certain type de personnes. Ils sont en quelque sorte outillés pour intervenir auprès d’elles de façon adéquate.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, contrairement à Trajets, les personnes « intégrées » pourront être formées par des personnes spécialisées dans le domaine professionnel, au lieu d’être uniquement prises en charge par des travailleurs sociaux. Par exemple, concernant le restaurant Pyramus, l’une des entreprises sociales créées par Alain Dupont, c’est un chef cuisinier étoilé, soit un grand professionnel de la restauration, qui accompagne les personnes en difficulté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, un suivi individualisé est établi avec les personnes bénéficiaires de l’Association et défini selon leurs besoins individuels, afin « de leur donner de réelles possibilités, de réelles chances de réadaptation et de trouver un emploi », explique Alain Dupont lors de l’entrevue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le suivi individualisé de la personne garantit une certaine continuité, essentielle, selon Alain Dupont, pour le projet de vie de tout un chacun. Il affirme « qu’il ne sert à rien de vouloir prendre le pouvoir sur les gens. Ce sont eux qui sont capables de nous dire quels sont leurs projets et comment ils entrevoient leur vie ». Ainsi, T-interactions permet à chacun d’accomplir ce projet de vie et d’en être l’acteur principal, tout en misant sur le « principe de réciprocité », c’est-à-dire trouver une place de travail qui corresponde aux attentes de la personne, tout en s’assurant que celle-ci corresponde également aux attentes de l’entreprise.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enfin, un outil essentiel au développement de certaines compétences est mis en place. Chaque employé en insertion possède un portfolio d’intégration professionnelle, en rapport avec son projet personnel et professionnel. Ce portfolio permet un suivi de l’apprentissage, de la progression et de l’accompagnement mais favorise surtout l’auto-évaluation des compétences, des savoir-faire et des savoir-être, ainsi que des comportements adaptatifs et habiletés sociales essentielles à sa progression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== T-Interactions : une entreprise en constante évolution  ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Bibliographie&amp;diff=9916</id>
		<title>Bibliographie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Bibliographie&amp;diff=9916"/>
		<updated>2013-01-28T17:33:20Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Ouvrages 2012-13 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Ouvrages 2012-13 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[http://www.youtube.com/watch?v=qbloZg3PLtg vidéo sur l&#039;H.P de Leros en Grêce]&lt;br /&gt;
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Maurel, H. (1972). L&#039;&amp;quot;antipsychiatrie&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Réflexions sur une terminologie et une thématique. &#039;&#039;L&#039;évolution psychiatrique, XXXVII, &#039;&#039;1, pp. 73-82&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
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&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Ouvrages 2010-2011  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Allain, C. (2008). Génération Y. Qui sont-ils&amp;amp;nbsp;? Comment les aborder&amp;amp;nbsp;? Un regard sur le choc des générations. Les éditions Logiques. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alvarez de Toledo, S. (2007). Fernand Deligny Oeuvres. Paris: L&#039;Arachnéen. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Attias-Donfus, Claudine (2008). Sociologie des générations&amp;amp;nbsp;: l&#039;empreinte du temps. Paris&amp;amp;nbsp;: Presses univ. de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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Chauvière, M. &amp;amp;amp; Plaisance, E. (2003). L&#039;éducation spécialisée contre l&#039;éducation scolaire&amp;amp;nbsp;? Entre dynamique formelles et enjeux cognitifs. In G. Chatelelanat &amp;amp;amp; G. Pelgrims (Ed.), &#039;&#039;Education et enseignement spécialisés&amp;amp;nbsp;: entre ruptures et intégrations&#039;&#039; (pp. 29-55). Bruxelles&amp;amp;nbsp;: De Boeck. &lt;br /&gt;
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Morard, Annick, De l&#039;émigré au déraciné&amp;amp;nbsp;: la &amp;quot;jeune génération&amp;quot; d&#039;écrivains russes à Paris, entre identité et esthétique (1920-1940), Lausanne, L&#039;Âge d&#039;Homme (à paraître 2010) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrig-Chiello, P. Höpfinger, F. Suter, C. (2009). Génération-structures et relations. Rapports «&amp;amp;nbsp;Générations en Suisse&amp;amp;nbsp;». Zurich, Genève&amp;amp;nbsp;: Seismo. &lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Bulletin de l&#039;Association genevoise de parents de handicapés mentaux (1970-1980). Enfant limités...Amour illimité! Genève. J.A. 1200 Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evaluation de la situation des personnes handicapées au Luxembourg: Plan d&#039;action en faveur des personnes handicapées.(1997)http://www.info-handicap.lu/index2.php?option=com_docman&amp;amp;amp;task=doc_view&amp;amp;amp;gid=36&amp;amp;amp;Itemid=26 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wikipedia. Années 1970 et 1980. http://en.wikipedia.org/wiki/1970s ethttp://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_1980 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wolfensberger, W. (1991). La valorisation des rôles sociaux. Genève: Editions des Deux Continents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pionniers de l&#039;intégration scolaire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrêté du Conseil d&#039;Etat (1994). Liste des membres de la commission extra-parlementaire connsultative de l&#039;intégration scolaire des handicapés. Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Article 4 de la loi sur l&#039;instruction publique, Nouvelle teneur dès le 15.08.1987, Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Boggio, Y., directeur d&#039;Evaluenda &amp;amp;amp; Dandelot, M. directeur pédagogique du DIP-OMP, Fonctionnement de l’enseignement spécialisé, rapport final, 31.01.10, Genève &lt;br /&gt;
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Champy, P., &amp;amp;amp; Étévé,C. (Eds.) (1998). Dictionnaire encyclopédique de l&#039;éducation et de la formation. Nathan Université. &lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation (31 octobre 1979). Rapport sur la [[Motion concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés, M32]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Coup d’œil, «&amp;amp;nbsp;les personnes handicapées dans le canton de Genève&amp;amp;nbsp;», 22.12.2009, office cantonale de la statistique &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débat sur la proposition de la motion de Marie-Laure Beck, la M-32 (séance du 9 mars 1979). Intervenants: Marie-Laure Beck, Roland Vuataz, Olivier Vodoz, André Chavanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débat sur le rapport du Conseil d&#039;Etat sur la motion de Marie-Laure Beck, M32 (séance du 4 décembre 1980). Intervenants: Marie-Laure Beck, Jacques-Simon Eggly, André chavanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débat sur le rapport de la commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation sur la M32 (séance du 7 décembre 1979). Intervenants: Marie-Laure Beck, Simone Martin, Aliette Aubert, André Chavanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignement spécialisé - Etat de Genève, intégration et suivi des enfants handicapés, consulté le 05.06.10, dans http://www.ge.ch/enseignement_public/enseignement_specialise.asp &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Houssaye, J. (1994). [[Quinze Pédagogues, Leur influence aujourd&#039;hui.]]. Paris: Armand Colin. &lt;br /&gt;
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Illich, Y. (1971). Une société sans école. Paris: Seuil (Résumé d&#039;[[Articles web sur Ivan Illich]] ) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Krsteva, B., &amp;amp;amp; Schaer, M. (2001). [[« Il était une fois… un enfant pas comme les autres ! », Travail d’immersion en communauté sur les enfants autistes]] &lt;br /&gt;
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Legendre, R. (2005). Dictionnaire actuel de l&#039;éducation, Guérin Éditeur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Liste des associations, fondations service et institutions genevois concernant l&#039;éducation spéciale, octobre 1987 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oestricher, Ch., Vaney, L., Bouchardy, E., Premier rapport de la commission &amp;quot;intégration&amp;quot; de l&#039;APAH, janvier 1991 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Oury, F., &amp;amp;amp; Vasquez, A. (1967). [[Vers une pédagogie institutionnelle?]]. Paris: Librairie François Maspero. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Projet de loi modifiant la loi sur l&#039;instruction publique, 28.08.1985, Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport du Conseil d&#039;Etat sur la motion de Marie-Laure Beck, la M-32 (19 novembre 1980) à Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport de la commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation chargée d&#039;étudier le projet de loi modifiant la loi sur l&#039;instruction publique (Intégration), 17.09.1986, Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport de la commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation chargée d&#039;examiner la motion de Mme Marie-Laure Beck concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés, M32 (31 octobre 1979). Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tschoumi, J.-A., &amp;amp;amp; al. (1992).[[Une certaine idée de l&#039;école.]]. Neuchâtel: Communications. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wormnaes, S. (2005). [[Vers l&#039;inclusion des enfants en situation de handicap]]. &#039;&#039;Reliance&#039;&#039;, n°16, p.75-83. &amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Génération et valeurs sportives  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Attali, Michaël (ed.) (2004). [[Le sport et ses valeurs]]. Paris: La dispute, 210p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bauer D., (1994). [[Valeurs du moment, valeurs à transmettre]]. Centre de recherche pour l&#039;étude et l&#039;observation des conditions de vie, http://www.credoc.fr/pdf/4p/084.pdf.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Busset, Thomas et Christophe Jaccoud, (2001). [[Sports en formes. Acteurs, contextes et dynamiques d&#039;institutionnalisation.]]Lausanne, Antipodes, 262p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chauvel, Louis (1998) &#039;&#039;Le destin des générations&#039;&#039;, Puf.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Deliguieres, D. et Duret, P. (1989). &amp;quot; Valeurs physique et grandeur morale&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Mead, Margaret (1979) &#039;&#039;Le fossé des générations&#039;&#039;, Denoël.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Mendel, Gérard (1981) &#039;&#039;La crise des générations&#039;&#039;. Payot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Meyer, S. (2009). &amp;quot;Gymnastique aux jeux nationaux&amp;quot; dans GYMlive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Philotozzi, (2008). [[La transmission et l&#039;individualisme contemporain]], Colloque sur la périnatalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Roy, P. (2004). [[Jeunesse et sport, transmission aux enfants des valeurs véhiculées par le sport]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sirinelli, Jean-François (2007). [[Les baby-boomers: une génération 1945-69]]. Paris: Hachettes Litteratures, 323p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Terrail, Jean-Pierre (1995). &#039;&#039;La dynamique des générations.&#039;&#039; chez l&#039;harmattan&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Thomas, Raymond, (1996). [[Sociologie du sport]]. Paris: Presses universitaires de France, 127p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Viévard, L. (2006). [[Le sport: outil d&#039;intégration et de mixité]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quelques sites web en lien avec génération et valeurs sportives  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Lien intéressant menant à &#039;&#039;Conversation d&#039;avenir:génération y&#039;&#039; avec Jacques Attali (2007): http://www.publicsenat.fr/cms/video-a-la-demande/vod.html?idE=56124&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Voici un site qui répertorie quelques valeurs sportives: http://jeux.vaulx.lympiques.free.fr/citoyen.php Allez voir la rubrique &amp;quot;valeurs sportives&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Placement  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entrées surtout utilisées pour l&#039;article [[La place du parent au début d&#039;un processus de placement]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Jollien, A. (2002). Eloge de la faiblesse. Paris&amp;amp;nbsp;: Les Ed. du Cerf&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bass, Denise. &#039;&#039;Pour suivre les parents des enfants placés&#039;&#039; Ramonville-Saint-Agne, Érès, 1996. 283p.(livre disponoble à l&#039;IES, bibliothèque fermée pendant les vacances de Pàques, COTE: 362.73 POU, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bouchard, J.-M.; Pelchat, D.; Sorel, L.: Evaluation de l’enfant par les parents: stratégie de partenariat avec les intervenants. In: Kalubi, J.-C.; Michallet, B.; Korner-Bitensky, N.; Tétreault, S. (Eds.): Innovations, apprentissages &amp;amp;amp; réadaptations en déficience physique. Québec: IQ, 1998 (Julien)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chrétien, Jacques. &#039;&#039;Les parents face à la séparation&amp;amp;nbsp;: le point de vue des parents dans les situations où leur enfant est orienté dans un dispositif de suppléance (internat ou famille d’accueil)&#039;&#039; Sauvegarde de l’enfance 56 (2)&amp;amp;nbsp;: 95-112, 2001. (revue disponible seulement depuis 2002, Vol: 57, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Durning, P. &amp;amp;amp; Chrétien, J. (2001). L’A.E.M.O en recherche, L’état des connaissances, l’état des questions, Vigneux sur Seine&amp;amp;nbsp;: Editions Matrice (Julien)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Delens-Ravier, Isabelle. &#039;&#039;Le placement d’enfants et les familles&amp;amp;nbsp;: recherche qualitative sur le point de vue de parents d’enfants placés.&#039;&#039; Liège, Éditions Jeunesse et Droit, 2001. 172p. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Gendreau, Gilles; Baillargeon, Louise; Bouchard, Pierre. &#039;&#039;Comprendre la collaboration éducateurs parents dans un contexte de placement.&#039;&#039; Prisme 3 (4)&amp;amp;nbsp;: 542-554, 1993. (non trouvé, toutefois Gendreau a écrit un ouvrage disponible à l&#039;IES qui pourrait nous intéresser dans le cadre de la problématique du partenariat: &amp;quot; Partager ses compétences entre parents, jeune en difficulté et éducateurs&amp;quot;, Montréal. Sciences et culture,1995. Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Lambert, Jean-Luc; Lambert Boite, Françoise. &amp;quot;Education familiale et handicap mental&amp;quot; . Fribourg&amp;amp;nbsp;: Editions Universitaires Fribourg Suisse, 1993. [[Utilisateur:Julien|Julien]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Pellé, Arlette. &#039;&#039;Le placement familial&amp;amp;nbsp;: les ruptures qui précèdent la séparation (p.23-29)&#039;&#039;. Dans Ruptures et consentements (La Lettre du Grappe; 44). Ramonville-Saint-Agne, Érès, 2001. 98p. (non trouvé, toutefois elle a écrit un autre ouvrage qui pourrait nous intéresser et qui est disponible à l&#039;IES: &amp;quot;Pour-suivre les parents des enfants placés&amp;quot;, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Poirier, Marie-Andrée. &#039;&#039;Le maintien des liens entre l’enfant placé et ses parents&amp;amp;nbsp;: analyse critique de travaux de recherche.&#039;&#039; Revue canadienne de service social 15 (1)&amp;amp;nbsp;: 9-23, 1998. (non trouvé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sakr, Zeina. &#039;&#039;Perception des parents de l’expérience de placement de leurs jeunes pour troubles de comportement sérieux.&#039;&#039; Montréal, Mémoire de maîtrise présenté à l’Université de Montréal, 1999. 109p. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sellenet, Catherine. &#039;&#039;Enfants placés, parents en mal d’oubli.&#039;&#039; L’École des parents (5)&amp;amp;nbsp;: 38-43, 1994. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Vachon, Jacques; Gauthier, Jean; Labrèche, Jacqueline. &#039;&#039;Les parents face au placement&#039;&#039;. Montréal, CSSMM/Université de Sherbrooke, 1978. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.cedias.org/download/down/60996.pdf: Du parent dysqualifié, au parent citoyen. La fonction parentale entre droit et profession sociale. (diplôme supérieur en travail social, Université de Bretagne) Mélanie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sellenet, Catherine. (2003) Droits des parents et déni des droits en matière d&#039;accueil et de soins à leur enfant. &#039;&#039;Empan&#039;&#039;, (49), 90-97 (Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chatelanat, G.(2003). La notion de partenariat en éducation spéciale. In G. Chatelanat &amp;amp;amp; G. Pelgrims (Eds.), &#039;&#039;Education et enseignement spécialisés: ruptures et intégrations&#039;&#039; (pp.171-193). Bruxelles: De Boeck (Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chatelanat, G.; Panchaud Mingrone, I.; Martini-Willemin, B.-M.: Le partenariat: une nouvelle façon de collaborer&amp;amp;nbsp;? In: Pédagogie Spécialisée, no 4, 2001, p. 6-13 (Julien)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Delens-Ravier, I. (2000). &#039;&#039;Le placement d&#039;enfant et les familles&#039;&#039;.Paris: Ed. Jeunesse et droit&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Abels-Eber, C. (2006). &#039;&#039;Pourquoi on nous a séparé? Récits de vie croisés: des enfants placés, des parents et des professionnels&#039;&#039;. Paris: Editions érès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Goffin, T.&amp;amp;amp; Rabau, C. (1993). Partenariat à sens multiple. In &#039;&#039;Association francophone des Semi-Internats&#039;&#039;(pp.67-71). France: Equipage Editions&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Albarello L., Digneffe F, Hiernaux J.-P. et all, Pratiques et méthodes de recherche en sciences sociales, Armand Colin, Paris, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quelques site web, plus particulièrement sur les parents d&#039;enfants handicapés (Camille)  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.ctnerhi.com.fr/fichiers/ouvrages/trajectoires_phase_III.pdf Le vécu des parents d’enfants handicapés]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.cairn.info/revue-dialogue-2002-3-page-99.htm Pour soutenir les parents d’enfant handicapé. Le groupe de parole ou le miroir renarcissisant]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.cairn.info/revue-dialogue-2001-2.htm Parentalité défaillante]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.fondationlou.com/?page=sem_intro Soutien aux parents autour du diagnostic du handicap]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://pagesperso-orange.fr/fcs78/Gpe%20parents%20Camsp%20article%20original.pdf Le groupe de parents d’enfants handicapés]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.moteurline.apf.asso.fr/ethique/documents/annonce_parentsAPF_une_ocr.pdf L’annonce du handicap, comment les parents l’ont vécumodèle:racine]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.technimediaservices.fr/NOUVEAUSITE/evenement/mainframe/gerimoc2006/interventions/8.ppt L’enfant handicapé, ses parents les soignants..]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er565/er565.pdf Appréciation des parents sur la prise en charge du handicap de leur enfant]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.erudit.org/revue/smq/1985/v10/n1/030266ar.pdf Les parents d’un enfant handicapé]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Maltraitance  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Dallaire Y.(2002). &#039;&#039;La violence faite aux hommes: une réalité taboue et complexe&#039;&#039;. Québec:Option Santé. &lt;br /&gt;
*Hurni M. - Stoll G. (1996). &#039;&#039;La haine de l&#039;amour. La perversion du lien&#039;&#039;. L&#039;Harmattan &lt;br /&gt;
*[[Masson, Maltraitances et violences, Sous la direction de Bernard Marc, article de Franck Dibouës, Paris (2004)]] &lt;br /&gt;
*Perrone R.- Nannini M. (1995). &#039;&#039;Violence et abus sexuels dans la famille&#039;&#039;. ESF &lt;br /&gt;
*Torrent S.(2001). &#039;&#039;L&#039;homme battu: un tabou au coeur du tabou.&#039;&#039; Québec: Option Santé. &lt;br /&gt;
*Welzer-Lang D. (1997). &#039;&#039;Les violences masculines domestiques. Un oubli de la sociologie de la famille&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Bientraitance  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Desmet H, Pourtois J.P., &amp;quot;Culture et bientraitance&amp;quot;, De Boeck Université, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Maltraitance des jeunes en prison  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Aeby, S. &amp;amp;amp; Chloé MEIER &amp;quot;Evolution des conditions de détention, dans les prisons préventives genevoises&amp;quot;,Travail de recherche effectué dans le cadre de la formation INTEREC de L&#039;INSTITUTION D&#039;ETUDES SOCIALES de Genève, mars 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Amnesty International, &amp;quot;Enfants torturés,des victimes trop souvent ignorées&amp;quot;. Rapport annuel 2000&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Amnesty International, &amp;quot;Les mauvais traitments dans les centres de détentions et autres institutions&amp;quot;. AGIR, www.amnesty.asso.fr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bonin Y., &amp;quot;Enfants et prison&amp;quot;, Eshel Editions, 1990.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Droits de l&#039;enfant en prison&amp;amp;nbsp;: situation des mineurs detenus a Gva&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Geert Cappelaere, &amp;quot;enfants priv; de liberte&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
*Observatoire internationale des prisons, (1998) &amp;quot;Enfants en prison&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Richard, Alexandra, &amp;quot;Une solution latine pour la délinquance juvénile.&amp;quot; Swissinfo, 27.09.05&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Rubin Anne, &amp;quot;La détention des mineurs, un casse-tête suisse&amp;quot;. Swissinfo 2.12.03&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Ruchat, Martine (1998),&amp;quot;Des mineurs en Prison, agir plutot que punir.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Ruchat M., &amp;quot;L&#039;oiseau et le cachot&amp;quot;, Zoé Editions, 1993.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Tomasevski, Katrarina (1989): &amp;quot;Des Enfants en prison&amp;quot;&lt;br /&gt;
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*Torrente, J, &amp;quot;La Maltraitance&amp;amp;nbsp;: regards pluridisciplinaires&amp;quot;, sous la direction de Joseph Torrente, Revigny-sur-Ornan&amp;amp;nbsp;: Hommes et perspectives, 2001&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Vinsonneau,G.(2000) &amp;quot;Culture et comportement&amp;quot;.Ed. Armand Colin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Zambeaux, E. (2001). &amp;quot;en prison avec des ados&amp;quot;. Ed. Denoel impacts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Maltraitance des enfants  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Strauss, P., &amp;amp;amp; M. Manciaux (1982), &#039;&#039;L&#039;enfant maltraité&#039;&#039;, Paris: Fleurus.&lt;br /&gt;
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*F.Schultheis, A.Frauenfelder &amp;amp;amp; C.Delay (avril 2005), La maltraitance envers les enfants: entre consensus moral, fausses évidences et enjeux sociaux ignorés, Université de Genève, Faculté des sciences économiques et sociales, Département de sociologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Hacking, I.(2001), La fabrication d&#039;un genre: le cas de l&#039;enfance maltraitée, in Hacking I, Entre science et réalité. La construction sociale de quoi?. Paris, Ed. La Découverte, pp.171-220&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Henriot, M.V. (1996). Une approche interdisciplinaire de l&#039;intervention das le domaine de l&#039;enfance maltraitée: le groupe de travail &amp;quot;enfance maltraitées de Genève&amp;quot;. Genève: [s.n]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Renevey Fry, Chantal (dir) (2001), Pâtamodlé, l&#039;éducation des plus petits, 1815 à 1980, Service de la recherche en éducation et Musée d&#039;éthnographie, Genève.&lt;br /&gt;
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*Delay-Malherbe, Nelly (juin 1982), Enfance protégée, familles encadrées, Matériaux pour une histoire des services officiels de protection de l&#039;enfance à Genève, Cahiers du service de la recherche sociologique, Genève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Torrrente J. (sous la direction de)(avril 2001), La maltraitance, regards pluridisciplinaires, Hommes et perspectives, Revigny-sur-Ornain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Desmet H. &amp;amp;amp; Pourtois J.-P. (sous la direction de) (2005), Culture et bientraitance, de boeck, Bruxelles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bouvier P., Rey Wicky H. (1997); Hofner M.-C., Ammann Y. &amp;amp;amp; Bregrad D. (2001), &amp;quot;Recherche sur la maltraitance envers les enfants dans le canton de Vaud. Résumé et recommandations&amp;quot;, Lausanne, Institut de médecine sociale et préventive, Raison de santé no 60.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.wma.net/f/policy/a2.htm&lt;br /&gt;
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*http://www.medicalforum.ch/pdf/pdf_f/2003/2003-20/2003-20-517.PDF#search=%22maltraitance%20infantile%22&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.swiss-paediatrics.org/paediatrica/vol11/n3/prot_enfance-fr.htm&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.medical-tribune.ch/francais/info_medicales/tm_49_11.php&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.geneve.ch/cepp/doc/rapport_maltraitance/Rapport_allege_Maltraitance.pdf&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*www.geneve.ch/oj&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Maltraitance des personnes agées  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[Bertin, Evelyne (1999) Gérontologie, psychanalyse et déshumanisation : silence vieillesse... Paris : L&#039;Harmattan]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[De Saussure, Christian (1999) Vieillards martyrs tirelires : maltraitances des personnes âgées. Chêne-Bourg : Médecine et hygiène]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[Gavillet&amp;amp;Grandrieux, Laurence&amp;amp;Véronique (2006) Ne touche pas à tes vieux, regards sur la maltraitance familiale des personnes âgées. Genève: IES Editions|Gavillet&amp;amp;amp;Grandrieux, Laurence&amp;amp;amp;Véronique (2006) Ne touche pas à tes vieux, regards sur la maltraitance familiale des personnes âgées. Genève: IES Editions]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[Hugonot, Robert (1990) Violences contre les vieux. Toulouse: Eres.]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[Yves Geneste (2004). Silence on frappe, De la maltraitance à la bientraitance des personnes âgées: Imagine]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Violence conjugale  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Amnistie, Journal d&#039;action pour les droits humains, janvier 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Amnistie: Le magazine pour les droits humains, &#039;&#039;Dossier Combattre la violence domestique&#039;&#039; No 44, février 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bretonnière-Fraysse et al. (2001). &#039;&#039;[[De la violence conjugale à la violence parentale]]&#039;&#039;. Eres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Dallaire Y. (2002). [[La violence faite aux hommes - une réalité taboue et complexe]]. Québéc: Options santé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Gillioz L., De Puy J., Ducret V. (1997). Domination et violence envers la femme dans le couple. Lausanne&amp;amp;nbsp;: éditions Payot. [http://home.etu.unige.ch/~maneira4/R_sum__aeticle.doc Résumé de l&#039;article]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Jackson D., Welzer-Lang D. (1998). Violence et masculinité. Toulouse&amp;amp;nbsp;: imprimerie 34.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Office fédéral de la statistique&amp;amp;nbsp;: Aide aux victimes. Chiffres clés. http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/rechtspflege.html&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Praplan G., &#039;&#039;Quand le sexe faible est violent&#039;&#039; in Repère Social, No 73, février 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Rey, H. et al. (2006). [[Les violences conjugales: pour une clinique du réel]]. &#039;&#039;Journal International de Victimologie&#039;&#039;. Année 4, No 1.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Ruel S. &amp;amp;amp; Guéricolas P. (1998). La violence des femmes&amp;amp;nbsp;: derrière le masque. In Gazette des femmes Vol. 20. (no 4). (Novembre-Décembre 1998).[Version électronique]. Accès le 20 novembre 2005&amp;amp;nbsp;: http://www.gazettedesfemmes.com/recherche/?F=recherche&amp;amp;amp;idt=10075&amp;amp;amp;affart=2866&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Thérapie Familiale 1995, Vol. 16 no 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Thérapie Familiale 1999, Vol. 20 no 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Thérapie Familiale 2000, Vol. 21, no 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Thérapie Familiale 2001, Vol. 22 no 4.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Torrent S. (2001). L\u2019homme battu, un tabou au c\u0153ur du tabou. Québec: Option Santé. [http://home.etu.unige.ch/~maneira4/fiche%20de%20lecture%20homme%20battu.pdf Résumé du livre ]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.geneve.ch/egalite/doc/brochure-violence-2004.pdf&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.vires.ch/&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Auto-maltraitance  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Barraud, R. (1998). &#039;&#039;L\u2019ombre de toi-même. Anorexie et boulimie&amp;amp;nbsp;: comprendre pour agir&#039;&#039;. Lausanne&amp;amp;nbsp;: Narbel. &lt;br /&gt;
*Bérubé, L (1991). &#039;&#039;Terminologie de neuropsychologie et de neurologie du comportement&#039;&#039;. Montréal&amp;amp;nbsp;: La Chenelière. &lt;br /&gt;
*Darmon M.(2003). &#039;&#039;Devenir anorexique, une approche sociologique&#039;&#039;. Paris. La découverte. &lt;br /&gt;
*Fraise, N. (2000). &#039;&#039;L&#039;anorexie mentale et le jeûne mystique du Moyen-âge&#039;&#039;. L&#039;harmattan. &lt;br /&gt;
*Gordon R.A.(1990). &#039;&#039;Anorexia and bulimia, anatomy of a social epidemic&#039;&#039;. Oxford and Cambridge. Basil Blackwell. &lt;br /&gt;
*Guillemot A. &amp;amp;amp; et Laxenaire M. (1997). &#039;&#039;Anorexie mentale et boulime le poids de la culture&#039;&#039; (2e éd.). Paris: Masson. &lt;br /&gt;
*Hepworth J. (1999). &#039;&#039;The Social Construction of Anorxia Nervosa&#039;&#039;. Londres: Sage. &lt;br /&gt;
*Le Breton, D. (2003). &#039;&#039;La peau et la trace. Sur les blessures de soi&#039;&#039;. Paris&amp;amp;nbsp;: Métailié. &lt;br /&gt;
*Vanderlinden, J. (2003). &#039;&#039;Vaincre l\u2019anorexie mentale&#039;&#039; (J.-M. Huard, trad.). Bruxelles&amp;amp;nbsp;: de Boeck. &lt;br /&gt;
*Chabrillac O. (2006, avril). 15 strégies sur mesure pour perdre ses kilos en trop. &#039;&#039;Questions de femmes&#039;&#039;, 114, 32-38. &lt;br /&gt;
*Divine D. (2006, mai). Comment devenir une executive woman. &#039;&#039;Edelweiss&#039;&#039;, 54-55. &lt;br /&gt;
*Junguenet, C. (2005).Anorexie et boulimie: d&#039;un corps à l&#039;autre. &#039;&#039;Feminin psycho&#039;&#039;, 6, 26-30. &lt;br /&gt;
*Lucia M. (2006, mai). 100 conseils de pro selon ta morpho. &#039;&#039;Girls!&#039;&#039;, 29-37.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Délinquance  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Petitclerc, J.M. (2001). Les nouvelles délinquances de jeunes: violences urbaines et réponses éducatives. Paris&amp;amp;nbsp;: Dunod&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Pingeon, D. (1982). La délinquance juvénile stigmatisée. Genève: cahiers des sciences de l&#039;éducation.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Pingeon, D. (1991). Adolescentes délinquantes, sens et contresens, impasses et issues. Fribourg: DelVal (Cousset).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Queloz, N. (2004). Présentation de la nouvelle loi fédérale régissant la condition pénale des mineurs. Zoug&amp;amp;nbsp;: SSDPM [Version électronique]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Ruchat, M. (1998). Les chroniques du mal: le journal de l&#039;éducation correctionnelle 1850-1918. Genève: Passé présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Stettler, M. (1980). L&#039;évolution de la condition pénale des jeunes délinquants examinée au travers du droit suisse et de quelques législations étrangères&amp;amp;nbsp;: les seuils de minorité pénale absolue ou relative confrontés aux données de la criminologie juvénile et aux impératifs de la prévention. Genève&amp;amp;nbsp;: Georg&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Stettler, M. (1986) Avant-projet de la loi fédérale concernant la condition pénale des mineurs et rapport explicatif. Bern&amp;amp;nbsp;: Département fédéral de justice et police&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Zermatten, J. (2003). La Loi fédérale régissant la condition pénale des mineurs. Working report. Institut international des droits de l&#039;enfant. [Version électronique]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Entreprises_sociales&amp;diff=9915</id>
		<title>Entreprises sociales</title>
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		<updated>2013-01-28T17:28:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
ATELIERS ET ENTREPRISES SOCIALES CREEES PAR ALAIN DUPONT&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1.	1977 Marché aux puces à Plainpalais, Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2.	1977 Centre de vidéo pour la formation à Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
3.	1978 Potager de la Vendée à Chêne-Bourg*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
4.	1978 Les Chantiers de Rénovation du Quatre à Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
5.	1980 et 1987 Bureau-Services à la rue Prévost-Martin et rue de la Muse à Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
6.	1983 Entreprise d’arboriculture à Sézegnin*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
7.	1983 Entreprise de paysagisme à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
8.	1985 Centre de photocopies à la rue du Pré-Jérôme à Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
9.	1986 Ateliers d’entretien mécanique pour machine offset à Morges*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
10.	1986 Imprimerie à la rue Cingria à Genève* &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
11.	1987 « Domaine de la Pierre Bleue en Normandie / 2007 - Gîte de France&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12.	1988 Imprimerie - centre de photocopies l’avenue Henri Dunant à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
13.	1989 Restaurant du Croque Note à Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
14.	[http://www.ad-consultants.ch/ 1990 Ad-Consultants, consultation -formation à Genève]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
15.	1991 Editions des Deux Continents à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16.	1992 Les Jardins d’Humilly à Plan-les-Ouates &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
17.	1992 Marché aux légumes à Plainpalais*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
18.	1992 Entreprise de publicité « Le Dirigeable » à Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
19.	1993 Restaurant de la Plaine Lune à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
20.	1993 La Blanchisserie du Pont d’Arve à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
21.	1994 TLT - Trajets loisirs tourisme, Agence de voyage à Carouge*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
22.	1997 Trajets-Concept, entreprise de graphisme à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
23.	1996 Trajets-maintenance à Chêne Bourg (menuiserie, ferronnerie, peinture) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
24.	1998 Plantes aquatiques « Aquaflore » à Plan-les-Ouates&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
25.	2006 Renovat, entreprise de maintenance à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
26.	2008 Hôtel-pension SILVA à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
27.	2008 La Yourte aux Fondues de l’Île Rousseau, Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
28.	2009 Restaurant Café Cult à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
29.	2009 Glacier « La Ferrazinette » à la jetée du Jet d’eau, Genève*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
30.	2010 D’Clics, entreprise de reprographie et infographie à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
31.	2010 Aux Glaces INUIT, glacier de Baby-plage à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
32.	2010 Les Yourtes aux Fondues de la Place du Rhône  à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
33.	2011 La buvette de la Patinoire du Grand Saconnex&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
34.	2012 Restaurant « Le Pyramus » du Jardin Botanique à Genève&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
35.	2012 Le Pressoir (jus de pomme, cidre…) à Neuchâtel&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
36.	2013 Restaurant des Tennis de Vernier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au Canada&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	1998 Maraîchage&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	2007 Menuiserie&lt;br /&gt;
	&lt;br /&gt;
➢	2007 Restaurant&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	2008 Imprimerie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	2009 Centre de tri&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
➢	2010 Librairie*&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*entreprise actuellement fermée            &lt;br /&gt;
AD - Décembre 2012&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9914</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9914"/>
		<updated>2013-01-28T17:23:35Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit,  [[Index|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9913</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9913"/>
		<updated>2013-01-28T17:23:01Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit,  [[Index|Jacques Pelletier]]Jacques Pelletier, afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9912</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9912"/>
		<updated>2013-01-28T17:19:09Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, Jacques Pelletier, afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9911</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9911"/>
		<updated>2013-01-28T17:18:49Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, [[Jacques Pelletier]]Jacques Pelletier, afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9910</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9910"/>
		<updated>2013-01-28T17:17:40Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, [[Pelletier Jacques|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions [http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9909</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9909"/>
		<updated>2013-01-28T17:17:05Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, [[Pelletier Jacques|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association [T-interactions http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9908</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9908"/>
		<updated>2013-01-28T17:16:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le passage de l’Association Trajets à T-Interactions marque une évolution idéologique importante, se rapprochant encore davantage, par l’insertion sociale de personnes en difficulté, des concepts humanistes qui sont au centre de la désinstitutionnalisation. En s’appuyant sur les propos d’Alain Dupont, nous allons présenter dans ce chapitre, deux types d’histoire : la première concerne l’évolution de sa vision de l’intégration ; la seconde relate davantage les actions réelles résultant de son cheminement intérieur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont a toujours œuvré pour que les personnes en rupture sociale, enfermées dans des institutions psychiatriques, puissent participer socialement et ainsi accomplir un rôle social valorisant dans la collectivité. Trajets a alors contribué à l’intégration sociale et professionnelle de personnes rencontrant des difficultés psychologiques ou psychiatriques. Si cette organisation leur offre de l’aide dans tous les domaines de vie, soit, entre autres, pour le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs et les vacances, cette forme d’aide est vue de l’extérieur comme « totalitaire ». Dès lors, Alain Dupont prend conscience que malgré la mise en contact de ces personnes avec le monde extérieur, Trajets reproduit un autre type d’enfermement, celui de la prise de contrôle « totale » de leur vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont s’est alors rendu compte de certains effets néfastes de l’organisation interne de Trajets. Les travailleurs sociaux étaient constamment présents dans les entreprises, aux côtés des personnes « intégrées », ou devrait-on plutôt dire des personnes « assistées ». En effet, malgré les intentions louables de Trajets, la forme d’aide apportée empêche l’autonomisation et la responsabilisation de ces personnes. La prise en charge mise en place les rend d’une certaine manière totalement dépendantes de l’aide qui leur est offerte, ce qui, involontairement, met un frein à leur intégration « réelle ». De plus, cela véhicule le message implicite de leur incapacité à accomplir un véritable rôle social de travailleur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, Alain Dupont confie qu’il est particulièrement « aisé » de recevoir un subventionnement pour la « défense d’une bonne cause », si l’on spécifie que celle-ci concerne des personnes « psychiatrisées ». Or, ceci va totalement à l’encontre de ses valeurs éthiques puisqu’une fois de plus, cela enferme ces personnes dans le statut dévalorisant d’« assistés » au lieu de les considérer avec équité, comme des individus et des citoyens à part entière, soit sans indulgence particulière ni pitié. Le subventionnement a donc, aux yeux d’Alain Dupont, un effet pervers puisque la dimension psycho-sociale prend le dessus, au détriment de la réalisation d’une intégration « réelle » de ces personnes dans la vie professionnelle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’objectif d’Alain Dupont est donc de passer de l’« aide » à l’« accompagnement » des personnes en rupture sociale. Afin que celles-ci puissent davantage se responsabiliser et devenir « actrices » de leur propre projet professionnel, il s’agit alors de revoir la place et le rôle du travailleur social. En effet, Alain Dupont est d’avis qu’il incombe aux maîtres socioprofessionnels spécialisés d’encadrer les personnes sur leur lieu de travail et dans les ateliers, et non aux travailleurs sociaux. Il en allait déjà ainsi dans le projet des logements, puisque les personnes hébergées vivaient seules mais pouvaient cependant bénéficier de l’aide du travailleur social qui se tenait à leur disposition pour un accompagnement ou une adaptation dès qu’elles en ressentaient le besoin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est pourquoi, en se référant aux formations qu’il avait reçues dans le champ de l’analyse institutionnelle, Alain Dupont décide d’ouvrir un bureau d’ingénierie sociale pour que les travailleurs sociaux puissent véritablement réfléchir au projet de vie des personnes, en concertation avec elles. Il s’agit alors de transformer la relation asymétrique présente en une « relation plus équitable » avec elles, tel que l’affirme Alain Dupont au cours de l’entretien. Ce dernier relève, en effet, qu’il est nécessaire de ne plus mettre la personne « au centre » en prenant les décisions à sa place, mais de la mettre « à côté », le travailleur social devant l’épauler seulement en cas de difficulté. C’est une condition essentielle à ce que la personne devienne véritablement « actrice » de son projet de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, le bureau d’ingénierie sociale donne aux travailleurs sociaux l’opportunité de réfléchir à leur intervention et de partager leurs expériences, par le biais de réunions et de colloques. Cela leur donnerait un rôle « plus global », selon Alain Dupont. Par ce positionnement, ce dernier souhaitait leur redonner une place beaucoup plus valorisante, en leur attribuant une réelle posture d’« accompagnants », et non plus d’« aidants ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, [[Pelletier Jacques|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association [http://T-interactions http://www.t-interactions.ch], la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En construction !!!!!!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9901</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9901"/>
		<updated>2013-01-28T17:07:44Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, [[Pelletier Jacques|Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions, la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9900</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9900"/>
		<updated>2013-01-28T17:05:56Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, [[Jacques Pelletier]], afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions, la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9899</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9899"/>
		<updated>2013-01-28T17:04:16Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La crise dont Trajets est victime se situe à trois niveaux, soit au niveau de la population, des travailleurs sociaux et de la politique. Quel en est l’élément déclencheur ? Comment se déroule-t-elle ? Quelles en sont les retombées ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout d’abord, la crise découle directement du changement idéologique évoqué précédemment, selon lequel il est important que les travailleurs sociaux se retirent des entreprises sociales, afin de donner un réel rôle de travailleur à toute personne bénéficiaire des services de Trajets. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, cette idée innovante a malencontreusement été mal interprétée par les principaux intéressés. Moins présents sur le terrain, les travailleurs sociaux se sentent exclus et ne trouvent plus leur place. Cette incompréhension va donner lieu à de graves mouvements de revendications : la crise survient alors ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En effet, en 1993, Alain Dupont, voulant mettre en œuvre son projet de transformation, fait appel aux compétences d’un audit, Jacques Pelletier, afin de procéder à une évaluation externe globale de Trajets. Ce rapport permet d’obtenir des pistes d’actions à tous niveaux (la gestion, l’administratif, le financement) en se basant sur l’audition de tous les professionnels et de tous les partenaires concernés, soit les subventionnaires, les politiques, les employés, la famille, etc.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont, de nature idéaliste et humaniste, croyant « au partage et à la transparence », va mettre à nu Trajets en dévoilant le rapport à toutes les parties. Le rapport devient alors public. Aujourd’hui, il sait qu’il ne reproduira plus cette même erreur puisque cela a provoqué une crise qu’il qualifie « d’extrêmement violente ». Effectivement, la pertinence et l’ampleur de Trajets aiguisent la jalousie de certains partenaires qui n’hésitent pas à le critiquer ouvertement. De plus, en 1994, l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS), diminue le subventionnement de l’association Trajets pour des raisons budgétaires. Comment effectuer les transformations suggérées par le rapport malgré ce manque de moyens ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions, la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9898</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9898"/>
		<updated>2013-01-28T17:02:28Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions, la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9897</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9897"/>
		<updated>2013-01-28T17:01:51Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions, la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
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		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9896</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9896"/>
		<updated>2013-01-28T17:00:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Soucieux d’éviter tout licenciement, Alain Dupont propose une solution égalitaire : accepter une baisse de salaire pour tous. Pour les travailleurs sociaux, c’en est trop ! Ils contactent les politiques afin de « dénoncer ce qu’il se passe à Trajets ». Par l’alliance des travailleurs sociaux et des politiques, l’affaire est médiatisée. Certains membres du comité transmettent illégalement les procès-verbaux de Trajets à l’instance politique. Ainsi, en 1996, le département supprime totalement le subventionnement, alors qu’avant cet événement, il s’était engagé à financer 800&#039;000 Frs sur 5 ans pour le Centre de jour de Trajets. D’autres organismes tels que l’association Arcade 84 et l’Office Fédéral des Assurances Sociales (OFAS) apportent leur soutien à Trajets. Cependant, l’association continue ses activités car Alain Dupont est un battant. Il persévère, ayant « l’habitude d’assumer jusqu’au bout » ce qu’il entreprend. En 2002, il quitte la direction de Trajets mais reste en tant que conseiller car « ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va », affirme-t-il lors de l’entrevue. À cette époque, un changement d’idéologie politique s’opère : c’est une vision radicale socialiste qui succède à une vision libérale. Ainsi, le Tout État prend le contrôle de Trajets qu’il subventionne intégralement. Dès lors, Trajets s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales d’Alain Dupont. Cette situation reflète le dilemme et les contradictions de la société actuelle. Dans l’idéal, l’État devrait être « humaniste », s’intéresser à l’humain en priorité mais il ne cherche que le profit, le gain, aux dépens des valeurs humaines et sociales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par ailleurs, lorsque le Tout État se met en place, la liberté et les marges de manœuvre sont de plus en plus limitées. En effet, le subventionnement crée une dépendance car il implique de rendre des comptes à l’État. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un paradoxe intéressant émerge alors. Le projet d’Alain Dupont vise à combattre toute forme d’enfermement : il sort les personnes psychiatrisées des institutions en favorisant leur intégration sociale. Or, suite à ces événements, lui-même se retrouve dominé par l’Institution qu’est l’État au sein de sa propre entreprise. Empreint de liberté, des projets plein la tête et voulant être en accord avec son « idéologie », il se libère de cette dépendance, en mettant en place, en 2002, l’Association T-interactions, la petite sœur libre et non subventionnée de Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9895</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9895"/>
		<updated>2013-01-28T16:58:07Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* La remise en question des valeurs de Trajets */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9894</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9894"/>
		<updated>2013-01-28T16:52:36Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
=== Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
==== L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
=== T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9893</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9893"/>
		<updated>2013-01-28T16:51:43Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== 6.1 La remise en question des valeurs de Trajets ===&lt;br /&gt;
==== 6.1.1 Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide ====&lt;br /&gt;
==== 6.1.2 Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social ====&lt;br /&gt;
=== 6.2	Trajets, victime de « la crise » ===&lt;br /&gt;
==== 6.2.1	Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets ====&lt;br /&gt;
==== 6.2.2 L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques ==== &lt;br /&gt;
=== 6. 3 T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9892</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9892"/>
		<updated>2013-01-28T16:47:53Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne aussi des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Or, quelques articles récents dans la presse en Suisse romande et une émission sur Antenne 2, à la télévision française, montrent un nouveau questionnement sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article de la Tribune de Genève, du 1er octobre 2012, &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot;, met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Cette situation économique liée à la domination financière est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont des indicateurs de la santé politique d’un pays.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A Genève l&#039;association les Archives contestataires [[http://www.archivescontestataires.ch/]] a proposé, le 18 novembre, une soirée sur le thème de &amp;quot;Psychiatrie et antipsychiatrie. Histoire, acteurs et enjeux d&#039;une contestation, des années 1968 à nos jours&amp;quot; démontrant un intérêt pour l&#039;écriture de cette histoire à partir d&#039;archives collectées et de nouvelles prospectées lors de cette soirée. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;objet de ce travail de recherche présenté ci-après s&#039;inscrit donc dans un renouveau d&#039;intérêt pour cette histoire du XXe siècle.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un retour sur l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise dans les années 1970 et 1990, est un moyen de réfléchir aux formes qu&#039;a prise alors la désinstitutionalisation, sur les moyens mis en œuvre pour considérer le patient psychiatrique comme une personne et sur les enjeux idéologiques des choix politique faits. La désinstitutionalisation n&#039;est pas à confondre avec un simple retrait  des prestation de l’État, c&#039;est un choix de prise en charge ambulatoire, respectueuse de la vie quotidienne de personne qui ont des droits à &amp;quot;vivre comme tout le monde&amp;quot;, selon une formule porteuse dans le champ du handicap mental dès la fin des années cinquante. Une telle réflexion est particulièrement importante aujourd&#039;hui où le néo-libéralisme demande à restreindre les prestations de l’État obligeant à penser des entreprises sociales à économie mixte (public/privé). Le parcours d&#039;Alain Dupont est particulièrement emblématique de cette période pionnière, mais aussi dans l&#039;évolution qu&#039;il a opéré depuis. Ayant débuté sa carrière professionnelle avant Mai 68, il a traversé la période militante contre l&#039;enfermement, pour le respect de la personne et de ses droits (droit de l&#039;usager) et il a fait le choix de créer des lieux de vie diversifiés (logement, travail, loisirs, vacances) en lien autant avec le réseau de la psychiatrie genevoise qu&#039;avec des subventionnements privées et surtout a fait le choix de fonder des entreprises productives sur le modèle capitaliste.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Recueillir le témoignage d&#039;un acteur incontournable de cette histoire genevoise est une occasion, pour le témoin, de faire un retour sur sa carrière par sa propre mémoire et grâce à ses archives (notamment photographiques) et, pour les étudiantes, de découvrir cette page de l&#039;histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, en particulier dans ce champ de la psychiatrie. C&#039;est aussi une occasion supplémentaire, dans leur formation, de pratiquer l&#039;entretien, de s&#039;imprégner d&#039;un  récit autobiographique pour écrire un récit biographique, nécessitant respect de la parole, compréhension des rythmes biographiques (les périodes) et analyse de la dynamique et des enjeux entre une personne, son entourage social et son temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et saisir le temps pour écrire l&#039;histoire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective par une communauté de travail formée de sept étudiantes en Master en enseignement spécialisé, d&#039;un témoin, Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, Martine Ruchat pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée, et Daniel Schneider, de TECFA, pour le soutien technique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de treize semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à entrer dans une démarche de travail collectif dans lequel chacune contribue librement aux pages du wiki selon les directives posées par l&#039;enseignante (article, index, bibliographie, dictionnaire) et exerce le recueil d&#039;un témoignage. L&#039;objectif premier est de réunir des informations puisées dans des articles et ouvrages sur l&#039;anti-psychiatrie, entre 1970 et 1990 environ, d&#039;aller sur le WEB et les banques de données pour prendre des information sur Alain Dupont et surtout de construire un premier canevas de cette histoire permettant d&#039;engager les entretiens avec le témoin. Ces entretiens, qui ont lieu dans des lieux professionnels d&#039;Alain Dupont sont aussi une occasion de prendre la mesure des créations réalisées et de la nature des projets d&#039;insertion communautaire que ce soit le Café Cult, l&#039;Hôtel Silva et le Pyramus. Un entretien a eu lieu dans son propre bureau.  Ils sont l&#039;objet d&#039;un enregistrement audio-visuel effectué par Alexandre Bourquin. Alain Dupont s&#039;est aussi rendu disponible en participant aux réunions dans le cadre du suivi de la démarche dans la salle de la faculté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre les évènements et actions entreprises, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et de son histoire; une place à la fois unique et représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement entre 1963 (premier stage de formation effectué) et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien, il avouera: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail de remémoration, on prend de la distance critique. Mais le risque est aussi pris de reconstruire le passé en fonction du présent et d&#039;en faire la critique surtout lorsque la personne a, avec le temps, modifié sa manière de travailler ou de penser. Le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait des velléités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Or, Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer aujourd&#039;hui? Ou est-ce aussi les opportunités et les expériences qui l&#039;ont incliné progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois comme étant divisés entre des militants qui s&#039;opposent, sont contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposent d’autres pratiques à l’intérieure même de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux et qu&#039;une personne comme Alain Dupont a pu être un lien entre une culture anti-psychiatrique militante (n&#039;a-t-il pas révélé avoir détruit des appareils d&#039;électrochoc ou voler des clés dans un hôpital psychiatrique français où il se rendait pour en faire l&#039;évaluation dans les années 1980?) et une culturel de l&#039;institution psychiatrique qui elle-même a dû réagir aux attaques qu&#039;elle subissait (notamment lors d&#039;arrestation de militants politiques ou lors de la mort d&#039;Alain Urban).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Entre trajectoire individuelle et histoire collective: un subtil maillage ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle de la santé (soins à la personne) et de l&#039;éducation qui ont particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (milieu ouvert, communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent alors comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, [[Index|Franco Basaglia]], auteur de &amp;quot;L’institution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution, mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile. [[index|Franco Basaglia]] est incontestablement la personne qui a encouragé la désinstitutionalisation plus que personne en Europe. Il a cassé net avec les habitudes hiérarchiques propres à l’institution jusqu’alors, mettant à pied égal médecins, infirmiers, infirmières et malades imposant le tutoiement entre le personnel soignant et les malades et vice-versa, ouvrant grand la porte aux malades et à leurs familles, encourageant le libre court des projets des malades, ce qui a amené à la création des centres psychosociaux de quartiers, qui ont remplacé les institutions psychiatriques dans toute l’Italie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Néanmoins, s&#039;est aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui a empêché certains patients de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Or, faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales, telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la Grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté vaudoise   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole. Même si les conceptions ont pu être différentes dans les pratiques, un objectif peuvent, dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, les fédérer: le désir de s&#039;approprier sa propre vie qui apparaissait alors comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme, à Genève, [[Index|Juan Ajuriaguerra]], mais aussi par la pression, à l&#039;extérieur, des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie entre l&#039;alternative radicale et le changement à l&#039;intérieur de l&#039;institution a été l&#039;ouverture de lieux, dans la ville-même, obligeant à contrôler médicalement les personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) tout en laissant une liberté de mouvement qui indéniablement a permis de changer le regard porté sur la folie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi à Genève, en 1973, à l&#039;intérieur même de l&#039;institution psychiatrique, agitée par ces différentes forces, des alternatives sont proposées notamment la communauté thérapeutique. Mais la direction veille au grain et deux médecins sont renvoyés (dont [[Index|Bierens de Hahn]]). A l&#039;extérieur des murs, une foule de collectifs se constituent avec une vie éphémère autour d&#039;évènements particuliers. En juin 1977, lors d&#039;une manifestation à Gosgen, une militante anti-nucléaire est arrêtée et internée à Bel-Air;  elle subit des électrochocs contre sa volonté. Cette mobilisation s&#039;est particulièrement cristallisée autour d&#039;un jeune homme, Alain Urban, interné en juin 80 sur un mode non volontaire (entre 1981 et 1989, on est passé de 1005 et 2034 internements non volontaires, chiffres donnés par Rolf Himmelberger, lors de la soirée antipsychiatrie des Archive contestataires). Un comité se crée pour la libération d&#039;Alain, s&#039;y joignent des femmes du Centre femme, le Comité contre l&#039;internement psychiatrique, le Réseau romand contre la psychiatrie (qui édite d&#039;ailleurs un bulletin) et le Comité contre Verbois nucléaire.  Mais Alain meurt le 19 juin après une cure de sommeil. Mise en cause des professionnels qui travaillent dans l&#039;hôpital et du pouvoir qui leur est attaché, et contestation de la hiérarchie médicale. L&#039;hôpital psychiatrique est considéré au même titre que la prison comme un lieu d&#039;enfermement, lieux d&#039;abus de pouvoir dans lequel l&#039;individu est nié. Le mouvement anti-psychiatrique genevois lutte alors pour le droit des usagers, un accès à l&#039;information médicale, un accès au dossier personnel et exige le consentement éclairé du patient. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est aussi une manière différente de concevoir la maladie mentale qui progressivement se dessine. L&#039;association ADUPSY, association pour le droit des usagers, est créée en 1979 (dont le fonds d&#039;archives est déposé à l&#039;association des archives contestataires) et sera un moteur pour les luttes anti-psychiatriques, en particulier entre 1970 et 1980. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est donc dans ces années &amp;quot;chaudes&amp;quot; que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le [[Index|Dr. Eisenring]], en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues)[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Entreprises_sociales]]. Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui incarnent des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leur politique et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de mieux comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Selon Descamps (2006), «la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Certes, aujourd&#039;hui le matériel d&#039;enregistrement est léger. On part avec deux caméras au poing et deux enregistreurs audio qui permettront la retranscription aisée sur wiki [[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Retranscription]]. Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Le récit biographique s’est ainsi construit aussi par les lieux et dans la chronologie: en partant du bureau personnel d&#039;Alain Dupont pour évoquer les débuts de son aventure professionnelle, puis l&#039;Hôtel Silva où il parle du Quatre; le Café Cult pour Trajet et le Pyramus pour évoquer l&#039;enfance. Des lieux hautement représentatifs pour Alain Dupont et qui assure comme le suggère (Descamps, 2006) de « situer le témoin dans son environnement familier».  De surcroît ces lieux ont créé à chaque fois une atmosphère particulière, intime, qui a permis d&#039;être transporté dans l&#039;histoire, de mieux se représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués pendant la narration. Malheureusement, dans les lieux publics (café Cult et Pyramus), le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et a rendu la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les quatre entretiens (auxquels a été ajouté l&#039;entretien de contact réalisé dans la salle de cours) ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car comme l&#039;écrit Fanch Elegoet dans le recueil d&#039;une histoire de vie, 1980, « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est reconstruit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés, afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquées, car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimés. Les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés dans la retranscription par des « points de suspension ». L’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil et cela se perd avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors clairement perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont a la parole facile, il est donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Les questions de chaque entretien étant écrites sur la page du wiki,  il est possible qu&#039;il en ait pris connaissance et ainsi construit son discours qui apparaît plus ou moins préparé par avance. Par conséquent, il a pu venir avec une idée de fil directeur précis et s&#039;est laissé assez peu réorienter par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répond pas toujours à toutes les questions.  Et malgré la vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris, afin de ni l’embarrasser ni l&#039;éloigner du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a perdu parfois une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains évènements a aussi rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources, notamment le C.V remis après les entretiens[[http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/Curriculum_vitae]]. A plusieurs reprise, il a d&#039;ailleurs souligné que cette démarche le &amp;quot;faisait travailler&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des évènements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: &lt;br /&gt;
1) L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, École Pahud) &lt;br /&gt;
2) Caritas, Le Quatre, la Vendée &lt;br /&gt;
3) Trajets &lt;br /&gt;
4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est une personne qui, aujourd&#039;hui, analyse beaucoup ce qu&#039;il a fait par le passé et prend du recul par rapport à ses actions du passé. Il tient à revenir sur ce qu&#039;il a fait auparavant afin d&#039;évoluer et de mettre sa pratique toujours en question. Cela reflète une qualité d&#039;analyse de sa pratique professionnelle qui permet une autoformation constante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[[Fichier:santé mentale.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
Alain Dupont s&#039;est raconté avec beaucoup d&#039;enthousiasme. Très vite, il s&#039;est montré passionné par la démarche, mais c&#039;est en même temps l&#039;homme qui est passionné par ce qu&#039;il entreprend, par les challenges qui s&#039;offrent à lui, par la connaissance aussi. Se connaître soi-même est aussi une démarche passionnante. Comment recevra-t-il en retour ce que les intervieweuses lui renverront de son témoignages avec des mots peut-être différents, avec une structure du récit qui le contiendra dans un plan en titre et sous-titre, lui qui n&#039;aime pas l&#039;enfermement? Premier thème qui apparaît et qui traverse son récit: l&#039;enfermement, celui de la cellule comme celui des catégories que pourtant il promeut à travers l&#039;évaluation qui est un de ses chevaux de bataille dans le champ du social: pour plus de professionnalité, plus de justesse et de justice aussi. Son engagement est constamment étayé par une réflexion souvent poussée: il n&#039;agit pas sans évaluer, analyser, sans aussi se faire évaluer. Il ne craint jamais la critique, celle qui permet d&#039;avancer dans l&#039;expérience, dans les savoirs toujours soutenus par des valeurs qui semblent s&#039;enraciner dans une éducation catholique, mais aussi qui sait dans une histoire familiale, un milieu, un roman; celui de la guerre, du passage des frontières, des retrouvailles, des connivences, de l&#039;aide charitable. Ces origines semble lui donner une force hors du commun pour se confronter aux institutions psychiatriques, pour prendre des risques financiers autant qu&#039;éducatifs, misant toujours sur l&#039;humain. Difficile de réduire Alain Dupont à une catégorie socio-culturelle: militant, réformateur, entrepreneur; à un statut: formateur, directeur, conseiller social, consultant, ou à une fonction: assistant social, professeur, enseignant, éducateur, psychologue, formateur. Il sait prendre la posture nécessaire en toute discrétion, humilité même, semblant se satisfaire uniquement de voir ses projets se réaliser, durer, aider, servir. Il y a quelque chose du service aux autres : non seulement rendre service comme dans l&#039;enfance, mais contribuer à un monde plus humain, respectueux des gens et permettant à tous de participer à la collectivité, à la communauté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==  Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== L&#039;enfance du refus de l&#039;enfermement ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L’enfermement ce n’est pas que les murs; l&#039;enfermement il est chez soi. On s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner&amp;quot; Alain Dupont&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet en 1944, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa mère, parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité, de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ce toit et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Église St. François. Dans les valeurs transmises, la famille est quelque chose d’important et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y a pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine. Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille naît, une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du Seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique; en quelque sorte, des animations socioculturelles de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les valeurs partagées par la famille,  d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’Église a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser dans le quartier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il nous avoue que les études l’agacent, et qu&#039;il aurait pu faire un apprentissage, ayant un besoin de création constant. Son père lui apprend tout, il sait se servir de ses mains en l&#039;ayant vu faire. Ils font de la récupération, comme pour son premier vélo qui coûte bien trop cher. Ils récupèrent tout ce qu&#039;il y a au bord de la rue, pour en recevoir un le jour de son anniversaire. Il est une reconstitution, avec pleins de couleurs, et donc magnifique. A 10 ans, il a constamment le nez dans les moteurs, adorant les voitures, il se destine donc comme menuisier avant sa rencontre avec Klaus Engler par le biais du scoutisme. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver. De l’autre on s’engage à incarner ces valeurs et les transmettre dans l’action et aussi aux plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il enseigne les travaux manuels, puis les jeux aux enfants. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthodes actives [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (lors du retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et devoir, sur l’ordre du moniteur (qui était un curé, un prêtre ou un séminariste) y mettre justement ce qui est le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsqu&#039;Alain est à l’école primaire de la Roseraie, il est marqué par l&#039;organisation enseignante. Il retrouve les mêmes lignes qu&#039;il avait vécues durant les colonies de vacances, et qui lui rappelle l&#039;armée. A cette époque, la discrimination existe à l’intérieur de l’école. Il se souvient d’ailleurs d’un jeune homme qui comme lui s&#039;y trouvait et était désigné comme turbulent ou bien caractériel. Un jour, cet enfant est en train de tailler son crayon avec un couteau, et l’enseignant lui fait une remarque qu&#039;il trouve non justifiée. L&#039;instituteur lève la main et en lui mettant une claque voit sa main transpercée. Il y a du sang partout, et un autre enfant s&#039;évanouit. Pour Dupont, cet évènement restera marqué comme de la pure injustice. Mais ce sont les expériences de la maladie et de l&#039;accident. D&#039;un côté le risque mortel, de l&#039;autre la défiguration par une morsure de chien. La finitude et le handicap l&#039;ont marqué profondément. Qui sait, des écueils qui lui donne cette énergie de vivre et de se battre pour prouver –se prouver à soi-même – que s&#039;est possible d&#039;échapper à la mort et au handicap.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En vacances chez son oncle, qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz, il a le sentiment de s&#039;être laissé enfermer à cause d&#039;un évènement assez important. Deux chiens, qui faisaient partie de la boucherie, se trouvaient là. Tout à coup, un des deux perd la tête et bondit sur le petit Alain, lui arrachant la figure. Il crie, les gens viennent et découvrent un trou dans sa joue. On le conduit chez le médecin qui ne peut rien faire, mais qui met tout de même une épingle pour conserver un peu la peau. Puis, il est conduit à l&#039;hôpital pour être recousu. Le drame commence : &amp;quot;Jamais Alain tu vas pouvoir trouver une femme.&amp;quot; Il est obligé pour atténuer la cicatrice de se frictionner deux fois par jour avec une pommade durant trois ans. En tant qu&#039;enfant, il ne questionne pas le choix des adultes, et obéis tout simplement. Les gens lui font comprendre que sa vie est détruite, qu&#039;il ne peut plus rien en faire car il est défiguré. Il devient, selon lui, une personne handicapée. Aujourd&#039;hui encore, il a cette crainte lorsqu&#039;il croise un chien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il retrouvera d’ailleurs cette même injustice plus tard à Serix lorsqu’il apporte du pain et de l’eau à des enfants dans le cachot qui ont déplu à l’éducateur. Et même au sein de la paroisse et durant les colonies de vacances. Tout ces aspects liés à l&#039;injustice sociale et qui ne correspond pas au discours qu’on tenait à l’époque. Il y a un fort décalage entre les valeurs chrétiennes, ce qui est annoncé et ce qui se passe réellement. Au scoutisme, on leur demande d’être les meilleurs et ceux qui n’arrivent pas à suivre, ils sont tout simplement évacués. Il n’y a donc pas de place pour les personnes plus démunies, ou alors elles sont systématiquement montrées du doigt. Il faut également préciser que dans le quartier de Plainpalais, il n’y a pas de noirs et les gens ne parlent pas dans toutes les langues comme aujourd&#039;hui. C&#039;est pareil dans les écoles. Cependant, ils apprennent le racisme. Ils lisent « Tintin au Congo » qui comporte un vocabulaire et des images plutôt racistes. Les missionnaires viennent leur dire que ce sont des sous-hommes et qu’il faut les éduquer. Le racisme et la charité sont donc au fondement de l&#039;aide. Mais jeune déjà, il ne se laissera pas envahir par ces élans, car si on cède, on risque toujours de tomber dans des extrêmes et des abus. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi Alain Dupont est très tôt frappé par cette injustice et lorsqu’il travaille comme premier conseiller social après Klaus Engler dans le premier cycle d’orientation de l’Aubépine à Genève. Ce dernier voit toute sorte de choses chez lui, qu&#039;il ne réalise qu&#039;aujourd&#039;hui, sans regrets. Il l&#039;encourage d&#039;ailleurs à suivre l&#039;école [[Index|Pahud]]. Alain voit la manière dont les enseignants agissent, et tout ce qui est mit en place. Il prend la défense des gens qui en ont besoin, tout comme il l&#039;a fait en colonie de vacances, ou bien à l’école primaire. Au collège, il se souvient d’un ami qui était dans la même classe que lui. Il arrive pour un cours et il tombe. Il a compris bien après que c’était une crise d’épilepsie et du jour au lendemain, il disparait de la circulation, sans qu’on n’en parle et se retrouve à Lavigny.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeune il a aussi été marqué par des personnes comme Michel Bassot qui est un français qui partait dans l’humanitaire et qui leur parlait de ses expériences. Il le considère aujourd&#039;hui comme un homme génial dans ce qu’il propose comme action et comment il construit les choses. C&#039;est cet aspect qu&#039;Alain Dupont a repris de lui, comme un résiliant qui s&#039;oppose au manque de dialogue et qui remet en question la pseudo démocratie. Sinon il aurait choisi la transgression ou la délinquance pour combattre l&#039;injustice et l&#039;exclusion. Mais il a donc préférer construire quelque chose pour donner une place aux personnes les plus démunies.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1966, faire l&#039;école d&#039;éducateur à Lausanne (l&#039;école Pahud) est une voie séduisante (il n&#039;y a pas encore de section de formation d&#039;éducateur à Genève). Il suie des cours de sculpture et de peinture chez un ami artiste à raison de 4 heures par semaines. C&#039;est ainsi qu&#039;il arrive à payer ses cours à l&#039;école Pahud, en vendant ses tableaux. Dupont a des idéaux de liberté à partir de ce qu&#039;il avait appris déjà de la vie et de l’enfermement. Cette formation qui se fait en internat demande aussi des stages dans des établissements qui sont eux aussi des internats. Lieux d&#039;enfermements où l&#039;on apprend la vie. Une institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans. Il prend les petits. Ces enfants sont placés et à 7 ans déjà on les désigne comme &amp;quot;caractériels&amp;quot;. Lui a à peine 20 ans et de voir cet enfant déjà stigmatisé cela lui fait bizarre. Il passe dans les différents groupes et qu&#039;est-ce qu&#039;il y voit? L&#039;éducation, c&#039;était dire aux gamins tout ce qu&#039;il ne devait pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif, que des hommes (pas d’éducatrice). &amp;quot;On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne&amp;quot;. Il y avait aussi des instituteurs/trices spécialisé(e)s et cela devait marcher à la baguette. Il y constate de la violence: celle de l&#039;institution (éloignement de la famille, horaire stricte, conduite militaire...), mais aussi de la part des éducateurs tabasser des jeunes et les voir dégringoler dans l’escalier central, ou se battre avec un jeune de 14-15 ans pour ensuite aller l’enfermer. Mais aussi de la violence entre les jeunes jusqu&#039;aux coups de couteau. Première interrogation sur le rôle de l&#039;institution, sur la formation reçue, sur le mode de faire. Premier refus de sa part de faire porter à la personne les stigmates de l&#039;institution: sa violence symbolique et réelle, sa non-remise en question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== De l&#039;enfermement à la libération ===&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Alain Dupont part du Serix pour voir des choses plus merveilleuse. Mais en psychiatrie, il découvrira l&#039;enfant pire que Serix. Il s&#039;interroge sur son avenir. Va-t-il rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire ? Finalement, il fait le choix de rester. Il sait ce qui se passe dans le monde par le biais de Caritas qu&#039;il connaît bien, Caritas-Suisse. Il se rend au bureau international BICE et il se dit: &amp;quot;Non il faut rester là, il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors du deuxième stage à Eben-Hezer avec des personnes adultes handicapées mentales, nouvelles déconvenues. Il réalise que quelque chose ne joue pas, rien n’est proposé à ces personnes, elles sont littéralement livrées à elles mêmes. Pour lui, selon les valeurs qui lui ont été enseignées, il y a une place pour tous le monde dans la communauté. Il se souvient d’ailleurs du jour où il est arrivé à Eben-Hezer pour demander une place de stage. Le directeur, monsieur Montvert, lui a annoncé qu’il était le premier à demander un stage ici. Alain Dupont a pour envie de connaître les gens les plus démunis, pour voir comment il peut les aider. Il déclare avoir assisté à certains évènements qui ne se disaient pas à l’époque mais qui sont dénoncés aujourd’hui. Tout le thème de la pédophilie, il a pu l’observer durant les colonies de vacances, ce qui n’est pas en accord selon lui avec l&#039;évangile et les valeurs qui lui ont été inculquées. Il réalise que quelque chose ne va pas, et il décide de transformer ce questionnement en actions contre l’enfermement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De retour à Genève, il s&#039;engage comme conseiller social au cycle d’orientation de l’Aubépine. Il accompagne des jeunes qui sont en situation familiale difficile pendant quelques années et il enseignait aussi au cycle d’orientation dans des classes professionnelles, des classes observation dans lesquelles sont mis ceux qui ont des difficultés. Dupont prend conscience que l&#039;école façonne et que ce sont surtout les enseignants qui désirent un parcours professionnel pour les élèves. Il y retrouve le même schéma: on dit aux gens ce qui est bon pour eux! Si on est intelligent il faut aller à l&#039;université même si le jeune veut devenir maçon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;enfermement ce n&#039;est pas que les murs, selon lui, c&#039;est aussi son propre corps. On s&#039;enferme dans sa propre histoire sans jamais la remettre en question. Certaines personnes peuvent vous enfermer, mais il existe un enfermement de soi. Il a été proche de la mort étant petit à cause de deux erreurs médicales. Des médecins sont venus le chercher dans son école primaire de la Roseraie pour qu&#039;il subisse une opération attendue depuis deux ans. Le choix entre la vie et la mort est un point crucial à ce moment de son parcours.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont ne se sens pas dans l&#039;antipsychiatrie, il croit en la possibilité d&#039;un changement dans l&#039;institution en soi. Il veut être acteur de ce changement et de ces modifications. C&#039;est la raison pour laquelle il est resté dans ces institutions : pour voir ce qui se passait et pour proposer d&#039;autres choses. Aujourd&#039;hui, il réalise bien que la tâche est utopique à cause des luttes de pouvoir et les strates qui existent. Il ne se compare pas à Alain Riesen et Roger Schuler, qui sont des militants. Il voit, il dénonce, il se bat mais pas frontalement. Il est assez stratégique et tactique dans ce qu&#039;il met en place. Il est à l&#039;écoute des personnes et de la communauté. La psychiatrie vient du psyché et du iatros qui veut dire médecin, c&#039;est donc la médecine du psyché. Le mot a été dit pour la première fois en 1808 et est vu comme le soin de l&#039;âme. Il voit ce qu&#039;il a mit en place plus comme un complément à la psychiatrie. Il a été à l&#039;interne pour voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes. Ensemble, ils peuvent réfléchir, et Monsieur Dupont a tout de même fermé des institutions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il parle de Genève comme étant la Mecque de la psychiatrie de l&#039;époque. Et de ce fait, on ne touche pas à cela. Il le réalise aujourd&#039;hui comme une erreur de vouloir modifier certains aspects de la psychiatrie. Les manifestations sont inutiles aux changements pour ces personnes. Il ne suffit donc pas de mettre en place Trajets, T-interaction, mais il faut faire des partenariats, ouvrir un dialogue même si c&#039;est difficile. Il organise donc une journée, en 1981, pour parler des valeurs et des concepts, de ce qui sera laissé derrière ou bien de comment ils travailleront. Le colloque a accueilli 80 personnes à Genève du monde de la psychiatrie. Cette journée a été remplie de découvertes et a permis une ouverture de certaines portes. Il conclue donc qu&#039;il ne suffit pas de lancer des piques et de dénoncer, mais il faut également avoir un regard critique sur ce qui se passe chez soi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le point de départ est le scoutisme. Il adopte la même manière de travailler au Quatre et à Trajet quelques années plus tard. Il a tendance à répéter son histoire en prenant à chaque fois le rôle de chef de patrouille. Il part ensuite en Suède avec quarante enfants en vacances. Ils sont seulement trois responsables, mais il réalise ce qu&#039;il leur fait vivre sans avoir pour autant de l&#039;argent. Ils font donc des crêpes à Plainpalais pour le financement. Il réutilise ensuite cette technique pour le potager de la Vendée. Aujourd&#039;hui, il ne s&#039;y prend plus de la même manière, et une vraie place est accordée à ces personnes. A l&#039;époque justement, il est encore dans de l&#039;aide de patients, de fous et n&#039;est pas convaincu que ces gens puissent modifier des choses dans leurs vies. En situation de crise, les psychiatres et les soins étaient d&#039;une grande aide sans compter les neuroleptiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il est témoin de situations d’enfermements en psychiatrie. Une personne, qu&#039;il retrouvera plus tard sur sa route, faisant une école d&#039;ingénieur, pète les plombs et se retrouve à Bel-Air. Le psychiatre annonce qu&#039;il y passera toute sa vie. Alain n&#039;en croit pas ses oreilles et décide d&#039;aller voir le psychiatre en question. Il s&#039;avère que c&#039;est un jeune, puisqu&#039;il change tout les premiers octobre les assistants. Il prend le DSM-III et lit. Durant le début des années 80, plus de 80% finissent à Bel-Air justement. C&#039;est de l&#039;enfermement, et c&#039;est ce que Monsieur Dupont dénonce... Il ne se considère encore une fois pas comme un militant, ayant mis en place des stratégies pour les personnes et les structures.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le même état d&#039;esprit, la créativité prend une part très importante dans sa vie. Il a plusieurs idées qui lui viennent toutes les minutes, ce qui peut être assez fatiguant. Il qualifie Klaus Engler de coach dans son cheminement de création. Il a été le premier éducateur de rue, il a créer des services pour être dans la communauté avec les gens. C&#039;est ce genre de rencontre qui font qu&#039;il a choisi ce métier, sans se départir de sa timidité et de sa réserve tout en s&#039;ouvrant au monde. Il travaille alors avec André Blanchet, habitant à Boston. Ce dernier est un militant, qui se bat contre les hôpitaux psychiatriques. Il a dû quitter le Québec pour cause de condamnation à un procès. Il intervient, à la demande d&#039;Alain, à Genève lors d&#039;un cours sur l&#039;intégration communautaire. L&#039;expérience vécue par une quinzaine de personnes ne sera pas renouvelée, parce que les instituts sont fait comme cela. Ils suivent la mode du moment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La prise de conscience ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1991, Alain prend conscience que les valeurs premières ont été mises au service d&#039;autrui. On fait d&#039;abord les choses pour soi, on vit ses expériences. Son moteur n&#039;est donc pas le militantisme mais le plaisir. Chaque soir, le point est fait sur ce qui a été entrepris, ce qui reste à améliorer dans le futur. Tous les soirs, il sait ce qu&#039;il va faire le lendemain. Il y a une certaine prise de distance, un certain regard sur une nature nourrissante. Il a pour but d&#039;aller vers l&#039;excellence par rapport à ce qui est déjà fait. Il a constamment un regard critique, et garde une certaine approche réflexive dans ses démarches. S&#039;il devait changer de métier aujourd&#039;hui, il se lancerait dans l&#039;artistique. Il a un atelier où il fait de la peinture et de la sculpture. Il le considère comme un monde de trésor, n&#039;étant pas capable de voir quelque chose trainer dehors, il le met dans sa voiture et il lui redonne une seconde vie. Ce ne sont d&#039;ailleurs pas les idées qui manquent. Il met encore une fois ses talents au service des autres en mettant en place des activités avec des gens en graves difficultés psychologiques et psychiatriques. Cela n&#039;aurait pas été possible sans l&#039;aide précieuse de Jacqueline Backmann. Aujourd&#039;hui, ces personnes font quelque chose de leur vie, sans que ce ne soit malheureusement reconnu, puisqu&#039;il n&#039;y a pas de rémunération. Mais ce n&#039;est pas le travail qui est important, c&#039;est le choix de l&#039;activité que vous voulez faire. Quand vous vous levez le matin, vous avez le bonheur devant vous. C&#039;est la règle pour toutes les personnes. Si en vous levant, vous faites la gueule, alors il faut changer de métier, car il existe une multitude d&#039;activités pour gagner de l&#039;argent. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd&#039;hui, Alain Dupont se lève à 5 heures du matin, non par obligation, mais pour le plaisir d&#039;une nouvelle rencontre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Réforme dans les institutions et création de réseaux sociaux==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Projets en collaboration avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1965 Alain Dupont aux côtés de Jean Grob, ancien directeur de Caritas-Genève, fonde Caritas-Jeunesse [http://%20http://www.caritasge.ch/p107001102.html Caritas]. En 1970, Caritas organise des séjours de vacances pour les enfants de familles en situation précaire. Une importante mobilisation et participation active de bénévoles permet d&#039;encadrer des camps de vacances promouvant ainsi durant cette même période, la formation de jeunes et amenant à la création cette même année, par Alain Dupont, d&#039;un secteur pour personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La rencontre avec le psychiatre Jean-Jacques Eisenring,  médecin et professeur de médecine, alors renommé s’est faite au sein du comité de Caritas. Cette rencontre marque un tournant dans la vie d&#039;Alain Dupont par une collaboration étroite entre deux hommes engagés auprès des personnes déficientes. En 1972, Eisenring est en charge du Centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale. A Genève, la prise en charge des personnes déficientes se fait alors dans un pavillon retiré à Bel-Air à l’hôpital psychiatrique. Émergent alors de nouvelles idées. Eisenring, est en avance sur son temps; il a une autre vision de l’accompagnement de ces personnes, il veut mettre en place un service de sociothérapie à l’extérieur de la clinique. C&#039;est une nouveauté, car le service de sociothérapie existait déjà, mais il n&#039;était destiné qu&#039;à des personnes psychiatrisées à l’intérieur du bâtiment, dans le pavillon nommé Les Lilas. Le professeur propose donc à Dupont de travailler avec lui et de diriger cette nouvelle expérience en entreprenant un travail individuel avec ces personnes. Dupont est très enthousiaste et excité à l’idée de mener ce projet. Lorsqu’il arrive au pavillon Les Lilas, il est choqué de voir l&#039;environnement et la situation dans lesquels vivent ces personnes. Celles-i passent du dortoir au réfectoire de 3m50 de hauteur, du réfectoire à une grande salle qui possède un poste de télévision, une chaise, et où l’espace restant est occupé par des personnes qui vont et viennent d’un coin de la pièce à un autre, qui tournent en rond et surtout qui ne revêtent rien d’autre qu’une simple blouse d’hôpital. Il constate qu’il n’y a que du personnel médical dans ce pavillon, un personnel qui fait d&#039;ailleurs un travail remarquable, mais qui n’a qu’une vision médicalisée, axées uniquement sur les soins. Tout comme les infirmiers, Dupont a beaucoup de réticences mais il cherche à rester objectif. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débute alors son &amp;quot;côté militant&amp;quot; et l’idée de vouloir réformer certaines pratiques des institutions psychiatriques. Dupont est un battant qui n’a pas peur de relever des défis et qui mène avec acharnement les projets qui lui sont confiés. Ainsi, il décide de prendre ces &amp;quot;malades&amp;quot; sous son aile. Dans un premier temps, il faut que ces personnes soient habillées, chose avec laquelle le personnel a de la peine à s&#039;astreindre. Or, il obtient qu&#039;on les habille pour sortir  de l&#039;hôpital psychiatrique, avec lui;une personne à la fois, pour une heure, puis, petit à petit, plusieurs personnes. On augmente progressivement le temps qui leur est  consacré. Mais, Dupont craint ces sorties, car il a peur d&#039;être vu avec ces personnes qui n&#039;étaient jamais sorties de l&#039;hôpital depuis longtemps. Il  commence donc par aller se promener à la campagne. Or, ces moments lui permettent d’entrer en relation et de faire de l’observation. Car Alain Dupont devient observateur. Il constate que le personnel médical soigne bien les patients et a créé des relations de type non-verbal qui permettaient aux différentes personnes de se comprendre. Il prend conscience qu’il vient déranger un système déjà bien établi, mais l’idée de l’enfermement lui est insupportable. Il souhaite avant tout faire changer les comportements face au handicap et malgré les déficiences, essayer de mettre en place des apprentissages pour ces personnes, car pour favoriser les apprentissages, il est important d’être dans un milieu propice. L&#039;hôpital psychiatrique ne l&#039;est pas avec sa télévision et une seule chaise dans une grande salle! Ses peurs et ses craintes se sont, au fil du temps, amenuisées, et il prend conscience que le fait d&#039;aller en campagne lui permettait de ne pas se confronter au regard des autres. Une fois ses peurs dissipées, se rendre en ville avec ces personnes devient une évidence. Avec cette activités nouvelle, Dupont rencontre des personnes extraordinaires comme « les Roland », deux personnes qui présentent une déficience importante et jugées « irrécupérable ». Malgré ce handicap, il reste persuadé qu’un travail sur les comportements peut être réalisé, de telle sorte qu’il soit possible de mettre en place des apprentissages. Il souhaite que ces personnes soient simplement confrontées à des situations de la vie quotidienne et les prémisses de son combat a été d’aller marcher tout simplement à la campagne. Le handicap ne peut, certes, pas être effacé mais les comportements de tous les protagonistes peuvent s’en voir modifié.&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Entre les années 1972 et 1975, Eisenring préconise aussi le droit au logement pour les personnes déficientes si on leur offre quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage et un environnement autre que celui du pavillon essentiellement axé sur les soins. Ensemble, ils ont senti que le moment était propice à en faire l’expérience. D&#039;ailleurs durant la même période, des expériences similaires découlant de la sociothérapie ont été menées en Angleterre et des résultats ont pu être constatés. Ont commencés les premières locations d&#039;appartements (à grange-canal). Mais cela a été une levée de boucliers, personne n’était préparé à ces choses:c’était bien trop tôt.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== La première structure d&#039;accueil voit le jour ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Convaincu que la vie est dans la vraie vie, là où sont les gens, les citoyens, Dupont a eu l’idée de créer un club de rencontre au Grand-Lancy dans un centre de loisirs. Grâce à un réseau de 300 bénévoles, dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, ils réfléchissent ensemble à des projets ayant pour but de faire connaître le handicap qu’est la déficience mentale et d’offrir aux patients un cadre autre que celui des soins où les échanges sont possibles. L’idée première de ce lieu est d’organiser des moments qui privilégient le côtoiement. Ainsi, il ne sera plus simplement question de travail individualisé, mais d&#039;un endroit où toutes personnes seraient les bienvenues pour réaliser des activités, telle que la cuisine par exemple.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, ce club aura lieu le mercredi et portera le nom du « club du mercredi ». Il accueille certains jours jusqu’à une centaine de personnes. &lt;br /&gt;
A partir de là, et ce dès les années 1975, l’idée de partir en vacances et de partager des loisirs avec ces personnes, paraît être la suite logique de toutes ces expériences. Au départ, le nombre d’accompagnants est largement supérieur au nombre de personnes handicapées. Ces camps de vacances permettent aussi de faire de la recherche. La rencontre avec le psychologue Bernard Pasche notamment, a conduit à des recherches plus spécifiques sur les représentations que pouvaient avoir les différents acteurs autour de la déficience, comme les médecins, les infirmiers, les psychologues et autres, mais aussi sur les représentations des personnes dites ordinaires qui participaient au club du mercredi ou aux vacances, sur le handicap et sur les personnes déficientes. La recherche tient aussi à prendre en considération les représentations des concernés sur la population ordinaire. Cette recherche permet à Dupont de se rendre compte qu’ils sont encore dans l’idée de côtoiement. Lui, il souhaiterait tendre vers une réelle intégration. Il voudrait aller plus loin, notamment lorsqu&#039;il prend conscience qu&#039;au couple &amp;quot;soignant-soigné&amp;quot; de bel-Air est substitué dans le club de rencontre celui d&#039;&amp;quot;aidant-assisté&amp;quot;. Or ce sont les compétences et capacités qu&#039;il faut stimuler en donnant des responsabilité. L’hôpital psychiatrique, de par son manque d’ouverture au monde extérieur, rend impossible l&#039;éveil chez ces personnes de leurs capacités à apprendre et à évoluer. Lorsque Dupont observe qu&#039;une personne grabataire réagit aux différentes odeurs, il a l&#039;idée d’aller avec elle dans plusieurs marchés et de voir qu’il y avait différents parfums, mais aussi d’autres stimuli tel que les bruits, les couleurs, mais bien évidemment aussi le contact direct avec la population. Ceci est une expérience parmi d’autres, et pour lui cela démontre l’importance d’ouvrir les possibles et de les laisser faire des choix dans le but d’acquérir de l’autonomie. C’est à partir d’expériences telles que celle-ci qu’est né le projet de vie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au travers de ces rencontres, Alain Dupont apprend surtout à se connaître lui même et avec le recul, c’est sans doute un des éléments qui lui ont donné l’envie d’aider les personnes déficientes parce qu&#039;elles ont aussi des choses à lui apprendre. Pour lui il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres &amp;quot;rencontrez ces personnes&amp;quot;, il faut partager de réelles situations de vie au quotidien: partager des repas et boire un verre. Des amitiés fortes se créent, car des émotions, des sentiments et simplement des choses de la vie sont ainsi partagés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Création du &amp;quot;Quatre&amp;quot;, lieu d&#039;accueil et de rencontre non médicalisé ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En 1975, Dr Eisenring et Alain Dupont donnent une conférence au sein du Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, le CPSU, sur les expériences menées avec les personnes handicapées mentales. Deux professeurs sont présents, le Prof. André Haynal, un adepte de la psychanalyste, et le Prof. Gaston Garonne, qui s’intéresse à la psychiatrie sociale, ainsi que le directeur administratif du Centre Psychosocial, Jean-Claude Droz. Quelques temps après, Jean-Claude Droz prend contact avec Alain Dupont. Autour d’un repas, il lui propose de reproduire les mêmes expériences du Club du mercredi avec les personnes dites chroniques de Bel-Air. L’équipe veut avant tout que ce nouveau lieu d’accueil soit démédicalisé et dépsychiatrisé. En parallèle, Dupont continue de travailler à Caritas et est toujours formateur à l’institut d’études sociales. &lt;br /&gt;
[[Fichier:Le Quatre.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En élaborant le projet, les auteurs savent déjà que ce lieu d’accueil se trouverait à l’extérieur de Bel-Air. Alain Dupont en parle avec les étudiants de l’Institut d’études sociales et leur donne l&#039;opportunité d&#039;acquérir de l’expérience en participant à ce projet en tant que stagiaire. Il commence avec six étudiants. Il essaie de négocier avec Caritas pour obtenir les locaux vétustes appartenant à la paroisse Notre-Dame. La machine est lancée:  les locaux leur sont accordés pour une période fixée à une année et le Centre Psychosocial loue les lieux pour 5000 frs par an. Ce nouveau lieu de rencontres et de loisirs est différent du Club du mercredi, car il propose le développement d’activités, de loisirs, d’occupation, de travail, d’animations et de repas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est la naissance du Quatre qui tire son nom du numéro de la rue, 4 rue des Pâquis et de la date de l&#039;inauguration le 4 janvier 1977. Dans le prolongement du Club du mercredi, le Quatre se prédestine à une intégration journalière avec des horaires prédéfinis pour ne pas empiéter sur les heures d’ateliers et de travail. Les permanences  ont donc lieu en dehors de ces moments, soit de 11h00 à 14h00 et le soir dès 17h00. Les premières personnes qui viennent bénéficient d’un service de transport qui les descend directement de Bel-Air. La clientèle est hétérogène, il y a des personnes de niveaux sociaux-économiques différents, des personnes institutionnalisées, des personnes sous médicaments, mais aussi des gens du quartier, des gens extérieurs au &amp;quot;milieu&amp;quot;. Le Quatre n’est pas un lieu de soin ni infirmier, ni personnel médical y est autorisé à venir. La particularité du projet est de créer un lieu démédicalisé, afin de sortir du contexte hospitalier et d’offrir à ces personnes un lieu différent ou les mots d’ordre sont : apprentissages, partage, rencontre, respect et ouverture vers le monde extérieur. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, au travers d’une conversation avec un dénommé Jean-Pierre, qui lui expose son envie d’avoir « un job, un appart, des amis », Alain Dupont se rend compte que ces personnes expriment des besoins, des désirs et leurs remarques met en question le bien fondé le l&#039;hôpital psychiatrique. Si Alain Dupont ne se considère pas comme un militant antipsychiatrique, il doute sincèrement de l’efficacité d’une vie médicalisée dans un lieu fermé. Mais il ne suffit pas de vouloir l&#039;intégration,il faut aussi la réaliser et la tâche n’est pas toujours facile. En effet, il faut être prêt à faire face aux crises, aux hurlements, aux coups violents,  aux objets voler d’un coin de la pièce à l’autre voire à des gestes d’automutilation et ceci peut être choquant. Une fois par semaine, au Quatre, le personnel se réunit pour partager les observations de l’équipe faites durant les ateliers des jours passés. Ces synthèses permettent de poser les choses, de trouver des explications et des solutions face aux situations de crises et d’élaborer des projets de vie. C’est une des manières de répondre aux attentes de la personne qui parfois n’a pas la parole pour en rende compte. De plus, les synthèses permettent aussi aux stagiaires d’avoir un bagage qui encourage les discussions à l’école et une trace écrite du travail réalisé sur le terrain. mais pour la direction administrative du CPSU et de Bel-Air, la condition pour que le projet puisse s’inscrire dans la durée, est d’obtenir de réels résultats observables déjà au mois de juin. Malheureusement, en six mois, il est quasiment impossible de changer les choses qui ont pris plus de 35 ans pour être mis en place. Trente-cinq ans, c’est le temps qu’il a fallu à Ginette  pour essayer de dire effectivement qu&#039;elle est une personne et non pas uniquement une malade qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre. Il est donc nécessaire de se faire entendre sur l’importance qu’il faut accorder au temps nécessaire pour créer et tisser des liens, pour ensuite, tendre à une réelle progression et à des apprentissages. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Durant l’été 1977, l’équipe décide de partir en vacances à Rochefort du Gard, dans une petite maison louée, avec une dizaine de personnes dites malades mentales. À leur retour, la direction administrative a décidé d’arrêter son financement, il n’y a plus d’argent. Consterné de cette décision, l’équipe s’est retrouvée chez un des membres pour discuter de la suite des évènements. Bien sûr, Dupont ne veut pas abandonner ce projet et décide de poursuivre. Le reste de l’équipe le suit dans son engagement, tout en sachant qu’à partir de là, ils seront des bénévoles. Bel-Air et le Centre Psychosocial en est informé. Dans un premier temps, l’équipe décide de poursuivre jusqu’à décembre, pour finalement prolonger encore l’expérience de quelques mois. Cet engouement et cette persévérance à sans doute mis mal à l’aise la direction administrative du CPSU qui décide donc d’accorder des contrats renouvelables tous les six mois, pour ensuite les fixer d’années en années. En vue de la progression et des résultats effectifs que pouvaient obtenir les personnes pour leur propre bien être, la direction administrative décide de payer le rétroactif.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Une désinstitutionalisation libératrice ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’expérience du Quatre a amené Alain Dupont à réfléchir à l’organisation de la suite de ce projet de lieu d’accueil pour des personnes à besoin social ou psychosocial. Cette nécessité s&#039;est faite sentir d’autant plus que Caritas avait pris congé de ses engagements, en 1978, après seulement une année d’activités, laissant un grand vide dans le champ des personnes à besoin social. Comment sortir ces personnes psychiatrisées non seulement des murs institutionnels, mais aussi de la pensée institutionnelle ou des attitudes comportementales propres  à la vie en  institut. Elles ont vécu si longtemps en institution, qu’elles ont adopté un comportement formé et cadrer dans les fonctionnements institutionnels. Il fallait trouver la manière de leur faciliter une pensée autonome pour être les acteurs de leur propre projet. La pression psychiatrique a pesé sur certaines personnes à un point tel qu&#039;elles ont tout simplement perdu l’habitude de se penser elles-mêmes. Plus Dupont vit parmi des personnes psychiatrisées, plus il se sensibilise à leurs besoins, à leur misère et à leur abandon social, c&#039;est pourquoi lors du visionnement d’un film sur une maison psychiatrique en France, devant l’image de ces infirmiers et infirmières qui jouent au scrabble, pendant que les malades sont complètement abandonnés à leur sort, à leur totale inoccupation, Dupont est non seulement choqué, mais révolté devant l’attitude de ce personnel soignant restant totalement indifférent, laissant errer ces malades, faisant en sorte qu’ils ne sentent pas concernés le moindre du monde tout en les côtoyant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Stimulé par le Prof. Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, Dupont est amené à organiser l’ouverture d’un lieu d’accueil hors des murs de Bel-Air pour des personnes hospitalisées à Bel-Air. Le foyer Gevray permettra ainsi aux personnes psychiatrisées de Bel-Air d’aller en foyer de jour et en ville. En observant, il remarque que les personnes à besoins sociaux ou psychosociaux se racontent, se disent dans la rencontre avec d’autres personnes, les relations élargies leur facilitent le chemin de leurs propres découvertes. Leur autonomie dépend de la possibilité de prendre part à des activités sociales et d&#039;être progressivement les acteurs dans de nouvelles relations.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Influencé par l’exemple de la désinstitutionnalisation et de dépsychiatrisation de [[Index|Franco Basaglia]] à Trieste, Alain Dupont s&#039;imprègne de cette idée, inscrite sur le mur de l’institution à Trieste «la liberté est thérapeutique» En France, les deux personnes auxquelles il se réfèrent sont Tony Lainé, réalisateur du film «La raison du plus fou» et Jean Vannier qui a mis en place une communauté pour personnes handicapées en créant l’Arche, près de Compiègne, qui existe aujourd’hui partout dans le monde et dans laquelle Dupont ira vivre quelque temps. Lainé lui fait prendre conscience du poids que représente pour les personnes handicapées le regard qu’on pose sur elles, et en particulier l’influence d&#039;une psychiatrie qui se contentant de poser un diagnostic sur elles sans tenir compte de leur parole. Il l&#039;invite à Genève avec l’équipe du Quatre et les futurs professionnels de Trajet. .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981, alors que François Grasset développe des ateliers d’occupation protégés, Alain Dupont implante des entreprises sociales dans leur propre environnement afin de vivre au sein de la communauté même. Un prêt financier est alloué cette même année à l’entreprise Trajets. C’est dans les baraquements non utilisés de l’église Saint François de Plainpalais que les bureaux administratifs de Trajets s’installent. La recherche de subventionnements continue, mais il faut déjà se battre pour faire reconnaitre le mot psychiatrie dans la loi de l’assurance invalidité (sera pris en considération en 1998 seulement). Ce combat vise à faire reconnaitre le droit de cité des personnes psychiatrisées. En 1983, des postes de travailleurs sociaux sont financés dans l’entreprise Trajets grâce à l&#039;OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales). Trajets a pour objectif de trouver du travail pour les personnes psychiatrisées, en tenant compte de leurs besoins et de leurs spécificités (aménagements du temps de travail notamment). C&#039;est une fondation qui offre des prestations tant au niveau socio-économiques (ensemble d&#039;entreprises employant des personnes psychiatrisées; offres de formation), qu&#039;au niveau social (propositions d&#039;hébergements, organisation de temps de loisirs et de rencontres le weekend et pendant les vacances) et qu&#039;au niveau psycho-éducatif (accompagnement des personnes psychiatrisées et centre de jour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette nouveauté aura comme conséquence de faire sortir les personnes psychiatrisées de l&#039;institution psychiatrique de Bel-Air, afin qu&#039;elles bénéficient du même droit de cité que chaque citoyen. Ce sera l&#039;objectif principal d&#039;Alain Dupont lequel parvient à changer les pratiques des travailleurs sociaux tout en valorisant les rôles sociaux des personnes psychiatrisées. Mais pour intégrer les personnes psychiatrisées au sein de la communauté et les faire participer socialement de façon active, il faut y mettre des moyens. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Prise de risque à sortir de l&#039;institution ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Poursuivant son objectif d&#039;intégration dans la communauté,  Alain Dupont estime que les personnes ayant vécu en institution sont en droit de vivre en appartement individuel, dans des conditions humaines plus dignes et sur le long terme. A cet effet, plusieurs appartements sont loués sous son nom pour loger les personnes (la loi ne permettant pas encore de faire figurer plusieurs locataires sur un même bail, le nom de l’association Trajets apparaitra plus tard sur les bails de location). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et le changement des pratiques sociales ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Socio-éducateur de formation initiale, Dupont n&#039;hésite pas à remettre en question les pratiques sociales jusque-là établies donnant le pouvoir légitime aux éducateurs. Il choisit de mobiliser le réseau de l&#039;entourage familial et d&#039;amis pour donner une place aux personnes souvent &amp;quot;enfermées en institution psychiatrique&amp;quot; en s&#039;appuyant sur le modèle du travail social en réseaux. [[Bibliographie|Kouri (1986)]] souligne que &amp;quot;nos sociétés contemporaines sont marquées par l&#039;envahissement de l&#039;appareil gouvernemental dans la vie privée, y compris la prestation de services socio-sanitaires&amp;quot;. Au moyen de thérapies brèves du changement, l&#039;intervenant social peut choisir de se retirer plus rapidement de la vie des patients, après avoir impliqué un réseau de proches auprès de lui et avoir accompagné le patient dans la construction de sa place de travail. Trajets offre cet espace de mise à disposition de places de travail pour personnes souhaitant ne plus vivre que par l&#039;institution psychiatrique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
(EN CONSTRUCTION)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== La valorisation des rôles sociaux ==== &lt;br /&gt;
(à venir)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Viser l&#039;intégration et la participation sociale des personnes psychiatrisées ===&lt;br /&gt;
En 1978 Dupont a créé le potager de la Vendée, sur un terrain qu’on lui a mis à disposition à Chêne-Bourg. &lt;br /&gt;
[[Fichier:potager de la Vendée.jpg|thumb|400px|A. Dupont, Archives privées]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une réalisation qui a permis de proposer une activité aux personnes à besoin psychosocial. Parallèlement, il a installé un atelier vidéo au 4, rue des Pâquis. Par le visionnement des enregistrements qui y ont été réalisés, il a été possible d’analyser et de modifier l’approche comportementale des travailleurs sociaux. Pas loin de cet atelier vidéo, rue de Plantamour, dans les locaux délaissés de Caritas, Dupont a réalisé un atelier de restauration de meubles, avec toujours comme double stratégie d’employer des personnes à besoin social et d’ouvrir leur activité aux gens du quartier. bien que ces projets, autant que les organisations de vacances et des activités de fin de semaine ont déjà été dans les prémices de Trajets, l’association Trajets voit le jour officiellement le 19 juin 1979. Avec les moyens du bord, autour d’une table de ping-pong avec une poignée de personnes de tout bord, ont été définis les premiers statuts de Trajets : de créer une association qui avait comme but la création, la gestion de secteur destinée à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration dans le vie sociale. Poursuivant la philosophie du Quatre, c.à.d. d’ouvrir l’espace où s’active le monde psychosocial à Monsieur et Madame tout le monde, toujours avec comme mode de conduite d’élargir leur fréquentation relationnelle, s’approchant de l’espace social en se l’appropriant et vice versa. Manifestant des tentatives de plus en plus ambitieuses de socialisation des personnes psychosociales, avec comme finalité de projet la réintégration de ces personnes autant que possible dans le contexte social. La présidence de Trajets avait été prise par William Lenoir, juge à la cour. Le projet de Trajets, autrement dit, la fréquentation des personnes psychosociales a sensibilisé le juge à un point qu’il en a modifié sa vision de jugement à la cour.&lt;br /&gt;
Pour faire fonctionner ses projets, Dupont emploie des travailleurs sociaux qui ont été mis à disposition par les IUPG. Il a toujours refusé d’étatiser ses créations afin de conserver un maximum d’indépendance, ce qui lui a valu plusieurs coups tordus (tentatives de sabotage de ses réalisations) de la part du monde politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Mobilisation du réseau au profit de tous ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aux yeux d&#039;Alain Dupont il est important de créer un endroit permettant la rencontre de tous. Par son analyse de la mobilisation du réseau au profit de tous, il nous renvoie à un auteur  [[Bibliographie|Vité (2000)]] qui souligne aussi l&#039;importance de la pratique de la connotation positive qui &amp;quot;consiste à relever chez l&#039;autre tout ce qu&#039;il fait de bien, souligner tous les efforts qu&#039;il produit pour se sortir de sa situation&amp;quot;. La connotation négative, toujours selon ce même auteur, vise quant à elle le blâme, le jugement et fait prendre à celui qui la pratique une position supérieure. Position de pouvoir que Dupont a conscience et refuse d&#039;exercer: [[Retranscription|&amp;quot;On s’est dit non on ne va pas continuer cet étiquetage, on ne va pas continuer à prendre pouvoir sur eux [les gens vivant en institution psychiatrique]&amp;quot;]]. C&#039;est ainsi, entre autres, une façon pour Dupont d&#039;envisager la valorisation de tous les citoyens, et les personnes ayant vécu ou vivant en institution psychiatrique sont des citoyens à part entière. Comme dit [[Bibliographie|(Vité, 2000)]]: &amp;quot;Valoriser l&#039;autre, c&#039;est lui redonner une place qui est la sienne dans le système. Même malade, le système est fait de tous ceux qui le composent et à ce titre, tous sont capables d&#039;agir sur le système, d&#039;où l&#039;importance pour chacun de se considérer comme faisant partie du problème&amp;quot;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
==== Trajets et la mobilisation de la communauté ====&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;entreprise Trajets a pour objectif principal de donner une place aux personnes ayant effectués des séjours en institution psychiatrique au sein de la communauté: par des soins ambulatoire, par le travail, par le logement, par le loisirs, au sein de la communauté. Des entretiens entre Alain Dupont et ses &amp;quot;patients citoyens&amp;quot; visent à organiser des rencontres avec l&#039;entourage du patient afin de mobiliser son propre réseau et se sortir de la solitude, solitude risquant d&#039;engager la personne vivant en institution psychiatrique dans un cercle vicieux. Selon [[Bibliographie|Vité (2000)]], il s&#039;agit de &amp;quot;mettre en route un ensemble de personnes concernées à un titre ou à un autre pour créer une alliance de travail et une convergence d&#039;actions pour sortir la personne de sa situation problématique&amp;quot;. Les relations entre les personnes se modifient adéquatement, ce qui a un effet sur le système lui-même également.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== De Trajets à T-interactions ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plan de la partie V ( A mettre dans le sommaire) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;6.1 La remise en question des valeurs de Trajets&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
6.1.1 Une intégration « apparente » : le paradoxe de l’aide^&lt;br /&gt;
6.1.2 Une intégration « réelle » par la transformation du rôle du travailleur social&lt;br /&gt;
6&#039;&#039;&#039;.2	Trajets, victime de « la crise »&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
6.2.1	Les conséquences de l’évaluation globale externe de Trajets&lt;br /&gt;
6.2.2 L’émergence de T-Interactions : des raisons sociales et politiques &lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;6. 3 T-Interactions : vers un renouveau idéologique du social&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Conclusion ==&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9855</id>
		<title>Index de personnes</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9855"/>
		<updated>2013-01-27T14:51:11Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Basaglia, Franco psychiatre italien (1924-1980). Psychiatre et militant marxiste, Franco Basaglia s&#039;est engagé en de multiples domaines et a suscité des controverses variées. Né à Venise, il se tourne vers la psychiatrie en 1958, après des études de médecine puis une spécialisation en neurologie, qu&#039;il a achevée en 1952. C&#039;est en 1961 que débute l&#039;expérience de Gorizia, l&#039;hôpital psychiatrique proche de Trieste auquel il a attaché son nom. Après avoir décidé de faire sortir de l&#039;hôpital de Gorizia, marqué par une longue tradition asilaire, ceux qui y étaient internés, Basaglia s&#039;efforce de rendre compte, à l&#039;adresse de l&#039;Italie et des autres pays, de la signification politique de l&#039;événement et publie alors L&#039;Institution en négation. L&#039;expérience de cet hôpital des confins orientaux de la péninsule devient par là même un pôle d&#039;attraction international. Ce mélange d&#039;audace et de pragmatisme marquera les entreprises, toujours à la fois un peu folles et solidement préparées, qui, après Gorizia, se dérouleront à Trieste, à Parme puis à Rome. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bergier-Moreillon, Jacques (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)(1911-2002). Né à Morges, part pour vivre à Lausanne à l&#039;age de 9ans. De nature timide, il s&#039;engage dans le scoutisme, le sport et dans le théâtre afin de se mouvoir dans la société. Ainsi, il s&#039;est servi du psychodrame comme moyen privilégié pour comprendre et soigner les enfants perturbés. Directeur adjoint de l&#039;office médicopédagogique vaudois auprès de Dr. Lucien Bovet en 1945, il lui succède en 1952 après avoir survécu à la tuberculose (et suite au décès accidentel de Dr Bovet). Collabore également au Bercail, annexe psychothérapeutique de l&#039;Hôpital de l&#039;Enfance. En 1956, directeur de service ed l&#039;enfance (Protection de la Jeunesse auourd&#039;hui). Mai 1968 lui révèle son épanouissement pour les doctrines socio éducatives respectant la dynamique des groupes, la non-directivité, les approches centrée sur le corps... il abandonne alors la directiojn du Service de l&#039;Enfance pour enseigner à l&#039;Université, à l&#039;école des sciences soiales et politiques, la discipline de psychopédagogie médico-sociale. Il poursuit son activité du Bercail jusqu&#039;en 1983, année de sa retraite et travaille alors à la fondation Delafontaine pendant une dizaine d&#039;années pratiquant avec ferveur la musicothérapie auprès d&#039;adolescents handicapés. Il meurt suite à une brève maladie à l&#039;âge de 91 ans. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bierens de Hahn, Bachtold. Psychiatre, ancien collaborateur CICR, Paris et Genève. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chatelanat, Gisela (professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chavanne, André (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cooper, David (précurseur de l&#039;antipsychiatrie (1962)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Degoumois, Valy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (neuropsychiatre et psychanalyste, représentant d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste --&amp;gt; psychiatrie de secteur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Droz, Jean-Claude administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Garonne succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Grasset, François (psychiatre). Il a mis en place les ateliers protégés d&#039;occupation .&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Hainal, Prof.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jervis, Giovanni collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jones, Maxwell psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laing, Ronald&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lalive, Jacqueline&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Loizeau, Pierre-André: Directeur des Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève; chargé de cours (biologie) à l&#039;Université de Lausanne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pasche, Bernard (psychologue). Fait partie de l&#039;Association Vaudoise des Psychologues. Membre de la commission &amp;quot;Psychologues des institutions parapubliques&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pelletier, Jacques. Jacques Pelletier détient une maîtrise en administration publique et a fait des études doctorales en gestion (évaluation) et en psychologie sociale. Leader reconnu et spécialiste de la politique sociale dans le domaine de la déficience, au Canada et en Europe francophone, il a joué un rôle déterminant, au cours des trente dernières années, dans la transformation des services en établissement offerts par les systèmes communautaires, partout au Canada et en Europe. Au fil des ans, il a acquis une expertise liée à l&#039;élaboration de solutions personnalisées pour les personnes souffrant d&#039;exclusion sociale. Il a fait son travail le plus connu à Genève auprès d&#039;adultes ayant des déficiences psychiques. Ses principaux intérêts cliniques sont l&#039;élaboration d&#039;approches holistiques à la prestation de services, l&#039;incidence des environnements sur le comportement humain et l&#039;observation clinique. Il a développé une expertise conceptuelle et pratique reconnue mondialement dans les domaines de la réadaptation, de l&#039;économie sociale et de l&#039;observation du comportement humain. Il intervient comme consultant auprès de dirigeants de compagnies, d&#039;agences, d&#039;établissements et d&#039;associations dans ces secteurs.&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier est associé à l&#039;École supérieure de management de l&#039;éthique et de la qualité dans les services humains, en France. À Genève, il est l&#039;associé de T-Interactions, un organisme privé sans but lucratif s&#039;occupant de psychiatrie sociale et d&#039;entreprises sociales ainsi que de AD-Consultant. De plus, il enseigne à l&#039;Institut de recherche évaluative et d&#039;intégration sociale et est coéditeur des Éditions des Deux Continents. En Amérique du Nord, il est associé à l&#039;organisme Shriver Nursing and Family Lives (situé à Boston) et à l&#039;Institut Valor, au Canada. En outre, il est l&#039;un des membres fondateurs d&#039;Integra International, un organisme international établi à Genève qui soutient l&#039;innovation dans le domaine des services humains. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Regamay, Françoise (artiste)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Thorel, Marie-Louise (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tissot, René ( directeur médical de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Uldry, Raymond &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vaney, Louis (chargé de cours à la FAPSE). Enseignant en éducation spéciale. Psychopédagogue, consultant international. Directeur du Centre de Formation Continue pour Adultes (Genève), ancien responsable du secteur Education Spéciale Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education. Université de Genève : &amp;quot; Désinstitutionnalisation et intégration : quelle place pour les établissements spécialisés ?&amp;quot;. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wolfensberger, Wolf (VRS: valorisation des rôles sociaux). est né à Manheim en Allemagne en 1934 et a émigré aux États-Unis en 1950. Il a étudié la psychologie à la faculté de Siena à Memphis (Tennessee) et a obtenu une maîtrise de psychologie clinique à l&#039;Université St. Louis. Par la suite, il a complété un doctorat en psychologie à Peabody College for Teachers (qui fait maintenant partie de l&#039;Université Vanderbilt) où il s&#039;est spécialisé dans la déficience intellectuelle et l&#039;orthopédagogie. Il a effectué des recherches sur la déficience intellectuelle pour Nebraska Psychiatric Institute, à l&#039;University of Nebraska Medical School, Omaha entre 1964 et 1971. Entre 1971 et 1973, il était chercheur à l&#039;Association canadienne pour l&#039;intégration communautaire à Toronto, Canada. Il est présentement directeur du Training Institute for Human Service Planning, Leadership and Change Agentry à l&#039;Université Syracuse à Syracuse (New York). La majorité de son travail traite des idéologies, structures et l&#039;élaboration des systèmes de service à la personne, surtout en ce qui concerne les personnes présentant une déficience intellectuelle et leurs familles. Il est auteur ou co-auteur de plus de 40 livres et monographies, et a composé plus de 250 chapitres et articles. Ses œuvres, Changing Patterns in Residential Services for the Mentally Retarded, The Principle of Normalization, PASS et PASSING sont sans doute les plus reconnus. Son travail a été traduit en onze langues. Dr. Wolfensberger a créé le Parrainage Civique et la Valorisation de Rôles Sociaux et a été le principal promoteur de la normalisation en Amérique du Nord. En 1999, des représentants de sept grandes organisations dans le domaine de la déficience intellectuelle ont sélectionné Dr. Wolf Wolfensberger parmi les 35 individus ayant eu le plus grand impact sur la déficience intellectuelle au monde dans le XXe siècle. Au Québec, son œuvre et sa philosophie ont inspiré plusieurs citoyens à créer des organismes. Aujourd&#039;hui, le Regroupement québécois du parrainage civique (RQPC), qui existe depuis 1980, représente une vingtaine d&#039;organismes œuvrant en parrainage civique partout au Québec. [[Utilisateur:Sandra Lançon|(Sandra)]]&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9630</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2012-12-07T00:07:10Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Le récit biographique: quelques points de méthode */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par la suite, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques structurant notre article, autour de la vie d&#039;Alain Dupont: 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Toute cette démarche - des entretiens jusqu&#039;à la rédaction de l&#039;article biographique final- s&#039;est effectuée à l&#039;aide de la plateforme Dewiki, outils d&#039;intelligence collective.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Bibliographie&amp;diff=9629</id>
		<title>Bibliographie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Bibliographie&amp;diff=9629"/>
		<updated>2012-12-06T22:38:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : /* Ouvrages 2012-13 */&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Ouvrages 2012-13 ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
[http://www.youtube.com/watch?v=qbloZg3PLtg vidéo sur l&#039;H.P de Leros en Grêce]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Coquoz, J., Heller, G. &amp;amp; Pahud, C. (2003). Traces de Mémoire. Pédopsychiatrie et protection de l&#039;enfance dans le canton de Vaud au XXème siècle. Jacques Bergier. Lausanne:Haute école de travail social et de santé, éésp-Vaud.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Elegoet,F. ( ???? ). Le recueil d&#039;une histoire de vie. TUD HA BRO . Société bretonnes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Descamps, F. (2006), Les sources orales et l&#039;histoire. Récits de vie, entretiens, témoignages oraux. Bréal édition.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vité, L. (2000). Alliances de travail et enseignement spécialisé. Eclairages sur le travail en réseau. Lucerne: Edition SZH/SPC, Education Spéciale à la FPSE, 3.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Ouvrages 2011-2012  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Angelergues, R. (1972). Paradoxes dans la psychiatrie. &#039;&#039;L&#039;évolution psychiatrique, XXXVII, &#039;&#039;1, pp. 5-40.&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Archives contestataires, Carouge, Boite Riesen/Schuler, &#039;&#039;&amp;quot;Réseau suisse-romand. Alternative à la psychiatrie&amp;quot;&#039;&#039;, bulletin n°2, Genève, mai 1976, pp. 31-32. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Barte, H. (1972). Anti-psychiatrie&amp;amp;nbsp;: le discours politiques. &#039;&#039;L&#039;évolution psychiatrique, XXXVII,&#039;&#039; 1, pp. 41-48.&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bungener Martine. Vivre hors les murs de l&#039;hôpital psychiatrique: le rôle incontournable de la famille en ce début de sciècle (Commentaire). In: sciences sociales et santé. Volume 19, n°1, 2001. pp 107-111. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Capul, M. (2002) Entretien avec jean Lagarde (1915-2002), Empan n° 47, pp. 136-150. (voir [[Entretien avec Jean Lagarde|résumé]])&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
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Carpentier Normand. Le long voyage des famillles: la relation entre la psychiatrie au cours du xxe sciècle. In: Sciences sociales et santé. Volume 19, n°1, 2001. pp. 79-106. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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De Dardel, Julie, Révolution sexuelle et Mouvement de libération des femmes à Genève (1970-1977). Lausanne: Antipode, 2007.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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Kovess-Masféty, V., Boisson, M., Godot, C., Sauneron, S. (2010). &#039;&#039;La santé mentale, l&#039;affaire de tous. Pour une approche cohérente de la qualité de vie. Rapport du groupe de travail présidé par Viviane Kovess-Masféty&#039;&#039;. Editions du Centre d&#039;analyse Stratégique, Paris. (voir [[La santé mentale aujourd&#039;hui|résumé]]) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;L&#039;association pour les droits des usagers de la psychiatrie (ADUPSY) face à la révision de la Loi sur le régime des personnes atteintes d&#039;affections mentales du 14 mars 1936&#039;&#039;, Genève, Septembre 1979, Fond contestataire, Classeur Alain Riesen, Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lemoine, Patrick, Le mystère du nocebo, Paris. Odile Jacob, 2011&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les cahiers médico-sociaux (revue semestrielle de 1956 à 1998, depuis 1998 édition sous forme de série). (voir [[Les cahiers médico-sociaux|résumé]]) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mannoni, M. (1970). &#039;&#039;Le psychiatre, son &amp;quot;fou&amp;quot; et la psychanalyse. &#039;&#039;Paris&amp;amp;nbsp;: Editions du Seuil&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maurel, H. (1972). L&#039;&amp;quot;antipsychiatrie&amp;quot;&amp;amp;nbsp;: Réflexions sur une terminologie et une thématique. &#039;&#039;L&#039;évolution psychiatrique, XXXVII, &#039;&#039;1, pp. 73-82&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Montandon, Cléopâtre (1978), Naissance des relations entre justice et psychiatrie à Genève, &#039;&#039;Revue trimestrielle d&#039;histoire de la médecin et des sciences sociales&#039;&#039;, vol. 35, 1978 Riesen, Alain, (1981), La naissance de l&#039;institution psychiatrique pour &amp;quot;aliénés&amp;quot; à Genève au 19e siècle et la problématique de l&#039;internement, &#039;&#039;Les cahiers médico-sociaux, Genève, No2, p.97-19.&#039;&#039; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neil, A.-S. (1970). &#039;&#039;Libres enfants de Summerhill&#039;&#039;, Paris: Librairie François Maspero.(voir [[Résumé de l&#039;ouvrage Libres enfants de Summerhill|résumé]])&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Riesen, A. (1981). La naissance de l&#039;insitution pour &amp;quot;aliénés&amp;quot; à Genève au 19 ème siècle et la problématique de l&#039;internement.&#039;&#039;Les cahiers médicao-sociaux, Genève, n°2, p.97-109.&#039;&#039; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Riesen, A.Témoignage, 30 novembre 2011 (voir: [[Résumé|réponse à la quatrième question]])&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Revue contestataire Tout Va Bien (mensuelle de 1972 à 1978, hebdomadaire de 1978 à 1983) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rey-Bellet, P., Bardet Blochet, A., Ferrero, F (2010), Hospitalisation non volontaires à Genève: la liberté sous contrainte?, &amp;quot;Schweizer archiv für neurologie und psychiatrie&amp;quot;, No3, p.90-9 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Ruchat, M. Inventer les arriérés pour créer l&#039;intelligence, Berne: Lang, 2003.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Sztulman, H. (1972). Antipsychiatrie et psychiatrie . &#039;&#039;L&#039;évolution psychiatrique, XXXVII, &#039;&#039;1, pp. 83-109. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sztulman, H. (1974). Echos de l&#039;antipsychiatrie. Antitexte sur l&#039;antipsychiatrie. &#039;&#039;L&#039;évolution psychiatrique, XXXIX, &#039;&#039;1, pp.127-132. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Ouvrages 2010-2011  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Alvarez de Toledo, S. (2007). Fernand Deligny Oeuvres. Paris: L&#039;Arachnéen. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Attias-Donfus, Claudine (2008). Sociologie des générations&amp;amp;nbsp;: l&#039;empreinte du temps. Paris&amp;amp;nbsp;: Presses univ. de France. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Baton, P. (1962). Inadaptés scolaires et enseignement spécial. Bruxelles: Les Editions de l&#039;Institut de sociologie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bergier, Jacques (2003). Traces de mémoire. Pédopsychiatrie et protection de l’enfance dans le canton de Vaud au XXème siècle. Lausanne&amp;amp;nbsp;: EESP. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Basaglia, F. (1970). L&#039;insitution en négation. Edition du Seuil. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chauvel, Louis (1998). Le destin des générations. Paris&amp;amp;nbsp;: Puf. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chauvière, M. (1980). L&#039;enfance inadaptée: l&#039;héritage de Vichy. Paris: Les Editions ouvrières. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chauvière, M. &amp;amp;amp; Plaisance, E. (2003). L&#039;éducation spécialisée contre l&#039;éducation scolaire&amp;amp;nbsp;? Entre dynamique formelles et enjeux cognitifs. In G. Chatelelanat &amp;amp;amp; G. Pelgrims (Ed.), &#039;&#039;Education et enseignement spécialisés&amp;amp;nbsp;: entre ruptures et intégrations&#039;&#039; (pp. 29-55). Bruxelles&amp;amp;nbsp;: De Boeck. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Chercheurs du CTNRHI (1982). Comme les autres ce sont des enfants: L&#039;intégration individuelle des jeunes handicapés en classes ordinaires. Paris: Les publications du CTNRHI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Coupland, Douglas (1991). Génération X. Paris&amp;amp;nbsp;: 10/18. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Intégration ou marginalisation&amp;amp;nbsp;?&amp;amp;nbsp;: aspects de l&#039;éducation spéciale, CRESAS. (1984. Paris: L&#039;Harmattan. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Leuenberger, M. Seglias, L. (2009). Enfants placés. Enfances perdues. Lausanne. Editions d’En Bas. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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Mendel, Gérard (1981). La crise des générations. Paris&amp;amp;nbsp;: Payot. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Menté, F. (1920). Les générations sociales. paris: Bossard. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Morard, Annick, De l&#039;émigré au déraciné&amp;amp;nbsp;: la &amp;quot;jeune génération&amp;quot; d&#039;écrivains russes à Paris, entre identité et esthétique (1920-1940), Lausanne, L&#039;Âge d&#039;Homme (à paraître 2010) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrig-Chiello, P. Höpfinger, F. Suter, C. (2009). Génération-structures et relations. Rapports «&amp;amp;nbsp;Générations en Suisse&amp;amp;nbsp;». Zurich, Genève&amp;amp;nbsp;: Seismo. &lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Bulletin de l&#039;Association genevoise de parents de handicapés mentaux (1970-1980). Enfant limités...Amour illimité! Genève. J.A. 1200 Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evaluation de la situation des personnes handicapées au Luxembourg: Plan d&#039;action en faveur des personnes handicapées.(1997)http://www.info-handicap.lu/index2.php?option=com_docman&amp;amp;amp;task=doc_view&amp;amp;amp;gid=36&amp;amp;amp;Itemid=26 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wikipedia. Années 1970 et 1980. http://en.wikipedia.org/wiki/1970s ethttp://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_1980 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Wolfensberger, W. (1991). La valorisation des rôles sociaux. Genève: Editions des Deux Continents. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Pionniers de l&#039;intégration scolaire  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Arrêté du Conseil d&#039;Etat (1994). Liste des membres de la commission extra-parlementaire connsultative de l&#039;intégration scolaire des handicapés. Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Article 4 de la loi sur l&#039;instruction publique, Nouvelle teneur dès le 15.08.1987, Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Beck, M.-L. (9 février 1979). [[Motion concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés, M32]]. Genève &lt;br /&gt;
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Boggio, Y., directeur d&#039;Evaluenda &amp;amp;amp; Dandelot, M. directeur pédagogique du DIP-OMP, Fonctionnement de l’enseignement spécialisé, rapport final, 31.01.10, Genève &lt;br /&gt;
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Champy, P., &amp;amp;amp; Étévé,C. (Eds.) (1998). Dictionnaire encyclopédique de l&#039;éducation et de la formation. Nathan Université. &lt;br /&gt;
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Commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation (31 octobre 1979). Rapport sur la [[Motion concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés, M32]]. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Coup d’œil, «&amp;amp;nbsp;les personnes handicapées dans le canton de Genève&amp;amp;nbsp;», 22.12.2009, office cantonale de la statistique &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débat sur la proposition de la motion de Marie-Laure Beck, la M-32 (séance du 9 mars 1979). Intervenants: Marie-Laure Beck, Roland Vuataz, Olivier Vodoz, André Chavanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débat sur le rapport du Conseil d&#039;Etat sur la motion de Marie-Laure Beck, M32 (séance du 4 décembre 1980). Intervenants: Marie-Laure Beck, Jacques-Simon Eggly, André chavanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Débat sur le rapport de la commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation sur la M32 (séance du 7 décembre 1979). Intervenants: Marie-Laure Beck, Simone Martin, Aliette Aubert, André Chavanne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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Houssaye, J. (1994). [[Quinze Pédagogues, Leur influence aujourd&#039;hui.]]. Paris: Armand Colin. &lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
Rapport du Conseil d&#039;Etat sur la motion de Marie-Laure Beck, la M-32 (19 novembre 1980) à Genève. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport de la commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation chargée d&#039;étudier le projet de loi modifiant la loi sur l&#039;instruction publique (Intégration), 17.09.1986, Genève &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rapport de la commission de l&#039;enseignement et de l&#039;éducation chargée d&#039;examiner la motion de Mme Marie-Laure Beck concernant l&#039;intégration des jeunes handicapés, M32 (31 octobre 1979). Genève. &lt;br /&gt;
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Tschoumi, J.-A., &amp;amp;amp; al. (1992).[[Une certaine idée de l&#039;école.]]. Neuchâtel: Communications. &lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
== Génération et valeurs sportives  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Attali, Michaël (ed.) (2004). [[Le sport et ses valeurs]]. Paris: La dispute, 210p.&lt;br /&gt;
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*Busset, Thomas et Christophe Jaccoud, (2001). [[Sports en formes. Acteurs, contextes et dynamiques d&#039;institutionnalisation.]]Lausanne, Antipodes, 262p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chauvel, Louis (1998) &#039;&#039;Le destin des générations&#039;&#039;, Puf.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Deliguieres, D. et Duret, P. (1989). &amp;quot; Valeurs physique et grandeur morale&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Mead, Margaret (1979) &#039;&#039;Le fossé des générations&#039;&#039;, Denoël.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Mendel, Gérard (1981) &#039;&#039;La crise des générations&#039;&#039;. Payot.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Meyer, S. (2009). &amp;quot;Gymnastique aux jeux nationaux&amp;quot; dans GYMlive.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Philotozzi, (2008). [[La transmission et l&#039;individualisme contemporain]], Colloque sur la périnatalité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Roy, P. (2004). [[Jeunesse et sport, transmission aux enfants des valeurs véhiculées par le sport]].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sirinelli, Jean-François (2007). [[Les baby-boomers: une génération 1945-69]]. Paris: Hachettes Litteratures, 323p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Terrail, Jean-Pierre (1995). &#039;&#039;La dynamique des générations.&#039;&#039; chez l&#039;harmattan&lt;br /&gt;
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*Thomas, Raymond, (1996). [[Sociologie du sport]]. Paris: Presses universitaires de France, 127p.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Viévard, L. (2006). [[Le sport: outil d&#039;intégration et de mixité]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quelques sites web en lien avec génération et valeurs sportives  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Lien intéressant menant à &#039;&#039;Conversation d&#039;avenir:génération y&#039;&#039; avec Jacques Attali (2007): http://www.publicsenat.fr/cms/video-a-la-demande/vod.html?idE=56124&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Voici un site qui répertorie quelques valeurs sportives: http://jeux.vaulx.lympiques.free.fr/citoyen.php Allez voir la rubrique &amp;quot;valeurs sportives&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Placement  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Entrées surtout utilisées pour l&#039;article [[La place du parent au début d&#039;un processus de placement]] &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Jollien, A. (2002). Eloge de la faiblesse. Paris&amp;amp;nbsp;: Les Ed. du Cerf&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bass, Denise. &#039;&#039;Pour suivre les parents des enfants placés&#039;&#039; Ramonville-Saint-Agne, Érès, 1996. 283p.(livre disponoble à l&#039;IES, bibliothèque fermée pendant les vacances de Pàques, COTE: 362.73 POU, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bouchard, J.-M.; Pelchat, D.; Sorel, L.: Evaluation de l’enfant par les parents: stratégie de partenariat avec les intervenants. In: Kalubi, J.-C.; Michallet, B.; Korner-Bitensky, N.; Tétreault, S. (Eds.): Innovations, apprentissages &amp;amp;amp; réadaptations en déficience physique. Québec: IQ, 1998 (Julien)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chrétien, Jacques. &#039;&#039;Les parents face à la séparation&amp;amp;nbsp;: le point de vue des parents dans les situations où leur enfant est orienté dans un dispositif de suppléance (internat ou famille d’accueil)&#039;&#039; Sauvegarde de l’enfance 56 (2)&amp;amp;nbsp;: 95-112, 2001. (revue disponible seulement depuis 2002, Vol: 57, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Durning, P. &amp;amp;amp; Chrétien, J. (2001). L’A.E.M.O en recherche, L’état des connaissances, l’état des questions, Vigneux sur Seine&amp;amp;nbsp;: Editions Matrice (Julien)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Delens-Ravier, Isabelle. &#039;&#039;Le placement d’enfants et les familles&amp;amp;nbsp;: recherche qualitative sur le point de vue de parents d’enfants placés.&#039;&#039; Liège, Éditions Jeunesse et Droit, 2001. 172p. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Gendreau, Gilles; Baillargeon, Louise; Bouchard, Pierre. &#039;&#039;Comprendre la collaboration éducateurs parents dans un contexte de placement.&#039;&#039; Prisme 3 (4)&amp;amp;nbsp;: 542-554, 1993. (non trouvé, toutefois Gendreau a écrit un ouvrage disponible à l&#039;IES qui pourrait nous intéresser dans le cadre de la problématique du partenariat: &amp;quot; Partager ses compétences entre parents, jeune en difficulté et éducateurs&amp;quot;, Montréal. Sciences et culture,1995. Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Lambert, Jean-Luc; Lambert Boite, Françoise. &amp;quot;Education familiale et handicap mental&amp;quot; . Fribourg&amp;amp;nbsp;: Editions Universitaires Fribourg Suisse, 1993. [[Utilisateur:Julien|Julien]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Pellé, Arlette. &#039;&#039;Le placement familial&amp;amp;nbsp;: les ruptures qui précèdent la séparation (p.23-29)&#039;&#039;. Dans Ruptures et consentements (La Lettre du Grappe; 44). Ramonville-Saint-Agne, Érès, 2001. 98p. (non trouvé, toutefois elle a écrit un autre ouvrage qui pourrait nous intéresser et qui est disponible à l&#039;IES: &amp;quot;Pour-suivre les parents des enfants placés&amp;quot;, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Poirier, Marie-Andrée. &#039;&#039;Le maintien des liens entre l’enfant placé et ses parents&amp;amp;nbsp;: analyse critique de travaux de recherche.&#039;&#039; Revue canadienne de service social 15 (1)&amp;amp;nbsp;: 9-23, 1998. (non trouvé)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sakr, Zeina. &#039;&#039;Perception des parents de l’expérience de placement de leurs jeunes pour troubles de comportement sérieux.&#039;&#039; Montréal, Mémoire de maîtrise présenté à l’Université de Montréal, 1999. 109p. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sellenet, Catherine. &#039;&#039;Enfants placés, parents en mal d’oubli.&#039;&#039; L’École des parents (5)&amp;amp;nbsp;: 38-43, 1994. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Vachon, Jacques; Gauthier, Jean; Labrèche, Jacqueline. &#039;&#039;Les parents face au placement&#039;&#039;. Montréal, CSSMM/Université de Sherbrooke, 1978. (non trouvé, Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.cedias.org/download/down/60996.pdf: Du parent dysqualifié, au parent citoyen. La fonction parentale entre droit et profession sociale. (diplôme supérieur en travail social, Université de Bretagne) Mélanie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Sellenet, Catherine. (2003) Droits des parents et déni des droits en matière d&#039;accueil et de soins à leur enfant. &#039;&#039;Empan&#039;&#039;, (49), 90-97 (Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chatelanat, G.(2003). La notion de partenariat en éducation spéciale. In G. Chatelanat &amp;amp;amp; G. Pelgrims (Eds.), &#039;&#039;Education et enseignement spécialisés: ruptures et intégrations&#039;&#039; (pp.171-193). Bruxelles: De Boeck (Mélanie)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Chatelanat, G.; Panchaud Mingrone, I.; Martini-Willemin, B.-M.: Le partenariat: une nouvelle façon de collaborer&amp;amp;nbsp;? In: Pédagogie Spécialisée, no 4, 2001, p. 6-13 (Julien)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Delens-Ravier, I. (2000). &#039;&#039;Le placement d&#039;enfant et les familles&#039;&#039;.Paris: Ed. Jeunesse et droit&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Abels-Eber, C. (2006). &#039;&#039;Pourquoi on nous a séparé? Récits de vie croisés: des enfants placés, des parents et des professionnels&#039;&#039;. Paris: Editions érès.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Goffin, T.&amp;amp;amp; Rabau, C. (1993). Partenariat à sens multiple. In &#039;&#039;Association francophone des Semi-Internats&#039;&#039;(pp.67-71). France: Equipage Editions&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Albarello L., Digneffe F, Hiernaux J.-P. et all, Pratiques et méthodes de recherche en sciences sociales, Armand Colin, Paris, 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Quelques site web, plus particulièrement sur les parents d&#039;enfants handicapés (Camille)  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.ctnerhi.com.fr/fichiers/ouvrages/trajectoires_phase_III.pdf Le vécu des parents d’enfants handicapés]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.cairn.info/revue-dialogue-2002-3-page-99.htm Pour soutenir les parents d’enfant handicapé. Le groupe de parole ou le miroir renarcissisant]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.cairn.info/revue-dialogue-2001-2.htm Parentalité défaillante]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.fondationlou.com/?page=sem_intro Soutien aux parents autour du diagnostic du handicap]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://pagesperso-orange.fr/fcs78/Gpe%20parents%20Camsp%20article%20original.pdf Le groupe de parents d’enfants handicapés]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.moteurline.apf.asso.fr/ethique/documents/annonce_parentsAPF_une_ocr.pdf L’annonce du handicap, comment les parents l’ont vécumodèle:racine]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.technimediaservices.fr/NOUVEAUSITE/evenement/mainframe/gerimoc2006/interventions/8.ppt L’enfant handicapé, ses parents les soignants..]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er565/er565.pdf Appréciation des parents sur la prise en charge du handicap de leur enfant]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[http://www.erudit.org/revue/smq/1985/v10/n1/030266ar.pdf Les parents d’un enfant handicapé]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Maltraitance  ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Dallaire Y.(2002). &#039;&#039;La violence faite aux hommes: une réalité taboue et complexe&#039;&#039;. Québec:Option Santé. &lt;br /&gt;
*Hurni M. - Stoll G. (1996). &#039;&#039;La haine de l&#039;amour. La perversion du lien&#039;&#039;. L&#039;Harmattan &lt;br /&gt;
*[[Masson, Maltraitances et violences, Sous la direction de Bernard Marc, article de Franck Dibouës, Paris (2004)]] &lt;br /&gt;
*Perrone R.- Nannini M. (1995). &#039;&#039;Violence et abus sexuels dans la famille&#039;&#039;. ESF &lt;br /&gt;
*Torrent S.(2001). &#039;&#039;L&#039;homme battu: un tabou au coeur du tabou.&#039;&#039; Québec: Option Santé. &lt;br /&gt;
*Welzer-Lang D. (1997). &#039;&#039;Les violences masculines domestiques. Un oubli de la sociologie de la famille&#039;&#039;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Bientraitance  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Desmet H, Pourtois J.P., &amp;quot;Culture et bientraitance&amp;quot;, De Boeck Université, 2005.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Maltraitance des jeunes en prison  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Aeby, S. &amp;amp;amp; Chloé MEIER &amp;quot;Evolution des conditions de détention, dans les prisons préventives genevoises&amp;quot;,Travail de recherche effectué dans le cadre de la formation INTEREC de L&#039;INSTITUTION D&#039;ETUDES SOCIALES de Genève, mars 1995.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Amnesty International, &amp;quot;Enfants torturés,des victimes trop souvent ignorées&amp;quot;. Rapport annuel 2000&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Amnesty International, &amp;quot;Les mauvais traitments dans les centres de détentions et autres institutions&amp;quot;. AGIR, www.amnesty.asso.fr.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Bonin Y., &amp;quot;Enfants et prison&amp;quot;, Eshel Editions, 1990.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Droits de l&#039;enfant en prison&amp;amp;nbsp;: situation des mineurs detenus a Gva&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Geert Cappelaere, &amp;quot;enfants priv; de liberte&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Mineurs: la fin de la prison?&amp;quot; dans Les cahiers d&#039;action juridique n°66, avril 1989&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Observatoire internationale des prisons, (1998) &amp;quot;Enfants en prison&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Richard, Alexandra, &amp;quot;Une solution latine pour la délinquance juvénile.&amp;quot; Swissinfo, 27.09.05&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Rubin Anne, &amp;quot;La détention des mineurs, un casse-tête suisse&amp;quot;. Swissinfo 2.12.03&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Ruchat, Martine (1998),&amp;quot;Des mineurs en Prison, agir plutot que punir.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Ruchat M., &amp;quot;L&#039;oiseau et le cachot&amp;quot;, Zoé Editions, 1993.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Tomasevski, Katrarina (1989): &amp;quot;Des Enfants en prison&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Torrente, J, &amp;quot;La Maltraitance&amp;amp;nbsp;: regards pluridisciplinaires&amp;quot;, sous la direction de Joseph Torrente, Revigny-sur-Ornan&amp;amp;nbsp;: Hommes et perspectives, 2001&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Vinsonneau,G.(2000) &amp;quot;Culture et comportement&amp;quot;.Ed. Armand Colin&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Zambeaux, E. (2001). &amp;quot;en prison avec des ados&amp;quot;. Ed. Denoel impacts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;lt;br&amp;gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Maltraitance des enfants  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Strauss, P., &amp;amp;amp; M. Manciaux (1982), &#039;&#039;L&#039;enfant maltraité&#039;&#039;, Paris: Fleurus.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
*Hacking, I.(2001), La fabrication d&#039;un genre: le cas de l&#039;enfance maltraitée, in Hacking I, Entre science et réalité. La construction sociale de quoi?. Paris, Ed. La Découverte, pp.171-220&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Henriot, M.V. (1996). Une approche interdisciplinaire de l&#039;intervention das le domaine de l&#039;enfance maltraitée: le groupe de travail &amp;quot;enfance maltraitées de Genève&amp;quot;. Genève: [s.n]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Renevey Fry, Chantal (dir) (2001), Pâtamodlé, l&#039;éducation des plus petits, 1815 à 1980, Service de la recherche en éducation et Musée d&#039;éthnographie, Genève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Delay-Malherbe, Nelly (juin 1982), Enfance protégée, familles encadrées, Matériaux pour une histoire des services officiels de protection de l&#039;enfance à Genève, Cahiers du service de la recherche sociologique, Genève.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*Torrrente J. (sous la direction de)(avril 2001), La maltraitance, regards pluridisciplinaires, Hommes et perspectives, Revigny-sur-Ornain.&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
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&lt;br /&gt;
*http://www.wma.net/f/policy/a2.htm&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.medicalforum.ch/pdf/pdf_f/2003/2003-20/2003-20-517.PDF#search=%22maltraitance%20infantile%22&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.swiss-paediatrics.org/paediatrica/vol11/n3/prot_enfance-fr.htm&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.medical-tribune.ch/francais/info_medicales/tm_49_11.php&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*http://www.geneve.ch/cepp/doc/rapport_maltraitance/Rapport_allege_Maltraitance.pdf&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*www.geneve.ch/oj&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Maltraitance des personnes agées  ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[Bertin, Evelyne (1999) Gérontologie, psychanalyse et déshumanisation : silence vieillesse... Paris : L&#039;Harmattan]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*[[De Saussure, Christian (1999) Vieillards martyrs tirelires : maltraitances des personnes âgées. Chêne-Bourg : Médecine et hygiène]]&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
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=== Violence conjugale  ===&lt;br /&gt;
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== Délinquance  ==&lt;br /&gt;
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		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9628</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
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		<updated>2012-12-06T22:33:25Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Suite à la retranscription, nous avons procédé à l’analyse des entretiens, tentant de restituer une certaine chronologie des événements évoqués et suivant plusieurs thématiques autour de la vie d&#039;Alain Dupont, structurant notre article : 1)L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif  (stage, Ecole Pahud) 2)Caritas, Le Quatre, la Vendée 3) Trajets 4) T-Interaction&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9627</id>
		<title>Alain Dupont: un entrepreneur social</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Alain_Dupont:_un_entrepreneur_social&amp;diff=9627"/>
		<updated>2012-12-06T22:25:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;== Préambule: psychiatrie et anti-psychiatrie aujourd&#039;hui? ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie n&#039;a pas encore été faite. Seuls les travaux récents d&#039;Isabelle von Bueltzingsloewen  et le livre de Jacques Lesage de La Haye, paru en mai 2010, posent quelques jalons historiques. Wikipedia donne des éléments de base pour saisir rapidement les enjeux principaux&lt;br /&gt;
[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipsychiatrie]]. Quelques articles récents dans la presse en Suisse romande montrent un questionnement de l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie, au moment même où la crise économique touche des pays comme la Grèce et affecte directement les soins psychiatriques. L&#039;article (mettre le lien) &amp;quot;Les fous de l’île de Leros&amp;quot; met en évidence le lien entre restrictions budgétaires (des subventions européennes qui ont servi à financer l’institution de «Leros») et les conditions de vie des personnes.  Les restrictions budgétaires imposées par Bruxelles prive la Grèce. Les personnes handicapées mentales plus ou moins privées de voix sont abandonnées à leur sort. Si l&#039;ingérence politique de la résonance financière des géants économiques de l’Union Européenne à l’organisation et à la surveillance des institutions grecques, conditionnelles aux emprunts, devient de plus en plus invivable pour la population grecque, cette “déconfiture“ institutionnelle de l’état grec est une véritable fabrique de personnes oubliées. Parmi elles, ce sont les personnes malades mentales, de part leur vulnérabilité, qui paient visiblement le prix le plus fort. La santé physique et la santé mentale de la population sont de parfaits indicateurs de la santé politique d’un pays. Il est difficilement concevable que le soutien financier des pays européens se fait au péril de la santé de la population grecque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diona Furrer&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Introduction : Alain Dupont dans l&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie genevoise ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit que vous allez lire est le résultat d&#039;un travail d&#039;intelligence collective dans une communauté de travail de sept étudiantes en Master en éducation spéciale, d&#039;un témoin, Monsieur Alain Dupont et de deux enseignant/e/s, l&#039;une pour le suivi du cours-atelier en histoire de l&#039;éducation spéciale et spécialisée et l&#039;autre pour le soutien technique et  théorique au wiki.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le travail mené au cours de 13 semaines consiste pour les étudiantes à s&#039;approprier minimalement le wiki, à acquérir une méthode de travail collective et une méthode de recueil de témoignage. Il s&#039;agit de recueillir un récit autobiographique (avec enregistrement audio-visuel) et à en rendre compte par l&#039;écrit. Le but poursuivi est de créer une archive audiovisuelle permettant d&#039;alimenter le patrimoine de l&#039;histoire de l&#039;éducation spécialisée, et en particulier celui de la psychiatrie, et d&#039;écrire un récit biographique explicitant le rôle et l&#039;action d&#039;Alain Dupont dans le développement du mouvement de l&#039;anti-psychiatrie à Genève dans les années 1970-1990. L&#039;idée générale est de permettre de construire collectivement une histoire individuelle dans une histoire collective et de mieux comprendre comment se font les interactions et influences entre individu et société.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;article comprendra une longue introduction générale présentant la méthode, les choix épistémologiques et quelques éléments historiques écrits collectivement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique d&#039;Alain Dupont sera présenté en quatre chapitres, lesquels correspondent aux 4 recueils de son témoignage, dans 4 lieux différents et abordant, outre des périodes et actions historiques, une réflexion parcourant l&#039;ensemble du texte. Les étudiants seront à même d&#039;apprendre en écrivant ce récit biographique grâce à la retranscription minutieuse des 4 entretiens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;intérêt du récit biographique est de situer la personne dans le temps et de lui donner une place particulière dans le champ de l&#039;anti-psychiatrie et son histoire; une place à la fois unique est représentative d&#039;une génération ou d&#039;un groupe générationnel. Alain Dupont se prête particulièrement bien à l&#039;exercice en occupant une place unique par la persistance de son engagement (entre 1972 et aujourd&#039;hui, par ses choix politiques, ses méthodes et sa personnalité. Dans le dernier entretien il a dit: &amp;quot;Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi, j’ai toujours cru, alors que c’est une erreur aujourd’hui, qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi.&amp;quot; Certes dans ce travail,de remémoration, on prend de la distance critique, mais le risque est pris de reconstruire le passé en fonction du présent. Car le mouvement anti-psychiatrique de l&#039;après Mai 68 avait bien des velleités de destruction radicale des institutions totalitaires et les alternatives se faisaient d&#039;abord en dehors. Alain Dupont s&#039;est-il positionné dès ses premiers pas dans un réformiste tempéré, tel qu&#039;il est amené à se considérer? Ou n&#039;est-ce pas plutôt les opportunités et les expériences qui l&#039;ont inclinés progressivement vers plus de consensus? Dans le premiers cas, il faudrait alors considérer le mouvement anti-psychiatrique genevois divisés entre des militants qui se posent contre ce qui se passe et ceux qui comme Dupont sont des militants qui proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution. Dans le second cas, on peut faire l&#039;hypothèse que l&#039;institution psychiatrique s&#039;est aussi transformée par la rencontre de deux champs disciplinaires: la médecine psychiatrique et le travail social, lequel apportait de nouvelles méthodes: le case work (travail centré sur la personne), l&#039;intervention en milieux ouverts, la pratique des réseaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Histoire individuelle et histoire collective: une complexité phénoménale (titre provisoire) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L&#039;histoire de l&#039;anti-psychiatrie s&#039;inscrit non seulement dans l&#039;histoire de la psychiatrie, mais aussi dans celle d&#039;une conception des soins à la personne qui a particulièrement marqué le champ de l&#039;éducation spécialisée dans les années de l&#039;après-guerre. De cette génération des Trente Glorieuses, de la révolution cubaine à celle de Mai 68, bien des acteurs se sont engagés socialement pour des valeurs de justice et d&#039;égalité sociales, promouvant des modèles d&#039;intervention sociale novateurs ou s&#039;inscrivant dans une tradition de l&#039;éducation sociale (communauté d&#039;enfants, communautés thérapeutiques notamment). Ces acteurs et actrices critiques des institutions traditionnelles ont été des contre-pouvoirs souvent créatifs proposant des contre-modèles institutionnels. Les critiques portent autant sur l&#039;école, la prison et l&#039;hôpital psychiatrique qui apparaissent comme des institutions totalitaires. Les travaux de Michel Foucault ont particulièrement abordé leur histoire dans cette perspective et ont été une référence importante pour cette génération. Mais d&#039;autres auteurs ont aussi été des références incontournables comme Yvan Illitch, auteur d&#039;&amp;quot;Une société sans école&amp;quot;, Franco Basaglia, auteur de &amp;quot;L&#039;insitution en négation&amp;quot;, ou encore Thomas Szasz, ayant écrit &amp;quot;Le mythe de la maladie mentale&amp;quot;, renvoyant à une critique de l&#039;institution mais aussi de la norme questionnant ainsi la normalité tout en revendiquant une normalisation de la vie des handicapés et des malades psychiatrisés. Fondamentalement, c&#039;est la critique de l&#039;enfermement qui se déploie, que cela concerne l&#039;enfermement de l&#039;enfant handicapé dans sa famille ou le malade psychiatrique dans l&#039;asile.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux grands modèles vont émerger, en France, dans les années d&#039;après-guerre: la sectorisation et les communautés de vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le secteur, groupe de prise en charge ambulatoire et de suivi des malades dans les quartiers, reste tout de même lié à l&#039;hôpital psychiatrique. L&#039;usage des neuroleptiques, dès les années cinquante, a favorisé cette prise en charge ambulatoire. Mais ce sont aussi le manque de structures sociales de prises en charge qui ont empêché de sortir de l&#039;hôpital, d&#039;où la nécessité de créer des lieux alternatifs. Faute de pouvoir sortir le malade de l&#039;hôpital psychiatrique, celui-ci s&#039;ouvre à d&#039;autres pratiques de thérapies sociales telles la sociothérapie ou l&#039;ergothérapie. Le courant de la psychothérapie institutionnelle prône pour les malades psychiatriques un possible retour à la vie normale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les modèles des communautés de vie, par exemple, revendiquant une vie comme tout le monde et une certaine &amp;quot;normalisation&amp;quot; de la vie quotidienne pour les handicapés mentaux comme pour les malades psychiatrisés, ont donné lieu à des expériences originales (voir l&#039;exemple en France, dans les années soixante, l&#039;Arche de Jean Vannier [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vanier]] ou Fernand Deligny à la grande cordée [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Deligny]] et en Suisse, dans les années septante de la communauté de ...   [http://edutechwiki.unige.ch/dewiki/R%C3%A9sum%C3%A9_film_de_Catherine_Scheuchzer film de Catherine Scheuchter]. Dans l&#039;aventure du non de la parole). Même si les conceptions ont pu différer dans les pratiques, un objectif les fédérait: l&#039;appropriation de sa propre vie qui apparaissait comme un quasi droit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le mouvement anti-psychiatrique participe de cet élan à la fois critique de l&#039;institution et revendicatif d&#039;une normalisation, comme l&#039;a aussi été celui de l&#039;intégration sociale des handicapés prônant une vie comme tout le monde pour les enfants non scolarisés et souvent à la charge de leur famille (jusqu&#039;à l&#039;entrée de l&#039;A.I en 1959). Le monde de la psychiatrie a été bouleversé de l&#039;intérieur, dès les années soixante, par des changements apportés par des médecins, comme à Genève Juan Ajuriaguerra, mais aussi de l&#039;extérieur par la pression des militants et des usagers de la psychiatrie. Une troisième voie semble avoir été l&#039;ouverture de lieux dans la ville-même, obligeant à un certain contrôle des personnes (notamment grâce aux médicaments psychotropes, comme le Gardénal) et à une modification du regard porté sur la folie par la population. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est dans ce contexte que s&#039;inscrit le premier engagement d&#039;Alain Dupont, lorsqu&#039;il ouvre un service de sociothérapie à l&#039;hôpital psychiatrique de Bel-Air avec le Dr. Eisenring, en 1972, premier acte d&#039;un itinéraire qui l&#039;amènera progressivement à multiplier les créations sociales (Le Quatre, Trajet, T-Interaction pour les plus connues). Ces créations l&#039;amèneront progressivement à glisser de l&#039;action sociale (privée et publique) à l&#039;entreprise sociale mixte (privée et publique). Des actions et des entreprises de solidarité qui vont incarner des idées et des méthodes travaillées dans des lieux de formation (il est enseignant à l&#039;École de travail social dès 1972), et dans la recherche-action telle qu&#039;elle est prônée à l&#039;université où il entre dans les années 70. Sa pensée est marquée par des thématiques dominantes dans le champ du social et des sciences de l&#039;éducation de cette génération 1970-1990, dont il sera l&#039;un des représentants: la normalisation, la valorisation des rôles sociaux, l&#039;observation, l&#039;évaluation, l&#039;intervention en réseau. Un itinéraire marqué aussi par un engagement social fort, hors des institutions traditionnelles, ralliant un réseau de soutien politique et financier à des idées qui étaient loin d&#039;être dominantes. Entre le respect des institutions et de leurs politiques et l&#039;engagement militant et contestataire des associations d&#039;usagers, le chemin d&#039;Alain Dupont est un entre-deux où domine un goût pour la création, la conduite d&#039;équipe et l&#039;ambition de réussir dans un esprit de liberté. Posture personnelle, politique, philosophique, générationnelle qu&#039;il s&#039;agira de tenter de comprendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Le récit biographique: quelques points de méthode ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le récit biographique s’est construit à partir du témoignage d&#039;Alain Dupont lors de quatre entretiens. Selon Descamps (2006), «  la révolution technologique du numérique devrait encore accroître et perfectionner le recours aux sources orales.» Chaque entretien, durant environ 90 minutes, a donc été filmé et enregistré. Ceux-ci ont eu lieu dans quatre endroits différents, particulièrement sélectionnés. Effectivement, les entretiens ont été réalisés au Pyramus, à l’hotel Silva, dans le bureau d’Alain Dupont, ……, des lieux représentatifs pour Alain Dupont, car il semble être déterminant de « situer le témoin dans son environnement familier. » (Descamps, 2006) De plus, la découverte de ces différents endroits nous a plongée dans une ambiance à chaque fois particulière, intime, nous permettant de mieux nous représenter son quotidien, de rendre plus concrets certains fait évoqués lors de sa narration. Par ailleurs, il est important de relever que dans les deux lieux publics, le bruit inévitable de la salle a interféré avec la parole enregistrée et rendait alors la retranscription plus fastidieuse. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, ces entretiens ont fait, dans un premier temps, l&#039;objet d&#039;une retranscription car « l’information écrite se manipule plus aisément et circule plus facilement que l’information orale. Le passage nécessaire de l’oral à l’écrit impose donc une restructuration de l’information.  Cette réorganisation ne vise que l’accroissement de la lisibilité du texte. » (Elegoet, …….). C&#039;est d’ailleurs uniquement à partir de textes retranscrits que le récit biographique s&#039;est construit. Quelques documents d’archives ont été ajoutés afin d’illustrer un point particulier. Une transcription systématique et totale a été effectuée afin de ne pas opérer une censure non raisonnée du matériau. Cependant, certaines anecdotes ont parfois été résumées ou uniquement indiquée car peu pertinentes pour le récit final. De plus, les tics de langages, les répétitions ont été supprimées. les passages ou mots incompréhensibles, perdant leur sens sont représentés par des « points de suspension ». Cependant, nous remarquons que l’oral permet bien souvent de saisir le sens par les non-dits, les sourires, les clins d&#039;œil… Ceci se perd parfois avec l&#039;écrit, rendant parfois difficile la compréhension, le sens, alors perçu lors de l&#039;entretien. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces divers entretiens représentent des matériaux riches en information car Alain Dupont est un homme loquace. Ayant la parole facile, il était donc difficile de l’interrompre et d’intervenir dans l’entretien. Puisque les questions de chaque entretien lui étaient transmises au préalable par le biais de la plateforme Dewiki, nous supposons que son discours était plus ou moins préparé à l’avance et par conséquent, il venait avec une idée de fil directeur très précis et se laissait très peu réorienté par les questions nouvellement posées.  Ainsi,  il ne répondait pas réellement à toutes les questions.  Malgré une vive  tentation de poser de nouvelles questions, pour le relancer la discussion ou pour ouvrir sur un nouveau thème (sa famille, sa vie personnelle...), le risque n&#039;a pas été pris afin de ni l’embarrasser ni qu’il s&#039;éloigne du thème.  De plus, pris par sa propre narration, Alain Dupont a pu perdre une certaine cohérence, sautant d&#039;une idée à l&#039;autre. Le manque de datation précise de certains événements a rendu difficile la cohérence biographique et a nécessité une recherche à l’aide d’autres sources.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
== Dire et comprendre pour écrire l&#039;histoire (titre provisoire) ==&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Retrouver la cohérence chronologique 1946 ou 1963-2012 (naissance à création T-Interaction): les périodes&lt;br /&gt;
B. Trouver ce qui va guider le récit (enfermement, rencontre, engagement, participation sociale)&lt;br /&gt;
C. Faire émerger la personnalité/le personnage (passionné, valeurs chrétiennes, entrepreneur, empirique donc autodidacte et formateur)&lt;br /&gt;
D. Construire le récit de manière à dessiner un personnage par. ex. Un entrepreneur-né pour la valorisation de la personne et de ses rôles sociaux&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Une enfance sous le regard de Dieu ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain Dupont est un enfant de la guerre. La Seconde guerre mondiale avec ses violences, ses déplacements de populations, ses secrets. Ses grands-parents sont des paysans qui ont une petite ferme en Haute Savoie et pour compléter le salaire, son grand-père est cantonnier à la commune. Son père est blessé, près de la frontière suisse en Savoie. Il est soigné à l’hôpital de St. Julien. Grâce à un aumônier, il a passé la frontière à la Pierre-à-Bochet, où il y avait une petite rivière et des barbelés à passer avant d’arriver en Suisse. Arrêté, il est conduit dans un camp de réfugiés à Viège en Valais où il a travaillé pendant plusieurs années.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La mère d’Alain a fait le même parcours. Arrivée en Suisse clandestinement, elle a passé la frontière sous les barbelés au même endroit. Elle s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugiés pour femmes avec son fils aîné. Or le directeur du camp était aussi directeur d’une maison pour personnes handicapées à Moudon. Elle est donc allée travailler dans cet établissement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alain a été conçu dans un contexte de guerre par des parents réfugiés français en Suisse, mais ce dont il est sûr, c’est d’être né à Genève, second fils de la famille. A cette époque, en 1946, la famille vit aux Charmilles chez des gens, dans les combles où il faisait froid l’hiver. Il s’en souvient : de la neige, de ses peurs d’enfants et des angoisses de sa ma mère parce qu’ils sont encore dans une période d’insécurité de cette période de l’après guerre. Ils sont restés trois ans sous ces toits et son père, qui était cordonnier de métier, est alors entré comme mécanicien à Châtelaine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis la famille avec un troisième enfant, un garçon, a déménagé dans le quartier de Plainpalais dans lequel Alain a grandi au rythme des cloches de l’Eglise St. François. La famille est alors quelque chose d’importante et il faut travailler pour la nourrir. Il n’y avait pas toujours à manger sur la table et on ne gaspille rien. Sa mère, parce que ce que le salaire du père est insuffisant, s’est mise à faire des veilles, toutes les nuits à Carouge, dans une pouponnière, chez sœur Madeleine.&lt;br /&gt;
Le matin elle est debout pour le réveil de ses enfants, pour le petit déjeuner et les préparer pour aller à l’école: &amp;quot;Elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement&amp;quot; dit Alain Dupont.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Neuf ans après le quatrième enfant de la famille né: une fille.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il reçoit une éducation catholique avec les pratiques religieuses et les valeurs chrétiennes. Il suit une voie très claire en terme de valeurs : la charité chrétienne. A l’époque, dans la paroisse il y avait un curé et cinq prêtres pour le quartier de Plainpalais. Il va à la messe le dimanche – le jour du seigneur – fait son catéchisme et est enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. En grandissant, il y a aussi les groupes de jeunes, le club du jeudi, les colonies de vacances, le scoutisme, les journées missionnaires d&#039;Afrique: les animations socio-culturelle de l’époque ! Dès l’âge de six ans, il part en colonie de vacances, pendant six semaines à Bogève avec soixante enfants de six à quinze ans. Ils sont entourés de prêtres et de séminaristes. Il n’y a que des hommes. Tardivement, il entre chez les scouts où il va prendre des responsabilités. C’est cela l’univers d’Alain Dupont : un univers baigné dans les idées de valeurs familiales, d’aide aux plus démunis et de supériorité des Blancs. L’église, au niveau du quartier, a encore une emprise  très forte sur tout ce que les jeunes peuvent faire et réaliser.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Un engagement pour le prochain ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le scoutisme  est une occasion de mettre en pratique l’aide à autrui, mais aussi à prendre des responsabilités. D’un côté, il faut rendre service, donner un coup de main à quelqu’un, aider une personne âgée à monter le bois, le charbon ou le mazout pour l’hiver, etc. De l’autre on s’engage à incarner ses valeurs et les transmettre dans l’action et aussi au plus jeunes. Alain, très rapidement, prend des responsabilités dans les colonies de vacances. Il se forme aussi à ce qui est à l’époque le centre d’entraînement aux méthode active [[http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_d&#039;entraînement_aux_méthodes_d&#039;éducation_active]]) A quinze ans ans et demi, il est aide-moniteur pour les plus jeunes. Mais déjà vers seize ans, on est en 1963, l’aspect militaire des colonies ne lui convient pas, ni l’enfermement d’ailleurs, ni cette autorité qui sous prétexte de partage entraîne de la souffrance parce qu’il est imposé. L’obligation de partager les friandises reçues des parents (avec le retour du linge propre) avec tous les enfants dans la caisse commune et de devoir sur l’ordre du moniteur, qui était un curé, un prêtre ou un séminariste, y mettre justement ce qui était le plus apprécié au nom d’un quelconque combat contre le péché de gourmandise certainement !  Cela amenait la souffrance de l’apprentissage au renoncement, mais aussi à la transgression, par derrière, pour bien vivre. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
II L&#039;expérience d&#039;éducateur collectif (stage, Ecole Pahud)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
III Caritas, Le Quatre, la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
IV Trajets&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
V T-Interaction&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Retranscription&amp;diff=9601</id>
		<title>Retranscription</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Retranscription&amp;diff=9601"/>
		<updated>2012-11-29T17:20:05Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Mercredi 26 septembre: premier contact dans la salle de cours (Uni-Mail)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une aventure, un exercice sûrement difficile parce que reprendre et repartir de toute l’histoire et mon histoire dans la construction  de différents éléments pour permettre l&#039;intégration  sociale de personnes en difficulté psychiatrique, psychologique ou en rupture sociale. On élargira peut-être la question.&lt;br /&gt;
Après avoir rencontré Martine qui me posait toutes sortes de questions, sur ma vie parce que c’est toute une vie cela part de mes motivations ce qui remontent très loin par rapport à tout ce que je vais pouvoir vous raconter à travers d’anecdote, à travers de faits, d’éléments contruits ; à partir de l’empirique parce que bcp de choses se sont faites dans l’empirique car on avait pas de cadre de références théoriques conceptuels par rapport à ce que nous mettions en place à partir des années 70. C’est pourquoi je dis que c’est un exercice difficile. J’ai recherché un certain nombre d’archives, de livres, de conférences, de choses que j’ai pu mettre en place pour essayer de construire des choses pour plus de participation sociale de ces personnes exclues.&lt;br /&gt;
En deux mots je suis heureux pouvoir participer à cette expérience. Quand Martine m’a posé la question j’ai dit oui sans savoir où j’allais, mais je pense qu’un c’est aussi avec un inconnu organisé que l’on peut mettre en place, organiser un certain nombre de choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je voulais vous dire aujourd’hui c’est peut-être retracer… Martine m’avait demander un C.V, mais je n’ai jamais fait de C.V puisque je n’ai jamais postulé à qq part. &lt;br /&gt;
Mon expérience professionnelle remonte en 1966 je suis allé faire un stage comme on doit le faire depuis l’école Pahud. J’avais des idéaux sur l’éducation : liberté et ce que j’avais pu apprendre de la vie et de l’enfermement, Quand j’ai découvert cette institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans et j’ai commencé avec les petits. Vous vous trouvez en face d’enfants qui venaient et qui étaient placés ici dit « caractériels » et vous avez un enfant de 7 ans qui est étiqueté comme caractériel et vous vous trouvé à 20 ans avec la vie devant vous aimant la vie. Et voir cet enfant ici cela fait bizarre. J’ai passé dans les différents groupes. On n’était pas dans l’éducation mais leur dire tout ce qu’on ne doit pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur  parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif. Il faut vous dire aussi en se remettant à l’époque il n’y avait que des hommes (pas d’éducatrice) et l’Ecole Pahud (école d’éducateurs de Claude Pahud depuis 1954) essayait de placer ces éducateurs. C’était des hommes qui s’occupaient de ces enfants. On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne. Il y avait aussi des institueurs/trices spécialisées et cela devait marché à la baguette. Les gens devaient réaliser exactement ce qu’on leur indiquait soit à l’école ou dans la partie éducative. On vivait dans des groupes de 8 à 10 personnes. La question que je me posais : on est pas là comme éducateur pour faire le jardin…. Il y avait une maltraitance par rapport à ce qu’on offrait à ces personnes dans la manière dont on s’adressait à elles, les violenter, et violences physiques que je découvrais. J’avais fait du scoutisme, des CEMEA, des grandes colonies de vacances jusqu’à 150 personnes (avec une organisation quasi militaires) et je retrouvais la même chose jusqu’à la punition. Où les gens ne devaient pas savoir ce qui leur arrivait. Et on pouvait les mette au cachot avec pain et eau. Et quand vous faites cela et que vous avez un idéal de les faire participation à la vie et des apprentissages : cela m’a ébranlé et permis de faire des choix (exp. de violence sur un jeune homme qui avait un Q.I de 160 un homme brillant qui manipulait tout le monde suivi par Dr. Bergier et je devais mettre ma casquette de chauffeur pour aller à Lausanne chez le psychologue. On arrivait après le repas et on mangeait à la cuisine et on mangeait  sur la grande table et je mangeais au retour avec Michel. Et un autre homme était un peu démuni sur le plan intellectuel. Et Michel savait comment vous titiller et savait comment vous prendre pour agacer énerver et ce jour-là Gilbert n’en pouvant plus sort un couteau de cuisine et lui traverse le ventre. Une anecdote qui vous refroidit un peu. Ce qui m’a frappé la réaction du personnel : « Mais que va penser le Dr. Bergier le psychiatre ». C’était cela la réflexion Gilbert est parti est parti et derrière Serix dans la forêt (il a fugué) et pour allé l’enfermer à l’hôpital psychiatrique. Personne ne s’est posé la question sur la situation : c’est lui qui a payé. Ce n’était plus une personne qui avait droit à l’instruction il va être enfermé à Cery avec médication etc. Je me suis interrogé sur ce que j’étais en train de faire. Moi je ne pouvais pas participer à ces choses là. J’avais fait des ateliers – je bricole et j’aime l’art – et on était parti en méditerranée pur apprendre à faire de la voile. On devait vivre sur place et on n’avait pas le choix et c’était aussi dur que les enfants. Ma chambre était sous les toits et dans ma chambre il faisait 6 degrés. On disait qu’il n’y avait pas d’argent, mais on construisait une villa pour le directeur…&lt;br /&gt;
J’ai été marqué et disant moi je ne peu pas. J’avais décidé de partir et le directeur me disait qu’il voulait me garder pour les 40 ans avenir. Surtout parce que je savais bricoler et j’avais construit une salle et j’avais fait des vitraux (ils n’y sont plus !)….&lt;br /&gt;
A partir de là j’ai donné mon sac et en même temps j’ai fait ma formation d’ &amp;quot;éducateur de groupe » (aujourd’hui éducateur spécialisée) en internat. Moi je ne supporte pas l’enfermement, je le sens à distance. Après ceci je vais partir de mon parcours professionnels et de ma formation. L’école Pahud m’a ouvert les yeux, lorsque le neurologue nous emmenaient à Eben Ezer voir les monstres ! La déficience intellectuelle dans le quartier de Plainpalais il n’y avait pas de personne handicapée. J’ai toujours fait plusieurs choses à la fois (je suis incapable de faire qu’une chose) je me suis engagée dans la formation, l’enseignement et la recherche pour relier les choses, mais aussi c’est un stimulant dans la pratiques. Quand vous faites intervenir des gens de l’extérieur cela stimule lorsque vous devez enseignant aux étudiants, vous devez d’abord être au clair vous même.&lt;br /&gt;
J’ai été le premier conseiller social au cycle d’orientation. J’avais un ami éducateur, Wengler (?) qui travaillait au service de protection de la jeunesse dirigé par Valy Degoumois. C’était à l’Aubépine et cela me convenait pour accompagner des jeunes qui étaient en situation familiale difficile ; mais c’était pas vraiment ma tasse de thé ; j’ai fait cela pendant quelques années et j’enseignais au cycle d’orientation dans des classes professionnelles (cela n’existe plus maintenant) des classes observation dans lesquelles on mettait ceux qui avaient des difficultés. Je les aidais pour qu’ils puissent faire un apprentissage. Je me suis aperçu que le système de l’école façonnait et c’est surtout les enseignants qui avaient envie du parcours de ses jeunes. Il y avais un jeune particulièrement doué tous  les conseils de classe voulait qu’il aille à l’université. Il voulait être maçon : il a fallu se battre pou cela ! On est dans les mêmes schémas où on indique aux personnes ce qui est bon pour eux. J’ai été à Caritas jeunesse dans les années 70 mis en place le service Caritas jeunesse et dans mon état d’esprit on organisait les camps de vacances, des colonies. J’aime bien créer de nouvelles choses : et j’ai accueilli dans les camps de vacances des gens handicapés avant de mettre en place à Caritas le secteur des handicapés. Et ça c’est une création que j’ai fait pendant une dizaine d’année et parallèlement j’ai été enseigner à l’école d’éducateur à Genève. L’école c’est créée en 1970 c’est Paul Weber a qui on a demandé de mettre cela en place et comme on avait faite des formations ensemble, il est venu me demander si je voulais être formateur (il n’y avait pas de formateur à plein temps) et comme je touchais au champ de la déficience, le Dr Eisenring qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale. Bel –Air qu’on appelait aussi IUPG il est venu me demander si je ne voulais pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes. Il y a avait à Bel-Air des pavillons réservés pour eux. (le film San Clemente de Depardon fait en 1980, mais si on remonte en 1970  c’était exactement ça). Je partais de Serix pour voir des choses plus merveilleuse, en psychiatrie j’ai découvert l’enfer, pire que Serix. Je me suis posé des questions personnelles. Est-ce que je vais rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire. Finalement j’ai fait le choix de rester. Je savais ce qui se passait de par le monde par le biais de Caritas, Caritas-Suisse qui avait cette vision j’avais été au bureau international BICE puis je me suis dis: &amp;quot;Non il faut rester là il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
Le Dr. Eisenring avait 20 ou 30 ans d’avance de son temps. Il disait ces gens n’ont pas leur place ici et j’aimerais que tu fasses un travail individuel avec chaque personne. Et, en 1972, essayez d’imaginer ce que cela peut représenter. J’ai commencé un travail individuel et cela est devenu ma tasse de th encore aujourd’hui et je me suis battu et je faisais partie de l’institution : ils passaient du dortoir, au réfectoire de trois mètres 50 de haut, où il y avait une télévision dans un coin et une chaise pour l’infirmier. Et ces personnes n’étaient pas habillées à l’époque et je me battais pour dire il faut habiller la personne, car je vais passer la prendre et sortir une matinée. En même temps je découvrais de façon empirique que personne ne savait que faire avec ces personnes. On avait mis en place tout sorte de moyens car j’avais aussi toute sorte de sentiment, de peur, de honte, de peur que lorsque je croise quelqu’un qu’il me reconnaisse. Ces personnes n’étaient jamais sorties, jamais sorti de l’hôpital. J’ai fait un bout de chemin avec deux Roland. Si vous les aviez vu en ville les gens changeaient de trottoir le vide se faisait cent mètres à la ronde (celui qui tourne sur lui-même, celui qui baisse son pantalon et urine juste devant la fanfare des Vieux Grenadier aux Bastions). Moi je ne j’étais là et je me suis mis à distance ; vous comprenez le mécanisme, je ne savais comment m’y prendre, que faire !  ça été le point de départ. Nous nous sommes dits et là on est avant la maladie psychique, il faut les sortir de là les mettre dans un habitat. En 1972, on avait trouvé des appartements à Grange-Canal, cela a été une levée de boucliers, c’était bien trop tôt, personne n’était préparé à ces choses là. Alors j’ai continué pendant dix ans, en parallèle, mais j’ai aussi intégré ces personnes dans les loisirs, dans les vacances, convaincu que j’étais que la vie est dans la vraie vie là où sont les gens, les citoyens. Avec eux, j’avais monté un club et j’allais dans le centre de loisirs Marignac de Lancy. On côtoyait d’autres personnes. Bien  sûr on avait réservé une salle, car il  y avait des peurs,  il ne fallait pas mélanger les torchons et les serviettes : cela ne se fait pas ! &lt;br /&gt;
Lorsqu’on parle de politique, moi j’ai toujours en tête de faire en sorte de ne pas faire de la politique, mais la cité appartient à tout le monde et aussi à ces personnes  et qu’est-ce que ces personnes ont à nous apprendre, à m’apprendre? Et ce n’est pas que dans un sens c’est quelque chose de réciproque. Ce sont ces personnes qui m’ont appris mon métier, beaucoup plus que ce qu’on apprenait à l’école Pahud : c’était extraordinaire, mais on était hors réalité, à côté de la plaque.&lt;br /&gt;
Et puis avec le Dr. Eisenring et Bernard Pasche, un psychologue un homme génial aussi, on faisait de la recherche sur l’image, sur les représentation dans la communauté, on a fait toute sorte d’interviews ici au marché de Plainpalais, et on donnait même des résultats par des conférences. Un moment donné sur le club des loisirs, le Dr. Eisenring avait organisé une journée d’étude au centre  psychosocial au centre universitaire de la Jonction et était présent des professeurs de la psychiatrie adultes ; psychiatrie adultes   les personnes qui vivaient à Bel-Air, on vit encore à Bel-Idée il y a encore près de 60 personnes qui vivent enfermés aujourd’hui il y a peu de choses qui ont changé, dite chronique. On ne  peut rien faire avec eux.&lt;br /&gt;
Le Prof. Garonne a écouté tout cela avec  Burgmeister, médecin chef et Jacqueline Lalive chef de clinique  m’ont contacté quelques jours après pour me rencontrer avec Jean-Claude Droz qui était l’administrateur des IUG pour me dire mais en fin de compte c’est génial mais pourriez-vous mettre cela  pour la psychiatrie. Comme j’aime  le travail, j’ai dit pourquoi pas et on a réfléchi  à ceci et en 75-76 et on a ouvert un lieu d’accueil qui s’est appelé le Quatre. J’ai fait cela bénévolement. Je suis un homme passionné, passionné par ce que je fais et par la vie. Et puis on a créé le Quatre, lieu d’accueil, alors c’est extraordinaire : on fait une expérience de 6 mois, cela vous va ? Et si ça fonctionne on  continue. On fait des rapports, des observations quotidiennes, des comptes rendus, un rapport tous les mois et un rapport au bout de 6 mois. Et on continue. Lieu d’accueil cela veut dire lieu ouvert à la population. Parallèlement je travaillais à Caritas jeunesse et j’avais un réseau de 300 bénévoles et une cinquantaine de bénévoles permanents ils côtoyaient les personnes. Au bout de 6 mois on dit il y a plus d’argent (aujourd’hui on dit toujours pareil !). Moi je dis &amp;quot;Ecouter vous me dites que si cela fonctionne : moi je ne marche pas&amp;quot;. &amp;quot;Mais vous comprenez il n’y a pas ci il n’y a pas ça&amp;quot;…Je dis &amp;quot;stop&amp;quot;.  J’avais pris des étudiants pour l’IES pour des stages et ils étaient d’accord d’assumer cela, il y avait 6 personnes, et elles faisaient leur stage pour éducateurs et assistant sociaux. J’ai réuni l’équipe et j’ai dit : on fait quoi ? L’équipe a dit « Nous on continue même sans salaire ». Vous voyez les motivations ! En même temps c’était complexe, mais c’était génial. C’était la première fois que s’ouvrait à Genève dans le champ de la désinstitutionalisation et dans le champ démédicalisé. C’est ce qu’on a voulu avec le prof. Garonne un homme fabuleux, après Ajuriaguerra. J’ai eu l’occasion de suivre ses cours : c’était un homme merveilleux. Lui a enlevé les barreaux à Bel-Air comme François Tosquillès à Saint Alban faisait la psychothérapie institutionnelle  Il y avait tous ces courants et on a forcé la main aux politiques et aux administratifs et on a fonctionné pendant 6 mois sans salaire. Et après 6 mois ils étaient tellement gênés qu’ils ont dit attendez : et on a fonctionné ainsi de 6 mois en 6 mois avec une inconnue totale de savoir si les choses allaient se poursuivre.&lt;br /&gt;
Et en parallèle on écoutait les personnes car c’est cela qui est important écouter la parole de ses personnes qu’on exclut qui vivaient à Bel-Air et qui disait en fin de compte moi j’aimerais avoir un job, moi j’aimerais avoir des amis, un logement. Et  travaillant à Caritas, ils étaient d’accord d’entrer en matière, mais quand ils ont vu les fous, ça sentaient mauvais, Le directeur m’a dit : vous comprenez Monsieur Dupont moi je reçois ici des gens de l’aristocratie genevoise qui viennent faire des dons et des legs et vous vous avez votre bureau à cinq mètres: ça sent mauvais. Sûrement il y avait quelques odeurs. J’ai dit stop on va créer une association et c’est comme cela que Trajets est née. Parce qu’on avait mis des activités en dehors du lieu d’accueil et la première activité a été comme le potager de la Vendée. J’avais une amie dont les parents avaient un bout de terrain au bord de la Seymaz et ils étaient d’accord de nous mettre à disposition et on s’est mis au travail avec les personnes. Je vous dis pas le  bonheur de ces gens qui vivaient à Bel-Air, qui avaient toutes sortes de choses et qui ont commencé à avoir une activité on ne va pas dire un travail mais une activité. Et comme Caritas ne voulait pas on a monté une association article 60 et suivants comme on en trouve de multiple et on a préparé le terrain et le 19 juin 1979 on a créé Trajets. Moi je faisais cela bénévolement : j’avais un salaire de l’IES et de la consultation et des enseignements que je donnais. (Ne prenez pas ça comme quelque chose de glorieux, mais je gagnais ma vie, pour me nourrir et nourri ma famille. Je dors 6 heures par nuit. Le matin je suis debout à 5 heures, je n’ai aucun mérite cela fait partie de mon rythme biologique. Mais quand vous commencez à 6 heures et que les gens commencent à 9 heures vous avez déjà fait une matinée. Et moi j’aime le matin.&lt;br /&gt;
(Un des principes, c’est avoir du plaisir, avoir du plaisir tout le temps et comment offrir du plaisir à ces personnes.&lt;br /&gt;
On a mis cela en place et depuis 79 Trajets qui existe encore aujourd’hui jusqu’en 2002 où j’ai décidé… après j’ai été un bout salarié de salarié en 94 ou 96 j’en avais comme fondateur la direction je coordonnais le tout ; je vous raconterai les mésaventures politiques car cela amené la critique surtout du côté de la gauche ou gauche gauche et le monde du travail social comme si on allait leur piquer leur travail. Je me suis passionné pour cela en 2002 j’ai quitté Trajets j’avais d’autres envie toujours avec les mêmes thèmes sur la participation sociale et l’intégration.&lt;br /&gt;
Depuis le début depuis les années 70 j’ai monté ma propre entreprise personnelle de consultation, individuelle et collective, pour faire de l’audit, j’ai une formation à l’IES et dans la FAPSE, je me suis formé dans différents domaine entre autre de l’évaluation et j’ai fait une formation au Canada et aussi une formation dans le champ de l’intervention communautaire et l’intervention communautaire pendant trois ans. Et j’ai continué la formation comme la recherche aller chercher des informations. C’est peut-être ma force je reste un T.S mais je me suis passionné pour l’organisationnel, le management, j’ai fait une formation en psychosociologie, en psychodrame, en sociodrame. Mais je n’ai jamais fait cela à plein temps. Cela est venu me nourrir tout cela. Quand on avait une question, j’allais me former.&lt;br /&gt;
Comme l’intervention de réseau ; on parle beaucoup de réseau, mais on travaille très peu en intervention de réseau au sens politique du terme comme Brodeur et Rousseau a développé. Pour qu’une communauté puisse prendre en compte ses préoccupations. &lt;br /&gt;
C’est un acte politique, la communauté elle appartient aux gens qui viennent dans cette communauté : est-ce qu&#039;on peut leur donner un coup de main. &lt;br /&gt;
Et j’ai développé l’intervention de réseau avec les personnes psychiatrisées ce n’est pas seulement les parents, mais les amis, les gens du quartier, le voisin qui sont des partenaires tout cela s’est développé avec Trajets.&lt;br /&gt;
En 2002 toujours avec cette idée d’évolution, je fonde T (=tolérance) interaction est aussi une association, mais il y avait un lieu avec ce que j’ai mis en place à Trajet et c’est tout le champ de l’entreprise sociale et le champ du travail. Il y eu d’abord une réflexion. Il y a le champ des entreprises (car j’en ai créé plus d’une trentaine à ce jour) mais il y à le travail où travaillent les gens&lt;br /&gt;
Mais les concepts ont évolué.&lt;br /&gt;
On a ouvert une dizaine d’entreprises depuis 2008.&lt;br /&gt;
La dernière : le Pyramus (Augustin Pyrame de Candolle). La ville de Genève avait 12 millions pour changer la buvette. On a fait le concours et on a gagné ce concours. On a un chef cuisinier hors pair, un second, un responsable, un gérant et son adjoint. Le reste, se sont des personnes qui ont des difficultés. Mais on n’a pas de subvention&lt;br /&gt;
Inauguration le 30 octobre : quelques discours, voir le lieu et boire un verre (la chose la plus importante).&lt;br /&gt;
En parallèle, j’ai fait de l’enseignement, j’étais jusqu’en 85, ou 88, à l’IES : 18 ans ou 15 ans et à l’intérieur j’étais avec l’école  d’éducateurs, mais les 5 dernières années j’étais au CEFOC (centre de formation continue) pour mettre en place différentes formations longues durées, séminaires. J’ai enseigné à l&#039;enseignement spécialisé à Lausanne, à la pédagogie curative à Fribourg, à l’Université de Mons en Belgique avec Prof.Magerotte et à l’université d’Ottawa.&lt;br /&gt;
Je suis aussi formé ISO les normes ISO. J’ai fait cette formation au Canada.&lt;br /&gt;
Mais dans ce parcours, j’ai réussi à former des institutions comme l’Espérance à Etoy, à Lavigny, les Epis et on est bien dans le champ de la désinstitutionalisation. Mais je fais aussi es audits pour le gouvernement du Québec, j’étais un des membres de l’équipe pour aller vérifier ce que donnait la désinstitutionalisation et je travaillais aussi à Triestes avec ce qui a été mis en place avec Basaglia puis après avec Franco Rotelli (à Naples), un homme aussi merveilleux. Tout cela vous apprend votre métier.&lt;br /&gt;
Je crois beaucoup à l’observation, j’ai enseigné l’observation, à l’évaluation. Je penses que ce sont des thèmes importants par rapport à ce qu’on a à se dire. J’ai créé d’autres associations.&lt;br /&gt;
On rencontre des gens fabuleux Rotelli, Jacques Pelletier, Dr. André Blanchet, des professeurs de psychiatries à Boston, comme Wolf Wolfenberger sur la valorisation des rôles sociaux (VRS).&lt;br /&gt;
Mon cheminement est comme cela tout reste une hypothèse de travail, même aujourd’hui en mettant le Pyramus, lorsque je rencontre le directeur on s’est vu avec J. Pelletier qui est notre consultant qui vient depuis le Canada pour faire l’évaluation. &lt;br /&gt;
Je leur ai fait une communication sur &amp;quot;T-Interaction ne remplit pas sa mission sociale&amp;quot;. &lt;br /&gt;
Ce sont les gens qui ont la solution et qui nous apprennent avec des gens de part le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mercredi 31 octobre dans le bureau d&#039;Alain Dupont&lt;br /&gt;
Myriam&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrine : &lt;br /&gt;
Alors, une toute première question : Suite à une rencontre avec un neuropsychiatre, Monsieur Eisering, vous avez décidé de mettre en place un premier lieu d’accueil à Genève, qui s’appelle « Le Quatre », et pour des personnes handicapées mentales. Est-ce que vous pourriez nous parler de vos expériences antérieures qui ont été probablement a l’origine de ce lieu de rencontre et ensuite pourriez vous nous parler de la création du quatre qui a ouvert le 4 janvier 1977 ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Merci. En 1970 je travaillais également pour Caritas. Vous allez voir que c’est une institution qui a pris de l’importance à un moment donné pour la création du lieu d’accueil « le Quatre ». Et à Caritas j’organisais pour le…, ça s’appelait Caritas jeunesse à l’époque. Peut être que c’est encore le cas aujourd’hui. Et à Caritas jeunesse, j’organisais pour des familles plutôt en situation précaire, des séjours de vacance, comme on appelait ça a l’époque, des camps de vacance pour des enfants pour des adolescents. Et puis très rapidement c’était un nombre important pour les périodes des vacances scolaire. Et à partir de ceci, j’avais un réseau extrêmement  important de bénévoles qui venaient encadrer ces camps de vacance. En même temps on réalisait de la formation. Et puis le professeur Jean-Jacques Eisenring, médecin neuropsychiatre, à l’époque, faisait aussi parti du comité de Caritas et nous avions l’occasion de nous rencontrer et on se connaissait. En 1972, le professeur Eisenring ma demandé de partager un repas avec lui pour me dire que là il avait en charge, enfin ce que je savais à l’époque, le centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale, un nom extrêmement long pour dire que l’on prenait en charge des personnes déficientes mentale, que l’on appelait handicapés mental à l’époque. Et ces personnes vivaient à bel-air, dans un pavillon. Des personnes avec leurs histoires de vie avaient été placées parce que, comme dans bon nombre de pays, on ne savait pas trop comment s’y prendre avec ces personne. Et en me temps, les lieux qui accueillait ces personnes, comme par exemple en Italie à Cottolengo pour les personnes dites handicapées mentales profondes comme on les nommait, et bien simplement l’asile les accueillait, donc l’hôpital psychiatrique. Et pour Genève, c’était quelque chose d’identique même s’il y avait déjà des réflexions qui venaient mais qui étaient récentes. Quand on pense aux premières réflexions de Nietzsche, de Benbengelssen (je ne suis pas sûre) qui date des années soixante par rapport aux personnes handicapées mentales, en disant que ces personnes auraient la possibilité de pouvoir vivre différemment. Et bien le professeur Eisenring qui était un homme avec une humanité assez extraordinaire avait une autre vision de la prise en charge. Je crois qu’on appelait ça aussi de cette façon, on le verra beaucoup plus tard, que simplement ces mots se sont transformés et heureusement pour permettre une vision différente, avec l’accompagnement de ces personnes. Et il ma contacté, puis autour d’un repas, il me suggère de travailler avec lui. Je trouvais ça intéressant. Je ne sais pas si vous vous souvenez que j’avais fait, quand j’ai fait ma formation à Lausanne, à l’école Pahud, j’avais fait un stage à Ebenessere à la Prairie avec des adultes où le directeur, M. Monver avais été surpris qu’un étudiant demande à faire un stage. Et moi j’avais été intéressé par la découverte dans mes études de ce monde là que je ne connaissais pas du tout, mais du tout.  Je veux dire, on en croisait pas dans la rue. Là, maintenant, il suffit de se promener ici, dans la rue de Carouge et on en voit partout. Je veux dire des personnes qui se promènent. Elles sont même interviewées, si vous avez écouté la radio hier, Alexandre Jellien était interviewé pour son livre. c’était … ça date d’hier donc. Sur France-inter donc en même temps là maintenant c’est des personnes qui on le droit de citer et même un peu plus. On y mettra les nuances en temps voulu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le professeur Eisenring souhaitait mettre en place un service de sociothérapie. Dans ce domaine là, puisque ça existait déjà à bel-aire pour les personnes adultes dites psychiatrisées, comme elles étaient nommées aussi au pavillon des Lilas, à l’intérieur de la clinique. Et lui, dès le départ, son service n’était pas à l’intérieure de la clinique, et c’est ça qui moi m’a intéressé, également c’est qu’on se trouvait à la rue du 31 Décembre. Et lui me proposait de commencer un travail individuel avec des personnes qui se trouvaient dans un pavillon à Bel-Air. Et petit à petit d’autres choses sont arrivées, on arrivera au Quatre après, mais il m’a demandé de pouvoir faire un travail individuel. Misère ! Aujourd’hui ça parait évident, mais à l’époque… ?! d’abord moi, quand je sui rentré dans le pavillon, ça m’en donne des frissons là maintenant, je veux dire de voir que ces personnes qui vivaient là dans le pavillon, passaient du dortoir à la salle à manger et dans une grande salle, ça m’avait marqué. Et puis je crois que je garderai cette image toute ma vie, avec un poste de télévision, vous savez ces grandes salles de trois mètre cinquante de haut, puis il y avait une chaise puis le reste c’était des personnes handicapées qui tournaient en rond et qui allaient, venaient, d’un coin de la pièce à un autre…et pas habillées! Elles n’étaient pas nues comme on a pu le voir dans le film sur Leros, mais vous savez ces blouses de l’hôpital là! Blouse blanche, habits blancs et autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Et puis, j’ai d’abord été rencontrer le personnel qui n’était que du personnel médical, médico-infirmier. Et qui faisait un travail, moi je dis, remarquable mais avec une vision médicale et une vision  de soins, puis pour eux, je vais vous dire pour moi la même chose, quand j’ai vu les personnes : dire « mais attends… Jean Jacques Eisenring me demande de réaliser quelque chose avec ces personnes. Je suis là un peu, qu’est-ce qu’on va pouvoir réaliser ? Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire ? »&lt;br /&gt;
Alors on a commencé avec les infirmiers, qui avaient énormément de réticences, parce que certains étaient là aussi depuis des années et le disaient très franchement : « mais je veux dire on ne peut strictement rien faire avec ces personnes ! Regardez ! Certains ne parlent pas ou ânonnent ou simplement tournent en rond, tourne en rond sur eux-mêmes ! J’ai dit mais, « on va essayer ! ». Alors je leur ai demandé au point de départ puis avec l’appui, parce qu’il y avait des résistances énormes à ce qu’ils sortent du pavillon. C’était déjà ça. Parfois ça leur arrivait de, dans le parce de Bel-air qui est un parc magnifique, se retrouver derrière le pavillon comme on le voit à de nombreux endroit. Et de leur demander de les habiller, était déjà quelque chose qu’ils avaient beaucoup de peine à comprendre. On s’est mis d’accord que je viendrai prendre une personne après l’autre et au début ça serait une heure. On a passé d’une heure à deux heures, trois heures etc.&lt;br /&gt;
Et simplement moi je ne vous dis pas aussi toutes mes peurs, c’était effrayant ou parce qu’on va le voir par la suite moi qui, de me retrouver avec ces personnes, alors… moi habillé en civile comme eux habillé en civil… je vais croiser du monde ?! Parce que l’objectif c’était de commencer à faire des apprentissages dans la cité. Les premiers apprentissages dans la cité… moi je suis à la campagne…, j’avais tellement la trouille que l’on me voit avec ces personnes  que là je me suis dit : « Nan mais ce n’est pas possible! » Alor c’est comme ça que ça a commencé et puis chaque fois bah je demandais aux infirmiers, ce que je me suis rendu compte, je parle de résistances qui pour moi étais naturel, parce que en terme de soins moi je crois qu’ils étaient bichonné pis c’était devenu euh… ils avaient créé des relations avec ces personnes, des relations de type non-verbale mais n’empêche qu’ils se comprenaient. Ils arrivaient à faire en sorte qu’ils y aillent… allé, on va dire une certaine qualité de vie dans les soins. Donc je venais déjà à ce moment là déranger un système extrêmement  important, pesant et qui faisait que ces personnes on les avait condamnées au point de départ.&lt;br /&gt;
Moi ca m’est apparu flagrant puisque si vous vous souvenez l’enfermement c’est quelque chose qui m’est insupportable et moi j’ai assisté à cet enfermement et j’ai commencé avec des personnes… deux, trois, quatre, cinq, mais j’ai deux personnes avec qui j’ai fait un travail qui étaient des personnes extrêmement touchées au niveau de leur santé, en terme de déficience. Des choses comme on le sait « irrécupérable », mais des comportements pourraient être modifiés et moi c’est ca qui m’est apparu. Ok la déficience elle est là pis on sait qu’elle est acquise et puis que ma foi, il va falloir faire avec, mais qu’est-ce qu’il est possible de mettre en place comme apprentissage ? Et ça c’est un thème qui moi est récurent encore aujourd’hui dans ma pratique professionnelle. C&#039;est-à-dire que comme nous, tout un chacun à le droit de faire des apprentissages et on ne fait pas des apprentissages dans une salle ou il n’y a rien. Voyez, je veux dire comment voulez-vous apprendre des choses, vous confronter à la vie, vous confronter… je le dit avec ces mots là aujourd’hui.  Mais en allant à la campagne, puisque je suis d’abord allé à la campagne, je prenais ma voiture. Les gens disaient : « mais déjà il faut être un peu fou pour les prendre dans la voiture », mais en même temps ces personnes m’ont appris des choses, quand ils ont découvert qu’ils s’asseyaient à droite, je veux dire, c’était extraordinaire. Et puis je partais dans la campagne Genevoise et puis on s’arrêtait. On sortait. A partir de là, c’était la marche… mais en même temps c’était me donner l’occasion d’entrer en relation.  On va mettre ça avec beaucoup de nuances, mais en même temps, de mettre en place des observations. Et pis de voir que petit à petit, et c’est pour ça que je crois que et je continu à être persuadé qu’on fait parti d’un environnement.  On fait parti de groupes sociaux. Mais en même temps je reste un individu puis chaque individu a son projet individuel. Mais on était bien avant tout…,  ces thèmes qui ont pu être travaillés ensuite dans les écoles sociales où le projet individuel, qu’on appelait entre autre PI à l’époque, je veux dire c’est venu que dix, quinze ans après, ce type de choses là. Mais nous on n’avait pas, moi j’avais aucune référence théorique par rapport à ca, donc tout est parti de façon totalement pudique. Et avec le professeur Jean Jacques Eisenring qui lui était des années lumières en avance me disait aussi ces personnes ont droit à un logement, un habitat comme le notre. Il me dit : « et on va tenter ». J’ai trouvé à Grange-canal des logements qui pourraient les accueillir. Là on se trouve dans les années soixante-douze, soixante-quinze. Okay. Lui avait tout ça en tête, dans sa tête c’était clair. Pas dans la mienne. Et dans sa tête, lui, se disait que ces gens là pouvaient faire des progrès si on leur offrait quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage, un environnement différent que celui du pavillon et que des soins. C’est pour ça qu’il met en place le service de sociothérapie. Il y avait des expériences en Angleterre, puisque la sociothérapie vient de l’Angleterre, et effectivement surement qu’il y avait déjà des résultats. Alor ça c’est un premier travail et alors je ne vais pas les prendre mais je pourrais vous conter un nombre d’anecdotes, parce que je suis parti à la campagne mais de la campagne je suis revenue en ville. C’est-à-dire que, pas parce que les personnes ne pouvaient pas être en ville mais parce que moi mes peurs étaient tombées. Je pense que ça c’est important. La question elle n’est pas chez les personnes handicapées mentale, elle est chez nous enfaite et moi j’avais découvert ça, que la question elle était chez moi mais vous verrez qu’en psychiatrie des personnes sont venues m’interroger quand on a mis en place le Quatre.&lt;br /&gt;
Et à partir de là, ces personne qui essayaient bien de faire un travail individuel une ou deux heures par semaine mais qu’est-ce qu’il est possible de mettre en place autrement ? et avec d’autre types d’expériences ? C’est là qu’on a eu cette idée de créer un club, qui n’était pas le Quatre, mais qu’on a appelé un « club de rencontre ». Et ce club de rencontre, qui a eu lieu tout d’abord dans un centre de loisir, centre de loisir au Grand-Lancy, et pour se dire : « allons un bout plus loin ! » Quand j’étais en train de faire des apprentissages dans la ville et faire des observations et bien il n’y avait même pas de côtoiement. Parce que moi j’ai bien des exemples qui montrent que les personnes changeaient de trottoir. Même mes propres amis changeaient de trottoir. « Ah mais je ne t’avais pas vu ! » quand je les rencontrais après. C’était quand même une indication, c’est-à-dire qu’eux aussi n’en avaient jamais vu. Ils les avaient comme ça. Et puis je peux comprendre ça, parce que, j’avais deux personnes absolument merveilleuses et si je devais donner leur prénom, elles s’appelaient Roland alors je les appelais les Roland. Mais si vous les aviez vu en train, vous savez de, marcher, faire un tour sur eux-mêmes, on marche, on tourne sur soi-même. Quand vous êtes sur le trottoir à croiser des personnes, je vais vous dire ça fait un peu bizarre. Vous allez au Parc des Bastion et quand vous avez une personne qui est en train de fermer la porte des Bastion, parce que lui sa hantise c’était les portes ouvertes. Toutes les portes il les fermait, j’ai fait tous les parcs publics et il les fermait. C’est pour ça que je dis que c’était des observations pour essayer de comprendre aussi, les comprendre. Ces deux personnes n’avaient pas la parole. Comment est-ce qu’on pouvait entrer en matière? C’était par le regard, par le touché, par des moyens que, moi je découvrais je veux dire on n’était pas dans les soins infirmiers ou avec des soins d’hygiène ou des choses de cet ordre là. Puis aucune référence. Et on s’est dit : « mettons en place ce club. Le club il est né parce que, avec les séjours de vacance que j’organisais, moi j’avais un réseau de trois cent bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, avec qui on montait des projets ou qui, eux, avaient des projets puis de dire bah tiens je vais organiser un séjour pour des enfants. Voilà l’idée que j’ai etc. Donc on travaillait ça et comme on se rencontrait régulièrement on s’est dit : « pourquoi ne pas mettre en place aussi, comme on l’avait fait à Lancy, une soirée de rencontre ? ». Une soirée de rencontre et vous allez le voir c’est dramatique mais c’est comme ça, c’est qu’on avait une soirée de rencontre pour les personnes les plus handicapées puis une autre soirée pour les moins handicapées. On faisait nous même des ségrégations. Et tout ça a évolué avec le temps mais parce que on a compris petit à petit. Et ces rencontres ce sont faites, et moi j’ai appelé ça du côtoiement. Des personnes comme vous et moi venaient, mais quand je dis venaient c’est pas une ou deux personnes. On avait jusqu&#039;à cent-cinquante personnes qui venaient au club du mercredi, on appelait ça le club du mercredi, c’était extraordinaire. Et on venait, les personnes qui étaient à Bel-Air à l’époque, les infirmiers les descendaient au club et puis on passait un moment ensemble et à la fin on faisait plus que passer un moment ensemble, on préparait un repas et on partageait un repas ensemble, alors ce n’était pas cent-cinquante personnes qui prenaient le repas mais c’était le passage entre l’ouverture et  la fermeture à 24h. Des gens qui venaient et de là est né, et c’est pour ça que je crois et je crois encore aujourd’hui que c’est extrêmement important la culture, les loisirs, les vacances. Parce que ça donne des occasions naturelles de pouvoir partager un moment de vie. Et ça c’était une découverte parce que tout d’un coup, bon évidement il a fallut dire : « mais ok pourquoi est-ce que telle ou telle personne ne viendrait pas en vacance avec nous ? » C’était une question, mais comment est-ce qu’on va faire ? Parce qu’on passait une soirée ensemble, vous passez dix jours ensemble, et là il y avait déjà une question. J’étais déjà convaincu de ceci mais j’avais une petite longueur d’avance par rapport à eux par rapport à, d’abord aussi à toute sorte de lecture et avec bah mon prof. Jean Jacques Eisenring qui, lui, pouvait aussi parfois mettre des mots. Alors nous sommes partis en vacance, on a organisé des vacances ensemble. On est parti, je retrouvais ça dans mes documents, on est partis faire des vacances à la montagne, entre autre dans les Grison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Myriam : Vous êtes partis en quelle année ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès les années septante-cinq. Avant le Quatre, avant la psychiatrie. C’est même plus complexe avec la psychiatrie.&lt;br /&gt;
Par contre on n’a pas pris, on en a pris deux trois, quatre, cinq mais jamais un grand nombre pour qu’il y aille…, je ne sais pas ou on est allé chercher ça au point de départ c’est peut être simplement nos peurs de pouvoir assumer la situation et simplement, la proportion de personnes non-handicapées, comme on le disait à l’époque, était beaucoup plus grande, on était à du quatre-vingt-cinq, quatre-vingt-dix pour cent et je pense que c’était important. Et les responsables sont entrés en matière, ce qui nous a fait, quand on a proposé ces choses là, et on a rencontré aussi les parents. Ça aussi c’était une redécouverte de dire mais « hun ! En fin de compte là mon fils, ma fille, il va partir en vacance », je ne sais pas si vous imaginez ce que ça peut représenter. Alors on fait ça et, comme vous avez repéré le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mental,  il y a le mot universitaire derrière, c’est que constamment on était en situation de recherche et moi ça, ça m’a aussi ouvert les yeux pour la suite entre la recherche, l’enseignement et l’enseignement parfois c’était simplement donner une conférence. Et on a fait ça très rapidement où avec Bernard Paz, le psychologue, on a mené des études sur l’image sur les représentations que pouvaient avoir, alors avec des personnes moins touchées que celles que je vous ai nommé au point de départ… Quelles étaient leurs représentations de la population ordinaire ?, quelles étaient pour la population normale  les représentations des personnes handicapées ou autre ? Comme on a fait une recherche à un moment donné qui a été publiée et même nommée dans un congrès à Washington. On est allé rechercher  la population ordinaire qui ne connaissait pas et qui ne côtoyait pas. On a pris des catégories de population qui participaient au club du mercredi, qui participaient aux vacances,  personnes handicapées, non handicapées qui ne participait pas au club. Alors on avait fait la recherche aussi avec des photographies pour pouvoir permettre à ces personnes aussi de pouvoir dire des choses. Et on s’était aperçu aussi que là, même si on appelait ça « club de rencontre » on était encore dans le côtoiement, il fallait encore aller beaucoup plus loin parce que, toute cette notion et je pense que c’est quelque chose d’important, euh de voir que ce que moi je voyais quand on se trouvait à Bel-Air entre soignant-soigné. Je vais le dire comme ça, nous  on était dans aidant-aidé ou aidant et assisté. Effectivement dans exactement le même model, simplement on était à l’extérieur avec d’autre gens et autres. Et on a découvert ça au travers de la recherche, au travers des différentes rencontres, de… je dirait la supervision que l’on a fait de notre travail. Pour moi c’est quelque chose d’important d’avoir constamment des personnes qui sont à distance de ça et au travers de nos observations que l’on puisse dire : « voilà ce que nous réalisons, voilà ce qui se passe en terme de comportement, voilà ce qui se passe dans la rencontre ! Et aussi bien avec les personnes non-handicapées que les personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a fait ce bout de chemin, on est même parti en vacance trois semaines, on partait en Normandie. Je ne vous dis pas ! Partir trois semaines en Normandie sous tentes ?! On se donnait un peu, quand même, des moyens en terme de sécurité, mais nous sommes jamais partis avec du personnel médicalisé, parce qu’on se dit : « là-bas il y a un hôpital, il y a des infirmières à domicile, enfin tout existe. On utilisera ce qu’il faut. » Le choc c’était de voir combien ces personnes, en trois semaines, quittaient des comportements, que j’y reviendrais pour la psychiatrie, mais quittaient des comportements, commençaient à avoir des habilités. C’était sommaire mais plutôt que de faire, vous savez comme on le fait, d’encastrement avec des cubes et autres, qui sont, qui était des choses géniales et je pense qu’à faire avec des enfants et autres… Mais là, de voir ces personnes tout d’un coup parce que vous êtes euh vous faite du camping, vous êtes au bord de la mer, vous allez à la plage bah vous allez faire vos courses, vous faite à manger puis vous êtes avec ces personnes pour aller faire vos courses, pour faire à manger puis très rapidement un mot est apparu : leur donner des responsabilités, les responsabiliser. Voilà moi, je vous dis tout ça par rapport aux personnes déficientes parce que je crois qu’on leurs doit beaucoup, à ces personnes, ensuite par rapport à la psychiatrie. Ils nous ont appris beaucoup de choses, d’abord un parce qu’ils ont un rythme alors ils ont beaucoup de rituels, beaucoup d’aspects obsessionnels, comme nous du reste. Et puis à partir de là, vous savez c’est lent et il y a une application pour travailler avec ces personne c’est de découper tout. Vous voulez faire un apprentissage, nous on fait ça naturellement, mais avant de courir vous avez appris la marche et vous vous êtes peut être mis à quatre pattes ou sur le derrière pour avancer. Nous tous ça, nous on a oublié depuis et puis tous nos comportements, enfin tous ceux qu’on a intégré comme ça. Vous êtes avec une personne déficiente intellectuelle, faut refaire le chemin inverse parce qu’il faut commencer par adapter l’environnement pour que la personne puisse faire ses apprentissages très modestement puis certains font des apprentissages. C’est extraordinaire a voir, alors c’est eux qui nous apprenaient notre métier en même temps. Puis automatiquement si tout ça vous le découvrez et vous vous dites : « mais allons, faisons un pas de plus avec ces personnes », d’où l’histoire du logement, d’où après l’histoire du travail. Mais là, à cette époque toutes les résistances se mettaient en place automatiquement. Ce qui est bon pour eux c’est l’institution! &lt;br /&gt;
C’est extraordinaire mais vous vous êtes pris là dedans, dans ce modèle, moi j’étais pris. J’ai relu des textes, avant notre rencontre ce matin, il y a des choses je me dis : « mais attends Alain, t’a osé écrire des choses comme ça, t’allais pas au bout de ton idée ou de ce que tu voulais parce que tu fais parti du système, tu veux bien le déranger un petit peu mais jusqu’où ça va aller ? Et puis, c’est que petit à petit les choses se sont mises en place. Alors à partir de là, si vous voulez, c’est toute cette première partie qui moi me semble importante et est ce qui m’a fait créer à Caritas, ce qui existe je crois encore, ce qu’on appelait le secteur pour personnes handicapées. Donc vous savez, c’était à Caritas Jeunesse du premier responsable pour les séjours de vacance puis on a crée le secteur pour personnes handicapées. Ne me demandez pas la date je suis incapable de, je pourrais peut-être la retrouver mais… simplement pour continuer cette démarche. Et pourquoi Caritas ? Simplement parce que dans mon parcours à moi, j’avais des amis du quartier ou autre et puis je connaissais de Caritas et de pars la paroisse et tout ça, toutes ces choses sont nées comme ceci. Mais il y avait une idée derrière, qui était de sortir de l’hôpital, donc d’avoir une institution qui n’est pas une institution psychiatrique et je pense que ça c’est un point extrêmement important. Mais vous savez, on pense que on va faire des miracles et moi la même chose. J’ai aussi pensé que l’hôpital psychiatrique, et puis je continue à le penser aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose d’excellent pour les soins à longue durée. Pour quelqu’un qui se trouve en situation de crise et je ne crois pas à l’hôpital, je pense qu’il vaut mieux comme ça a été fait, ici à l’hôpital cantonal, il y a un secteur pour la psychiatrie adulte pour accueillir les personnes en situation de crise, où comme ça s’est fait en Italie avec les centres de santé mentale, on y reviendra quand on parlera de la psychiatrie avec Basalia, Franco Rotelli.  Et puis, au niveau des personnes déficientes, ok, on avait enfoncé un coin Caritas… le secteur pour personnes handicapées mais c’est une institution, c’est énorme Caritas, c’est sur le plan Suisse, sur le plan international et autre. Et derrière, alors on revient dans l’histoire il y a tout cet état d’esprit de charité. Okay. Je pense que c’est un mot extraordinaire mais qui était très, très mal utilisé et moi je crois que la question n’était pas comprise. Quand je dis la question, c’est que ces personnes ont le droit de citer. On n’est pas là pour les assister, pour leur faire la charité et puis pour simplement leurs donner à manger ou autre, non, ils ont des droits. Et ces droits, et si vous regardez la charte des personnes handicapées, c’est extraordinaire tout est dit dedans, dans les différents articles. Elle a besoin d’être un peu mise à jour même en terme de vocabulaire, parce qu’on parle d’handicapés, on parlait même pas de la personne à l’époque, ce n’était pas considéré comme des personnes. Moi ce que j’ai appris c’est que c’était des animaux, ce n’était pas comme nous. Et pourtant, ces gens là, lorsqu’il y a la rencontre et puis j’ai écouté ce que disait Jean Valse ou ce que disait Raymond Uldry quand il parlait de sa fille. C’est extraordinaire, je veux dire et je crois que c’est à écouter ceci, et de voir la manière dont ces personnes ont leur place, mais parce que, il faut que j’entre en matière… elles ont quelque chose à m’apprendre ce n’est pas que dans un sens, c’est dans la réciprocité qu’on n’avait pas, quand on avait le club du Mercredi ou les vacances au point de départ, c’est des choses qu’on a découvert.&lt;br /&gt;
Ca c’est le point de départ de la sociothérapie  et ce service de sociothérapie moi je l’ai développé. Je l’ai développé, je l’ai quitté en quatre-vingt-trois parce que…, simplement pour d’autres engagements. On le verra après avec la mise en place de Trajet, il est difficile d’être partout et puis il y avait le lieu d’accueil le Quatre. Avec le professeur Eisenring, comme je vous l’ai dit, on avait la recherche mais en même temps on faisait savoir. Lui il écrit énormément, moi je ne suis pas très doué pour ceci, mais j’ai participé, j’écrivais aussi mais ce n’était pas tellement ma tasse de thé je suis plutôt un praticien. Mais je m’y suis mis, je trouve ça très intéressant de poser des mots et d’être capable de les fixer à un moment donné même en sachant qu’ils n’ont de valeur qu’aujourd’hui, au moment où vous les écrivez, après les choses évolues. Et moi je me suis retrouvé dans cette situation, d’écrire mais avec beaucoup de peurs de figer les choses parce que je les voyais évoluer dans la pratique et en même temps les figer c’était nous donner l’occasion de poser des hypothèses de travail et on a fait ça constamment. À cette période là moi j’ai commencé à apprendre un peu mon métier. Ce n’est pas tellement à l’école que j’ai appris, à l’école Pahud, même si je suis très satisfait de ce qui s’y est passé. Mais je veux dire on nous formait pour être à l’intérieur de l’institution, c’est tout. Et ça, c’est un sacré piège. On n’était pas là pour nous former, pour faire en sorte que les personnes deviennent des personnes et mettent en place leur projet de vie. Quelque soit le… On aura peut être l’occasion, beaucoup plus tard, de… je pourrais vous raconter une ou deux histoire de personnes grabataires avec qui ont a mis en place des projets de vie. Personnes grabataires qui étaient à Bel-Air, attachées, les mains, les pieds. Et quand vous voyez que ces personnes, je fais juste une petite parenthèse parce que moi c’est ce qu’elles m’ont appris, je ne vais pas conter cette histoire parce que ça prendrait  trop de temps mais c’est de découvrir qu’elles ont des talents que moi je n’ai pas, elles n’ont pas ce que j’ai mais elles en ont… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrine &lt;br /&gt;
Au bureau de M. Dupont, le 31.10.2012 (Deuxième partie de l’entretien. Enregistrer à partir de la 45ème minute).&lt;br /&gt;
Cette personne aveugle ne parlait pas, simplement elle avait trouvé des moyens de s’occuper,  parfois l’automutilation c’est aussi ça. Ce n’est pas simplement que dans la tête, faut bien que je m’occupe. Vous savez, être dans un lit 24h/24h ce n’est pas très drôle. Moi j’avais découvert cette femme, tout à fait par hasard, et puis grâce à une autre femme, qui était là avec moi quand je faisais la rencontre de cet avion ( ? ), j’enseignais l’observation et puis les gens me disaient : tu es un peu secoué avec ce que tu nous dis. Viens voir la clientèle, il ne savait pas mon histoire et puis que j’en connaissais un petit bout. Simplement en faisant le tour, je vais l’appeler Marie, quand on est allé lui dire “bonjour“, elle a eu des mimiques sur son visage. Deux choses : tiens, il y a eu une nouveauté, ce n’est plus le même son de voix, et ma collègue avait un parfum, je ne sais plus lequel, et elle, elle avait perçu cela, à partir de cet élément là, vous pouvez construire un projet de vie. Et cette personne a le droit d’avoir un appartement ici, et d’avoir son projet de vie, et évidemment, dans sa situation, avec un accompagnement pour toutes les choses où elle a besoin d’être accompagnée. Mais il y a des choses je vais vous dire, je vais simplement prendre l’odorat parce que moi j’ai découvert cela avec les personnes comme Roland, aller faire le marché de Plainpalais ou faire le marché de Provence ou aller à la criée à Cherbourg, vous n’avez pas les mêmes odeurs, pas les mêmes bruits, les mêmes environnements, ça change tout. Et votre vie après, vous devez faire des choix, elle, avec le développement de son odorat, elle s’est mit à faire de la cuisine parce qu’elle est gourmande… et c’est ce que je disais, le découpage, tout ces gens me l’ont appris mais vous verrez que pour la psychiatrie, c’était extrêmement important. Le découpage c’était de dire, vous savez sur cette terre il y a un millier de sorte de pommes, elles n’ont pas toutes le même goût. Chez nous, il n’y en a pas beaucoup, c’est 5 ou 10 sortes. Vous verrez quand psychiatrie j’ai monté une petite entreprise avec le QUATRE, où on travaillait il y avait mille pommiers, et il y a une personne comme cela qui a travaillé là, je vous expliquerai cela parce que c’était aussi  avec la notion du travail. Mais en même temps, Marie nous apprend qu’elle est capable de choisir ses pommes, vous allez au marché, si vous ne la mettez pas en situation,  moi, c’est ce que j’ai appris, c’est l’expérience, c’est leur donner la possibilité de vivre des expériences pour que ces personnes puissent prendre leur responsabilité et faire leur choix. Les pommes il y en a plusieurs sortes et bien, elle peut les sentir, mais ensuite vous savez, même pour éplucher les pommes, ça existe depuis des dizaines d’années, ce petit appareil, comme elle avait la mobilité au niveau de ses membres pas de souci, elle pouvait éplucher les pommes et quand vous cuisez une tarte aux pommes chez vous, vous faites pas ça chez vous ? si… ça a une odeur… et Marie elle peut partager sa tarte aux pommes. Elle apporte quelques chose à la communauté, elle peut recevoir les membres de sa famille et puis avoir fait une tarte aux pommes, même si ma foi, elle n’a pas la motricité avec ses jambes, c’est pas bien grave cela, c’est même jamais grave.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’arriver au sujet concret du QUATRE, vous parlez des sorties au Bastion, au marché et les personnes avec qui vous partez en campagne, toute votre vie vous avez œuvré pour une certaine catégorie de personnes, à savoir les personnes dite déficiente, physique, mentale, psychiatrique et autre et je me posais la question, à savoir quels sont les liens que vous avez tissé avec ces personnes quand elles vous ont appris des choses, vous disiez justement, elles vous ont permis de voir les choses différemment,  de passer de la théorie à la pratique et vous absorber de ces personnes, et qu’elles ont été les apports de ces rencontres et à quel niveau ? Est-ce que c’était plus personnel, plus dans les recherches à venir comme vous étiez en train de faire avec M. Eisenring en parallèle ? Ou est-ce que c’était au niveau humain que vous avez appris des choses sur vous ou sur les autres de manière général ? Plus se situer sur ces personnes et qu’est-ce qu’elles vous ont apporté ? Et peut-être même au final, vous ont aidé à construire le QUATRE ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le QUATRE, ce que je fais aujourd’hui ce que je suis aujourd’hui. Merci de votre question parce que je crois qu’elle est importante. Moi je crois que pour pouvoir travailler, mais rencontrer ces personnes j’ai dû m’ouvrir à moi-même. Je pense que ça, ça a été un point extrêmement important, c’est-à-dire m’interroger sur moi, sur qu’est la vie, sur c’est quoi mes valeurs, et je pense que ça c’est un point important qu’elle m’ont apporté parce que.. vous savez, moi j’avais appris qu’il y avait le bien et le mal, vous savez ces choses là. J’ai eu une éducation religieuse, catholique, qui fait qu’il y a le bien le mal, et puis le pêché véniel et mortel, je crois que je les ai pratiquement tous fait à part tuer du monde, parce que c’est bon la transgression, et puis ces personnes m’ont appris la transgression, m’ont appris l’humain, mais m’ont appris le fait que, là attend, Alain tu es qui dans cette situation pour te permettre de juger? Et pourtant, c’est important de porter des jugements, parce qu’il y a que comme cela qu’on peut construire aussi des relations. Enfin quand je vous vois, et c’est la même chose pour vous, simplement vous portez un jugement sur qui je suis, moi sur vous, mais simplement parce que je vous vois, je vous regarde et autre, par ce que je suis, et quand je vous vois, je me vois, vous êtes un miroir et les personnes, c’est d’accepter que ces personnes déficientes étaient un miroir pour moi. Donc est-ce que j’ose prendre le risque de m’interroger et d’oser prendre le risque qu’elles ont quelque chose à m’apprendre. C’est quelques chose qui m’est resté, donc oui j’ai rencontré des personnes, il y a des personnes avec qui je suis toujours en lien là aujourd’hui. Il y a des personnes que je n’ai jamais quitté comme relation, certaines oui, ça a disparu comme beaucoup de relations. Dans ma vie j’ai croisé des centaines, miliers de personnes, de part mon activité et puis certaines sont devenues des amis, et puis chez ces personnes, la même chose, simplement on ne partage pas toujours comme… je vous en parlerai quand on parlera d’ici et maintenant, moi j’ai des amis qui étaient là hier, je veux dire avec qui on partage le quotidien mais ces personnes… votre question est intéressante car il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres, rencontrez ces personnes, partagez des moments, soyez des amis! Il faut, c’est ce que j’ai appris et continue à mettre en place, balayer devant sa porte, mais en même temps faisant l’expérience avant de dire à d’autres de la faire comme professionnel, parce qu’il ne suffit pas d’être dans un bureau, il faut oser partager un repas et boire un verre avec mon ami Juan, qui habite juste en face et puis aller chez Servette, là à côté, et puis boire un verre avec lui et partager son quotidien, ou avec Patrick, même si ces personnes, parce que la vie est faite comme cela, les systèmes sont fait comme ça… Là, aujourd’hui, on retourne à l’enfermement et ces personnes, aujourd’hui se retrouvent en institution, c’est triste au possible, mais on est impuissant face au système, et je pense que c’est important de le savoir. &lt;br /&gt;
Avec le professeur Eisenring, on proposait logement, habitat, loisirs et autres. Il y a des choses qui continuent comme ceci mais on a créé des grandes institutions toutes ces dernières années. Et je pense que c’est quand même important de le savoir, oui c’est beau, à Genève on a énormément d’argent mais moi ce que je vous dis je l’ai réalisé, je l’ai proposé à des amis. Ils ont découvert au travers du club du mercredi, des vacances, il y a eu des rencontres, des vraies rencontres dans la vraie vie, comme ça peut se passer avec vous, des personnes de votre entourage, de votre quartier, ou comme ça, dans un tram, vous croisez un regard et vous tomber amoureuse, et puis à partir de là, moi j’ai des personnes aujourd’hui, vous imaginez, des années après, qui continuent à se voir, sont devenues des amis parce qu’ils partagent des repas une fois par semaine en famille, parce que la personne handicapée était pendant des années seule et autre, ça fait des années que cela dure, mais tiens, j’aimerai me trouver un logement, la personne fait marcher son réseau et autre, et je pense à une personne Patrick, il était en institution et ensuite en foyer et ensuite en logement, il a voulu déménager, il a fait marcher son réseau, c’est-à-dire les amis, comme vous et moi. S’il va se présenter dans une régis vous oubliez… on lui ferme la porte sur le champ. Et là je ne parle même pas de personne psychiatrisée, mais avec sa dégaine un peu tordue quand il marche sur le trottoir, c’est un homme extraordinaire, vous pouvez le rencontrer il prend son café le matin au début de la rue de Carouge. On se croise, on discute et autre, pas de souci. Oui des rencontres réelles, sur le plan humain, de personne à personne, c’est à dire que l’on a des choses à partager en terme d’émotions, de sentiments, des choses de la vie, moi je crois que c’est ce qui me permet de réussir ma vie, c’est la rencontre avec autrui, parce que autrui vient m’interroger. Est-ce que je suis capable de m’interroger par des personnes qui apparamment sont, peu ou gravement touchées.  Si je me laisse touché par ça oui, pas de souci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourrions nous revenir sur le QUATRE ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça me semblait important les prémisses, vous comprenez, parce que la psychiatrie, vous savez, c’est un monstre… avec des professeurs, des docteurs, des médecins-chefs, des chefs de clinique, des infirmiers, des concepts, des DSMIII, IV, je crois qu’on est au V là maintenant qui augmente chaque fois parce qu’on définit les maladies, et puis il y a les malades et nous ! et avec Jean Jacques Eisenring on était au CPSU, Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, c’est intéressant en terme de désinstitutioNnalisation parce que psychothérapie institutionnelle, la biologie, et puis là on reparlera du professeur Tissot à qui on a confié ce secteur là, même quand il y a eu l’affaire d’Alain Urban, toute la structuration, je l’ai ici dans un texte. On lui confie après toute la chaire de biologie et puis Bierens de Hahn, tout ces gens qui avaient d’autres visions. Et avec Eisenring on a donné des journées d’études, on a présenté nos expériences avec les personnes handicapées mentales et le professeur Garonne, qui était en charge du CPSU. Il y avait deux personnes, le professeur Enal, il était plus branché sur psychanalyse, et puis le professeur Garonne sur tout ce qui était psychatrie sociale. Ils étaient là les deux lorsque nous avions fait cette journée d’étude en 1975 et puis, Garonne, quand il a entendu ça, c’est un homme extraordinaire, en politique et autre… misère pourquoi pas faire ceci avec des personnes dites chroniques de Bel-Air ? Moi j’ai reçu un coup de téléphone, il y avait Jean-Claude Droz, qui était le directeur administratif du centre psychosocial. Là même chose qu’avec Einsenring, on s’est rencontré, on est allé manger ensemble… Est-ce que tu serais prêt à mettre en place la même chose que vous faites, on parlait du club du mercredi avec des personnes venant de la psychiatrie adulte dite chronique ? J’en connaissais un petit bout, là j’ai parlé des vacances et autres ,mais un champ que j’avais développé, ça va un petit bout sur le champ de ma formation artistique, j’avais développé tout le côté artistique des personnes handicapées mentales, à l’époque, et entre autre avec une artiste Françoise Regamet et on avait mis en place des ateliers, et quand j’étais à Bel-Air en sociothérapie, mais psychiatrique, pas avec les personnes déficientes intellectuelles, j’avais travaillé à Chougny, il y avait un pavillon en dehors de la clinique, tenez vous bien… vous allez comprendre, ça va rejoindre le QUATRE, on avait exclu les personnes dites chroniques à l’extérieur de la clinique, on les avait mis dans un pavillon a Chougny, vous savez le village… et il y avait une très belle maison de maître. On était de nouveau dans les soins et autres, et moi j’avais travaillé avec eux, avec ce que l’on trouvait à l’époque, j’avais trouvé de la peinture, et autres, toutes sortes de choses et autres, des dessins, on avait même fait une exposition pour dire venez voir ! Je crois que nous avons eu une personne quand même, c’était sympa…qui était venue de Bel-Air. Mais bref, nous nous avions eu notre plaisir et Garonne dit : Avec toutes ces personnes et les pavillons de Bel-Air, est-ce que nous pourrions mettre quelque chose en place d’eux-même ? Vous savez moi je suis plutôt un homme spontané pur, qui aime un peu l’aventure, je sais que j’avais dit oui, mais sur le champ, un peu inconscient quand même. Alors on va réfléchir ensemble et c’est comme ça que dans les années 75-76, une réflexion s’est mise en place, eux savaient aussi que je continuai de travailler à Caritas, j’étais formateur, professeur à l’institut d’études sociales et puis, à ce moment, on s’est dit mettre en place un lieu d’accueil, on a appelé ça comme ça, mais on voulait un lieu démédicalisé et dépsychiatrisé. &lt;br /&gt;
Garonne voulait un lieu démédicalisé, hors des soins, c’était sa vision même comme psychiatre, la psychiatrie sociale appartient aussi à d’autres personnes qu’au médecin psychiatre et aux infirmiers, je pense que là, ça me convenait, et on ne mettra pas cela en place, comme il existait à Bel-Air la sociothérapie au pavillon des Lilas, on mettra cela en place à l’extérieur. Comme j’avais le club du mercredi qui se passait au Pâquis, j’ai essayé de négocier avec Caritas, et les personnes qui étaient là à l’époque pour dire, est-ce que vous seriez d’accord ? les locaux qu’on utilise peu, c’était des locaux vétustes quand on les a pris, qui appartenaient à la paroisse Notre Dame mais qui étaient inutilisés depuis des années. Et puis, on a écrit, on a essayé de vendre notre histoire en disant on a besoin de vous Caritas, ce n’était pas l’aspect catholique, c’était simplement parce que l’expérience avait déjà été faite avec les personnes handicapées mentales eux ont été d’accord pour une année, et le centre psychosocial louerait les locaux, 5000 frs par an et puis. Eux on été d’accord qu&#039;à l’intérieur il y ait le club du mercredi qui n’avait rien à voir avec le QUATRE. Ok ! On a mis cela en place pour les personnes, et le même mécanisme s’est fait, les personnes venaient de Bel-Air mais on avait cette idée dans ce que nous avions imaginé de faire venir les gens du quartier, c’était dans les objectifs. Ce n’est pas quelque chose qui s’est produit au départ. D’abord un, je pense que cela c’était une erreur, de faire rentrer les gens du quartier dans une institution plutôt que nous d’aller vers l’extérieur. Et le lieu d’accueil du QUATRE, nous avions aussi imaginé les permanences, en dehors, et volontairement, ce n’était pas toute la journée. Vous savez, la psychiatrie de secteur avait mis en place des ateliers protégés, des centres de jour, des centres d’occupation sociale, le COS, et même après il y a eu une plateforme, et à partir de là, on fait une permanence le midi de 11hoo à 14hoo et le soir dès 17hoo. Pourquoi on avait déjà cette idée, on ne veut pas que cela empiète sur les heures d’ateliers ou de travail, c’est des rencontres, un moment de partage avec d’autres personnes, et voilà comment est né  le QUATRE, à partir d’un exposé qu’on avait pu faire et d’un travail  et d’un intérêt et ce qui est intéressant, qui va bien avec les universitaires et les politiques justement. &lt;br /&gt;
Ok, on met ceci en place, pour une année après on verra, c’est génial, je saute sur l’occasion. Comme j’étais à l’IES, j’avais une équipe d’étudiants de travailleurs sociaux, un peu bouillonant, qui faisait la révolution à l’institut , moi j’étais là comme enseignant, et l’école d’assisants sociaux, m’a demandé de faire avec eux, car j’ai une formation dans ce domaine, de regarder la dynamite de groupe,  et de faire l’enseignement et à un moment donné j’ai donné l’idée à cette classe, que j’allais ouvrir un lieu et que si des étudiants voulaient faire un stage, pas de souci. Je me suis organisé avec l’institut, j’étais leur praticien formateur. Il y a 6 personnes qui ont décidé de faire leur stage, et le 4 janvier 1977, on a ouvert ça au 4 rue des Pâquis, voilà pourquoi, c’est aussi simple que ça, on n’a pas chercher midi à 14hoo. L’immeuble où on a commencé a été détruit puis reconstruit, et simplement on a entamé avec nos permanences, et quelques personnes ont commencé à venir, et souvent on les descendait de Bel-Air, il y avait un service de transports, avec l’écriteau sur le côté comme ça on sait qui c’est qui vient! En terme d’image c’est assez intéressant. Et c’est extraordinaire ce qui s’est passé à ce moment parce qu’on se retrouve avec des personnes, ça n’a plus rien avoir avec la déficience intellectuelle, on a des gens brillants qui ont fait des études, des apprentissages, il y en a qui sont institutionnalisés ou qui sont à l’hôpital depuis 10-20 ans, il y a une personne ici, j’ai son dossier complet, et ceci rejoindra votre question, par ce que c’est elle qui m’a appris mon métier. Avec des gens, sous médication, avec des gens qui là, viennent voir, et on les rencontre, on s’assoit, partage un repas, on s’était installé un petit bout de cuisine, c’était modeste mais ça a eu un impact assez important au niveau des personnes mais aussi au niveau infirmier et médical. On s’était fixé une règle, il ne venait pas mettre les pieds dans ce lieu, car ce n’était pas un lieu de soins. Je crois que cela était important. Et là très rapidement ces personnes ont exprimé des désirs, besoins, et qui étaient par mon ami J-P : Ecoute Alain, toi tu as des amis, un appart, un job, moi j’aimerai vivre comme toi, quand on vous dit… Moi j’ai honte, je lui ai dit, mais soigne toi, quand ça ira mieux on verra ! J’ai honte… Vous savez ce qui m’a répondu ? Alain, ça fait 35 ans que j’essaye de me soigner ou que je me soigne, et vous êtes mal avec ça. C’est là qu’on vous renvoit des questions. C’est vrai mais est-ce qu’on peut se soigner à l’hôpital et vivre à l’hôpital ? là dessus il avait raison, c’est tout d’un coup il vous renvoit des choses de la vrai vie, c’est-à-dire ce que vous vivez. Mais vous, comme on est dans la psychiatrie, et je vais parler des peurs avec les personnes déficientes, là vous avez encore les chocottes, parce que des crises il y en a eu. Des gens qui ont tout cassé, des gens qui vous agressent, et ça c’est nos mots, ce que l’on s’aperçoit, c’est que nous étions pas capable d’être à l’écoute réellement de ces personnes et de leurs besoins, il ne suffit pas de les nourrir et d’avoir un toit. &lt;br /&gt;
Alors, avec l’équipe du QUATRE, c’était extraordinaire, on faisait un point systématiquement. Mais tous les jours étaient notés les informations, j’aimerai remettre la main dessus. Il y a des observations de toutes les personnes et une fois par semaine, on s’arrêtait un après-midi pour remettre toutes ces choses, et pour savoir où on allait. Et en même temps comme c’était un stage, ils avaient des comptes à rendre à leur école. Une des choses qui avait été dit à la direction administrative, au CPSU et à Bel-Air,  si l’expérience est positive, on continue. En juin, on fait le point, un rapport avec tous le monde, la direction administrative mais en 6 mois, vous ne pouvez pas changer quelque chose qui a pris 35 ans, une personne a pris 35 ans pour essayer de dire que effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade, qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre, mais plus elle poussait des cris, plus elle voulait se faire entendre, et plus on médicalise parce que vous voyez bien, elle est en crise. On a vécu toutes ces choses là, et pourtant il y a eu une évolution, on est parti en vacances, je vous dis pas, j’avais entraîné cette équipe à partir en vacances, à Rochefort du Gard. On arrive à Rochefort du Gard avec toute l’équipe du QUATRE, et une dizaine de personnes dites malades mentales, on avait loué là-bas une petite maison. La personne vient nous ouvrir. A la personne décrite comme la plus folle: &amp;quot;Bonjour, parfait, vous êtes arrivés, entrez, je vais vous montrer que vous puissiez installer les personnes&amp;quot;. On a commencé comme ça, c’était la personne la plus touchée, elle n&#039;avait vu que du feu, elle ne devait pas savoir qui était qui, ça devait être la responsable, on s’est regardé, comme ça, c’est ça les apprentissages, vous êtes là et vous vous dites là il se passe quelques chose. Je reviens… la direction administrative nous dit on arrête là, il n’y a pas d’argent. Alors là, pour ceux qui me connaissent je monte les tours, je deviens un peu mauvais, vous nous faites faire cette expérience, c’est pour quoi, écrire un article ?  Parce que là vous nous dites, il n’y a pas d’argent, d’abord un, vous le saviez avant, vous nous avez promis quelque chose là vous n’avez pas le droit de… Je veux dire c’était assez virulant, on s’est réunis à notre retour de vacances, on est en 77, fin juillet 77, on se retrouve toute l’équipe chez un des membres, on travaille toute la journée on fait quoi ? On va vous cherchez du travail, moi je dis, je poursuis qui poursuis ? Sans argent … tout le monde était partant, un engagement de ces gens là , pas dans la semaine des 35 hrs, on décide de poursuivre, à partir de là, on a annoncé à Bel-Air et au Centre Psychosocial qu’on poursuit. On poursuit jusqu’à décembre, et puis les gens non non, on continue. On a mis tellement les gens mal à l’aise que l’expérience était en train de grandir que 6 mois plus tard, on essaye de faire les fonds de tiroirs. Très bien, nous on est d’accord de vous payer de 6 mois en 6 mois. Les gens ont été d’accord d’avoir des contrats de 6 mois en 6 mois, et puis d’année en année, jamais de contrat fixe, c’était renouvelé tout le temps. Tellement mal à l’aise et au vue de la progression, voyant les résultats que les personnes pouvaient obtenir pour elle même, ils ont même décidé de payer le rétroactif. À partir de là, c’était important qur des gens puissent s’engager. Le lieu d’accueil s’est mis à vivre, s’est mis à être à l’écoute, de pouvoir rencontrer des personnes dites malades chroniques, c’était pour des incurables vous comprenez, parce que vous vous apercevez que personne n’y croit que ces personnes ont un potentiel, des capacités, peuvent modifier quelques chose dans leur vie. Mais il n’y a pas que les soins, il y a aussi les aspects psychosociaux, et il peut y avoir un partenariat qui se met en place sans créer la confusion… Mais vous y connaissez rien M. Dupont, vous n’êtes pas psychiatre, vous ne pouvez pas savoir le nombre de fois que je l’ai entendu, vous, les personnes la maladie mentale, stop, je veux dire, même si j’avais suivi les cours de Ajuriaguerra, Garonne, au même titre que font les personnes psychiatres en dehors de la médecine avant, je veux dire, je peux vous conter quelques anecdotes, on a rencontré des personnes, je pourrai vous citer des parcours de vie mais on voulait que le QUATRE puisse vivre, tout en faisant partie, mais en étant à l’extérieur,  du centre psychosocial, et on verra qu’il y a toute la naissance de TRAJET mais grâce aux personnes, nous ont aimerait bien avoir des activités et c’est comme cela que le potager de la Vendée à été mis en place au QUATRE, on en parlera la prochaine fois mais c’est le point de départ, mais c’est identique aux personnes handicapées mentales, là c’était des personnes dites chroniques dans un lieu démédicalisé, où on peut tenir compte des réseaux naturels qui existe au sein d’un quartier, au sein de la vie en général, voilà en deux mots. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mercredi 7 novembre Hôtel pension Silva&lt;br /&gt;
Diona : RETRANSCRIPTION :  7 novembre 2012&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dupont : L’hôtel pension Silva (on aura l’occasion d’en reparler) : cet hôtel qui était une entreprise, mais c’est la suite du Quatre et de Trajets et de T-Interaction, en tout cas un aboutissement aujourd’hui avec toutes les recherches que l’on continue de faire pour offrir du travail à des personnes en difficulté sociale ou psychosociale et en fait, c’est un hôtel qui a pris forme ces dernières années et puis qui a une particularité, c’est d’accueillir des personnes qui peuvent être en difficulté, il y a quelques chambres. Il y en a aussi pour les étudiants à revenus modestes et puis la majorité ce sont des touristes puisqu’on ne veut pas recréer un ghetto, mais c’est l’occasion pour ces personnes aussi de se rencontrer, de se croiser et parfois de prendre un petit déjeuner ensemble, je pense que c’est un point important, et puis, pour repérer peut-être aussi … mais comme tout ce que l’on fait aujourd’hui … mis en place. Ici, nous travaillons systématiquement sur le beau et après en termes d’esthétisme ou autre, il y a des goûts différents, mais c’est notre volonté, nous travaillons qu’avec des professionnels. Il n’y a pas de sociaux ou de psychosociaux qui se retrouvent ici à travailler à l’hôtel, ce sont des professionnels de l’hôtellerie, je pense que c’est un point important, et en plus, cet hôtel qui est aussi unique puisqu’il est adapté sur les 5 étages à des personnes à revenus réduits, et en plus, il y a des chambres avec chambres pour accompagnants attenantes pour des personnes à mobilité réduite, donc l’hôtel commence à être connu. L’établissement est utile entre autre sur le plan international et est fréquenté par des gens qui voyagent avec des personnes à mobilité réduite accompagnées. &lt;br /&gt;
Diona : A la fin de votre exposé sur le Quatre, vous avez parlé de démédicalisation, désinstitutionalisation : peut-on considérer la création de Trajets comme une stratégie, une sorte d’encouragement à la continuation de la mouvance antipsychiatrique ?&lt;br /&gt;
A. Dupont : Merci de votre question : cela permet de faire le lien avec ce qui a été dit la dernière fois avec la création du Quatre, lieu d’accueil et qui  avait été créé si vous vous souvenez en 1977. Mais c’est au travers de ce lieu que l’on a pu prendre conscience des besoins qui étaient exprimés par les personnes. Je pense que c’est un point important, parce que les personnes se disaient au travers des rencontres et c’est là que nous avions commencé les premières expériences en termes d’habitat ou en termes d’activités hors du lieu, et si vous vous souvenez, Caritas était impliqué dans cette action et a mis fin très rapidement après une année de fonctionnement, ce qui nous a invité à réfléchir comment nous pourrions poursuivre. Quand on parlait de démédicalisation, je pense que c’est un point important, pour qu’il n’y ait pas de confusion, ce n’est pas un lieu où il n’y a pas de médication, c’est un lieu où, et vous verrez qu’il y a même des incohérences parfois au travers de notre discours, de ce que nous mettons en place, mais par manque de moyens au point départ, mais c’est en fait que nous souhaitions qu’il n’y ait pas une équipe d’infirmiers qui fassent partie du projet. Je pense que c’est un point important, nous l’avions vu avec le Pr Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, simplement le fait d’avoir un lieu qui soit dans la cité, même hors des murs de l’institution psychiatrique, c’est dans ce sens là démédicalisation. Je pense que c’est important et puis Trajets va poursuivre ceci. En 1978, quand Caritas a décidé de mettre un terme à notre relation, je crois qu’ils ont eu peur de prendre ces risques là avec nous, mais très rapidement au travers de la réflexion, je pense qu’on est dans le champ de l’antipsychiatrie ou de la dénonciation de ce qui se passe dans les hôpitaux psychiatriques ou dans le champ de la psychiatrie. J&#039;ai eu eu la chance de rencontrer 2 personnes Jean Vannier, je pense que c’est un point important, qui avait mis en place des communautés pour les personnes handicapées mentales au point départ en créant l’Arche, j&#039;ai passé quelque temps, quelques jours à Compiègne en France. Jean Vannier est une personne qui vient du Canada et qui a réalisé toute son activité au départ à Compiègne en France, là maintenant sur le plan international, puisqu’on retrouve l’Arche dans tous les pays et en vivant avec cette communauté personnellement, cela m&#039;a ouvert les yeux sur le type de rapports, de relations qui pouvaient être créés avec les personnes. Mais il y a eu une autre chose, c’est que Tony Lainé, a sorti son film, «La raison du plus fou» et j&#039;ai été marqué par ceci, comme toujours parce que je ne peux pas m’empêcher de ceci , et je les a appelés et je les a fait venir ici à Genève, et on a passé plusieurs jours avec Tony Lainé et j&#039;ai même retrouvé mes notes, c’est extraordinaire, je ne savais pas que j&#039;avais conservé ceci, mais en travaillant j&#039;avais invité d’autres personnes qui souhaitaient passer ces quelques jours avec nous. Il y avait l’équipe du Quatre et les futurs professionnels du Trajets qui se trouvaient là, et Tony Lainé a été assez clair au niveau de la psychiatrie, sur la manière dont on peut prendre pouvoir, je reprends ses mots sur les personnes au travers du regard que l’on pose au niveau d’une personne dite psychiatrisée, je vais le dire comme cela que l’on ne leur donne pas tellement la parole, qu’on est pas tellement à l’écoute, nous avons commencé cela avec le Quatre, et en fait cela a pris corps et nous avons dès 1978 commencé à réfléchir avec différentes personnes, puis entre autre Lainé est reparti dans son pays, mais avec des personnes d’ici, mais ce qui est important et cela va dans le sens de ce que vous dites démédicalisation c.à.d. que nous sommes allés cherché des gens de la communauté tout de suite, cela allait de gens du politique, de gens de monsieur et madame tout le monde, qui fréquentaient aussi  le lieu d’accueil pouvant simplement venir passer un moment avec ces personnes. Nous nous sommes réunis, nous avons travaillé ensemble pendant une année pour pouvoir en même temps réfléchir, mais pour pouvoir dire quelle structure il est possible de mettre en place, je crois que c’est important, une structure qui permette la participation, qui permette la souplesse, qui permette de cheminer en toute liberté, je crois que ce que j&#039;avais appris entre autre à Trieste, avec Basaglia, parce qu’on voit à Trieste à un moment donné, sur un des murs de l’hôpital quelque chose d’extraordinaire : «la liberté est thérapeutique». je pense comme le dit Tony Lainé, je crois qu’il explique aussi cette part de liberté comme quelque chose d’essentiel dans la construction de toute personne. Donc, on a cherché une structure souple qui nous permette de faire ceci, on verra que la souplesse est parfois relative aussi. Mais en même temps à Genève, je pense que c’est important, avec l’ouverture du lieu d’accueil nous avions réfléchi, si vous vous souvenez aussi à ces questions liées à l’habitat, lié à l’occupation, à l’activité, et est né aussi le foyer Gevray, la responsable du foyer Gevray était une travailleuse sociale, mais c’était permettre à des personnes de la Clinique psychiatrique de Bel-Air de faire le pas et d’aller en foyer. Ceci en vue pour cela je le précise là maintenant, parce que vous verrez qu’à Trajets, avec la construction on a mis en place des possibilités de logement pour ces personnes, mais que les personnes fassent des apprentissages. On croyait à l’époque que le passage hôpital il y avait la nécessité d’aller en foyer, puis ensuite d’aller en appartement collectif, puis ensuite d’aller en appartement individuel, avec tous ces aspects là aujourd’hui, je pense que c’est une erreur, on aura l’occasion d’en reparler de cela. Mais n’empêche que c’était extrêmement important et la même chose était un lieu ce foyer aux Pâquis, et puis pas très loin du Quatre, et les personnes fréquentaient aussi le lieu d’accueil donc, c’est toutes les prémices, mais en même temps c’est pour cela que je dis qu’il y avait aussi des contradictions, on avait pas les moyens, un infirmier en psychiatrie avait été engagé à cette époque, il avait été détaché par Bel-Air pour l’animation psychosociale, s‘est il pas beau cela? une animation psychosociale ? Mais bon c’est comme ça ! Durant cette même année nous avions créé ce qu’on appelait le potager de la Vendée, c.à.d. un lieu de travail parce que, comme il y avait des besoins donc, on est toujours dans les prémices de Trajets, et vous allez voir l’importance que cela a pu prendre par la suite, c’est parce que c‘est ce qui a permis aussi de montrer que nous pouvions aller un peu plus loin que simplement le lieu d’accueil ou l’accompagnement psychosocial des personnes. Donc, on avait trouvé un terrain à Chêne-Bourg, mais je vais vous dire aussi pourquoi je veux dire en toute honnêteté, c’est parce que comme travailleurs sociaux, qu’est-ce qu’on sait faire de nos mains ? On s’est dit planter des légumes, je veux dire cela qui paraît assez simple, donc on a mis cela en place, on a trouvé ce terrain, on l’a défriché, on nous l’a mis à disposition, et c’est devenu le potager de la Vendée. Parallèlement, comme on faisait des travaux temporaires de vendanges, peinture, réfection de locaux, nettoyages, préparation des repas, on avait créé toutes sortes de petites activités qui n’étaient pas sur la durée, les vendanges, c’est le temps des vendanges, mais en même temps cela nous permettait de découvrir qui étaient les personnes, autrement, différemment comme le disait Tony Lainé, quel regard il est capable de porter ? Cela nous avait ébranlé quand même, toutes ces réflexions, et son film, je vous invite à le regarder, je pense que l’on peut le trouver encore aujourd’hui, et on avait parallèlement même mis en place un atelier vidéo autour de la formation, c.à.d. de pouvoir en même temps utiliser, cela se faisait beaucoup à l’école, et c’était un des premier atelier de vidéo ici à Genève, qu’on avait mis en place, et on le louait, c’est une manière de se faire de l’argent, mais en même temps de se poser avec les personnes, et puis de regarder un peu quels étaient nos attitudes, nos comportements, comment on s&#039;y prenait avec ces personnes et tout ça dans le monde ordinaire et dans le monde social et pas du tout de la psychiatrie. On a même, puisqu’on se trouvait au 4, rue des Pâquis, mis en place un atelier de réparation de meubles, je veux vous dire la petite histoire cela va vous parler, Caritas avait son dépôt de meubles vous savez comme la Renfile au CSP, qui se trouvait à la rue Plantamour, derrière la rue des Pâquis, en voyant tout ça je me suis dit, là il y a une occasion de faire quelque chose, on était aussi dans «le faire avec les personnes», mais pas uniquement dans l’entretien, parce qu’il y avait d’abord tellement l’habitude de ceci, parce que influencés par la psychiatrie, la psychanalyse et autre, la psychothérapie, enfin toutes ces personnes avaient l’habitude, et quand ils se contaient, ils parlaient mieux que les psychiatres de leurs maladies. Je crois qu’ils les connaissaient aussi bien sur le plan théorique, parfois en termes d’introspection, pour voir modifier quelque chose ou changer quelque chose de leur vie. On s’est dit faisons des choses avec ces personnes en vue de créer une relation, et on a mis en place cet atelier de réparation de meubles, qu’on a quitté après parce que, comme c’était en lien avec Caritas, c’est devenu le Carré qui avait mis en place (le nom me revient : M. Zanoli), avec qui on a créé ceci, et après cela a été repris puisque son nom est connu par Jean-Marie Viennaz, mais c’est pas lui sur le moment le Carré. Parce que le Carré c’était un sigle, je ne sais plus ce que cela signifiait et je pense que c’est important de voir ceci. Avec l’accompagnement à la vie sociale, l’organisation de vacances, de week-ends de loisirs en Suisse et à l’étranger, tout cela, c’était les prémices de Trajets. On avait du matériel pour travailler avec les personnes qui étaient d’accord d’entamer et de réfléchir sur la création. C’est comme cela que toute cette étude pour la création d’une association au travers d’un groupe de travail de recherches d’un futur comité, il fallait bien qu’on trouve des personnes qui avaient envie de s’engager, et on a créé le 19 juin 1979 l’association Trajets. On a créé alors, je vais vous le dire, les moyens qu’on avait, c’est pour ça quand je vois la différence avec aujourd’hui, dans la salle où l’on se trouve, on a créé cela autour de la table de ping-pong, parce que j&#039;ai toujours conservé cette image. Et à l’intérieur de cette première assemblée constitutive, et bien, il y avait toutes sortes de personnes, et monsieur et madame tout le monde, mais cela allait déjà dans nos valeurs des personnes, on les appelait des usagers du Quatre, étaient présentes et cela dès le point de départ, j&#039;ai voulu que les personnes concernées participent et soient présentes, parce que ce sont elles qui savent leur histoire, et le changement ne peut s’opérer que si elles sont actrices au sein de la communauté, mais aussi que ces personnes puissent être actrices du changement qu’elles veulent avoir pour elles-mêmes. Je pense que c’est un point important. On avait même des gens du département, je dis ceci parce que nous avions été cherchés des politiques, mais on avait entre autre le secrétaire général du département, qui aujourd’hui s’appelle l’action sociale, cela avait un autre nom à l’époque, et le secrétaire de ce département a joué une histoire, parce qu’il s’était implanté dans toutes les associations genevoises, mais on verra beaucoup plus tard, c’était aussi celui qui était le moteur de la destruction de Trajets ou de sa volonté à un moment donné. Tout cela pour des questions idéologiques, politiques, parce que comme je viens de vous le dire, nous souhaitions, nous ne voulions pas que ceci soit étatisé, et je pense que c’est important, donc on a créé cette association qui avait pour but la création, la gestion de secteurs destinés à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration à la vie sociale. Cela sont les premiers statuts, ce que je viens de vous dire maintenant de 1979 autour de cette table pour l’assemblée constitutive. Nous ne sommes pas allés chercher, il y avait des sociaux bien sûr, parce que d’abord c’était  mon milieu mais ce qui a été important,  c’est que la présidence avait été prise par William Lenoir. William Lenoir était juge à la cour, je ne le connaissais pas, mais c’est par quelqu’un qui était bénévole, et c’était son beau-père, je lui ai dit cela vaut la peine de le rencontrer, je prend son téléphone, je l’ai appelé, j&#039;ai souhaité le rencontrer et je lui a expliqué ce qu’on était en train de mettre en place. Ce qui est extraordinaire, c’est qu&#039;il n&#039;avait aucune connaissance de tout cela, mais il a accepté et il dira plus tard, parce qu’après, quand il a été remplacé pour des questions de santé à l’hôpital, juste avant de décéder, il lui a dit, parce que c’était extraordinaire qu’il avait modifié sa vie, changé sa vie depuis qu’il a découvert cela, et il avait même changé sa manière d’entrevoir les personnes quand il y avait procès. C’était fabuleux à entendre. Mais on ne le savait pas au départ, mais cet apport des personnes dites psychiatrisées à l’époque à la communauté, parce que tout un coup il a découvert des personnes, il a pas découvert que les malades, parce que par le regard que l’on porte, on pose une étiquette sur les gens. Ceux qui viennent au début, ce sont des malades, nous avons essayé d’aligner tous ces mots volontairement, mais cela a pris du temps, c’était extrêmement difficile parce que nous-mêmes sommes imbibés de ces choses là, il a dû transformer beaucoup de choses dans sa vie, dans sa vie personnelle, professionnelle, pour essayer de modifier, puis d’être un peu innovant c.à.d. de prendre des risques c.à.d. de sortir de la sécurité que nous offre les institutions. Pour lui c’est aussi cela la désinstitutionalisation, c’est partir en dehors des sentiers battus, prendre ce risque là. C’était extraordinaire de voir cette évolution, et on a repris dès cet instant là, toutes les activités qui étaient au Quatre, le potager de la Vendée, les week-ends, les vacances, les camps d’accompagnement, et pour pouvoir fonctionner nous avions du personnel, c’étaient des travailleurs sociaux qui étaient prêtés par les IUPG, car nous n’avions pas la possibilité de financer quoi que ce soit, on avait aucun moyen, et vous verrez combien c’est difficile, et puis, on se réunissait, on avait même pas de locaux, le Quatre existait comme lieu d’accuei,l mais Trajets tout d’un coup se retrouvait sans locaux et comme, … à Annemasse … on se réunissait toutes les trois semaines, parce qu’en même temps c’était un comité, et en même temps on réfléchissait à la mise en place de tout ceci. Donc, c’était en même temps un peu un comité exécutif. Je pense que c’est important de voir ceci. Personnellement j&#039;étais là comme bénévole, j&#039;ai constitué mon activité au service de sociothérapie, que j&#039;avais mis en place comme consultant et très rapidement en reprenant toutes ces activités il y en a une que je n’avais pas nommée, mais qu’on a arrêtée, parce que quand je disais qu&#039;on est parti avec ce potager de la Vendée, il y a une autre ou l’on faisait le marché aux puces, on vendait des frites, on faisait cela avec une personne, mais c’était l’occasion deux fois par semaine avec toujours cette idée d’être en lien direct avec la communauté. Ce dont nous étions aperçus au Quatre, lieu d’accueil, nous voulions que l’extérieur vienne au lieu d’accueil, c’est une utopie, c’est du rêve ceci. On pensait que les gens du quartier des Pâquis allaient venir. Au point de départ, ce sont nos amis, c’est nos connaissances, c’est nos propres réseaux qui sont venus, cela s’est élargi un petit peu mais très très peu. Donc l’idée c’est d’aller sur l’extérieur et de mettre en place des activités sur l’extérieur, c’est pour cela le marché aux puces, c’était quelque chose où de toute manière on était confronté avec des personnes, mais il y avait un lien étroit avec le Quatre. Il pense que c’est important, aussi parce qu’on a poursuivi, le Quatre a permis le lancement de l’association Trajets, mais en même temps il y avait des liens étroits, puisqu’on s’est retrouvé avec la même clientèle, en fait, puisque ce sont principalement des personnes dites psychiatrisées, dites chroniques qui venaient à Trajets, et c’était cette volonté là, d’offrir à ces personnes, on était pas du tout dans la convention, nous accueillons des personnes qui ont un très très long parcours ou passé psychiatriques. Cela aussi était une question, après nous sommes ouverts à toutes sortes d’autres personnes comme nous le faisons aujourd’hui. Mais je pense que c’est important, parce que nous avons découvert des gens qui avaient un syndrome institutionnel très très important, qui n’avaient même plus la possibilité de dépasser ceci. Syndrome institutionnel c.à.d. il s’est construit à l’intérieur de l’institution, c’est tout cela son cadre de référence et des repères, il ne peut même plus essayer d’imaginer ou de penser qu’il existe autre chose et qu’il pourrait peut-être penser autrement. Donc avec ces personnes nous avons poursuivi, en essayant très très modestement d’améliorer leur qualité de vie, je pense que c’est un point important, puisque on a poursuivi la démarche avec le foyer, également parce qu’on offrait habitat, travail, loisirs, vacances, culture, et si vous vous souvenez aussi dans l’atelier de sociothérapie, il avait mis en place aussi des ateliers de création, on va y venir puisqu’on en a créé un pour ces personnes là, et puis au niveau de l’habitat, il y avait un lien étroit avec le foyer. Mais comme je vous est dit, on devait passer par un passage obligé, c’est même contradictoire avec ce que l’on pensait, nous n’étions pas suffisamment à l’écoute des personnes, voilà ce que tu dois faire, voilà le parcours que tu dois suivre, je ne sais pas si vous vous souvenez, je dénonçait cela quand j&#039;étais à Cery, et pourtant, c’est tellement ancré en nous, puisque nous on sait, c’est pas eux qui savent alors que ce n’est pas vrai, mais maintenant on tenait le discours responsabilisez-vous, et en même temps on leur disait, voilà ce que vous devez faire pour réussir, grave, non ? Non, si je reprends des faits précis, c’est la honte d’avoir osé avancer des mots comme cela, et puis des choses qu’on entend encore aujourd’hui, et avec ces personnes, ce sont ces personnes qui ont construit Trajets, parce qu’elles étaient aussi au comité, puis on les rencontrait quotidiennement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sandra: &amp;quot;Dès 1981 parce que le quatre continuait à vivre et à Organiser l’asssociation, c’est que c’était quelque chose qui était devenu important parce que ça se chiffrait quand meme à des dizaines de personnes au niveau de quand on regarde les statistiques de la fréquentation. Et il y avait des listes &amp;quot; (environ 35 ème minute)&lt;br /&gt;
Sandra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981 parce que le quatre continuait à vivre et à Organiser l’asssociation, c’est que c’était quelque chose qui était devenu important parce que ça se chiffrait quand meme à des dizaines de personnes au niveau de quand on regarde les statistiques de la fréquentation. Et il y avait des listes d’attentes. Quand je regarde ceci, je me dis, c’est un peu bizarre d’écrire des attentes mais c’est vrai qu’on avait pas les moyens et qu’il n’y avait rien d’autre à Genève. Je pense que sur le plan de la psychiatrie il y avait les ateliers protégés de la rue Modoir et de la au boulevard divoit, je ne sais pas si vous avez connu ces choses là ; simplement c’était François Grasset qui avait mis ça en place . son nom me vient là maintenant. Qui était un psyciatre et François Grasset qui avait fait la mise en place lui a développé tous les ateliers protégés d’occupation et protégés. Mais quand on allait voir ceci et qu’on était dans l’occupation entre 9h et 15h ou entre10h et 16h c’est des choses de cet ordre là de nouveau avec des sociaux comme nous la seule différence c’est que nous on était implentés dans l’environnement et qu’on avait pas dans le même atelier 20 ou 30 personnes je pense que là il y a une petite nuance mais ce qu’on a fait c’est qu’on a négocié aussi avec les UPG pour avoir un minimum d’argent c’est-à-dire par le biais de professionnels. Et on 1981 eh ben les UPG nous ont fait un prêt important, à l’association Trajet je pense que c’est important de signaler parce que ça montre aussi  l’intérêt qu’ils portaient à ceci. Ils ont fait un prêt financier que l’on devait rembourser un jour, il n’a jamais été remboursé enfin ça a été écrit mais parce que c’est devenu un don vous connaissez les institutions, je veux dire quand vous avez changé d’année c’est plus dans les comptes je veux dire c’est des choses qui disparaissent. &lt;br /&gt;
En même temps nous avions commencé à créer aussi un des baraquements on était vraiment sous équipés vous comprenez dans l’église st François à plainpalais ça vous dit quelque chose, ils existent toujours ces baraquements il y avait des baraquements derrière l’église qui étaient inoccupés moi j’ai été voir les responsables de l’église et on avait pu prendre ces baraquements et c’est là qu’on avait créé aussi un secteur de travaux de bureaux mais en même temps ça faisait toute l’administration de trajets et au moins on avait un bureau qui était à notre disposition donc c’était un secrétariat puis qu’est devenu un, c’était un secrétariat fait avec des bénévoles je pense que c’est le point de départ de cette organisation où le bénévolat était extrêmement important. Mais avec des gens compétents dans le domaine parceque vous avez besoin d’une comptable, vous avez besoin d’une secrétaire .&lt;br /&gt;
Ce qui est aussi important c’est qu’on a commencé nos premiers contacts avec l’office général des assurances sociales, que ça c’est une longue histoire avec Berne pour essayer de leur dire voilà ce que l’on met en place mais il faut que vous sachiez que dans la loi de l’ai et dans les articles 74 et 73 le mot psychiatrie n’existe pas , pas avant 98 et je pense que c’est important de savoir ça parce que c’était un combat, pour dire alors les gens étaient à l’AI oui mais attendez ce n’est pas des handicapés mentaux, ce n’est pas des handicapés physiques, c’est pas parce que vous pourriez faire le parallèle avec euh ce que Jean Wahl expliquait um dans la création de l’association pour de parents pour  et d’amis de personnes handicaps mentales ou celle de clairbois c’est la même chose c’est une association de parents qui a mis ça en place et pour eux il n’yavait pas trop de difficultés pour trouver les fonds. En psychiatrie attendez on est dans les soins vous comprenez et c’est là que tout d’un coup cette histoire de milieu médical revenait sur le tapis. Parce que vous avez à faire à des malades là on a il a fallu se battre moi le 33 rue Fingestrasse je le connais par cœur je sais où on prend le train à Genève  et où on atterrit à Berne j’y suis un bon nombre de fois, je les ai fait venir pour qu’ils comprennent et vous savez on avait aussi des personnes je pense à le aux travaux de bureau (tousse, pardon) dans les travaux de bureau on avait une personne qui venait travailler 	c’était une belle femme comme vous et qui vient travailler ici ça se voit en quoi que cette personne a des difficultés quand ils sont venus il la voyait travailller elle était dans une phase absolument extraordinaire c’est une femme qui était maniaco-dépressive et qui était attachée à un radiateur complètement prostrée dans un coin quand moi je l’ai rencontrée la première fois avec des gens qui sont de l’ADUPSI, la MPDINA et c’est lui qui m’avait appelé « j’ai quelqu’un ici moi je pense que on peut faire autre chose que simplement une vie à Bel Air. Alors je suis allée la voir j’ai dit mais ou lala, il fallait la voir qu’elle était mais prostrée dans un coin je lui ai dit bonjour on a échangé quelques mots . J’ai revu MEDINA juste après je lui dit « mais attends voir elle peut sortir » « mais bien sur pas de souci »et  je lui ai fixé un rendez-vous dans le bistrot à côté de Bel air, au début de l’avenue de Bel Air. Elle est venue. Le comportement était totalement différent . Mais quand vous la voyez à Bel air vous la voyez au bistrot c’est comme ça qu’on a commencé son projet c’est une personne qui a fait un apprentissages d’employé de commerce par la suite qui éatit dans un des appartements dit communautaire et cette personne leur phase (XXX)ils la voient en santé sur le moment « monsieur Dupont vous êtes en train de nous conter des histoires, je veux dire ces gens là peuvent travailler »et puis ils venaient inspecter deux trois fois par année on avait des, au début par le subventionnement. Mais quand ils sont revenus mais « elle est où la personne que j’avais vu » « ben là elle avait été en crise elle se  trouvait à Bel Air ». Là un petit déclic s’est fait quand même. Et je pense que c’est important parce que il a fallu se battre tout au long, ça c’est des faits importants pour faire reconnaitre le fait que ces gens là ont des droits. ont le droit de cité. Ont des mêmes droits que moi par rapport à, à leur, à leur vie. Et puis ben le PHASE petit à petit est entré en matière parceque c’était des conventioons mais je dois dire que j’ai eu la chance de rencontrer là-bas entre autre un responsable qui était extraordinaire qui lui avait pigé alors est-ce qu’il avait un membre de sa famille ou une connaissance et il m’a donné les clés sur comment rentrer. Je ne vous dit pas, je n’ai jamais dit à personne je ne suis pas sur que je le dirais masi un jour et c’est grace à cet homme si nous avons pu entrer à LEPHASE et créer des postes à partir de l’année 1983. Il m’a donné une clé sur comment entrer en la matière c’était extraordinaire il avait tout pigé. &lt;br /&gt;
INterventiojn de Sandra : je me permets de rebondir (mais oui) sur le droit de cité que vous venez juste de citer à l’instant. Un peu auparavant vous mentionnez puis vous insistez un peu qu’on tenant à ce que les gens soient plus libres et à leur accorder la liberté. Mais ils sortent quand même d’un cadrequi étagit très lourd enfin ils avaient des repères . du coup  ils passent de quelque chose où ils sont très encadrés, on aimerait leur accorder la liberté, est-ce qu’il n’y a pas un risque qu’ils soient abandonnés à eux-mêmes ? comment ça a été fait pour, enfin vous avez parlé , vous avez déjà mentionné ça des appartements communautaires, qui sont devenus appartements individuels mais quand même ils ont été habitués à des repères ils deviennent seuls. Quel, quel chemin , où on en est aujourd’hui et aussi, par rapport à ce droit de cité eub ben les personnes , vous avez dit que les personnes elles doivent elles-mêmes s’introduire et puis arriver sur l’extérieur parce que l’extérieur ne vient pas à eux . est-ce que, comment justement on pourrait éduquer cette cité qui doit ou qui peut ou ne peut pas accueillir ces gens qui arrivent avec leurs propres problématiques ? &lt;br /&gt;
Merci vous en avez d’autres des questions comme ça. IL y a deux , vous avez deux questions. &lt;br /&gt;
Oui il ya deux aspects.&lt;br /&gt;
Redites-voir la première, juste un mot. &lt;br /&gt;
La première en gros c’est entre abandonnés à eux-mêmes et trop de repères de l’institution. &lt;br /&gt;
Oui. Parce que je pense que quand je disais que c’était fait de façon empirique, vous savez au début et qu’on ne savait pas on est tombé dans l’extrême et je pense que c’est important de le savoir parce que nous ne voulions pas que la communauté sache que ces personnes étaient des personnes psychiatrisées qu’elles avaient un lourd passé , (toux) un long passé psychiatrique. Et pourtant pour certaines personnes même si on n’est pas dans la déficience mentale ou physique, certaines personnes ça se voit. Juste là à côté rue de la prairie on avait un appartement un des appartements qu’on avait eu, tout ça on louait les appartements,je crois que c’est  c’est important de savoir ça c’est une volonté aussi qu’on soit aux prises avec chaque citoyen donc les gens devaient aussi payer donc  il y avait, il y avait des négociations aussi avec le financement de euh en lien avec une assurance invalidité ou autre pour avoir les gens ou d’autres fonds. Ici à la rue de la prairie on avait strictement rien dit. Et il y avait un homme qui était là et quand vous voyez son visage noir, sombre, qui descendait les escaliers, qui allait faire ses courses et qui remontait puis qui croisait les gens et qui, pour vous ça vous paraissant naturelle parce que, là on se trouve au début des années 80, ça fait 10 ans que vous faites ça, vs vous êtes habitués à autre chose. On avait rien dit à l’immeuble. Un dimanche matin, la police m’appelle. Il y a une plainte comme quoi un des petits enfant d’une famille de l’immeuble a été violé. vous etes mal. Tt de suite vous débarquez. puis vous regardez Et il y a une plante qui a été déposée. Et tt. Alors là à ce moment là vous dites on estt tombé dans l’autre extrême c’est pour ça qu’on ‘est pris différemment. Même l’histoire n’existe pas. Simplement les gens avaient la trouille, de voir cet home. Les enfant avait la trouille et eux s’étaient mis avec d’autres personnes de l’immeuble vous comprenez et puis je pense le ral le bol. Je pense que la gamine est rentrée en pleurs parcequ’elle avait été acheté du pain ou je ne sais quoi. Et on s’est posés. Je résume. On s’est posés avec tous ces gens là. Et on nous nous sommes aperçus là que ces gens mais les avaient comme ça vous savez. Je veux dire et moi je pense que c’est naturel normal. Et en même temps dans la réunion. Moi j’ai fait une réunion avec les gens de l’immeuble une réunion avec les gens de l’immeuble mais les gens aussi. Tout ça pour s’apercevoir que tous ces faits étaient complètements erronés. Mais en même temps leur disant les droit dans les yeux « votre place est à Bel Air ». puis vous vous êtes là vous dites, attendez et on a pu entamer comme ça on a découvert dans le dépôt des plaintes parce qu’ils avaient un membre de leur famille qui n’avait pas de logement et eux en disant votre place est à bel air voulaient récupérer l’appartement pour pouvoir loger les gens parce qu’en plus il étaient en lien avec le propriétaire que j’ai fait venir à un moment donné et on s’est assis. L’appartement il existe toujours où il y a des personnes dedans. Simplement. C’est pour ça que votre question elle est importante.  C’est parce que on avait l’expérience vous savez les foyers Gevrets et autre on s’est dit non on va pas continuer cet étiquetage, on va pas continuer à prendre pouvoir sur eux, on va prévoir l’imprévisible en permanence et c’est ce qu’on fait tout le temps pour se rassurer soi-même on prévoit l’imprévisible. Là simplement on allait beaucoup trop loin dans cette histoire vous comprenez. Alors j’ai plein de petites anecdotes euh comme ça mais ce qui nous a permis de réajuster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous prenez un appartement on s’est reposé la question de l’ordinaire, comment ça se passe dans l’ordinaire. Vous déménagez, vous tel à vos amis à votre famille et  vous pendez la crémaillère. Nous on n’a pas fait ça vous comprenez. Vous allez dire bonjour aux voisins au concierge etc ? nous on était complètement à l’extérieur de ceci. Je pense que ce sont des faits important qui nous ont permis de comprendre que nous nous devions nous y rendre différemment avec les personnes pour entrer en matière leur donner la possibilité de rencontrer aussi les autres personnes. Il faut savoir que tous les appartements, tous les locaux loués, il n’y a pas une régie qui était d’accord de la donner à l’association Trajets. Pas une. Donc je me suis retrouvé à avoir des locaux dans tout Genève, à mon nom. C’était le seul moyen. L’appartement était à mon nom. Je veux dire c’est, parce que personne ne voulait prendre le risque et c’est encore des choses difficiles comme ça aujourd’hui dans la même situation. Au-delà de la situation de logement qui est extrêmement tendue mais personne. Donc  c’était faire un choix. Puis après j’ai trouvé des personnes qui prenaient le logement, j’en ai un peu rendue. Actuellement j’en ai encore à mon nom mais petit à petit j’ai ajouté l’association parce que on a le droit là maintenant, il y avait aussi ça à l’époque, là maintenant on peut avoir deux noms pour un logement. Je veux dire je mets l’association .&lt;br /&gt;
Alors ça c’était un point important. Et simplement pour tout ce qu’on a fait on a commencé et c’est ce qui nous a invité aussi à organiser des fêtes à peu près tous les deux ans on a organisé des fêtes pour faire connaitre, mais faire connaitre à la population, faire connaitre aux politiques . parce que moi le premier conseiller d’Etat que j’ai rencontré m’avait dit « mais faites vos preuves, quand vous aurez fait vos preuves on verra bien » . c’était la première reflexion. Je veux dire alors mais c’est gentillet tout ça pour 60&#039;000 francs de subvention qu’on demandait. Et pourtant et pourtant avant celui qui est parti de Prechet, c’est la secrétaire générale était une travailleuse sociale qui elle comprenait et qui nous soutenait mais quand vous êtes assis il y a le conseiller d’état puis vous etes là avec sa secrétaire générale vous pouvez défendre tout ce que vous voulez c’est une question de fric, de budget, de tout ce que vous voulez. C’était constamment comme si mais si vous remarquez c’est le même mécanisme qu’on avait pris. C’est-à-dire le conseiller d’état on va le voir puis on lui dit « mais croyez nous » . aux gens de l’immeuble, « croyez nous ». et cette expérience de la rue de la prairie je l’ai vérifiée à plusieurs endroits ; ce qui fait qu’on a modifié. Parce que je crois que d’aller à l’extérieur d’où l’organisation de fêtes mais d’où l’organisation de, je veux dire, on va dire bonjour aux voisins, on apprend à dire bonjour aux voisins, on apprend à, tout cela s’est modifié à la rue de la Prairie. Les gens eh ben ensuite se rendaient des services. Comme quand vous avez besoin, vous avez plus de sucre un soir, vous avez invité votre copain et vous allez faire une bonne tarte aux pommes ou je ne sais quoi puis tout d’un coup vous avez plus de sucre , vous allez sonner chez le voisin. Les magasins sont fermés etc. Est-ce qu’on peut partir de cet ordinaire ? C’est ça. Et là moi j’ai appris que d’aller dans les extrêmes parce que j’ai été très souvent dans les extrêmes comme ça vous savez de, de faire en sorte de dénoncer quelque chose. Mais ça reste vous comprenez. On a eu un décès récemment ici, il y a dix jours, dans cet hôtel . Les travailleurs sociaux ne se sont pas déplacés. Il est mort ici. Je vous conterai l’histoire à un autre moment mais moi ça me fout dans une rage. On aurait été à l’époque, on était à l’époque, moi je débarquais au casse et pour leur dire ce que j’en pensais, vous comprenez, puis je faisais un scandale. Là aujourd&#039;hui je m’y prends un peu différemment parce que c’est les personnes qui vont payer derrière. Là vous savez et puis quand vous avez vu ça puis vous dites attendez ya du personnel il se trouve là et autre, pas de souci, vous savez Monsieur c’est vendredi midi. Cet après-midi on est fermé.  Oui mais attendez on vit dans la communauté. Alors c’est ça l’histoire vous comprenez. &lt;br /&gt;
Et puis vous aviez une deuxième question. &lt;br /&gt;
(Sandra) Est-ce qu’il était possible d’éduquer justement la cité et comment on peut appliquer&lt;br /&gt;
Moi je crois que l’éducation du public est un point extrêmement important. Là aujourd&#039;hui si vous remarquez ben il se passe quoi dans la réalité de la vie et je vais faire une petite, une petite parenthèse . Dans l’analyse, je vous ai amené le passe droits parce que je vais vous dire pourquoi je vous ai amené ça. Parce que j’ai eu l’occasion en, de découvrir cet ouvrage et de découvrir des formations qui vont avec. Et ça c’est en 83. Et j’avais lu un article aussi de Wolfenberger qui a écrit la valorisation des roles sociaux. Mais son article qu’il écrit avec un monde dit combien la valorisation de la personne et ensuite la valorisation des rôles sociaux. Ce qui est important c’est la valorisation des rôles sociaux et pas tellement la valorisation de la personne parce que vous pouvez valoriser une personne à l’intérieur de l’institution ça ne va strictement rien changer , vous comprenez. Et puis c’est en lien avec votre question ça c’est le programme d’analyse du système des services c’est un outil d’évaluation des institution en vue de la désinstitutionalisation. C’est quelque chose qu’il avait mis en place. Moi quand j’ai vu ça je suis parti faire des formations, c’est les Canadiens qui faisait ces formation dans le nord de la France à Caen et à St Lo. J’en ai fait je ne sais combien et j‘ai découvert les gens très rapidement, et j’ai décidé de venir à Genève pour lancer la valorisation des roles sociaux. Et pour la valorisation des rôles sociaux on m’a fait aussi découvrir une personne Jacques Pelletier qui est cité dans cet article je dois dire d’art Wolf et qui est le premier un des premiers à avoir utilisé la valorisation et Jacques Pelletier est toujours consultant ici donc voyez ça date il arrive là prochainement puisqu’il vient 4 fois par an il vient nous aider à réfléchir sur tout ce qu’on met en  place. Parce que ça rejoint votre question et là à l’intérieur vous avez entre autre ces choses là se sont améliorées après il y a le passé toute sorte de choses, mais il a un item qui est éducation du public. Wolf avait pensé à ça, comment est-ce qu’on s’ prend il ne suffit pas de dire on va dans la communauté puis on va voir il ne suffit pas dire voyez l’environnement c’est quelque chose d’important, comment est-ce qu’on va s’y prendre pour entrer en matière avec la population. Tous est fait selon moi parce que c’est surement le plus important c’est pour ça qu’on a commencé par mettre en place des fêtes et les gens se cotoyaient, les gens se croisaient etc. et comme vous le verrez pour T-Interaction on est vraiment au fait de ça. Mais en même temps on s’est fait lancé des article dans la presse, on s’est fait en sorte que nous soyons bien implantés dans l’extérieur vous comprenez. Lorsque vous êtes dans une dans un immeuble je vais prendre l’immeuble rue de Carouge et rue de la Maladière de Minoteries où vous avez regroupé dans le même immeuble Clairbois, avec toutes les délinquances avec euh je cherche le nom là le , vous avez regroupé encore tout plein il y en 5 ou 6 ou 7 institutions dans le même village, vous oubliez on ne parle plus d’intégration . C’est terminé parce que vous avez regroupé dans le même endroit tout le fait pour nous de réfléchir sur si on veut faire éducation du public si vous, enfin vous êtres là-bas à la Migros rue de Carouge sans faire de publicité parce que je les ai croisés vous avez dix personnes déficientes ah oui parce qu’après il y a les minoteries encore qi se trouve à côté des EPI de la Comble je veux dire et vous trouvez à la Migros et vous voyez  tout d’un coup « ah je vais me dépécher je vais faire mes courses ici il n’y a personne » vous avancez puis derrière vous voyez qu’il y a un rayon à 9 personnes et puis trois éducatrices qui sont là une qui tient le billet, l’autre qui prend dans les rayons et puis vous avez celle qui met dans le chariot, qui tient le chariot. Et puis vous avez les 9 personnes qui sont là vous savez qui regardent comme ça, c’est arrivé dernièrement. On n’est pas dans l’éducation du public parce qu’on se rend compte qu’on doit faire peur vous comprenez. On va montrer que ce sont des incapables, des incompétents le fait qu’ils ne sont pas rien, tout simplement plutôt que de partir des besoins. Moi je les vois passer depuis mon bureau, vous voyez où est mon bureau (non vous n’étiez pas là) simplement vous les voyez passer sur le trottoir alors comme il y a Clairbois ben c’est des gens très touchés en terme d’infirmité motrice cérébrale mais des gens géniaux mais si vous vous mettez avec cent de chez là dans le groupe il va passer comme tous les autres vous comprenez. Avec san de chez là pour s’en sortir il a dû quitter l’institution aller dans la vraie vie. Et puis à partir de là vous les voyez passer sur le trottoir ils sont un deux trois quatre cinq six dix fauteuils roulants à se pousser l’un derrière l’autre puis à discuter entre éducatrices et éducateurs . On n’est plus dans l’éducation du public  . Parce que les gens changent de trottoir moi je l’avais vécu quand je vous avais raconté vous comprenez. C’est de faire en sorte pour moi l’éducation du public se passe dans l’expérience, dans  la rencontre que les personnes puissent se croiser donc créons des évènements, créons des lieux où les personnes peuvent se découvrir parce que toute personne, il y a plein de personnes ici à Genève qui n’ont pas de difficulté quelle qu’elle soit vous comprenez là simplement elles sont peut être un peu plus marquées mais si, parce moi je vois bien et j’aimais bien ce que disait Laimé sur notre désir de mort par rapport à ces personnes . C’est pas un désir de vivre là vous savez  quand on les accompagne en camp à , c’est pour ça qu’on prévoit tout et on organise tout mais plus vous allez alors ça c’est ce qu’a mis en place Trajets c’est tout un travail en individuel, un travail individuel avec chaque personne parce qu’il n’y a pas une personne qui se ressemble il n’y a pas une personne qui aime , on a tous des besoins ( ???) pas de souci mais à partir de là il suffit de vous regarder je veux dire il n’y a pas une personne qui est habillée de la même chose vous avez pas les mêmes envies, vous avez pas les mêmes désirs etc etc . Est-ce qu’on peut construire à partir de là ? Tout le fait dès les années 80 alors ce qui avait été mis en place ce qu’on avait mis en place c’était des programmes individualisés à l’intérieur parce que c’est devenu des plans de services PSI plans de service mais qui restaient à l’intérieur et travaillant avec Jacques Pelletier puis à partir des rôles à partir de la valorisation des rôles sociaux eh bien simplement c’est comme ça qu’on a créé le projet de réalisation de personnes et la réalisation de soi avec une visions élistique et pas uniquement dans  un champ mais la communauté est présente là dedans les proches les amis familles et autre parce que eux aussi souffrent de ces situation et en même temps comment est-ce qu’on pourrait se rencontrer. Vous pouvez traiter des questions on l’a fait à Trajets qu’avec le réseau des personnes De la communauté qui eux s’investissent mais tout ceci il faut leur faire découvrir. Parce que quand vous avez une personne en crise, tout le monde disparait. J’aurai une histoire fabuleuse à vous raconter mais ça prendrait trop de temps, sur la construction et la reconstruction des réseaux personnels qui vont jusqu’aux fait que des personnes je vais prendre en terme d’emploi je pense à cette femme je vais l’appeler Marie-Claire, cette femme Marie-Claire elle était complètement isolée chez elle, les volets fermés, s’alcoolisait, ne mangeait plus enfin bref. Il lui restait un ami. Qui est venu me trouver parce qu’il faisait ce que je faisais et que je connaissais. Cet homme « moi là j’ai une personne c’est terrifiant » je ne vous décris pas je suis allé la voir et puis quand je l’ai rencontrée je l’ai écouté mais j’ai tenu 20 minutes pas plus je suis parti en courant. Le vieux réflexe il est toujours présent « ah il faut qu’elle parte pour Belle-Idée » mais vous vous donnez des curs. Puis je partais en voyage en Canada ça m’a permis de réfléchir je lui ai dit « à mon retour je viens vous voir ». Je suis venu mais ce qu’était intéressant dans ce qu’elle racontait de sa vie c’est qu’elle nommait des gens, des prénoms. Nous sommes partis de ceci pour reconstruire et moi je l’ai aidée à reprendre contact avec toutes ces personnes et on a fait un première soirée. A l’intérieur de ses amis il y avait une femme psychiatre qui travaillait à Belle-Idée. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça signifie. On s’est rencontrés on avait préparé nos connaissances et autres il y avait les membres de la famille, il y avait les petits neveux, toute sorte, elle avait un réseau extrêmement important c’est parce qu’on est dans l’éducation du public quand je dis ça . Et puis à partir de là ben « bonjour, Marie-Claire avait envie de vous rencontrer  » puis là, on avait préparé elle a pu dire des choses avec son amie etc puis elle dit alors la psychiatre « oui mais » enfin bref je dis « stop » je la connaissais je dis « madame là vous êtes comme amie, pas comme psychiatre, donc vous restez amie » parce que tout d’un coup elle voulait prendre le contrôle quand on dit pouvoir, on sait aussi où se trouve le pouvoir et puis Marie-Claire à un moment donné, dans la préparation, s’est de ses besoins « ben moi là je ne suis pas capable de sortir, le week end je suis toute seule je ne peux pas aller à la pharmacie je ne peux pas aller faire mes courses euh je suis incapable » elle hurlait de douleurs c’était dans sa tête et physique et autre, fallait reconstruire tout ça. « attendez, qui est prêt pour venir là remarque il y a 20 personnes, on les a fait parler vous comprenez qu’est-ce qui fait que vous avez laché Claire-Marie » « ah, moi c’est mes propres peurs qui ont fait que ». tout était reconstruit jusqu‘au  travail. On a retrouvé un travail à mi-temps elle faisait deux choses c’était une artiste et puis en même temps elle faisait du secrétariat des choses comme ça. On a trouvé un mi-temps de secrétariat. Une de ses amies compétentes dans le domaine a vu l’employeur. Marie-Claire était là (montre de la main vers le bas) son amie était là (montre de la main un peu plus haut) et on a fait comme ceci. C’est-à-dire que tout le travail était exécuté. On  a dit à l’employeur « vous avez aucun souci » l’amie elle vous coute rien et puis Marie-Claire a fait comme ça (montre de la main vers le haut) et puis l’amie a fait comme ça (montre de la main vers le bas) jusqu’au moment où tout était bon puis elle a eu son job. C’est le réseau, c’est la communauté. L’employeur il en était mais complètement gaga de voir que simplement. Alors ce qu’on a fait aussi j’ai repris « madame il faut vous soigner » je fais le lien avec les soins je veux dire moi il faut entrer en matière on va quand même faire une vérification sur le plan des soins physiques et puis psychiatriques. Elle m’a dit « oui oui  vous venez me chercher» je suis venu la chercher elle a quitté la jonction et là il y a un couple médical de psychiatres alternatifs qui sont juste en-dessous. Il y a quelques années de ça pour venir de la jonction jusque là ça m’a pris une matinée parce qu’elle devait rouler à deux à l’heure tellement elle avait peur. Pour vous dire. Où vous faites le choix de l’ambulance où vous faites pas, y a toute sorte de choses à construire comme ceci en fait le 60, je ne sais plus comment on l’appelle je vous décrivais de la situation vous vous dites « c’est pas possible ».  Sa santé physique allait bien, santé mentale on avait quelques questions, elle avait quelques questions quand même à régler. Alors mais c’est éducation du public je vais vous dire parce qu’il y avait les parents qui étaient là. Cette fameuse soirée on en a fait plusieurs comme ça le père mais m’a agressé en me disant « vous m’excusez mais là elle a besoin de soins, il faut l’interner » et elle avait la psychiatre qui était là « non » « comment vous êtes prêts à faire quoi pour votre fille » vous comprenez. Mais juste ça (montre de la main un peu, on vous demande pas de faire ça (montre de la main beaucoup) mais comme père là vous êtes prêts à entrer en matière et puis c’est un chemin qui se fait. Et avec la population c’est la même chose vous comprenez mais quand il y a côtoiement, quand il y a rencontre, ici il y a des personnes, je pense à une personne on a un homme d’affaire qui est resté plus de trois semaines ici c’était pendant les fêtes de Genève il a côtoyé des gens qui se retrouvaient là qui sont venus prendre un café il causait avec. C’est la personne qui a des difficultés qui ne travaille pas qu’est allé faire le tour avec lui des fêtes de Genève, qui lui a montré comment ça se passe à Genève. Lui il a appris quelque chose et la personne qui a des difficultés aussi. Mais nous on favorise ça c’est pour ça que je dis il faut créer l’évènement. Alors si vous voulez nous on a construit petit à petit toutes ces choses avec les différent lieux qu’on a pu mettre ne place à Trajets en terme d’accueil, d’accompagnement psycho-social mais ça rejoint votre question. Je pense que c’est un point important il y avait des travailleurs sociaux on a mis en place les ateliers, les entreprises pour offrir du travail on a mis en place des possibilités de vacances, de loisirs, culture, euh on a mis en place aussi pour permettre à ces personnes là de se rencontrer. Ce que je disais avant. De créer des évènements on a mis en place des possibilités d’habitat. L’idée derrière n’était pas simplement d’avoir, de devenir totalitaire comme association mais simplement de répondre aux besoins et ensuite on avait d’autres qui prenaient le relais comme ça s’est fait à un moment donné à la FHP ici à Genève a repris toute l’histoire du logement etc. qui a été reprise ensuite par les EPI et autre on aura le temps d’y revenir sur le système de balancier mais l’idée c’était chaque fois de se dire en partant des besoins est-ce qu’on va créer mettre en place quelque chose. Je pense que ça c’est fondamental. Et ça depuis les années 81. On aura l’occasion de se parler aussi de tout la euh la jalousie et puis toutes les attaques qu’il y a eu je pense que c’est important et vous verrez les risques aussi de la, mettre en place ceci. Mais je vais m’arrêter là pour aujourd&#039;hui . Merci pour vos questions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Entretien avec Alain Dupont, au Pyramus, le 14.11.2012&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce restaurant vient d’être inauguré, si vous vous souvenez. En quelques mots, on collabore avec le Jardin Botanique pour qu’il y ait des synergies qui soient créées entre eux, puisqu’il y a 150 employés qui travaillent au Jardin Botanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela fait quand même beaucoup!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Boiseau, le directeur, enseigne en biologie à l’Université. C’est important de savoir qu’il y a des conservateurs et 4 à 500&#039;000 visiteurs par an ici, au Jardin botanique. Mais on en reparlera quand on parlera de T-Interactions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madame Ruchat :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bonjour et bienvenue ici au Pyramus. Donc, je vous remercie de vous être déplacés depuis Uni-Mail pour venir au Jardin botanique -ce n’est pas à côté - pour continuer le 3ème entretien (14.11.12) avec Alain Dupont sur la question des entreprises sociales, en particulier T-Interactions qui fait suite à Trajets. Donc, cela nous permet d’avancer dans cette biographie où l’on voit non seulement une œuvre sociale mais aussi le travail d’une personne au sein d’une collectivité et on voit aussi avancer cette idée de l’antipsychiatrie puisque c’était le départ de notre périple dans notre cours, la question de l’antipsychiatrie s’est transformée en quelque sorte, passant d’une certaine contestation, je dirais presque de la rue, des années 70 vers une sorte d’entreprise sociale intégrée dans la collectivité avec toutes les difficultés aussi, résistances. On en a vu un certain nombre et on verra peut-être aujourd’hui ,dans le récit d’Alain Dupont ,la suite de ce travail. Alors,je passe la parole aux deux étudiantes qui l’interrogent aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bonjour, M. Dupont!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bonjour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Durant l’entretien de la semaine dernière, vous nous aviez fait part des vives réactions que l’intégration de personnes en rupture sociale a suscitées au sein de la société, en raison des logements et des l’emploi qui leur ont été attribués. Vous nous aviez raconté quelques histoires assez marquantes. Et justement, on voulait savoir quelle ampleur ont pris ces mouvements et comment Trajets a-t-il fait face à ces réactions de la part de la société ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Merci de votre question. Je vais tenter d’y répondre sans y mettre trop d’émotion parce que ça a été une période extrêmement vive au niveau des réactions qu’il y a eu. J’avais raconté l’anecdote de &amp;quot;la Rue de la Prairie&amp;quot; mais vous allez voir que ça a pris de l’ampleur à un moment donné et il y a eu quelques événements déclencheurs que je vais citer parce qu’il y a eu des réactions qu’on peut voir au niveau de la population mais il y a eu beaucoup de réactions au niveau du travail social. Il y a eu  beaucoup de réactions au niveau politique aussi, sur le plan idéologique. Alors, si vous vous souvenez, on a toujours été Trajets à cette époque assez innovants, créatifs dans ce que l’on a mis en place et on essayait de passer à autre chose que simplement vouloir aider la personne mais faire en sorte, et on le verra avec T-Interactions, que cette personne puisse être actrice et puis avoir sa place puisque ,même au début de Trajets, dès l’instant où  l’on avait créé l’association, en 1979, les personnes avaient leur place même au sein de l’association. Ça c’était sur le papier. Cependant, je pense que dans la réalité, en fin de compte, ces personnes, nous les considérions  toujours comme des personnes à aider. C’est pour ça que le mot je l’ai modifié à un moment donné et que l’on est entré dans l’accompagnement. On verra les nuances après avec T-Interactions. Et puis, j’avais aussi évoqué la notion de « totalitaire » parce qu’on regroupait, le logement, le travail, l’accompagnement psychosocial, les loisirs, les vacances, les centres de jour, enfin tous ces éléments et les gens voyaient ,ça aussi, comme quelque chose de totalitaire. Mais ce qui était le plus marquant à un moment donné, c’est que c’est au travers du travail qu’on s’est principalement rendu compte des choses. On avait tout cet aspect des loisirs avant qui nous avait montré le chemin. Mais le travail a été le révélateur parce qu’à Genève, si vous vous souvenez, le Dr Grasset avait mis en place les ateliers du Boulevard d’Ivoy et de la Rue Maunoir, ateliers dits « protégés » et puis au sens de l’OFAS, l’Office Fédéral des Assurances Sociales. Et puis, à partir de là, en mettant en place ces éléments, nous avons voulu prendre la tangente, mais, dans les faits, en termes de subventionnement, ça restait identique aux ateliers protégés, sauf en terme de nombre de personnes accueillies. Je pense que c’était un des premiers éléments, mais à l’intérieur des premiers ateliers comme l’atelier de reproduction et d’impression,  que ce soient les centres de jour ou le Trajets-jardin  que l’on avait mis en place à Chêne-Bougeries. Et bien, chaque fois, il y avait des travailleurs sociaux à l’intérieur qui n’étaient pas forcément des maîtres socio-professionnels comme on le voit là, maintenant, même si la formation existait à Lausanne. La formation pour les MSP avait été mise en place par l’ancienne Ecole Pahud. Et puis, on partait avec les travailleurs sociaux qui étaient à l’intérieur de l’entreprise. Puis, à un moment donné, on s’est rendu compte qu’on faisait plus de social que de donner un rôle de travailleurs aux personnes et je pense que ça c’est un point important parce que c’est l’un des éléments des crises. Il y en a eu plusieurs quand même qui se sont produites. La première  c’est parce qu’au travers des évaluations aussi faites par l’externe, au travers de nos observations, nous nous sommes rendu compte que nous dévalorisions les travailleurs sociaux en les mettant dans ce champ-là. Mais ça n’a pas été compris comme ça. En tout cas, moi, mon idée, c’était de redonner une place aux travailleurs sociaux, leur place de personnes accompagnantes, responsables avec les utilisateurs de nos services, de leurs projets de vie, quelque chose de plus global et puis parce que le travailleur social a besoin de se rendre de se rencontrer, il a besoin de parler, il a besoin de colloques, de réunions, il a besoin de pouvoir partager tout ce qu’il vit avec les personnes et avec d’autres partenaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque vous vous trouvez dans l’entreprise, on n’est pas dans le même mode. Je vais prendre l’exemple de l’imprimerie que nous avons mise en place, qui existe encore aujourd’hui mais qui s’est également transformée. Et bien, simplement, le responsable, Robert Vanderlan, qui avait une sensibilité sociale, lui avait tout compris. Il n’a jamais fait de colloques. Par contre, il faisait des réunions de travail et tous les employés, quels qu’ils soient, participaient à ceci. Lui ne comprenait pas quand on avait des réunions d’employés pourquoi ces employés ne venaient pas, parce que dans sa tête, il avait compris que c’étaient des employés peut-être limités, peut-être avec des difficultés, peut-être avec un besoin d’accompagnement professionnel mais c’est ce qui nous a fait dire que la place des travailleurs sociaux n’était pas dans ce milieu. On a fait le choix au comité de dire « non », redonnons une place aux travailleurs sociaux, donc créons une entité mais externe aux entreprises, externe à l’habitat, parce que pour l’habitat on avait déjà fait ça. On a pu prendre modèle là-dessus, on ne vivait pas avec les personnes, contrairement aux foyers et aux institutions. Par contre, on était disponible 24 heures sur 24, selon les besoins, pour un accompagnement, pour une adaptation, etc. et on a voulu réaliser la même chose dans le travail. Qu’est-ce qu’on n’avait pas dit là ? de mettre à la porte. Cela a été entendu comme ça et là les personnes ont commencé à  monter au créneau. Et je pense que c’est un point important. La première crise se passe avec les travailleurs sociaux. Elle s’est même amplifiée après. Je crois par incompréhension ou peut-être parce que l’on n’a pas su expliquer correctement les choses. Ce n’est jamais que d’un côté et peut-être que nous étions trop tranchants quand nous évoquions les choses, même si ceci se passait au travers de faits concrets parce que tout à coup les travailleurs sociaux étaient capables de dire « on ferme l’entreprise parce qu’on a besoin de réfléchir ». C’est comme si ,ici, au Pyramus, où nous sommes aujourd’hui, les responsables disaient « on ferme une semaine, on part au vert réfléchir » ! Ce n’est pas sûr qu’à la fin de la semaine on ait les rentrées d’argent et que la clientèle soit satisfaite. Ça c’est le premier élément, c’est ce qui nous a amenés à parler des travailleurs sociaux et ça n’a jamais pu prendre. Pour moi, l’idée était de mettre en place, et j’ai beaucoup réfléchi à ça,  un bureau d’ingénierie sociale, parce que je crois en ce qu’a écrit [ ... ]dans son livre sur l’ingénierie sociale. Je suis en train de chercher le nom de cet auteur mais cela me reviendra tout à l’heure! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me suis également basé sur la formation que j’avais eue avec Arbano, avec Lebroc, tout le champ de la désinstitutionnalisation ou de l’analyse institutionnelle. Je vous rappelle que j’ai fait aussi une formation avec l’institut canadien Alan Roer, l’institut canadien pour la déficience mentale. J’ai donc fait une formation dans le domaine de l’analyse institutionnelle car je  pense que c’est quelque chose d’important et je l’ai pratiqué que ce soit ici en Suisse, en France, en Italie ou au Canada pour essayer de comprendre ces mécanismes. Ce qui fait que ça m’a fait mettre en place ce bureau d’ingénierie sociale, c’est-à-dire travailler principalement au niveau de la personne, avec son projet. A l’époque, on disait, et vous verrez qu’on a complètement modifié les choses « mettons la personne au centre ». Vous avez sûrement déjà entendu ça : « mettons la personne au centre ».  Il n’y a rien de pire que de mettre la personne au centre parce que vous vous réunissez, vous la mettez au centre, et puis tous les professionnels sont autour. En plus, la personne n’est pas là puisque ça reste un dossier. Que se passe-t-il si ce n’est un enfermement où chacun a un avis. Vous verrez qu’à T-Interactions et dans toute la réflexion que l’on a pu mener, ce sont des éléments qui ont conduit aux différentes crises. Après, je vais venir sur l’aspect financier et politique. Mais simplement, si vous mettez la personne  que vous accompagnez à côté de vous, vous pouvez continuer à voir les personnes concernées par le projet de la personne mais la personne devient actrice. Pour nous, à cette période-là, la personne n’était pas actrice, « auteur de son projet ». On restait encore, malgré nous,  14.34 aidant ??? dans cette relation-là et pas dans une relation plus équitable avec les personnes. En voulant tenter de faire ça, je pense qu’on butait contre un mur, contre des idéologies, des formations et des personnes qui restaient ancrées ou enfermées  dans leur propre histoire professionnelle et la question n’était pas chez les personnes. Et je pense que cela est le premier élément. Alors, les gens sont montés au créneau assez rapidement. Tant mieux, cela nous a permis de réfléchir. Par la suite, nous avons fait faire ce qu’on appelle un audit, une évaluation globale de l’ensemble de Trajets par des personnes de l’extérieur, venant de Suisse, de France et du Canada. C’est Monsieur Jacques Pelletier qui a conduit cette évaluation externe mais globale. Il devait alors produire un rapport. Alors, on se retrouve à ce moment-là en 1993, tout cela pour avoir des pistes de transformations, puisqu’on avait déjà eu tous ces éléments de transformations mais qui nous revenaient à la figure, sans que nous puissions en faire quelque chose. Tout le monde a été écouté pour ce rapport, mais quand je dis « tout le monde », ce n’est pas uniquement en interne, c’est aussi les politiques, la population, les personnes concernées, les familles, les professionnels du travail social mais aussi l’ensemble des professionnels. Tous les aspects de gestion, administratifs, de financement, tout avait été passé en revue. Cela a duré quelques mois pour pouvoir auditionner toutes les personnes et faire ce rapport. Ce qui a été aussi intéressant, c’est que les personnes concernées devenaient également actrices de l’évaluation. C’était une évaluation externe mais en même temps chaque fois que l’on fait une évaluation et qu’on interroge les gens concernés, cela amène déjà l’installation de changements pour nous-mêmes. Ces personnes qui participent à l’évaluation commencent à se poser les bonnes questions au travers des entrevues et commencent déjà le changement qui va leur être demandé par le rapport. C’est fort intéressant comme mécanisme qui est mis en place. Moi, je vous invite à faire de l’évaluation, car cela est fabuleux, on le voit. La semaine prochaine, une évaluation est faite pour T-Interactions, on recommence le même exercice. J’espère que cela n’aura pas toujours les mêmes effets. On en a fait plusieurs d’évaluations globales mais celle-ci était importante. Nous sommes aussi allés interroger tous nos partenaires. Là, aujourd’hui, j’hésiterais car l’on avait donné le rapport aux subventionnaires, aux politiques, aux partenaires, à l’ensemble des employés, aux familles, à tout le monde, partant d’une bonne intention. On leur a présenté nos questions, et la manière dont nous pensions répondre à ces questions. Je ne vous dis pas, on avait donné un bâton pour se faire battre. C’était les éléments qui ont provoqué la crise, mais une crise extrêmement violente, qui me remonte encore quelques fois. Les partenaires, tout à coup, – j’avais évoqué le mot « jalousie » au dernier entretien – ont vu l’ampleur qu’avait pris Trajets. Bel-Air, IUPG, m’avait demandé de mettre en place ce qu’ils avaient appelé un « Secrétariat de coordination », c’est-à-dire de réfléchir à comment regrouper toutes ces associations avec qui on échangeait en permanence, que ce soit Appartement de jour, Arcade 84, Réalise, le Centre Gaspard de la Rive, qui a été le premier centre de loisirs pour personnes psychiatrisées à Genève, il ne faut pas l’oublier, cela existe depuis très longtemps. Mais, tout à coup, les gens ont redécouvert où ils pouvaient entrer pour mettre un poing dans la porte et dire des choses. Je fais juste un petit parallèle : l’Office fédérale des Assurances Sociales, comme cela se passe maintenant, avait annoncé en 1994 une diminution des subventions pour des raisons budgétaires. On a ce rapport, on a une diminution de subventions, alors j’ai cru bien faire croyant au partage et à la transparence. Là aussi, j’ai modifié aujourd’hui mes discours par rapport à tout cela. À partir de là, nous avions réuni tout le personnel pour réfléchir à des solutions sur la base des questions de l’audit, des projets de transformations et de la diminution de subventionnement. On a donc partagé toutes ces choses et de regarder ensemble les solutions. Troisième élément, j’avais fait une demande pour les transformations à la Loterie Romande qui nous a accordé 300&#039;000 Frs. pour les travaux. À l’époque, cela était une somme extrêmement importante mais seulement pour les travaux. La Loterie Romande ne donne que pour du matériel, des travaux, pour l’achat d’une table, d’un meuble ou autre, et vous présentez un budget. Vous ne pouvez donc pas utiliser cet argent pour autre chose. Cela a été un élément important car comme le Domaine de la Pierre Bleue se trouve en France, c’est comme si l’argent de Genève partait pour la France. On a donc évoqué tout cela en Assemblée générale. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’en donnant de l’argent, la Loterie Romande était dans l’acte de vente et ce n’était donc même pas Trajets qui était propriétaire totalement du Domaine de la Pierre Bleue, de cette ferme qu’on avait achetée en France. On ne pouvait donc rien faire sans l’aval de la Loterie Romande. On aurait voulu la vendre mais l’argent aurait retourné alors à la Loterie Romande. On a partagé tout cela, j’ai donné mes options. Si nous voulions vivre, on aurait pu aller vers des licenciements. Mais en termes d’égalité, je pensais qu’il était important que chacun puisse faire un effort et accepte de diminuer son salaire. Cela aurait permis pendant quelques temps, avant que nous trouvions d’autres solutions, d’avoir aucun licenciement. Ceci n’a pas été entendu et les gens, sans le dire – car dans le monde du travail social, nous sommes pour le dialogue, le partage et la transparence, mais tout cela vous oubliez – sont allés voir les politiques, en disant « voilà ce qui se passe à Trajets », et à partir de là, le politique est intervenu. Alors je ne vous dis pas à quel point cela a été extrêmement contradictoire. Je vous donne encore cet élément car le politique, en même temps, le lieu d’accueil Le Quatre, en 1993, le chef du département a décidé que le lieu d’accueil Le Quatre deviendrait Le Centre de Jour de Trajets avec toutes les activités et donnerait pendant 5 ans, 100’000 Frs. Et que pour mener ceci à bien, il donnerait pour un salaire 100&#039;000 Frs. par an pendant 3 ans, pour coordonner l’ensemble de l’activité : en tout, 800&#039;000 Frs. sur 5 ans. Et en même temps, le politique « débarque » au sein de Trajets pour dire « stop à tout cela, il y a la crise », les journaux s’emparent de tout cela mais on s’est aperçu que le fils du chef de cabinet de ce département était journaliste des journaux locaux et c’est lui qui faisait les articles avant même que des décisions aient pu être prises et dénonçait la situation. Le coulage était venu des travailleurs sociaux et d’un membre du comité qui transmettait tous les PV au département… Ce n’est juste qu’un petit détail ! On s’est rendu compte de ceci par la suite. Cela a été une crise énorme, ce qui a fait que le département en 2 ans, en 1996, a décidé de supprimer le subventionnement. Cela n’était pas énorme, 170&#039;000 Frs., c’est une bricole. On a dû dire au revoir au département mais on a poursuivi l’activité. Ceux qui nous ont soutenus, c’est l’Office fédérale des Assurances sociales et les autres associations comme Arcade 84 et autres. Je revoyais certaines personnes une fois par mois pour faire le point par rapport à la psychiatrie, au militantisme. On se demandait que faire. Une personne responsable d’une petite organisation avec qui j’ai discuté m’a dit à un moment donné : « si tu savais ce que je suis satisfait », c’est pour cela que j’avais parlé de jalousie, « de ce qui se passe là, pour Trajets, pour toi, parce que je suis jaloux depuis le début de ce que tu arrives à mettre en place ». J’ai payé ma consommation et puis je me suis levé et suis parti.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Justement, d’après ce que j’ai compris, vous avez quitté Trajets pour recréer T-Interactions. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer T-Interactions à la suite de Trajets sachant qu’au final ces deux associations poursuivent les mêmes objectifs ?&lt;br /&gt;
Je n’ai pas quitté Trajets. J’ai quitté cette association plus tard car j’ai l’habitude d’assumer jusqu’au bout ce que j’ai mis en place et j’ai fait le choix de quitter la coordination, la direction de Trajets en 2002. Je pense que cela est important car ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va, même si tout le monde voulait me voir partir. Mais, attendez, il n’y avait pas que des détracteurs non plus. Sur 100 personnes, les détracteurs étaient au nombre environ de 6 à 10 personnes. Donc, nous avons poursuivi. Mais comme les détracteurs étaient des travailleurs sociaux, ils savaient faire du bruit. Quand vous êtes imprimeur, ce n’est pas votre tasse de thé, vous ne prenez pas la parole de la même manière devant des journalistes, devant un groupe et autres. Les travailleurs sociaux et le politique avaient même décidé qui prendraient la direction de Trajets. Sur le plan idéologique, je vous rappelle que le premier Conseiller d’État que j’avais rencontré, celui qui a essayé de nous faire quelques misères par l’intermédiaire de son chef de cabinet, m’avait dit « Faites vos preuves et après on verra ». Et c’est toujours le même mécanisme mais là, on était avec un Conseiller d’État libéral. Ensuite, on s’est retrouvé avec un Conseiller d’État radical socialiste et avec un chef de cabinet socialiste. Et dans l’idéologie, maintenant qu’on a fait nos preuves, c’est le Tout État 29 :05 qui vient en place. Regardez, c’est ce qu’il s’est passé en déficiences intellectuelles avec Les Épis. Les Épis est un Établissement public d’Intégration. Cette organisation a un conseiller d’administration mais le financement est totalement à 100% fait par l’État. Et il n’y a plus de marge de manœuvre. Moi, je ne voulais pas perdre la liberté, la créativité, l’innovation. Cela est important de voir que là derrière, il y a des dimensions différentes. Je crois à ce qui se dit dans le parti socialiste mais je ne crois pas au Tout État. Je pense qu’il doit y avoir les deux aspects, entre le privé et l’État. Et en 2002, j’ai fait le choix de quitter la direction et de rester comme conseiller. Tout cela était vu avec Monsieur Aegerter qui était président à l’époque, dans le but simplement de pouvoir continuer à mettre en place des projets, car tout cela prend du temps. Nous avons alors décidé que je resterais à l’intérieur de Trajets comme conseiller et la direction a été confiée à une première personne qui est partie, puis à une deuxième personne qui est venue du Département et qui simplement, peut-être que cela n’a pas été mesuré par le Conseil de Fondation, a une autre vision, a d’autres valeurs liées au Tout État. Là, aujourd’hui, il y a pour plus de 10 millions de subventionnement. Au début, il n’y avait pas un Frs ! Quand j’ai quitté la direction en 2002, on a mis en place un projet de loi, c’est ainsi que la Fondation de Trajets s’est mise en place, pour avoir, parce que l’État a besoin de ceci et cela peut se comprendre, un meilleur contrôle mais un contrôle sur les organisations. Je veux bien que l’État contrôle mais que ce soit des choses limitées par rapport à ce que nous pouvons réaliser. À partir de là, j’ai commencé à mettre en place des projets. En 2002, il y a la création de la Fondation de Trajets. L’association Trajets reste mais elle devient T-Interactions. L’association T-Interactions, c’est l’association Trajets du 19 juin 1979. Cela n’a pas changé.&lt;br /&gt;
Donc, Trajets et T-Interactions existent toujours. Mais est-ce les mêmes objectifs ?&lt;br /&gt;
Non, pas tout à fait. Je vais vous parler des différences. Le cheminement, le développement, la réflexion, toutes les évaluations qu’on a pu faire, toutes les interrogations qu’on s’est posées, nous voulions les mettre en œuvre. Moi, je voulais les mettre en œuvre à l’intérieur de Trajets. Malheureusement, les choses ne se passent pas toujours comme nous le voulons. L’hôtel Pension Silva, où nous étions la dernière fois, je l’ai mis en place pour Trajets, et non pour T-Interactions. Idem pour le Café Cult où l’on sera la prochaine fois, idem pour le Domaine de la Pierre Bleue, idem pour les Jardins du Milly, avec Aquaflore, le paysagisme, etc. Le nouveau directeur n’a rien voulu de tout cela, n’a rien voulu d’Alain Dupont. C’est autre chose vous comprenez. Il disait poursuivre ce qui était mis en place, mais non, c’était tout autre chose qui était en train de se mettre en place. Il parle d’entreprises sociales. Nous, nous avions fait le choix de peu de logements, un maximum de 15 personnes, pour des questions de projets de vie avec certaines personnes. Et lui parlait d’entreprises. Alors, parmi toutes ces entreprises, il en a fermées, les autres sont toutes déficitaires à ce jour. Par contre, il y a 65 personnes au niveau du logement parce que cela rapporte beaucoup d’argent. Je vous passe les détails, on ne va pas parler de Trajets aujourd’hui. Mais l’information que je vous donne vient de hier soir. Ce ne sont pas des chiffres en l’air. En mettant en place T-Interactions, le président me demandait de mettre en place des projets, et c’est ce que je voulais faire. Le projet de l’hôtel Pension Silva avait une originalité. On mettait en place de réelles entreprises sociales, avec un business plan au point de départ, parce qu’on entrait avec une mission sociale et une mission économique. Je pense que c’est un point important mais c’était continuer à aller dans le sens de donner aux travailleurs des rôles sociaux réels. Donc on quitte le champ où l’on a un subventionnement. Ça c’est la volonté de T-Interactions. Nous ne sommes pas subventionnés pour un Frs. pour le fonctionnement. Entre 10 millions et rien, il y a une petite nuance, mais nous avons fait le choix, parce que quand le directeur actuel de Trajets a dit au président qu’il ne voulait plus ni du Domaine de la Pierre Bleue, ni des Jardins de Milly, ni de l’hôtel, ni du Café Cult, c’était un 23 décembre 2007. On était en plein travaux à l’hôtel. Les travaux pour l’hôtel s’élevaient à 2,5 millions de Frs. Mais tous les fonds, je les avais cherchés par le biais de Trajets. À la Loterie Romande, j’ai envoyé un projet Trajets. Il y avait T-Interactions à côté car c’étaient eux qui mettaient en place les travaux. On fait quoi ? On s’est assis, on a ouvert une bonne bouteille, on s’est regardé, et c’est aussi simple que ça avec le président. Nous nous sommes dits : « Que faisons-nous ? » - « Eh bien, on prend cela à T-Interactions ».&lt;br /&gt;
Donc, T-Interactions a été en quelque sorte une issue de secours pour maintenir le projet ?&lt;br /&gt;
C’était volontaire quand on l’a mis en place parce que, comme le politique s’en prenait constamment à la Pierre Bleue – et je vais y revenir avec T-Interactions – car c’est sur France. Il faut être Genevois ! Donc, à Genève, moi, à moins que vous ayez vu ça, mais je n’ai pas encore pas vu les bords de mer… Il y a les bords du Lac qui sont magnifiques mais ce n’est pas les bords de mer. À partir de là, on s’était dit qu’on laisserait cela à l’Association Trajets qui est devenu T-Interactions en quelques mois, on a changé de nom, et les Domaines du Midi, c’est-à-dire qu’on a des terrains à Plan-les-Ouates où l’on fait le maraîchage les plantes aquatiques. Quand Trajets, c’est-à-dire le directeur et son nouveau président ont décidé de lâcher tout cela, nous, on s’est dit : « On prend ». Mais on s’est retrouvé avec 400&#039;000 Frs. de dette, plus les dettes du Domaine de la Pierre Bleue qui étaient de 800&#039;000 Euros. On avait 1,2 millions de dettes. C’est juste un petit souci mais on s’est lancé ce défi. Ensuite, on a pris l’hôtel Pension Silva, et on l’a ouvert le 15 mars 2008. Cela a été rapide car le projet existait déjà. Et on a engagé un directeur le 1er janvier 2008. Puis, on a engagé du personnel. Alors, on n’était pas encore avec du personnel type École hôtelière ou autre, car on n’avait pas les moyens, donc on a travaillé avec des stagiaires, des étudiants. Si vous voulez, j’ai revécu ce que j’avais mis en place au Quatre, au début. Des stagiaires nous ont aidés à monter cela et puis très rapidement l’hôtel a eu une progression en termes de réservations, soit par rapport à la clientèle, car je vous ai expliqué que c’était un projet mixte avec des étudiants, avec des personnes en difficulté et des touristes, et là, aujourd’hui, cet hôtel est bénéficiaire très largement, beaucoup plus que ce que l’on avait vu dans notre plan d’affaire au point de départ. On a fait jusqu’à 100&#039;000 – 200&#039;000 Frs. de bénéfices, uniquement pour l’hôtel. Cela nous a permis de réinjecter de l’argent, d’engager du personnel et de faire en sorte que cela tourne. Il s’est passé la même chose pour le Café Cult puisque les projets ont eu lieu en même temps, en 2005, mais cela prend toujours beaucoup de temps selon qui est le partenaire. Et il fallait aussi trouver de l’argent. L’hôtel, 2,5 millions, le Café Cult, où l’on sera la prochaine fois, c’est 900&#039;000 Frs. C’est cela que nous avons mis en place. Donc, le premier choix, c’est pas de subventionnement pour le fonctionnement. Le deuxième choix est que toute personne a un salaire et est rémunérée. Cela est une autre option. Je vais vous dire le piège de ce que j’avais pu mettre en place à Trajets. Lorsque vous avez une personne performante et qu’elle vous coûte 2,50 Frs. de l’heure parce qu’elle touche l’AI, vous êtes peu tentés de mettre en place un projet avec elle pour qu’elle s’en sorte. Mais là, aujourd’hui, à l’imprimerie, au sein des photocopies, il y a une personne qui est à l’AI et si vous enlevez tout le personnel, elle fait tourner la maison. Donnez-lui un salaire pour sa dignité et pour qu’elle devienne véritablement une personne ! Nous, on a fait ce choix-là, elle est là la nuance, c’est-à-dire d’aller jusqu’au bout et de ne pas simplement continuer à être pris par l’aspect social, psychosocial, car pour obtenir du subventionnement, c’est assez simple, on pourrait à T-Interactions. Il suffit de mettre dans les statuts qu’on s’occupe de personnes en situation de handicap et on va mettre « psychiatrisées », etc., tout ce que vous voulez, qui va être validé par l’exécutif, le Conseil d’État, ensuite on va faire un projet de loi et on va entrer dans le système. Et là, on sera dans le budget. Ce n’est pas très compliqué. Cela prend un peu de temps, mais ce n’est pas très compliqué puisqu’on est de droit public, d’utilité publique et qu’on rend service à la communauté. Là, aujourd’hui, au mois de janvier, il y aura 85 employés. Depuis le 15 mars 2008, c’est 85 emplois que nous avons créés à T-Interactions. Et je dis bien des emplois, des emplois réels. Mais Trajets, c’était différent. La préoccupation, qui était aussi la mission et le point de départ, de prendre en charge – je dis volontairement ces mots, « de prendre en charge » – des personnes sur le plan psychosocial sur le plan socio-professionnel – cela va être la nuance avec T-Interactions – nous amenait à aller chercher du subventionnement et, au niveau de la psychiatrie, des personnes. Mais quand vous ne vous portez pas garant de tout cela… Aujourd’hui, il y a 70 entrées à Trajets et 70 sorties au niveau du travail, chaque année, depuis deux ans. On n’est plus dans la continuité, mais ça, c’est l’autre aspect. Votre projet de vie, il a commencé le jour où vous avez été conçu et se terminera le jour où vous allez quitter ce bas monde. Et ça, c’est pour tout le monde. Mais tout cela doit se passer dans une certaine continuité. Si tous vous prof changent constamment, et qu’en X années vous avez 15 interlocuteurs différents, qu’est-ce que la continuité ? Votre dossier que personne ne lit ? Il n’y a plus de continuité. Que pouvons-nous mettre en place ? C’est une question que nous nous sommes posés. Ici, à T-Interactions, chaque employé à son porte-folio, par rapport à son projet professionnel. On n’est plus dans l’habitat, mais dans le domaine du travail. ( Différence Trajets et T-Interactions) Si vous remarquez, j’ai dit professionnel et plus socio-professionnel. Même si à l’intérieur de ça, il y a des aspects psychosociaux puisque nous aidons des personnes qui ont des problèmes psychologiques, psychiatriques, qui sont à l’AI. Pour moi, une personne en fin de droit de chômage est aussi une personne qui rencontre des difficultés sociales. &lt;br /&gt;
L’autre chose… Si vous ne connaissiez pas ce lieu, regardez comme nous avons travaillé sur l’esthétisme ! Par ce que c’est un point important, une nuance que l’on avait déjà à Trajets. Un point essentiel à T-Interactions est l’environnement. Vous vous souvenez que les définitions de l’OMF sur le champ de la déficience mentale, entre incapacité et handicap, en 2002 ? Ils ont rajouté l’environnement car c’est quelque chose de capital.  Il y a 11 entreprises construites au sein de T-Interactions. Nous en avons plus qu’à Trajets. Nous sommes  passé de zéro francs, à 6 millions de chiffre d’affaire l’année passée. C’est un petit détail ! Simplement nous créons des emplois, mais nous voulons vendre notre produit et qu’il soit de qualité. J’espère que vous vous en rendrez compte, lorsque l’on mangera ensemble tout à l’heure. Le chef aura fait un effort ultime pour nous. Mais ce que je souhaite c’est qu’il le fasse pour tout client qui vient ici, vous comprenez ? Ce n’est pas le fruit du hasard si l’on se retrouve ici. C’est que nous avons fait le concours et que nous y avons réfléchis, à l’environnement. Nous avons remporté deux concours mais avons choisi ce lieux-ci car il offrait beaucoup plus de possibilités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l’autre chose que nous avons développée à T-Interactions. C’est le champ de la formation. Toute personne, ici, quelle qu’elle soit, a de la formation en interne et va faire de la formation continue. A Trajets nous ne formions que le personnel. Ici, Les gens rentrent en apprentissage, que ce soit CfC, Efp, validation des acquis et des expériences. A partir de leur besoin, nous leur offrons des stages, des apprentissages. Nous avons des gens en apprentissages d’employé de commerce, dans la restauration, dans le graphisme et ect… Le tout, pour donner de réelles possibilités, de réelle chances de réadaptation et de trouver un emploi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous donne un exemple : Nous avons des personnes en stage que nous engageons au bout de deux ans et quelque mois ! Dans l’imprimerie de Trajets, par exemple, en janvier, nous avons une personne qui a fait tant de progrès au niveau personnel et au niveau de ses compétences qu’il devient un employé à part entière et ne sera plus en emploi de solidarité mais aura un salaire augmentant de 500 ch.- par mois. Parce que nous avons reconnu ses compétences et nous les avons évaluées. C’est peut être des nuances, mais moi je peux vous dire que ceci est fondamental en terme de vision. Alors, notre vision a évolué. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Justement, si je peux vous poser une question par rapport au partenariat. Comment l’équipe s’est mise en place ? Était-ce la même équipe que pour Trajets, vu les tensions évoquées tout  à l’heure ? Comment l’équipe s’est reconstruite et quels sont les partenaires à qui vous avez fait appel pour reconstruire les emplois et former les personnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre question est intéressante car c’est vrai que nous nous y prenons différemment, aujourd’hui. Intéressant car – ça c’est le monde du social ! – aujourd’hui, ils tentent de récupérer T-Interactions. C’est fabuleux à voir, je vous en dirais deux mots après.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais prendre cet exemple là : Quand on veut mettre un projet en place, on voit une annonce, on se voit avec le président et le directeur. On décide de se lancer dans le projet. Moi, j’écris le projet de A à Z avec son business plan. Tous les éléments sont dedans mais je rajoute toujours à qui  ça s’adresse car nous avons des employés un peu particuliers, mais aussi toute la mission sociale et solidaire, avec nos entreprises. Je veux respecter cette mission sociale. J’écris le projet et on le soumet à différentes personnes. Vous pensez bien que la cuisine qu’il y a derrière… J’ai un ami &amp;quot;cuisto&amp;quot; 5 étoiles, je le contacte, et lui se met à critiquer les projets, nos exigences. Et je note. Jacques Pelletier voit le projet. Nous avons aussi des fournisseurs. Aujourd’hui, ce sont les gens compétents dans le domaine car les travailleurs sociaux ne sont pas compétents dans tous les domaines. Par exemple, moi, écrire un projet : Oui. Car j’ai des formations sur ce qu’est un projet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc nous avons gagné le concours. Mais maintenant, que se passe-t-il ? Il va falloir trouver du personnel qui va devenir acteur. Nous engageons du personnel pour qu’ils soient acteurs, 2 mois avant pour qu’ils soient aussi parti-prenant dans le choix du matériel avec les fournisseurs.  Ici, le projet est 700 mille francs d’investissement. C’est une prise de risque, vous comprenez. On vend le projet, à gauche, à droite. Pour le moment il manque encore 150 mille. Mais des gens nous on aidé. Ils deviennent des partenaires. Monter un projet, ce n’est pas le projet d’Alain Dupont, le but est que cet endroit devienne le projet de ces personnes. Moi, je me suis porté garant pour une année. Ils vont me voir les talons jusqu’au premier septembre.… Parce que je viens ici, je regarde, j’observe.  Il faut que le personnel soit formé. C’est la nuance avec Trajets. Là, les gens sont des professionnels de l’hôtellerie. Le responsable a fait l’école hôtelière a voyagé et travaillé dans de nombreux hôtels 5 étoiles autour du monde, en Irak, en Égypte. De même pour son adjoint. Le chef cuisinier, mon ami, m’a dit qu’il connaissait quelqu’un. Il le connaissait depuis 25 ans, c’est lui qui l’a formé. C’est une perle, vous savez ! Magnifique, nous l’avons engagé.  On crée comme ça l’équipe. Et puis, à l’intérieur,  ensuite, il y a formation. Ils ont une sensibilité sociale, mais une formation interne est nécessaire puisqu’ils vont travailler avec un certain type de personnes. Par exemple, le second travail avec des gens qui tout d’un coup peuvent être perdus dans leur tête, il pourrait trouver qu’ils ne vont pas assez vite. C’est ici que la formation est nécessaire. Il y a eu formation avant. Vous savez, ici, nous accueillons toute sorte de personne quels que soient les difficultés. A partir de là, il y a … ça c’est une autre nuance. Que vous soyez employé de solidarité, ou auxiliaire, en stage,  les gens ont un contrat de travail. C’est comme ça que vous devenez travailleur. Si c’est l’AI qui vous place, et que vous simplement une convention avec la direction, mais pas un réel contrat… Depuis 2008, il y a des personnes , ça ne va pas… Nous ne pouvons pas répondre à vos besoins : Au revoir ! On a des personnes qui nous mènent au Prud’homme. Il y a combien d’employés qui sont déficients dans les institutions, même à Trajets qui sont syndiquées ? Aucunes ! Nous on a des gens qui sont au syndicat. Je veux dire, tant mieux, car c’est un droit.  Nous avons une personne qui est allé au syndic car elle n’avait pas bien compris le système. Le syndic est venu, nous avons parlé et réglé le problème. Bravo, il a utilisé une ressource ordinaire. C’est des nuances importantes par rapport à Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre, vous savez, si une personne pique dans la caisse. Ok, il peut avoir des troubles psychologiques, mais il fait ca une fois, deux fois, trois fois… Votre caisse à la fin du mois, vous pouvez oublier ! Cette personne à été mise à la porte et nous a trainé au prudhomme en nous réclamant de l’argent pour dommage et intérêt. C’est elle qui nous a rendu de l’argent en fin de compte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation, l’aspect professionnel, le passage à de réelle entreprise sociale, et le respect de règles mises en place par la communauté, les ressources utilisées par monsieur et madame tout le monde… ça, c’est quelque chose d’important : Le porte folio !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Évidemment, quand vous mettez tout ça en place… Là, vous croyez que la crise 86… non, elle vient de se repasser en début d’année. Des gens politiques se sont mêlés de ce que nous faisons. « Le président et Alain Dupont sont entrain de s’enrichir ». On nous envoi la cour des comptes ! En février 2012. Ils ont mandaté un fiduciaire pour qu’elle vienne tout contrôler. Le 27 juin, nous avons eu une réponse comme quoi tout était d&#039;accord. Mais le fond chômage de la ville de Genève, on suspendu notre contre-prestation pour aider les personnes. J’ai rendez-vous demain matin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’on recommence tout le temps. On veut une récupération, ça fonctionne c’est trop beau… La question est toujours, &amp;quot;comment faites-vous?&amp;quot; Des gens du Valais, de Vaud, sont venus voir … Nous aidons des gens à Neuchâtel à monter une entreprise, un pressoir de jus de pomme, de cidre car nous voulons aider d’autres à faire cela aussi, pas sous le nom de T-Interactions. Mais en même temps, les sociaux viennent voir. Demain je suis invité à la commission d’indication. J’ai appelé en disant que je n’étais vraiment pas sûr que ce soit une bonne idée, le bon endroit. Car la centrale d’indication regroupe toutes les demandes à Genève pour les personnes déficientes, psychiatrisées  et c’est eux qui décident, voilà tu peux aller à Trajets, à Clair bois, à fondation Espoir, à la Corolle… Il y a trois place là ou là… Vous ne saviez pas ça ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils nous disent : C’est intéressant ce que vous faites à interaction ! C’est une manière de nous faire rentrer dans ce système. Une façon de prendre pouvoir. Et de nous envoyer des personnes parce qu’ils ont besoin d’une place. Mais la personne, La personne, est-ce qu’elle a tout simplement le droit d’être entendue ? Demain après-midi, vous oubliez! Demain je suis très très pris ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut être réaliste, on ne va pas retourner dans les girons du social. Le social j’y crois, mais je suis convaincu que nous avons besoin de nous tous ici pour réaliser tout ça !  Mais avec une part égalitaire, ça ne sert à rien de vouloir prendre pouvoir sur les gens. C’est les gens qui sont capables de nous dire quels sont leur projets et comment ils entrevoient leurs vies.  La personne doit trouver une place de travail qui lui correspond, mais que cette personne corresponde  aux attentes de la place de travail. Il faut qu’il y ait réciprocité. Et ce n’était plus le cas à Trajets vous savez… On place les personnes ! Les personnes sont assez grande, ce sont des adultes ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes engagées par T-Interactions quelles types de déficiences, quelles sont leurs difficultés ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des personnes qui rencontrent des difficultés sociales, psychiatriques, psychosociales, des personnes à l’Ai, des personne en difficultés sociales car elles se retrouvent au chômage, des personnes en fin de droit de chômage, des personne de l’hospice générale. On accueille aussi des hommes et femmes battues, nous avons la discrétion la plus totale. Ca peut être simplement de durée limité ou illimitée. Elles peuvent venir pour 15 jours, en stage, car elles ne savent pas ce qui leur plait, quel type de travail. En été, beaucoup d’étudiants, car c’est dur de trouver un emploi. Nous sommes dans le mixte pour qu’il y ait confrontation entre les personnes parce que même quand je suis étudiant, je peux être en difficulté. Ne pas réussir à payer son loyer à la fin du mois est une difficulté sociale. C’est dans ce sens là ! Aucune porte fermée à qui que ce soit. Sauf, je tiens à le préciser car nous ne sommes pas outillés, mais une personne souffrant de toxicomanie. La drogue, la drogue dure, nous ne savons pas faire, il y a certainement des structures mieux adaptées. Dans le domaine du travail, nous ne pouvons accueillir une personne totalement shooté qui fera le servie. Tout d’abord, nous desservons la personne elle-même et nous desservons la clientèle aussi. Nous avons besoin de la clientèle ex terne! Si personne ne vient manger, si la clientèle n’est pas satisfaite… une personne de perdue, c’est 10 personnes de perdues !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et est-ce que vous engagé des personnes psychiatrisées ayant des comportements «  particuliers » pouvant être considérés comme « dérangeant » au niveau social ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout à fait, mais ce n’est pas aux personnes qui viennent manger ici de supporter ça. C’est donc à nous de regarder quelle est la place de la personne. Je vais vous donner un exemple parlant. Nous avons accueilli un homme extraordinaire ayant le syndrome de Gilles de la Tourette – TIC et TOC -. Je vous raconte cette petite anecdote, car elle répond à votre question à 100 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons l’appeler Pierre. Il a été placé à la clinique de Belle idée, à l’âge de 15-16 ans ! ça fait 8 ans qu’il est bouclé là-bas ! Et il a eu vent que T-Interactions se mettait en place. Un jour, le médecin chef m’appelle. Il me dit : « écoutez, j’ai une situation dont je dois vous parler parce que je sais que vous faite des choses un peu particulières ». Nous fixons le rendez-vous. Il me demande de me déplacer jusqu’à la clinique et si son assistante sociale peut être présente. Nous parlons de Pierre à qui ils attribuaient tous les « maux » de la terre.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite, Alain Dupont demande de rencontrer Pierre. Il sort sa carte et demande si c’est possible que pierre lui téléphone.  L’assistante sociale lui dit qu’il n’appellera pas. Alain Dupont demande si Pierre est capable de se déplacer jusqu’à la clinique.  Elle répond que oui, à condition d&#039;être conduit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Moi, ca commençait à monter.&amp;quot; affirme Alain Dupont, et lui dit: «  j’espère que vous avez un bus avec écrit HP, un infirmier en blouse blanche à droite et a gauche ! » Par cette affirmation, il leur explique les valeurs qu’il y a derrière. C’est Pierre qui est responsable de son projet ! &amp;quot;Malgré le grand nombre de comportements particuliers, il a été place lorsqu’il était au collège, il parle 5 langues.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, il appelle. « Je suis pierre ». Le point de départ de la relation commence dès ce coup de téléphone. En tant que travailleur social, tout doit être pris en compte. Ils fixent un rendez-vous, au bureau de A.Dupont : Mercredi, 16h. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jour J, Alain Dupont attend avec sa stagiaire, tout le monde dit que Pierre est retardataire… A moins dix, ils entendent des cris dans le couloir. Il se lève pour aller voir, et intervenir. Mais il se stoppe car il se rend compte que c’est lui qui a peur. Il fait confiance à Pierre qui a dit qu’il serait là à 16 h ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16h précise : le voilà. Pierre, un garçon à forte carrure, qui pratique le karaté. A-Dupont lui dit « Bonjour Monsieur ! » Pierre semble surpris car à la clinique, on le  tutoie. A. Dupont lui demande ce qu’il désire. Pierre lui explique qu’il veut faire du service dans un restaurant. « Vous allez voir, transgresser des choses, c’est possible. » A. Dupont lui dit ok, mais lui rappelle qu’il a une maladie. A 24 ans, Pierre précise qu’il aimerait demander l’accord de ces parents. « Quand on passe son adolescence à la clinique,  les transgressions, pourtant nécessaires à ce que l’adolescence se passe, sont  interdites et directement punies… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors d’une entrevue avec les parents et l’assistante sociale, Pierre serre tout le monde – le personnel médical y compris- dans ses bras. « Arrivé à ma hauteur, je lui tends la main, il serre la main…Il est important de mettre une distance ».  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre affirme son envie de travailler mais demande l’encadrement d’un coach. Le Projet se met en place. Il ne travaillera pas tout de suite en salle, mais tout d’abord dans un cagibi, derrière pour la plonge, puis au comptoir. «  Nous avons réfléchi à cela ensemble. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout de 6 mois, Pierre a appris à se maitriser ne fait plus de crises durant 50 minutes, voire 1 heure durant le service !  « Nous lui avons appris à se maitriser !»&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Et tenez-vous bien, à la clinique, il ne voulait pas le croire. Mais vous savez, lorsque vous rentrez chez vous le soir, vous n’avez pas le même comportement, les attitudes normées que l’on a en société, en présence d’autres personnes. Pour lui, la clinique était sa « maison ».&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus tard, le médecin chef réalise qu’il n’a pas sa place à la clinique ! Alain Dupont lui indique de le mettre à la porte. Il a droit à un vrai logement. Pierre est ainsi reconnu, il n’a plus besoin de soins. Il quittera la clinique. Pour conclure cette anecdote, Alain Dupont nous explique que le Médecin-chef qui s’occupait de Pierre lui proposa, par la suite, de donner des cours sur le thème de l&#039;intégration, à l’université, pour les futurs psychiatres! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Retranscription de l’entretien de Monsieur Dupont du 21.11.12 (Aline) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Non mais avant de commencer, juste vous dire : Vous êtes ici dans une des entreprises de T-Interaction. On a commencé ce projet en 2005. Ici, vous vous trouvez dans un bâtiment classé qui appartient à la paroisse protestante des Eaux-vives. Il y a le temple juste à côté. Et puis cette salle était une des salles de la paroisse. Il y en a une très belle en dessus,  je dis bâtiment classé parce qu’il y a un plafond, ça vaut la peine d’aller le voir, peint du 19ème, fin 19ème. Et puis ici c’est une salle inutilisée et puis en 2005, quand on a vu cette salle, il y avait d’autres personnes intéressées. Ils cherchaient à la louer, ou éventuellement en faire quelque chose. Et moi, j’ai déposé un projet comme on fait chaque fois, mais en 2005 on était sur cyber café et puis toute les négociations et autres ont pris énormément de temps. Alors en plus, là où vous avez, tout n’est pas tout à fait terminé. Où il y a les grands parasols, la terrasse dehors, c’était un parking sauvage. Donc il a fallu faire des négociations, parce qu’une partie c’est la paroisse et une partie c’est l’église protestante à qui ça appartient. Et puis ici, ce que vous avez devant les fenêtres venait à un mètre, c’était un mur qui montait devant les fenêtres ici. Et il n’y avait pas de portes. Donc il a fallu demander toute sorte d’autorisation puisque c’est bâtiment classé. Savoir si les monuments et sites nous autorisaient et puis avec le temps, et bien on a bifurqué pour en faire un café restaurant. Parce que de nombreux cyber café, café internet s’étaient ouverts donc ça n’avait plus de sens. Et en mettant en place ceci et bien on a voulu en faire une entreprise sociale comme les autres entreprises. Et puis, on a inauguré en 2010, alors en même temps et c’est pas le cas là aujourd’hui, c’est un lieu d’exposition. Je pense que c’est important de le savoir. Ici, on organise des concerts, on a fait avec le festival du Bois de la Bâtie, on y a participé. Là il y a eu un concert, il y a eu également des expositions d’artistes. Donc les murs permettent de faire galerie. On a eu Jacqueline Bachmann, Poussin, enfin quatre ou cinq et là prochainement il y a un photographe. Et on fait ceci, c’est une occasion pour nous en terme d’intégration sociale, parce qu’on fait venir nos amis et autres, on invite. C’est toujours entre 200 et 300 personnes qui viennent au vernissage. Donc c’est l’occasion de pouvoir rencontrer des personnes. C’est ouvert tous les jours, sauf le dimanche. Le dimanche, ici, dans le quartier c’est plutôt mort. On pensait qu’avec la paroisse il y aurait du monde. On oublie, je pense qu’il doit y avoir trois ou quatre personnes qui viennent de temps à autre. Je sais pas… Et puis donc on a fermé le dimanche. Mais autrement c’est ouvert du matin jusqu’au soir. Vous pouvez regarder si vous le voulez la carte des menus. La même chose, on fait avec des produits du terroir. C’est que des vins, par exemple Genevois, ici que l’on retrouve là. On travaille ici avec le gérant, et puis deux personnes en cuisine, qui sont des professionnels de la restauration. Cuisinier et autre, il y a des gens en apprentissage, il y a des gens qui ont déficience intellectuelle, difficultés psychologiques, psychiatriques, chômeuses, chômeurs, en fin de droit ou difficultés sociales. Donc on a aussi des gens en apprentissage, enfin comme on avait au Pyramus, alors voilà. Et une fois de plus, on a voulu que ce soit beau, donc on a travaillé avec des architectes de Ganz et Muller parce que c’était une salle où il y avait des toiles d’araignées. Le sol était comme dans la fosse ici. On a essayé d’imaginer pour en faire quelque chose d’agréable autant sur le plan esthétique que de la beauté. Alors voilà, et on a appelé ça Café Cult, parce qu’on a enlevé le E du Culte qui est à côté, mais sachez que le Café Cult existe dans d’autres pays, et entre autre à New York, il y a un café très connu qui s’appelle le Café Cult. Voilà, en deux mots…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Martine Ruchat :&#039;&#039;&#039; Merci beaucoup&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Alors je vous invite à venir avec vos amis et votre famille pour partager un repas. Vous verrez c’est très agréable. Un petit peu de pub…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Martine Ruchat :&#039;&#039;&#039; Merci, bien ce n’est pas seulement de la pub, mais c’est aussi pour connaître au fond une des dernières productions de T-Interaction. Et puis aussi de ton périple professionnel et personnel. Donc on est aujourd’hui le 21 novembre, et c’est le quatrième entretien et le dernier, en fait, entretien que l’on fait avec Alain Dupont. Et donc l’idée était de revenir un peu sur les origines et sur le moteur, et sur le fil conducteur. Parce que maintenant, dans la suite de l’atelier que nous faisons, il va falloir écrire cette biographie. Et donc, il faut essayer de trouver maintenant un fil conducteur et une cohérence, un sens à tout ça. Alors, moi j’avais une première question : En réécoutant un certain nombre d’entretiens que l’on a fait jusqu’à présent. Enfin, les trois entretiens, je vois qu’il revient très souvent au fond des références à l’église catholique. D’abord Caritas, qui est l’association, enfin organisation dans laquelle tu as travaillé. Mais aussi, tu as cité des personnes, comme Jean-Marie Vienat, qui était un prêtre catholique. Et puis, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de symboles du christianisme. C&#039;est-à-dire, le repas, on mange beaucoup, on fait beaucoup de choses autour du repas, on se réunit. La dimension de la communauté aussi, qui est importante. Et puis, le symbole évidemment de la charité que tu opposes à un moment au droit. Et je me suis demandée en quoi finalement la religion ou le christianisme avait joué un rôle dans ton orientation pour aller aider, pour te battre au respect des droits des personnes. Et au fond, est-ce qu’il y a quelque chose de ton origine sociale aussi qui pourrait expliquer le chemin que tu as pris par la suite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Oui, je vais peut-être repartir de ma naissance, je dirais. Comment je suis arrivé ici, parce que je pense que ça fait partie de tout ces éléments là. Parce que je suis retourné un peu en arrière aussi pour rechercher un peu mon histoire. Même s’il y a des bouts que je connais bien, mais peut-être redire que là, moi j’arrive après la guerre 1946. Donc on est à la fin de la guerre et puis, il y a toute une période devant qui s’annonce. Mais peut-être, de rappeler qu’en 1944 comme dans toutes les familles mais aussi lié à cette période, il y a beaucoup de secrets de famille. J’ai même des choses qui sont restées des secrets de famille à ce jour, d’autres qui ont disparu. Mais mon père se retrouve pendant la guerre, à avoir été blessé. Tout proche d’ici, dans la frontière, en Savoie. Et puis, en 1944, il a passé la frontière, venant de l’hôpital de Saint-Julien. Et c’est l’aumônier de l’hôpital de Saint-Julien qui l’a aidé à passer la frontière. Vous devez connaître c’est à Pierre-à -Bochet à la frontière ici, il y avait la petite rivière et les barbelés à passer avant d’aller ici. Blessé et puis il a été récupéré par les Suisses à ce moment-là. Mais tout de suite conduit dans les camps de réfugier. Je pense qu’il  a été soigné puis conduit dans les camps de réfugier qui n’étaient pas mixte et puis, il s’est retrouvé à Viège en Valais. Je veux dire, où il a travaillé pendant des mois, des années avant de se retrouver avec ma mère qui a fait le même parcours. Et puis, il y avait le frère ainé mais son père lui a dit : mais fait le passage aussi sur Suisse donc aussi clandestinement. Elle a passé la frontière sous les barbelés, du reste, au même endroit. Et, je sais ça parce que c’est des choses qu’en tout cas on est allé voir, c’est pour ça qu’on connait l’histoire. Le pourquoi derrière, c’est très difficile à savoir parce qu’il y a aussi des histoires de camps, de villages et autres et d’options prises. Je n’en sais pas plus là aujourd’hui. Et puis, à partir de là, ma mère s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugier pour femmes et avec son fils. Mais en même temps pendant toute cette période, elle est allée travailler à Moudon parce que le directeur du camp, était directeur d’une maison pour personnes handicapées. Il faut le faire quand même. Et puis, elle allait travailler là-bas, et ensuite, moi, vous dire comment et où j’ai été conçu, je sais pas. Donc, mais je sais où je suis né, parce que j’ai recherché ça et j’ai pris mon téléphone pour pouvoir vous le dire. Parce qu’en fait je suis né à Genève, parce que j’ai encore une tante qui vit, je l’ai appelé là, enfin deux qui sont des sœurs de ma mère, pour poser quelques questions. Parce que dans le livret de famille, que je n’ai pas, mais je l’avais photocopié à un moment donné, je l’avais eu dans les mains. Et je l’avais photocopié, et je suis le troisième alors qu’en âge je suis le deuxième. Voilà, je vais m’arrêter là parce qu’il y a peut-être des questions là derrière. Il faudrait que j’aille… J’ai jamais voulu creuser parce que je pense que les questions ne sont pas là. Et puis, donc je suis né à Genève. Et à l’époque, la famille vivait aux Charmilles. Moi j’en ai encore des souvenirs, même de tout petit gamin. Des deux trois premières années de ma vie, parce qu’on vivait chez des gens, sous un toit, où il faisait froid l’hiver, c’est les images que j’ai et avec la neige, et avec toutes les peurs et les angoisses que pouvait avoir ma mère à  l’époque parce qu’on est dans cette période de l’après guerre. Et il y avait encore une insécurité, ne me demandez pas plus de détails, je ne les ai pas. Simplement, moi j’ai senti, vécu tout ça. Je veux dire, je l’ai vu aussi bien après et puis là, mon père, lui, qui faisait des bois de galoche, son métier, enfin c’est des souliers, et puis quand il est venu en Suisse ici, il a apprit le métier de mécanicien à Châtelaine. Et j’ai, du reste, retrouvé il y a pas très longtemps le fils du patron qui travaille chez Mercedes, là aujourd’hui. Et j’achetais des véhicules pour T- Interaction, parce qu’on nous avait donné de l’argent pour acheter mais on nous avait dit qu’il fallait acheter des Mercedes. Et j’ai retrouvé la personne qui vendait ces bus et bien on se connaissait en fait. C’est son nom qui m’a dit ça et puis à partir de là, ensuite on est venu dans le quartier de Plainpalais. Là où j’ai mon bureau. Et moi j’ai grandis dans le quartier de Plainpalais. Et avec quelque chose d’important, parce que je viens d’une famille catholique. Donc, éducation chrétienne avec toutes les valeurs qui vont derrière. Et mes parents étaient très engagés au sein de la paroisse, au mouvement populaire des familles. Cela me revient là maintenant, le MPF, parce qu’ils faisaient aussi des réunions à la maison. Donc, il y avait déjà ce côté aussi engagement. Je veux dire, avec des valeurs chrétiennes où le prochain c’est quelque chose d’important et puis où on donne un coup de main à autrui, donc ça en permanence. Et moi, je me suis retrouvé baigné là dedans et puis à pratiquer, je veux dire, à la paroisse Saint-François. Vous devez connaître à Plainpalais, depuis l’Université vous devez entendre les cloches. Et moi j’ai grandi là et je pense que c’est un point important et malheureusement, parce que j’ai pas eu le temps non plus, j’ai trouvé une photo de mes grands parents, pour vous montrer, de leur mariage. Alors je vous l’ai amenée simplement parce que ça vous montre. C’est aussi parce que ça fait partie des valeurs. Eux sont des paysans. Et ils ont une petite ferme ici, en Haute Savoie où je suis allé. Mais, il y a tout ce côté environnement, nature, et autre. Et pauvreté, parce que quand je dis une ferme c’est pas 200 vaches, vous comprenez ? Et pour compléter le salaire, mon grand père était cantonnier à la commune, comme ça se faisait beaucoup. Donc moi je viens d’un milieu extrêmement modeste. Et quand on s’est retrouvé ici, je veux dire, il n’y avait pas toujours à manger sur la table, je pense que c’est important. C’est pour ça que je dis milieu modeste. J’ai été nourri, du reste, je mesure deux mètres, c’est des choses importantes, mais pour dire on gaspillait pas. On avait toutes ces notions là qui nous étaient inculquées. Les valeurs chrétiennes, vous savez, il faut vous remettre à l’époque, simplement vous alliez à la messe le dimanche, c’était même pas le samedi, si vous vous souvenez. Le dimanche, le jour du seigneur, vous êtes là, vous participez mais en même temps vous faites votre catéchisme et vous participez, moi j’ai été enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. Mais tout ça, je veux dire, nous indiquait aussi une voie très claire en terme de valeurs. La charité chrétienne, comme c’était évoqué, je veux dire, même si le mot est galvaudé, moi j’ai vécu ça avec mes parents. D’abord un parce que la famille c’était quelque chose d’important et puis ma fois il fallait travailler, nourrir mais moi j’ai vu ma mère, parce que ce que pouvait rapporter mon père simplement ne suffisait pas, et ma mère travaillait toutes les nuits à faire des veilles à Carouge, je me souviens même du nom. C’était une pouponnière chez sœur Madeleine où elle faisait les nuits, les veilles, puis le matin elle était debout pour le réveil et puis qu’on ait le petit déjeuner, nous préparer pour aller à l’école et autre. Je veux dire elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement, donc si on revient à la paroisse, moi j’ai participé à tout ce qui se faisait dans la paroisse. A l’époque, la paroisse il y avait un curé, il y avait cinq prêtres, pour le quartier donc vous imaginez tout ce que ça peut représenter. Il y avait des groupes de jeunes, il y avait le club du jeudi, auquel on participait, mais tout ça était animé à l’époque, il n’y avait pas d’animateurs sociaux culturels, c’était la paroisse, c’était les prêtres, c’était des jeunes. Et en plus, il y a eu le scoutisme et bon nombre de personnes, même si j’y suis rentré assez tard, par rapport à d’autres personnes, mais j’ai fait du scoutisme où j’ai pu prendre des responsabilités. Il y avait des colonies de vacances. Je vous en ai parlé, puisque comme on était un milieu modeste, et bien c’est les paroisses qui avaient les colonies de vacances. Principalement, toutes les paroisses avaient leurs colonies de vacances. Et moi, dès l’âge de 6 ans, je partais en colonie de vacances, on partait six semaines à Bogève, mais en Haute Savoie. Mais on était entouré, puisqu’on est dans les valeurs chrétiennes, on était entouré de prêtres et de séminaristes. Il n’y avait pas d’autres bénévoles et autres, il n’y avait que des hommes. N’oubliez jamais ça, c’était 60 enfants de 6 à 15 ans, qui se retrouvaient là avec les prêtres de la paroisse plus les séminaristes, donc tout le monde était en soutane. Et pour vous montrer aussi toute cette période en terme de valeurs, chaque année, moi j’ai vécu les journées missionnaires. Vous savez bien qu’il faut aller éduquer en Afrique, en Amérique latine, et autre. Et des missionnaires venaient, puis on avait les journées missionnaires, où on nous parlait des personnes vivants en Afrique et puis de la manière dont elles pouvaient vivre quand même. Ces sous-hommes, on va le dire comme ça. Moi j’ai été marqué par ces choses là. C’est ensuite toute la critique qu’on a pu porter, rappelez vous que Mai 68 arrive donc c’est pas négligeable parce qu’il y a toute une évolution qui se fait mais moi toute mon éducation elle vient de là. Mais ce qui a fait aussi que cette éducation chrétienne, engagement, parce que c’était comme ça, je veux dire, on s’engageait. Mais quand je dis les valeurs de scoutisme, aider le voisin, donner un coup de main à quelqu’un, ça faisait partie de notre vie. On ne se posait même pas la question, moi pendant des années, j’ai aidé une personne âgée au boulevard de la Cluse, et en hiver, je revois ça parce que les immeubles existent encore même à la rue de Carouge, et là quand arrive l’hiver, il y a un camion qui vient avec le bois, le charbon, et puis le mazout. Vous savez ces petits bidons. Moi j’ai fait ça pendant des années dans le quartier parce que on rendait service et je pense que c’est important, mais moi ça m’a marqué vous pensez bien. Mais aussi en terme de responsabilité, en terme d’engagement, en terme de : le prochain c’était quelque chose d’important et puis, toutes les valeurs de l’évangile. Je parle de l’évangile et pas forcément celles de l’église et je pense qu’au niveau du quartier, je veux dire, il y avait une emprise quand même très forte sur tout ce que l’on pouvait faire et réaliser. Je pense que c’est un point important. De même que s’il faut regarder pour les colonies de vacances, moi j’ai pris des responsabilités très rapidement. Je ne sais pas si je vous ai dit ça mais, très rapidement, et j’ai fais des formations au CEMEA, les centres aux méthodes d’éducation active. J’ai fais toutes les formations nécessaires, mais à 15 ans et demi j’étais déjà aide-moniteur pour les plus jeunes. Et l’année suivante, lorsque j’avais 16 ans et demi, c’est juste pour la petite histoire, parce que ça me semble important par rapport à ce que je réalise aujourd’hui, moi l’aspect militaire des colonies de vacances, l’enfermement je ne supportais déjà pas. Moi je m’étais déjà organisé même quand j’étais comme colon comme on disait à m’organiser pour bien vivre, te fais pas de soucis pour moi et à transgresser tout ce qu’il fallait. Mais, parce que derrière, il y avait aussi, vous savez, d’abord on ne voyait pas les parents pendant six semaines, sauf un dimanche mais en terme de valeurs, je vais vous donner un petit fait. Il y avait la distribution des friandises tous les jours. Et quand on recevait un paquet, parce que le linge était lavé à Genève, dans le cornet il y avait les friandises. On devait ouvrir ça devant un moniteur, donc un curé, un prêtre, ou un séminariste et puis les parents avaient mis des friandises. Alors voilà, mais on partage donc il y a ce qui va dans la caisse commune. Ah et bien je vais donner ça, non c’est quoi que tu aimes le mieux. Ah mais spontanément on dit : c’est ça. Bien c’est ça qui allait dans la caisse commune. Je vous dis pas… Parce que derrière il y a aussi toutes les souffrances, il y a les apprentissages mais c’était ça. Donc apprendre à partager, je vais vous dire, c’est devenu depuis l’âge de… tout petit. &lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;Aline Armeli :&#039;&#039;&#039; Alors vous dites que vous ne supportez pas l’enfermement et le non respect des droits de la personne. Est-ce qu’il y a quelque chose, par exemple un événement ou une rencontre dans l’enfance ou l’adolescence, qui a marqué votre choix, donc par exemple le stage à Serix-sur-Oron ou Eben-Hezer ?&lt;br /&gt;
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&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Déjà avant, moi j’ai des faits qui m’ont marqué même quand j’étais à l’école primaire, à l’école de la Roseraie. De la part d’enseignants, et quand je vous disais colonie de vacances, moi très rapidement j’ai mis en place ce qu’on appelait un levé individualisé. Vous savez on devait tous se lever en même temps, alignés enfin on était comme à l’armée, ce qui est venu plus tard mais simplement à l’école primaire, moi j’ai vécu la même chose, avec certains enseignants. Je pense qu’on ne va pas généraliser, mais où la discrimination existait à l’intérieur de l’école. Et moi, je me souviens, j’ai le nom de la personne là en tête, d’un jeune comme moi qui se trouvait à l’école primaire qui était un peu plus turbulent. On aurait dit avec Serix, un peu caractériel puisque c’était les mots qui étaient utilisés. Et puis, simplement, un jour, ce gamin à l’école, il était en train de tailler son crayon, l’enseignant lui fait une remarque qui n’était pas justifiée. Et lui lève la main, le prof va pour lui tirer une claque et le couteau à transpercé la main du prof. Et le sang c’est mis à pisser. je vous dis pas, j’ai mon collègue, mon ami Jean-Pierre, c’est pas le même qu’après, mais qui est tombé dans les pommes. Bref, mais simplement pour dire, oui ça m’a marqué parce qu’on était dans l’injustice. Et, ce qu’il faut que vous sachiez, c’est que cet homme est parti en maison d’éducation, vous comprenez. C’était comme ça, pour moi ça n’avait pas de sens, c’était pas forcément compris, comme gamin. Mais je veux dire, c’est des événements comme ça, à Serix la même chose, quand vous portez du pain et de l’eau parce que vous avez mis des enfants au cachot, parce que l’éducateur… Moi j’ai vu la violence à Serix et moi toutes ces choses là m’ont marqué. Je veux dire, et en me disant … et la même chose à l’intérieur de la paroisse vous comprenez. La même chose en colonie de vacances enfin, tout ces aspects liés à la justice, justice sociale, je veux dire. Parce qu’en même temps, on nous tiens un discours et moi c’est là que ça m’a choqué c’est que vous venez de valeurs chrétiennes, on vous annonce des choses et dans les faits c’est pas ça. Et moi, très très jeune ces choses là, cette incohérence m’a marquée. Et je l’ai retrouvé dans l’éducation au même titre quand vous parlez de Serix ou après si on reprend les débuts de la socio thérapie, du Quatre ou autre c’est ces choses là. Et oui, alors c’est pour ça que je dis l’école primaire. Mais la même chose quand vous organisiez, au scoutisme c’était la même chose. Je veux dire, parce qu’on nous demandait d’être les meilleurs en même temps. Les autres qui n’arrivaient pas à suivre, alors qu’on tenait un tout autre discours, bien simplement, elles étaient évacuées. Il n’y avait pas de place pour les personnes, je dirais plus démunies à l’époque. Ou elles étaient systématiquement montrées du doigt. Et essayez de vous imaginer que dans le quartier de Plainpalais, où là si vous vous promener aujourd’hui ça parle de toutes les langues, il y a toutes les couleurs et à l’époque, les noirs il y en avait pas. Or vous êtes là, mais il n’y en avait même pas à l’école, mais on nous apprenait le racisme aussi. Bien oui, lisez « Tintin au Congo », c’était nos lectures, essayez de regarder le vocabulaire, les images et autre et les missionnaires venaient vous dire que c’était des sous-hommes, qu’il fallait les éduquer. Vous êtes là, vous vous dites, attendez où est-ce que je suis, à un moment donné, parce que comme moi j’ai toujours été assez critique, et puis je reste aujourd’hui critique par rapport à toute organisation, même par rapport à T-Interaction. Je pense que c’est extrêmement important. Mais cette mise en question, alors que j’y ai participé, vous comprenez et moi le racisme il est au fond de moi, la charité elle est au fond de moi. Voilà les mécanismes qui sont… comment je peux mieux gérer ça aujourd’hui, je veux dire, parce que si vous laissez remonter ça, bien simplement vous tombez dans des extrêmes et des abus comme ça peut exister aujourd’hui. Alors oui moi j’ai été marqué même après Serix quand j’ai travaillé comme premier conseiller social après Klaus Engler au cycle d’orientation de l’Aubépine. Premier cycle d’orientation, et puis avec le premier conseiller social moi j’ai vu la manière aussi dont les enseignants, avec tout ce que l’on met en place. Et c’était fait assez finement en fait et moi j’ai pris la défense de ces gens là. Mais déjà en colonie de vacances vous comprenez, déjà à l’école, moi j’ai vu quand j’étais au collège, j’ai un copain qui était dans la classe qui a disparu de la circulation, on n’a jamais voulu nous en parler. Il arrive pour un cours, on se trouvait vers le collège Calvin, et à partir de là il tombe. On a compris bien après, c’est une crise d’épilepsie, il a disparu de la circulation. Lavigny est fait pour ça vous comprenez. On l’a jamais revu mais en plus toutes ces choses là étaient tues. On en parlait pas, il y avait pas une question de dialogue. Moi j’ai souffert de ces choses là, je pense que c’est des éléments qui m’ont amené à mettre en place, parce qu’en même temps on parle de démocratie, vous êtes où ? Je suis pas sur qu’on soit dans le vrai en terme de dialogue, en terme de poser les choses sur la table parce que vous venez du secret dans la famille. Il y a pleins d’autres secrets qui se passent ailleurs, oui j’ai été marqué mais j’ai aussi été marqué par des personnes. Moi si je prend Michel Bassot parce que j’ai refais la liste, une quarantaine de personnes qui ont été sur mon parcours quelques instants ou plus longuement. Moi j’écoutais cet homme, c’est un français, Michel Bassot, qui partait dans l’humanitaire et qui vient nous parler, je parle du scoutisme là. Cet homme là était génial dans ce qu’il proposait comme action c&#039;est-à-dire de construire les choses. Et moi je crois que j’ai pris ces aspects là, moi je pense que je suis plutôt un homme résiliant parce qu’autrement j’aurais choisi la transgression mais dans le sens de la délinquance pour combattre ces choses là. Et je pense que ça sert pas à grand-chose sous cette forme. Comment est-ce qu’on peut analyser, comprendre et puis essayer de construire à partir de ça. Pour ça que moi je suis heureux que vous voyez ces choses là, parce que c’est une construction de quelque chose pour donner place à ces personnes les plus démunies. Et je pense que j’ai été marqué par ça. Et comme quand j’avais fait mon stage à Eben-Hezer, après Serix où là comme on était avec des jeunes et puis il y avait beaucoup de violence et puis moi j’ai vu du personnel éducatif, donc des éducateurs, moi mon éducateur chef je l’ai vu tabasser les jeunes. Mais je les ai vu dégringoler dans l’escalier central à Serix qui existe encore là aujourd’hui. Je veux dire, à se battre avec un jeune de 14-15 ans et tout ça pour ensuite aller l’enfermer. Vous dites attendez mais en même temps vous tenez le discours de l’éducation, c’est quelqu’un qui avait une formation d’éducateur. Vous dites il y a quelque chose qui ne joue pas. Je veux dire, en tout cas moi je ne comprenais pas ce type de choses là, et puis je crois que je ne veux toujours pas comprendre. Et à mon avis c’est ça, quand je vais à Eben-Hezer, je me suis retrouvé avec des personnes adultes déficientes intellectuelles mais on va dire graves. Puis vous êtes là, mais livrées à elles même, on leur propose rien vous comprenez donc quand vous regardez ça, vous vous dites tien il y a quelque chose qui ne joue pas dans la communauté il y a une place pour tout le monde. Moi c’est ce qu’on m’avait appris en terme de valeurs, vous comprenez donc oui moi j’ai été marqué par ça ou quand j’ai vu… je revois le visage du directeur d’Eben-Hezer, monsieur Montvert, son nom m’est tout le temps resté. Quand je suis arrivé pour lui demander une place de stage mais il m’a dit mais c’est génial, vous êtes le premier à demander un stage ici. Lui c’était la révélation, il se demandait pourquoi, moi j’ai envie de connaître les gens les plus démunis pour voir comment est-ce qu’on peut entrer en matière parce que c’est bien ce qu’on nous a appris. Si vous relisez l’évangile, il y a tout ça dedans. Et puis c’est décrit de façon claire, pas toujours comme l’église nous l’a appris ou nous l’a fait comprendre etc. Parce que l’autre chose qu’il faut que vous compreniez, c’est que moi j’ai assisté aussi ce qui est dénoncé aujourd’hui, mais à l’époque on n’en parlait pas. Je veux dire, tout le thème de la pédophilie, je peux vous en parler de long en large en colonie de vacances donc je vous ai parlé de qui se trouvait là. Moi je peux vous dire, je peux vous donner le détail. Je veux dire, et vous êtes là, c’est quoi ces histoires qui se passent. Et vous vous avez vécu ces choses là. Vous dites, non il y a quelque chose qui ne va pas. Je veux dire, et comment vous allez transformer ça. C’est pour ça, moi j’ai toute sorte d’événements comme ça mais qui se retrouvent toujours avec cette histoire d’enfermement parce que l’enfermement ce n’est pas que les murs, c’est aussi soi où on s’enferme vous comprenez ? Et on s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner mais parce que oui il y a d’autres personnes qui vous enferment mais l’enfermement il est chez soi et puis qu’est-ce que je fais de ces questions qui m’arrivent quotidiennement depuis que je suis gamin vous comprenez. Alors l’autre chose, je vais vous dire, parce que j’en ai jamais parler, mais moi j’ai été proche de la mort, je veux dire comme gamin aussi. Je crois que j’ai jamais évoqué ça, parce que j’ai vécu deux erreurs médicales assez sérieuses, et puis j’en veux pas aux médecins c’est comme ça je veux dire. A l’époque je pense qu’on n’avait pas toutes les clés. Mais on est venu me chercher à l’école primaire, à l’école de la Roseraie, pour subir une opération, ça faisait deux ans qu’ils cherchaient ce que j’avais et ils ne comprenaient pas. On est venu me chercher en classe pour me dire, tu files juste en dessus, pour être opéré parce que j’étais à l’article de la mort, vous allez y mettre les nuances mais vous êtes en situation de survie. Et puis je vais vous donner un autre exemple, en situation de survie qu’est-ce que vous faites de ça, vous choisissez la vie ou la mort ? Vous comprenez… J’étais avec ma grand-mère, là c’est les habits du mariage, je veux dire vous imaginez là où ils vivaient et puis je pars en vacances chez un oncle qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz et c’est juste une petite anecdote mais qui moi m’a marquée. C’est parce que vous posez ceci, et puis où on m’a enfermé aussi mais je me suis laissé enfermer. Vous comprenez, jusqu’au moment où j’avais la capacité d’agir et réagir mais là bas, j’ai été, vous avez peut-être vu que j’ai une fossette là qui fait tout mon charme, et à partir de ça c’est un chien qui était bien des mètres plus loin, il y avait deux chiens qui faisaient partie de la boucherie et autre etc. Et puis qui tout d’un coup a perdu la tête et puis il a bondit, il est venu vers moi et il m’a arraché la figure. Il y avait juste le trou là et je me revois, j’ai crié, j’ai poussé un cris donc les gens sont venus, j’ai même pas pleuré, ça c’est les choses de mon histoire et puis à partir de là, c’est tout le discours, c’est pas le fait. Alors on m’a conduit chez le médecin, il m’a dit on ne peut rien, il a mit une épingle pour conserver un peu la peau et autre et puis c’est pas pratique de manger par le côté, il vaut mieux manger par le devant, je vous le dis. Et puis, ils m’ont conduit à l’hôpital et ils m’ont recousu. Le drame, jamais jamais Alain tu vas pouvoir trouver une copine, une femme ou autre. Mais j’en ai entendu, et on m’a obligé pour atténuer la cicatrice et tenez vous bien, je sais plus ce que c’est comme pommade deux fois par jour de me frictionner pour atténuer la cicatrice. C’était comme ça et ça a duré deux trois ans, parce que j’étais haut comme trois pomme donc vous obéissez. Mais attendez, ça a des limites l’obéissance je veux dire. Et en fait c’est ce qui fait que j’ai trouvé je ne sais combien de femmes dans ma vie. Mais simplement pour vous dire, oui mais c’est un fait marquant vous comprenez. Je veux dire où vous êtes là parce que non… on avait détruit votre vie, vous allez pas pouvoir en faire quelque chose parce que vous êtes défiguré. Vous êtes devenu une personne handicapée, et bien excusez moi, je veux dire… non. Enfin bref, intérieurement je ne le vivais pas du tout comme ça. Je veux dire, enfin bon pour moi j’ai été mordu, j’ai été mordu. Et en plus, même mon oncle n’en pouvait rien. Simplement c’était un Berger-Allemand, vous savez et puis il était très âgé et puis il parait que ces bêtes là à partir d’un certain âge ça arrive ce type de choses. Moi j’en sais rien mais pour l’avoir entendu après puisqu’il y en a souvent qui se font mordre par des chiens. Mais personne ne m’a aidé à construire avec ça. J’ai eu peur des chiens, je suis pas toujours tranquille avec mais ça a mis des années pour que j’ose (Anecdote) Mais simplement vous faites avec ça, mais personne, oui il fallait que je frotte là sur le handicap physique que j’avais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tu as nous raconté une histoire de l&#039;anti-psychiatrie qui souvent est partie des murs même de l&#039;institution (avec Eisenring, Garonne, etc.) et a été réalisée grâce à des choix politiques de l&#039;Etat même si sur le terrain tout était à créer, à expérimenter (essai, erreur, évaluation, rectification, etc.) : te considères-tu comme un militant de l&#039;anti-psychiatrie? et vers quoi ta critique se porte aujourd&#039;hui ?&lt;br /&gt;
 (38 :01)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi j’ai toujours cru alors c’est une erreur aujourd’hui qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi. Moi je suis et je l’ai toujours annoncé comme tel moi je veux être à l’intérieur pour changer des choses, modifier des choses. Et je suis resté en même temps pour voir ce qui se passait et pour proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution.&lt;br /&gt;
Moi je crois que l’institution est trop puissante et n’est pas prête à modifier avec toutes les strates qui existent et avec toutes les luttes de pouvoir et en fin de compte même le cadre de Trajets n’était pas un contre-pouvoir par rapport à ça. Moi je ne me trouve pas comme d’autres militants comme Alain Riesen et Roger Schuler. Moi je ne peux pas me poser en contre simplement dans le sens où je l’entends ou dénoncer, j’ai passé à ma vie à dénoncer et  me battre mais pas comme un militant qui sort et qui se pose contre ce qui se passe. Je ne sais pas faire cela. Par contre je suis assez stratégique et tactique dans ce que je mets en place. Je suis parti de ce que je voulais dès le départ. Pour moi il n’y avait pas de dialogue-. Comment est-ce possible d’être entendu ? Mais pour cela il faut être à l’écoute des personnes et d’une communauté. Et d’être à l’écoute. La psychiatrie s’est le psyché et iatros, c’est le médecin. On est dans la médecine du psyché. Le mot a été dit en 1808. C’est les soins de l’âme ; on va faire le lien avec les valeurs chrétiennes. Mais moi ce que j’ai mis en place comme militant, mais comme  psychosocial en psychologie sociale et psychosociologie qui ne se pose pas en contre la psychiatrie, mais en complémentaire avec quelque chose qui existe. Et en ce sens j’ai voulu me faire entendre. Mais dans ce sens là cela m’a servi d’être à l’interne et voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes qui étaient à l’intérieur. Et peut-être ensemble de pouvoir  réfléchir. C’est quelque chose de très complexe. Car je l’ai vécu puisque j’ai fermé des institutions quand même. Il y a une institution de 98 personnes avec des troubles intellectuels : ces gens vivent dans la communauté : il a fallu travailler avec le personnel. A Genève on est la Mecque de la psychiatrie à l’époque, Genève est regardée comme la Mecque au niveau de la psychiatrie. Vous ne toucher pas à cela moi-même j’ai fait une erreur. Une erreur de vouloir modifier tous ces aspects là. Vous pouvez faire toutes les manifestations que vous voulez ça ne changera rien pour ces personnes. Actuellement il y a encore 50-60 personne qui vient à la clinique : cela a modifier quoi pour eux ? Rien au-delà des personnes concernant personnes des articles 49 où on a commué la peine de prison en internement psychiatrique. C’est quelque chose qui m’a toujours frappé. Il ne suffit pas de mettre en place trajets, T-interaction il faut faire des partenariats. Moi je suis plus dans cet état d’esprit De poser le dialogue, même si c’est difficile.&lt;br /&gt;
En 1981, un  psychiatre m’avait dit vous n’avez pas de concepts. J’ai dit stop on va organiser une journée et on va parler des valeurs et des concepts et de ce qu’on met derrière et comment on travaille. Ils étaient très surpris : il y avait 80 personnes à ce colloque qu’on a fait ici à Genève pour les gens de la psychiatrie. Et à partir de là ils ont découvert et cela ouvert des portes. Je ne suis pas sur qu’il faille tirer à boulet rouge dessus. Que l’on dénonce que l’on se pose en personnes critiques, mais regardons aussi chez nous. Là je suis entrain de scanner des milliers de photos et clichés quand  je vois le point de départ  et aujourd’hui : c’est le jour et la nuit. Le point de départ c’était le scoutisme. On travaillait de cette façon là au départ du Quatre et de Trajets : eux ils n’avaient pas été scoutes, mais moi j’étais chef de patrouille. Quand on a fait le potager de la Vendée j’étais parti chercher de l’argent : moi j’ai répéter une histoire. Moi j’étais parti avec quarante gamins en Suède faire un camp de vacances en Suède on était trois pour trente gamins, c’était génial on leur a fait vivre tout sorte de chose, mais en même  temps on n’avait pas d’argent. On  avait fait des crêpes on avait récolté de l’argent pour ces gamins de Plainpalais. Le potager de la Vendée c’était la même chose. On avait récolté 10&#039;000 Frs de la même manière. Et moi quand je regarde aujourd’hui on s’y prend différemment aujourd’hui on donne une vraie place aux personnes. A l’époque on était encore dans l’aide, de patients, de fous. Je suis sur que je n’étais pas convaincu que les gens pourraient modifier des choses de leur vie. On les voyait en situation de crise et on avait besoin des psychiatres et des soins on était bien content qu’il y ait des neuroleptiques en situation de crise. On peut dénoncer des manières de faire ou simplement … parce que j’ai assisté à des situations où es psychiatres qui enfermais des gens. J’ai retrouver quelqu’un à Trajets : lui avait fait une école d’ingénieur et avait péter les plombs et c’était retrouver à Bel-Air. Et moi je l’avais vu et puis le gars qui gérait l’entreprise de pommiers (on avait planter mille pommiers) m’a dit de venir, et le type me dit que le psychiatre à Bel-Air lui avait qu’il y passerait toute sa vie. J’ai dit il délire et on va voir le psychiatre et on a attendu parce qu’on est patient. Et quand le psychiatre est venu, c’était un jeune psychiatre parce qu’il change tout les premiers octobre les assistant ! Je lui dit ça et il me dit oui c’est vrai et il prend le DSM III il prend ça et il lit eh oui parce que 80% des gens finissent à Bel-Air c’était au début des années 80 !  C’est la règle : c’est ça l’enfermement. Et moi je dénonce. Et je l’ai dénoncé, mais je ne suis pas sur… que c’est une forme de militantisme, mais moi j’ai mis en place des stratégies où les personnes et les structures, et une des stratégies avec Trajets de faire en sorte que cela grandissent et qu’ils ne puissent pas récupérer. Car dès le début ils voulaient récupérer et mettre ceci à l’intérieur de l’institution. Je dis non on est dans la communauté et on veut y rester.&lt;br /&gt;
Et quand vous avez mis en place  bureau service, le potager de la Vendée, bureau service, les loisirs les vacances, et autres et que cela touche une centaine de personnes, on y touche moins. Mais la récupération c’est le risque c’est ce qui se passe aujourd’hui. L’enfermement, on y retourne et on y est avec bon nombre d’institutions qu’on a fait grandir ; mais c’est le politique qui a fait grandir. Ma critique aujourd’hui c’est que d’abord : il n’y a plus de militant pas dans le sens pas s’opposer en contre mais de militer pour des valeurs. Oui j’ai milité non pas contre la psychiatrie mais pour l’intégration sociale, professionnelle pour une justice  sociale pour que les gens aient une place dans la communauté une place au travail. Là on a rassemblé tout le personnel pour leur annoncer que les bénéfices qu’on a fait cette année on va le partager. Ils ont droit au partage des bénéfices. Je crois à cela c’est des stratégies. On s’est posé la même question pour T-Intéraction parce qu’on cherche à récupérer….&lt;br /&gt;
Les Epis le nouveau directeur général écrit au directeur de T-Intéraction il propose qu’ils se voient… on est loin des ateliers protégés avec 300 personnes on est à des kilomètres de distance. Il faut qu’on se voie pour mettre en place des partenariats. Mais ce sont les prémisses à une récupération. Là il y a un risque c’est un système… ce n’est jamais terminé… là on s’adresse à de personnes fragilisées, mais c’est la même chose pour les requérants d’asile, ou les Roms et ceux qui cherchent une place fixe dans le canton de Vaud, il faut se battre. &lt;br /&gt;
Le risque aussi c’est le management parce qu’aujourd’hui on est plus dans la rencontre de l’humain, on parle management et on crée des strates qui dirigent. Moi je n’ai rien contre le management : Trajets a été ISO, et la buanderie de Pont d’Arve a été la première entreprise sociale en psychiatrie à être ISO, 2001 : c’est important. J’ai une formation dans le domaine et je crois à la qualité et on a besoin d’avoir des procédures et autres mais il faut limité. Quand j’étais à Trajets c’était une obligation de l’OFAS 2000 il y a fallu créer 3 postes pour savoir où cette tasse a été inventoriée et quel est le prix etc. Vous me direz que cela crée de l’emploi, mais cela fait aussi que vous ne bougez plus au niveau des personnes ! Il y a aussi le risque que comme militant, ma fois les horaires : les gens ils vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 comment on peut les suivre ? Est-ce qu’on peut continuer à s’engager ?&lt;br /&gt;
Je n’étais pas parti pour cela. Au départ. D’abord un les études m’agaçais j’aurais fait un apprentissage j’ai besoin de créer. Heureusement mon père m’a appris. Je sais tout faire de mes mains. Je l’ai vu faire. On récupérait tout. Mon premier vélo, il n’y avait pas d’argent pour l’acheté, on récupérait tout ce qu’il y avait au bord de la rue  je l’ai reçu à mon anniversaire il avait toute sorte de couleurs : c’était magnifique. J’aurais voulu partir comme menuisier. J’adorais les voitures, à dix ans j’avais toujours le nez dans les moteurs. Puis j’ai rencontré Klaus Engler, qui avait fait sa formation chez Pahud à Lausanne.  Je l’ai rencontré par le biais du scoutisme. Et lui a vu toute sorte de choses chez moi que je fais aujourd’hui. Mais lui avait vu moi pas Mais je ne regrette rien du tout. Dans le scoutisme j’enseignais lesn travaux manuels et puis les jeux avec les gamins. Et lui ma dit il faut que tu fasses l’école Pahud. Et j’ai dit eh bien oui. Il m’a dit il faut que tu aies à Serix et il a pris contatc et les choses se sont faites comme cela. Moi j’aurais fait des choses manuelles et j’aurais fait des chose sartisites. Et j’ai suiv des cours de sculpture et peinture. J’avais un ami artiste peintre et j’étais chez lui. J’ai suivais des cours 4 heures chaque semaine.  J’ai payé mes cours chez Pahud en vendant mes tableaux ; je faisais de l’huile donc. Et cela va dans le même état d’esprit : la créativité, j’ai x idées par minutes. C’est fatigant des fois. Klaus Engler a été mon coach comme on dit aujourd’hui. Il a été le premier éducateur de rue à la PDJ et il avait créé ces services pour être dans la communauté avec les gens ; c’est lui qui a créer les conseillers sociaux avec Valy Degoumois qui était directrice de la Protection de la jeunesse, une femme extraordinaire, et c’est son mari qui était le premier président de Trajets en 1979. Un homme extraordinaire : c’était un juge. Ces rencontres là a fait que j’ai choisi ce métier là. Mais j’ai découvert que j’ai fait pour moi en fonction d’où je viens. Je suis resté timide et j’étais réservé mais avant j’étais très très timide. J’ai trouvé cela avec mon ami André Blanchet qui est à Boston. J’ai eu travaillé avec lui. C’était un militant, qui s’est battu contre les hôpitaux psychiatriques. Il a du quitter le Québec, il  eu des procès, il a été condamné… et je l’avais fait venir à Genève pour un cours sur l’intégration communautaire. J’avais ouvert cela à une quinzaine de personnes, mais cela n’a jamais été renouvelé ; parce que les instituts sont fait comme cela c’est des questions de mode ! Je me souviens et un jour j’ai pris consciences de tout cela. En fait les valeurs premières je les ai mises au service d’autrui, mais c’est seulement en 91. Tout le chemin parcouru. On fait les choses d’abord pour soi après on les mets au service d’autrui &lt;br /&gt;
Il a fallu que je fasse mes expériences C’est pour cela que je parle de résilience. Le moteur énorme ce n’est pas le militantisme c’est le plaisir. Tous les soirs je fais le point sur ce que j’ai fait et ce que je peux améliorer. Et tous les soirs je sais ce que je vais faire le lendemain. Puis je prends de la distance et je regarde la nature et je me nourris. C’est du bonheur. J’ai envie comme militant de poursuivre ces choses là.&lt;br /&gt;
Un métier aujourd’hui si je devais changer je pense que je fais travailler encore dix ans pour améliorer et aller vers l’excellence par rapport à ce qu’on fait. Je reste très critique : il faut garder cette approche réflexive tout le temps. L’autre chose qui m’attire c’est tout le côté artistique : peinture sculpture. J’ai un atelier c’est un monde de trésor parce que je ne suis pas capable de voir quelque chose qui traine, je m’arrête, je  le mets dans ma voiture et  j’en fais quelque chose, Il y a un tel gaspillage et j’ai toute sorte d’idée de cet ordre là. Je l’ai fait avec des gens qui ont des graves difficultés et mis en place avec Jacqueline Backmann un atelier avec des gens qui ont des difficultés psychologiques et psychiatriques. Aujourd’hui elles font quelque chose de leur vie mais ce n’est pas reconnu, parce qu’il faut travailler. Mais c’est pas le travail qui est important c’est le choix de l’activité que vous voulez faire et quand vous vous levez le matin vous avez le bonheur devant vous. C’est la règle pour toutes les personnes. Si vous vous levez le matin et faites la gueule il faut changer de métier, car il y a toutes sortes d’activités pour gagner sa croûte. On va se mettre ensemble pour regarder ce qui est possible. Avoir un boulot alimentaire et pouvoir se réaliser. Moi je ferais des choses comme cela mais aujourd’hui je me lève à 5 heures du matin pas parce que j’ai des obligations, mais pour le plaisir mais j’ai besoin de la rencontre tous les matins.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Retranscription</title>
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		<updated>2012-11-29T10:33:26Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Mercredi 26 septembre: premier contact dans la salle de cours (Uni-Mail)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C&#039;est une aventure, un exercice sûrement difficile parce que reprendre et repartir de toute l’histoire et mon histoire dans la construction  de différents éléments pour permettre l&#039;intégration  sociale de personnes en difficulté psychiatrique, psychologique ou en rupture sociale. On élargira peut-être la question.&lt;br /&gt;
Après avoir rencontré Martine qui me posait toutes sortes de questions, sur ma vie parce que c’est toute une vie cela part de mes motivations ce qui remontent très loin par rapport à tout ce que je vais pouvoir vous raconter à travers d’anecdote, à travers de faits, d’éléments contruits ; à partir de l’empirique parce que bcp de choses se sont faites dans l’empirique car on avait pas de cadre de références théoriques conceptuels par rapport à ce que nous mettions en place à partir des années 70. C’est pourquoi je dis que c’est un exercice difficile. J’ai recherché un certain nombre d’archives, de livres, de conférences, de choses que j’ai pu mettre en place pour essayer de construire des choses pour plus de participation sociale de ces personnes exclues.&lt;br /&gt;
En deux mots je suis heureux pouvoir participer à cette expérience. Quand Martine m’a posé la question j’ai dit oui sans savoir où j’allais, mais je pense qu’un c’est aussi avec un inconnu organisé que l’on peut mettre en place, organiser un certain nombre de choses.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je voulais vous dire aujourd’hui c’est peut-être retracer… Martine m’avait demander un C.V, mais je n’ai jamais fait de C.V puisque je n’ai jamais postulé à qq part. &lt;br /&gt;
Mon expérience professionnelle remonte en 1966 je suis allé faire un stage comme on doit le faire depuis l’école Pahud. J’avais des idéaux sur l’éducation : liberté et ce que j’avais pu apprendre de la vie et de l’enfermement, Quand j’ai découvert cette institution avec 60 enfant de 6 à 16 ans et j’ai commencé avec les petits. Vous vous trouvez en face d’enfants qui venaient et qui étaient placés ici dit « caractériels » et vous avez un enfant de 7 ans qui est étiqueté comme caractériel et vous vous trouvé à 20 ans avec la vie devant vous aimant la vie. Et voir cet enfant ici cela fait bizarre. J’ai passé dans les différents groupes. On n’était pas dans l’éducation mais leur dire tout ce qu’on ne doit pas faire dans la vie pour être heureux et on leur donnait leur  parcours déjà défini et défini par le personnel éducatif. Il faut vous dire aussi en se remettant à l’époque il n’y avait que des hommes (pas d’éducatrice) et l’Ecole Pahud (école d’éducateurs de Claude Pahud depuis 1954) essayait de placer ces éducateurs. C’était des hommes qui s’occupaient de ces enfants. On n’était pas dans la prise en charge, mais les mettre dans la droite ligne. Il y avait aussi des institueurs/trices spécialisées et cela devait marché à la baguette. Les gens devaient réaliser exactement ce qu’on leur indiquait soit à l’école ou dans la partie éducative. On vivait dans des groupes de 8 à 10 personnes. La question que je me posais : on est pas là comme éducateur pour faire le jardin…. Il y avait une maltraitance par rapport à ce qu’on offrait à ces personnes dans la manière dont on s’adressait à elles, les violenter, et violences physiques que je découvrais. J’avais fait du scoutisme, des CEMEA, des grandes colonies de vacances jusqu’à 150 personnes (avec une organisation quasi militaires) et je retrouvais la même chose jusqu’à la punition. Où les gens ne devaient pas savoir ce qui leur arrivait. Et on pouvait les mette au cachot avec pain et eau. Et quand vous faites cela et que vous avez un idéal de les faire participation à la vie et des apprentissages : cela m’a ébranlé et permis de faire des choix (exp. de violence sur un jeune homme qui avait un Q.I de 160 un homme brillant qui manipulait tout le monde suivi par Dr. Bergier et je devais mettre ma casquette de chauffeur pour aller à Lausanne chez le psychologue. On arrivait après le repas et on mangeait à la cuisine et on mangeait  sur la grande table et je mangeais au retour avec Michel. Et un autre homme était un peu démuni sur le plan intellectuel. Et Michel savait comment vous titiller et savait comment vous prendre pour agacer énerver et ce jour-là Gilbert n’en pouvant plus sort un couteau de cuisine et lui traverse le ventre. Une anecdote qui vous refroidit un peu. Ce qui m’a frappé la réaction du personnel : « Mais que va penser le Dr. Bergier le psychiatre ». C’était cela la réflexion Gilbert est parti est parti et derrière Serix dans la forêt (il a fugué) et pour allé l’enfermer à l’hôpital psychiatrique. Personne ne s’est posé la question sur la situation : c’est lui qui a payé. Ce n’était plus une personne qui avait droit à l’instruction il va être enfermé à Cery avec médication etc. Je me suis interrogé sur ce que j’étais en train de faire. Moi je ne pouvais pas participer à ces choses là. J’avais fait des ateliers – je bricole et j’aime l’art – et on était parti en méditerranée pur apprendre à faire de la voile. On devait vivre sur place et on n’avait pas le choix et c’était aussi dur que les enfants. Ma chambre était sous les toits et dans ma chambre il faisait 6 degrés. On disait qu’il n’y avait pas d’argent, mais on construisait une villa pour le directeur…&lt;br /&gt;
J’ai été marqué et disant moi je ne peu pas. J’avais décidé de partir et le directeur me disait qu’il voulait me garder pour les 40 ans avenir. Surtout parce que je savais bricoler et j’avais construit une salle et j’avais fait des vitraux (ils n’y sont plus !)….&lt;br /&gt;
A partir de là j’ai donné mon sac et en même temps j’ai fait ma formation d’ &amp;quot;éducateur de groupe » (aujourd’hui éducateur spécialisée) en internat. Moi je ne supporte pas l’enfermement, je le sens à distance. Après ceci je vais partir de mon parcours professionnels et de ma formation. L’école Pahud m’a ouvert les yeux, lorsque le neurologue nous emmenaient à Eben Ezer voir les monstres ! La déficience intellectuelle dans le quartier de Plainpalais il n’y avait pas de personne handicapée. J’ai toujours fait plusieurs choses à la fois (je suis incapable de faire qu’une chose) je me suis engagée dans la formation, l’enseignement et la recherche pour relier les choses, mais aussi c’est un stimulant dans la pratiques. Quand vous faites intervenir des gens de l’extérieur cela stimule lorsque vous devez enseignant aux étudiants, vous devez d’abord être au clair vous même.&lt;br /&gt;
J’ai été le premier conseiller social au cycle d’orientation. J’avais un ami éducateur, Wengler (?) qui travaillait au service de protection de la jeunesse dirigé par Valy Degoumois. C’était à l’Aubépine et cela me convenait pour accompagner des jeunes qui étaient en situation familiale difficile ; mais c’était pas vraiment ma tasse de thé ; j’ai fait cela pendant quelques années et j’enseignais au cycle d’orientation dans des classes professionnelles (cela n’existe plus maintenant) des classes observation dans lesquelles on mettait ceux qui avaient des difficultés. Je les aidais pour qu’ils puissent faire un apprentissage. Je me suis aperçu que le système de l’école façonnait et c’est surtout les enseignants qui avaient envie du parcours de ses jeunes. Il y avais un jeune particulièrement doué tous  les conseils de classe voulait qu’il aille à l’université. Il voulait être maçon : il a fallu se battre pou cela ! On est dans les mêmes schémas où on indique aux personnes ce qui est bon pour eux. J’ai été à Caritas jeunesse dans les années 70 mis en place le service Caritas jeunesse et dans mon état d’esprit on organisait les camps de vacances, des colonies. J’aime bien créer de nouvelles choses : et j’ai accueilli dans les camps de vacances des gens handicapés avant de mettre en place à Caritas le secteur des handicapés. Et ça c’est une création que j’ai fait pendant une dizaine d’année et parallèlement j’ai été enseigner à l’école d’éducateur à Genève. L’école c’est créée en 1970 c’est Paul Weber a qui on a demandé de mettre cela en place et comme on avait faite des formations ensemble, il est venu me demander si je voulais être formateur (il n’y avait pas de formateur à plein temps) et comme je touchais au champ de la déficience, le Dr Eisenring qui travaillait à Bel-Air et qui avait créé le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mentale. Bel –Air qu’on appelait aussi IUPG il est venu me demander si je ne voulais pas créer avec lui un service de sociothérapie pour des personnes handicapées mentales profondes. Il y a avait à Bel-Air des pavillons réservés pour eux. (le film San Clemente de Depardon fait en 1980, mais si on remonte en 1970  c’était exactement ça). Je partais de Serix pour voir des choses plus merveilleuse, en psychiatrie j’ai découvert l’enfer, pire que Serix. Je me suis posé des questions personnelles. Est-ce que je vais rester à Genève ou partir en Afrique faire de l’humanitaire. Finalement j’ai fait le choix de rester. Je savais ce qui se passait de par le monde par le biais de Caritas, Caritas-Suisse qui avait cette vision j’avais été au bureau international BICE puis je me suis dis: &amp;quot;Non il faut rester là il y a du travail à faire&amp;quot;.&lt;br /&gt;
Le Dr. Eisenring avait 20 ou 30 ans d’avance de son temps. Il disait ces gens n’ont pas leur place ici et j’aimerais que tu fasses un travail individuel avec chaque personne. Et, en 1972, essayez d’imaginer ce que cela peut représenter. J’ai commencé un travail individuel et cela est devenu ma tasse de th encore aujourd’hui et je me suis battu et je faisais partie de l’institution : ils passaient du dortoir, au réfectoire de trois mètres 50 de haut, où il y avait une télévision dans un coin et une chaise pour l’infirmier. Et ces personnes n’étaient pas habillées à l’époque et je me battais pour dire il faut habiller la personne, car je vais passer la prendre et sortir une matinée. En même temps je découvrais de façon empirique que personne ne savait que faire avec ces personnes. On avait mis en place tout sorte de moyens car j’avais aussi toute sorte de sentiment, de peur, de honte, de peur que lorsque je croise quelqu’un qu’il me reconnaisse. Ces personnes n’étaient jamais sorties, jamais sorti de l’hôpital. J’ai fait un bout de chemin avec deux Roland. Si vous les aviez vu en ville les gens changeaient de trottoir le vide se faisait cent mètres à la ronde (celui qui tourne sur lui-même, celui qui baisse son pantalon et urine juste devant la fanfare des Vieux Grenadier aux Bastions). Moi je ne j’étais là et je me suis mis à distance ; vous comprenez le mécanisme, je ne savais comment m’y prendre, que faire !  ça été le point de départ. Nous nous sommes dits et là on est avant la maladie psychique, il faut les sortir de là les mettre dans un habitat. En 1972, on avait trouvé des appartements à Grange-Canal, cela a été une levée de boucliers, c’était bien trop tôt, personne n’était préparé à ces choses là. Alors j’ai continué pendant dix ans, en parallèle, mais j’ai aussi intégré ces personnes dans les loisirs, dans les vacances, convaincu que j’étais que la vie est dans la vraie vie là où sont les gens, les citoyens. Avec eux, j’avais monté un club et j’allais dans le centre de loisirs Marignac de Lancy. On côtoyait d’autres personnes. Bien  sûr on avait réservé une salle, car il  y avait des peurs,  il ne fallait pas mélanger les torchons et les serviettes : cela ne se fait pas ! &lt;br /&gt;
Lorsqu’on parle de politique, moi j’ai toujours en tête de faire en sorte de ne pas faire de la politique, mais la cité appartient à tout le monde et aussi à ces personnes  et qu’est-ce que ces personnes ont à nous apprendre, à m’apprendre? Et ce n’est pas que dans un sens c’est quelque chose de réciproque. Ce sont ces personnes qui m’ont appris mon métier, beaucoup plus que ce qu’on apprenait à l’école Pahud : c’était extraordinaire, mais on était hors réalité, à côté de la plaque.&lt;br /&gt;
Et puis avec le Dr. Eisenring et Bernard Pasche, un psychologue un homme génial aussi, on faisait de la recherche sur l’image, sur les représentation dans la communauté, on a fait toute sorte d’interviews ici au marché de Plainpalais, et on donnait même des résultats par des conférences. Un moment donné sur le club des loisirs, le Dr. Eisenring avait organisé une journée d’étude au centre  psychosocial au centre universitaire de la Jonction et était présent des professeurs de la psychiatrie adultes ; psychiatrie adultes   les personnes qui vivaient à Bel-Air, on vit encore à Bel-Idée il y a encore près de 60 personnes qui vivent enfermés aujourd’hui il y a peu de choses qui ont changé, dite chronique. On ne  peut rien faire avec eux.&lt;br /&gt;
Le Prof. Garonne a écouté tout cela avec  Burgmeister, médecin chef et Jacqueline Lalive chef de clinique  m’ont contacté quelques jours après pour me rencontrer avec Jean-Claude Droz qui était l’administrateur des IUG pour me dire mais en fin de compte c’est génial mais pourriez-vous mettre cela  pour la psychiatrie. Comme j’aime  le travail, j’ai dit pourquoi pas et on a réfléchi  à ceci et en 75-76 et on a ouvert un lieu d’accueil qui s’est appelé le Quatre. J’ai fait cela bénévolement. Je suis un homme passionné, passionné par ce que je fais et par la vie. Et puis on a créé le Quatre, lieu d’accueil, alors c’est extraordinaire : on fait une expérience de 6 mois, cela vous va ? Et si ça fonctionne on  continue. On fait des rapports, des observations quotidiennes, des comptes rendus, un rapport tous les mois et un rapport au bout de 6 mois. Et on continue. Lieu d’accueil cela veut dire lieu ouvert à la population. Parallèlement je travaillais à Caritas jeunesse et j’avais un réseau de 300 bénévoles et une cinquantaine de bénévoles permanents ils côtoyaient les personnes. Au bout de 6 mois on dit il y a plus d’argent (aujourd’hui on dit toujours pareil !). Moi je dis &amp;quot;Ecouter vous me dites que si cela fonctionne : moi je ne marche pas&amp;quot;. &amp;quot;Mais vous comprenez il n’y a pas ci il n’y a pas ça&amp;quot;…Je dis &amp;quot;stop&amp;quot;.  J’avais pris des étudiants pour l’IES pour des stages et ils étaient d’accord d’assumer cela, il y avait 6 personnes, et elles faisaient leur stage pour éducateurs et assistant sociaux. J’ai réuni l’équipe et j’ai dit : on fait quoi ? L’équipe a dit « Nous on continue même sans salaire ». Vous voyez les motivations ! En même temps c’était complexe, mais c’était génial. C’était la première fois que s’ouvrait à Genève dans le champ de la désinstitutionalisation et dans le champ démédicalisé. C’est ce qu’on a voulu avec le prof. Garonne un homme fabuleux, après Ajuriaguerra. J’ai eu l’occasion de suivre ses cours : c’était un homme merveilleux. Lui a enlevé les barreaux à Bel-Air comme François Tosquillès à Saint Alban faisait la psychothérapie institutionnelle  Il y avait tous ces courants et on a forcé la main aux politiques et aux administratifs et on a fonctionné pendant 6 mois sans salaire. Et après 6 mois ils étaient tellement gênés qu’ils ont dit attendez : et on a fonctionné ainsi de 6 mois en 6 mois avec une inconnue totale de savoir si les choses allaient se poursuivre.&lt;br /&gt;
Et en parallèle on écoutait les personnes car c’est cela qui est important écouter la parole de ses personnes qu’on exclut qui vivaient à Bel-Air et qui disait en fin de compte moi j’aimerais avoir un job, moi j’aimerais avoir des amis, un logement. Et  travaillant à Caritas, ils étaient d’accord d’entrer en matière, mais quand ils ont vu les fous, ça sentaient mauvais, Le directeur m’a dit : vous comprenez Monsieur Dupont moi je reçois ici des gens de l’aristocratie genevoise qui viennent faire des dons et des legs et vous vous avez votre bureau à cinq mètres: ça sent mauvais. Sûrement il y avait quelques odeurs. J’ai dit stop on va créer une association et c’est comme cela que Trajets est née. Parce qu’on avait mis des activités en dehors du lieu d’accueil et la première activité a été comme le potager de la Vendée. J’avais une amie dont les parents avaient un bout de terrain au bord de la Seymaz et ils étaient d’accord de nous mettre à disposition et on s’est mis au travail avec les personnes. Je vous dis pas le  bonheur de ces gens qui vivaient à Bel-Air, qui avaient toutes sortes de choses et qui ont commencé à avoir une activité on ne va pas dire un travail mais une activité. Et comme Caritas ne voulait pas on a monté une association article 60 et suivants comme on en trouve de multiple et on a préparé le terrain et le 19 juin 1979 on a créé Trajets. Moi je faisais cela bénévolement : j’avais un salaire de l’IES et de la consultation et des enseignements que je donnais. (Ne prenez pas ça comme quelque chose de glorieux, mais je gagnais ma vie, pour me nourrir et nourri ma famille. Je dors 6 heures par nuit. Le matin je suis debout à 5 heures, je n’ai aucun mérite cela fait partie de mon rythme biologique. Mais quand vous commencez à 6 heures et que les gens commencent à 9 heures vous avez déjà fait une matinée. Et moi j’aime le matin.&lt;br /&gt;
(Un des principes, c’est avoir du plaisir, avoir du plaisir tout le temps et comment offrir du plaisir à ces personnes.&lt;br /&gt;
On a mis cela en place et depuis 79 Trajets qui existe encore aujourd’hui jusqu’en 2002 où j’ai décidé… après j’ai été un bout salarié de salarié en 94 ou 96 j’en avais comme fondateur la direction je coordonnais le tout ; je vous raconterai les mésaventures politiques car cela amené la critique surtout du côté de la gauche ou gauche gauche et le monde du travail social comme si on allait leur piquer leur travail. Je me suis passionné pour cela en 2002 j’ai quitté Trajets j’avais d’autres envie toujours avec les mêmes thèmes sur la participation sociale et l’intégration.&lt;br /&gt;
Depuis le début depuis les années 70 j’ai monté ma propre entreprise personnelle de consultation, individuelle et collective, pour faire de l’audit, j’ai une formation à l’IES et dans la FAPSE, je me suis formé dans différents domaine entre autre de l’évaluation et j’ai fait une formation au Canada et aussi une formation dans le champ de l’intervention communautaire et l’intervention communautaire pendant trois ans. Et j’ai continué la formation comme la recherche aller chercher des informations. C’est peut-être ma force je reste un T.S mais je me suis passionné pour l’organisationnel, le management, j’ai fait une formation en psychosociologie, en psychodrame, en sociodrame. Mais je n’ai jamais fait cela à plein temps. Cela est venu me nourrir tout cela. Quand on avait une question, j’allais me former.&lt;br /&gt;
Comme l’intervention de réseau ; on parle beaucoup de réseau, mais on travaille très peu en intervention de réseau au sens politique du terme comme Brodeur et Rousseau a développé. Pour qu’une communauté puisse prendre en compte ses préoccupations. &lt;br /&gt;
C’est un acte politique, la communauté elle appartient aux gens qui viennent dans cette communauté : est-ce qu&#039;on peut leur donner un coup de main. &lt;br /&gt;
Et j’ai développé l’intervention de réseau avec les personnes psychiatrisées ce n’est pas seulement les parents, mais les amis, les gens du quartier, le voisin qui sont des partenaires tout cela s’est développé avec Trajets.&lt;br /&gt;
En 2002 toujours avec cette idée d’évolution, je fonde T (=tolérance) interaction est aussi une association, mais il y avait un lieu avec ce que j’ai mis en place à Trajet et c’est tout le champ de l’entreprise sociale et le champ du travail. Il y eu d’abord une réflexion. Il y a le champ des entreprises (car j’en ai créé plus d’une trentaine à ce jour) mais il y à le travail où travaillent les gens&lt;br /&gt;
Mais les concepts ont évolué.&lt;br /&gt;
On a ouvert une dizaine d’entreprises depuis 2008.&lt;br /&gt;
La dernière : le Pyramus (Augustin Pyrame de Candolle). La ville de Genève avait 12 millions pour changer la buvette. On a fait le concours et on a gagné ce concours. On a un chef cuisinier hors pair, un second, un responsable, un gérant et son adjoint. Le reste, se sont des personnes qui ont des difficultés. Mais on n’a pas de subvention&lt;br /&gt;
Inauguration le 30 octobre : quelques discours, voir le lieu et boire un verre (la chose la plus importante).&lt;br /&gt;
En parallèle, j’ai fait de l’enseignement, j’étais jusqu’en 85, ou 88, à l’IES : 18 ans ou 15 ans et à l’intérieur j’étais avec l’école  d’éducateurs, mais les 5 dernières années j’étais au CEFOC (centre de formation continue) pour mettre en place différentes formations longues durées, séminaires. J’ai enseigné à l&#039;enseignement spécialisé à Lausanne, à la pédagogie curative à Fribourg, à l’Université de Mons en Belgique avec Prof.Magerotte et à l’université d’Ottawa.&lt;br /&gt;
Je suis aussi formé ISO les normes ISO. J’ai fait cette formation au Canada.&lt;br /&gt;
Mais dans ce parcours, j’ai réussi à former des institutions comme l’Espérance à Etoy, à Lavigny, les Epis et on est bien dans le champ de la désinstitutionalisation. Mais je fais aussi es audits pour le gouvernement du Québec, j’étais un des membres de l’équipe pour aller vérifier ce que donnait la désinstitutionalisation et je travaillais aussi à Triestes avec ce qui a été mis en place avec Basaglia puis après avec Franco Rotelli (à Naples), un homme aussi merveilleux. Tout cela vous apprend votre métier.&lt;br /&gt;
Je crois beaucoup à l’observation, j’ai enseigné l’observation, à l’évaluation. Je penses que ce sont des thèmes importants par rapport à ce qu’on a à se dire. J’ai créé d’autres associations.&lt;br /&gt;
On rencontre des gens fabuleux Rotelli, Jacques Pelletier, Dr. André Blanchet, des professeurs de psychiatries à Boston, comme Wolf Wolfenberger sur la valorisation des rôles sociaux (VRS).&lt;br /&gt;
Mon cheminement est comme cela tout reste une hypothèse de travail, même aujourd’hui en mettant le Pyramus, lorsque je rencontre le directeur on s’est vu avec J. Pelletier qui est notre consultant qui vient depuis le Canada pour faire l’évaluation. &lt;br /&gt;
Je leur ai fait une communication sur &amp;quot;T-Interaction ne remplit pas sa mission sociale&amp;quot;. &lt;br /&gt;
Ce sont les gens qui ont la solution et qui nous apprennent avec des gens de part le monde.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mercredi 31 octobre dans le bureau d&#039;Alain Dupont&lt;br /&gt;
Myriam&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrine : &lt;br /&gt;
Alors, une toute première question : Suite à une rencontre avec un neuropsychiatre, Monsieur Eisering, vous avez décidé de mettre en place un premier lieu d’accueil à Genève, qui s’appelle « Le Quatre », et pour des personnes handicapées mentales. Est-ce que vous pourriez nous parler de vos expériences antérieures qui ont été probablement a l’origine de ce lieu de rencontre et ensuite pourriez vous nous parler de la création du quatre qui a ouvert le 4 janvier 1977 ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Merci. En 1970 je travaillais également pour Caritas. Vous allez voir que c’est une institution qui a pris de l’importance à un moment donné pour la création du lieu d’accueil « le Quatre ». Et à Caritas j’organisais pour le…, ça s’appelait Caritas jeunesse à l’époque. Peut être que c’est encore le cas aujourd’hui. Et à Caritas jeunesse, j’organisais pour des familles plutôt en situation précaire, des séjours de vacance, comme on appelait ça a l’époque, des camps de vacance pour des enfants pour des adolescents. Et puis très rapidement c’était un nombre important pour les périodes des vacances scolaire. Et à partir de ceci, j’avais un réseau extrêmement  important de bénévoles qui venaient encadrer ces camps de vacance. En même temps on réalisait de la formation. Et puis le professeur Jean-Jacques Eisenring, médecin neuropsychiatre, à l’époque, faisait aussi parti du comité de Caritas et nous avions l’occasion de nous rencontrer et on se connaissait. En 1972, le professeur Eisenring ma demandé de partager un repas avec lui pour me dire que là il avait en charge, enfin ce que je savais à l’époque, le centre universitaire de soins et de diagnostic de la déficience mentale, un nom extrêmement long pour dire que l’on prenait en charge des personnes déficientes mentale, que l’on appelait handicapés mental à l’époque. Et ces personnes vivaient à bel-air, dans un pavillon. Des personnes avec leurs histoires de vie avaient été placées parce que, comme dans bon nombre de pays, on ne savait pas trop comment s’y prendre avec ces personne. Et en me temps, les lieux qui accueillait ces personnes, comme par exemple en Italie à Cottolengo pour les personnes dites handicapées mentales profondes comme on les nommait, et bien simplement l’asile les accueillait, donc l’hôpital psychiatrique. Et pour Genève, c’était quelque chose d’identique même s’il y avait déjà des réflexions qui venaient mais qui étaient récentes. Quand on pense aux premières réflexions de Nietzsche, de Benbengelssen (je ne suis pas sûre) qui date des années soixante par rapport aux personnes handicapées mentales, en disant que ces personnes auraient la possibilité de pouvoir vivre différemment. Et bien le professeur Eisenring qui était un homme avec une humanité assez extraordinaire avait une autre vision de la prise en charge. Je crois qu’on appelait ça aussi de cette façon, on le verra beaucoup plus tard, que simplement ces mots se sont transformés et heureusement pour permettre une vision différente, avec l’accompagnement de ces personnes. Et il ma contacté, puis autour d’un repas, il me suggère de travailler avec lui. Je trouvais ça intéressant. Je ne sais pas si vous vous souvenez que j’avais fait, quand j’ai fait ma formation à Lausanne, à l’école Pahud, j’avais fait un stage à Ebenessere à la Prairie avec des adultes où le directeur, M. Monver avais été surpris qu’un étudiant demande à faire un stage. Et moi j’avais été intéressé par la découverte dans mes études de ce monde là que je ne connaissais pas du tout, mais du tout.  Je veux dire, on en croisait pas dans la rue. Là, maintenant, il suffit de se promener ici, dans la rue de Carouge et on en voit partout. Je veux dire des personnes qui se promènent. Elles sont même interviewées, si vous avez écouté la radio hier, Alexandre Jellien était interviewé pour son livre. c’était … ça date d’hier donc. Sur France-inter donc en même temps là maintenant c’est des personnes qui on le droit de citer et même un peu plus. On y mettra les nuances en temps voulu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et le professeur Eisenring souhaitait mettre en place un service de sociothérapie. Dans ce domaine là, puisque ça existait déjà à bel-aire pour les personnes adultes dites psychiatrisées, comme elles étaient nommées aussi au pavillon des Lilas, à l’intérieur de la clinique. Et lui, dès le départ, son service n’était pas à l’intérieure de la clinique, et c’est ça qui moi m’a intéressé, également c’est qu’on se trouvait à la rue du 31 Décembre. Et lui me proposait de commencer un travail individuel avec des personnes qui se trouvaient dans un pavillon à Bel-Air. Et petit à petit d’autres choses sont arrivées, on arrivera au Quatre après, mais il m’a demandé de pouvoir faire un travail individuel. Misère ! Aujourd’hui ça parait évident, mais à l’époque… ?! d’abord moi, quand je sui rentré dans le pavillon, ça m’en donne des frissons là maintenant, je veux dire de voir que ces personnes qui vivaient là dans le pavillon, passaient du dortoir à la salle à manger et dans une grande salle, ça m’avait marqué. Et puis je crois que je garderai cette image toute ma vie, avec un poste de télévision, vous savez ces grandes salles de trois mètre cinquante de haut, puis il y avait une chaise puis le reste c’était des personnes handicapées qui tournaient en rond et qui allaient, venaient, d’un coin de la pièce à un autre…et pas habillées! Elles n’étaient pas nues comme on a pu le voir dans le film sur Leros, mais vous savez ces blouses de l’hôpital là! Blouse blanche, habits blancs et autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 Et puis, j’ai d’abord été rencontrer le personnel qui n’était que du personnel médical, médico-infirmier. Et qui faisait un travail, moi je dis, remarquable mais avec une vision médicale et une vision  de soins, puis pour eux, je vais vous dire pour moi la même chose, quand j’ai vu les personnes : dire « mais attends… Jean Jacques Eisenring me demande de réaliser quelque chose avec ces personnes. Je suis là un peu, qu’est-ce qu’on va pouvoir réaliser ? Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire ? »&lt;br /&gt;
Alors on a commencé avec les infirmiers, qui avaient énormément de réticences, parce que certains étaient là aussi depuis des années et le disaient très franchement : « mais je veux dire on ne peut strictement rien faire avec ces personnes ! Regardez ! Certains ne parlent pas ou ânonnent ou simplement tournent en rond, tourne en rond sur eux-mêmes ! J’ai dit mais, « on va essayer ! ». Alors je leur ai demandé au point de départ puis avec l’appui, parce qu’il y avait des résistances énormes à ce qu’ils sortent du pavillon. C’était déjà ça. Parfois ça leur arrivait de, dans le parce de Bel-air qui est un parc magnifique, se retrouver derrière le pavillon comme on le voit à de nombreux endroit. Et de leur demander de les habiller, était déjà quelque chose qu’ils avaient beaucoup de peine à comprendre. On s’est mis d’accord que je viendrai prendre une personne après l’autre et au début ça serait une heure. On a passé d’une heure à deux heures, trois heures etc.&lt;br /&gt;
Et simplement moi je ne vous dis pas aussi toutes mes peurs, c’était effrayant ou parce qu’on va le voir par la suite moi qui, de me retrouver avec ces personnes, alors… moi habillé en civile comme eux habillé en civil… je vais croiser du monde ?! Parce que l’objectif c’était de commencer à faire des apprentissages dans la cité. Les premiers apprentissages dans la cité… moi je suis à la campagne…, j’avais tellement la trouille que l’on me voit avec ces personnes  que là je me suis dit : « Nan mais ce n’est pas possible! » Alor c’est comme ça que ça a commencé et puis chaque fois bah je demandais aux infirmiers, ce que je me suis rendu compte, je parle de résistances qui pour moi étais naturel, parce que en terme de soins moi je crois qu’ils étaient bichonné pis c’était devenu euh… ils avaient créé des relations avec ces personnes, des relations de type non-verbale mais n’empêche qu’ils se comprenaient. Ils arrivaient à faire en sorte qu’ils y aillent… allé, on va dire une certaine qualité de vie dans les soins. Donc je venais déjà à ce moment là déranger un système extrêmement  important, pesant et qui faisait que ces personnes on les avait condamnées au point de départ.&lt;br /&gt;
Moi ca m’est apparu flagrant puisque si vous vous souvenez l’enfermement c’est quelque chose qui m’est insupportable et moi j’ai assisté à cet enfermement et j’ai commencé avec des personnes… deux, trois, quatre, cinq, mais j’ai deux personnes avec qui j’ai fait un travail qui étaient des personnes extrêmement touchées au niveau de leur santé, en terme de déficience. Des choses comme on le sait « irrécupérable », mais des comportements pourraient être modifiés et moi c’est ca qui m’est apparu. Ok la déficience elle est là pis on sait qu’elle est acquise et puis que ma foi, il va falloir faire avec, mais qu’est-ce qu’il est possible de mettre en place comme apprentissage ? Et ça c’est un thème qui moi est récurent encore aujourd’hui dans ma pratique professionnelle. C&#039;est-à-dire que comme nous, tout un chacun à le droit de faire des apprentissages et on ne fait pas des apprentissages dans une salle ou il n’y a rien. Voyez, je veux dire comment voulez-vous apprendre des choses, vous confronter à la vie, vous confronter… je le dit avec ces mots là aujourd’hui.  Mais en allant à la campagne, puisque je suis d’abord allé à la campagne, je prenais ma voiture. Les gens disaient : « mais déjà il faut être un peu fou pour les prendre dans la voiture », mais en même temps ces personnes m’ont appris des choses, quand ils ont découvert qu’ils s’asseyaient à droite, je veux dire, c’était extraordinaire. Et puis je partais dans la campagne Genevoise et puis on s’arrêtait. On sortait. A partir de là, c’était la marche… mais en même temps c’était me donner l’occasion d’entrer en relation.  On va mettre ça avec beaucoup de nuances, mais en même temps, de mettre en place des observations. Et pis de voir que petit à petit, et c’est pour ça que je crois que et je continu à être persuadé qu’on fait parti d’un environnement.  On fait parti de groupes sociaux. Mais en même temps je reste un individu puis chaque individu a son projet individuel. Mais on était bien avant tout…,  ces thèmes qui ont pu être travaillés ensuite dans les écoles sociales où le projet individuel, qu’on appelait entre autre PI à l’époque, je veux dire c’est venu que dix, quinze ans après, ce type de choses là. Mais nous on n’avait pas, moi j’avais aucune référence théorique par rapport à ca, donc tout est parti de façon totalement pudique. Et avec le professeur Jean Jacques Eisenring qui lui était des années lumières en avance me disait aussi ces personnes ont droit à un logement, un habitat comme le notre. Il me dit : « et on va tenter ». J’ai trouvé à Grange-canal des logements qui pourraient les accueillir. Là on se trouve dans les années soixante-douze, soixante-quinze. Okay. Lui avait tout ça en tête, dans sa tête c’était clair. Pas dans la mienne. Et dans sa tête, lui, se disait que ces gens là pouvaient faire des progrès si on leur offrait quelque chose de différent, des possibilités d’apprentissage, un environnement différent que celui du pavillon et que des soins. C’est pour ça qu’il met en place le service de sociothérapie. Il y avait des expériences en Angleterre, puisque la sociothérapie vient de l’Angleterre, et effectivement surement qu’il y avait déjà des résultats. Alor ça c’est un premier travail et alors je ne vais pas les prendre mais je pourrais vous conter un nombre d’anecdotes, parce que je suis parti à la campagne mais de la campagne je suis revenue en ville. C’est-à-dire que, pas parce que les personnes ne pouvaient pas être en ville mais parce que moi mes peurs étaient tombées. Je pense que ça c’est important. La question elle n’est pas chez les personnes handicapées mentale, elle est chez nous enfaite et moi j’avais découvert ça, que la question elle était chez moi mais vous verrez qu’en psychiatrie des personnes sont venues m’interroger quand on a mis en place le Quatre.&lt;br /&gt;
Et à partir de là, ces personne qui essayaient bien de faire un travail individuel une ou deux heures par semaine mais qu’est-ce qu’il est possible de mettre en place autrement ? et avec d’autre types d’expériences ? C’est là qu’on a eu cette idée de créer un club, qui n’était pas le Quatre, mais qu’on a appelé un « club de rencontre ». Et ce club de rencontre, qui a eu lieu tout d’abord dans un centre de loisir, centre de loisir au Grand-Lancy, et pour se dire : « allons un bout plus loin ! » Quand j’étais en train de faire des apprentissages dans la ville et faire des observations et bien il n’y avait même pas de côtoiement. Parce que moi j’ai bien des exemples qui montrent que les personnes changeaient de trottoir. Même mes propres amis changeaient de trottoir. « Ah mais je ne t’avais pas vu ! » quand je les rencontrais après. C’était quand même une indication, c’est-à-dire qu’eux aussi n’en avaient jamais vu. Ils les avaient comme ça. Et puis je peux comprendre ça, parce que, j’avais deux personnes absolument merveilleuses et si je devais donner leur prénom, elles s’appelaient Roland alors je les appelais les Roland. Mais si vous les aviez vu en train, vous savez de, marcher, faire un tour sur eux-mêmes, on marche, on tourne sur soi-même. Quand vous êtes sur le trottoir à croiser des personnes, je vais vous dire ça fait un peu bizarre. Vous allez au Parc des Bastion et quand vous avez une personne qui est en train de fermer la porte des Bastion, parce que lui sa hantise c’était les portes ouvertes. Toutes les portes il les fermait, j’ai fait tous les parcs publics et il les fermait. C’est pour ça que je dis que c’était des observations pour essayer de comprendre aussi, les comprendre. Ces deux personnes n’avaient pas la parole. Comment est-ce qu’on pouvait entrer en matière? C’était par le regard, par le touché, par des moyens que, moi je découvrais je veux dire on n’était pas dans les soins infirmiers ou avec des soins d’hygiène ou des choses de cet ordre là. Puis aucune référence. Et on s’est dit : « mettons en place ce club. Le club il est né parce que, avec les séjours de vacance que j’organisais, moi j’avais un réseau de trois cent bénévoles dont une cinquantaine de personnes plus permanentes, avec qui on montait des projets ou qui, eux, avaient des projets puis de dire bah tiens je vais organiser un séjour pour des enfants. Voilà l’idée que j’ai etc. Donc on travaillait ça et comme on se rencontrait régulièrement on s’est dit : « pourquoi ne pas mettre en place aussi, comme on l’avait fait à Lancy, une soirée de rencontre ? ». Une soirée de rencontre et vous allez le voir c’est dramatique mais c’est comme ça, c’est qu’on avait une soirée de rencontre pour les personnes les plus handicapées puis une autre soirée pour les moins handicapées. On faisait nous même des ségrégations. Et tout ça a évolué avec le temps mais parce que on a compris petit à petit. Et ces rencontres ce sont faites, et moi j’ai appelé ça du côtoiement. Des personnes comme vous et moi venaient, mais quand je dis venaient c’est pas une ou deux personnes. On avait jusqu&#039;à cent-cinquante personnes qui venaient au club du mercredi, on appelait ça le club du mercredi, c’était extraordinaire. Et on venait, les personnes qui étaient à Bel-Air à l’époque, les infirmiers les descendaient au club et puis on passait un moment ensemble et à la fin on faisait plus que passer un moment ensemble, on préparait un repas et on partageait un repas ensemble, alors ce n’était pas cent-cinquante personnes qui prenaient le repas mais c’était le passage entre l’ouverture et  la fermeture à 24h. Des gens qui venaient et de là est né, et c’est pour ça que je crois et je crois encore aujourd’hui que c’est extrêmement important la culture, les loisirs, les vacances. Parce que ça donne des occasions naturelles de pouvoir partager un moment de vie. Et ça c’était une découverte parce que tout d’un coup, bon évidement il a fallut dire : « mais ok pourquoi est-ce que telle ou telle personne ne viendrait pas en vacance avec nous ? » C’était une question, mais comment est-ce qu’on va faire ? Parce qu’on passait une soirée ensemble, vous passez dix jours ensemble, et là il y avait déjà une question. J’étais déjà convaincu de ceci mais j’avais une petite longueur d’avance par rapport à eux par rapport à, d’abord aussi à toute sorte de lecture et avec bah mon prof. Jean Jacques Eisenring qui, lui, pouvait aussi parfois mettre des mots. Alors nous sommes partis en vacance, on a organisé des vacances ensemble. On est parti, je retrouvais ça dans mes documents, on est partis faire des vacances à la montagne, entre autre dans les Grison.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Myriam : Vous êtes partis en quelle année ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès les années septante-cinq. Avant le Quatre, avant la psychiatrie. C’est même plus complexe avec la psychiatrie.&lt;br /&gt;
Par contre on n’a pas pris, on en a pris deux trois, quatre, cinq mais jamais un grand nombre pour qu’il y aille…, je ne sais pas ou on est allé chercher ça au point de départ c’est peut être simplement nos peurs de pouvoir assumer la situation et simplement, la proportion de personnes non-handicapées, comme on le disait à l’époque, était beaucoup plus grande, on était à du quatre-vingt-cinq, quatre-vingt-dix pour cent et je pense que c’était important. Et les responsables sont entrés en matière, ce qui nous a fait, quand on a proposé ces choses là, et on a rencontré aussi les parents. Ça aussi c’était une redécouverte de dire mais « hun ! En fin de compte là mon fils, ma fille, il va partir en vacance », je ne sais pas si vous imaginez ce que ça peut représenter. Alors on fait ça et, comme vous avez repéré le centre universitaire de diagnostic et de soins de la déficience mental,  il y a le mot universitaire derrière, c’est que constamment on était en situation de recherche et moi ça, ça m’a aussi ouvert les yeux pour la suite entre la recherche, l’enseignement et l’enseignement parfois c’était simplement donner une conférence. Et on a fait ça très rapidement où avec Bernard Paz, le psychologue, on a mené des études sur l’image sur les représentations que pouvaient avoir, alors avec des personnes moins touchées que celles que je vous ai nommé au point de départ… Quelles étaient leurs représentations de la population ordinaire ?, quelles étaient pour la population normale  les représentations des personnes handicapées ou autre ? Comme on a fait une recherche à un moment donné qui a été publiée et même nommée dans un congrès à Washington. On est allé rechercher  la population ordinaire qui ne connaissait pas et qui ne côtoyait pas. On a pris des catégories de population qui participaient au club du mercredi, qui participaient aux vacances,  personnes handicapées, non handicapées qui ne participait pas au club. Alors on avait fait la recherche aussi avec des photographies pour pouvoir permettre à ces personnes aussi de pouvoir dire des choses. Et on s’était aperçu aussi que là, même si on appelait ça « club de rencontre » on était encore dans le côtoiement, il fallait encore aller beaucoup plus loin parce que, toute cette notion et je pense que c’est quelque chose d’important, euh de voir que ce que moi je voyais quand on se trouvait à Bel-Air entre soignant-soigné. Je vais le dire comme ça, nous  on était dans aidant-aidé ou aidant et assisté. Effectivement dans exactement le même model, simplement on était à l’extérieur avec d’autre gens et autres. Et on a découvert ça au travers de la recherche, au travers des différentes rencontres, de… je dirait la supervision que l’on a fait de notre travail. Pour moi c’est quelque chose d’important d’avoir constamment des personnes qui sont à distance de ça et au travers de nos observations que l’on puisse dire : « voilà ce que nous réalisons, voilà ce qui se passe en terme de comportement, voilà ce qui se passe dans la rencontre ! Et aussi bien avec les personnes non-handicapées que les personnes handicapées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
On a fait ce bout de chemin, on est même parti en vacance trois semaines, on partait en Normandie. Je ne vous dis pas ! Partir trois semaines en Normandie sous tentes ?! On se donnait un peu, quand même, des moyens en terme de sécurité, mais nous sommes jamais partis avec du personnel médicalisé, parce qu’on se dit : « là-bas il y a un hôpital, il y a des infirmières à domicile, enfin tout existe. On utilisera ce qu’il faut. » Le choc c’était de voir combien ces personnes, en trois semaines, quittaient des comportements, que j’y reviendrais pour la psychiatrie, mais quittaient des comportements, commençaient à avoir des habilités. C’était sommaire mais plutôt que de faire, vous savez comme on le fait, d’encastrement avec des cubes et autres, qui sont, qui était des choses géniales et je pense qu’à faire avec des enfants et autres… Mais là, de voir ces personnes tout d’un coup parce que vous êtes euh vous faite du camping, vous êtes au bord de la mer, vous allez à la plage bah vous allez faire vos courses, vous faite à manger puis vous êtes avec ces personnes pour aller faire vos courses, pour faire à manger puis très rapidement un mot est apparu : leur donner des responsabilités, les responsabiliser. Voilà moi, je vous dis tout ça par rapport aux personnes déficientes parce que je crois qu’on leurs doit beaucoup, à ces personnes, ensuite par rapport à la psychiatrie. Ils nous ont appris beaucoup de choses, d’abord un parce qu’ils ont un rythme alors ils ont beaucoup de rituels, beaucoup d’aspects obsessionnels, comme nous du reste. Et puis à partir de là, vous savez c’est lent et il y a une application pour travailler avec ces personne c’est de découper tout. Vous voulez faire un apprentissage, nous on fait ça naturellement, mais avant de courir vous avez appris la marche et vous vous êtes peut être mis à quatre pattes ou sur le derrière pour avancer. Nous tous ça, nous on a oublié depuis et puis tous nos comportements, enfin tous ceux qu’on a intégré comme ça. Vous êtes avec une personne déficiente intellectuelle, faut refaire le chemin inverse parce qu’il faut commencer par adapter l’environnement pour que la personne puisse faire ses apprentissages très modestement puis certains font des apprentissages. C’est extraordinaire a voir, alors c’est eux qui nous apprenaient notre métier en même temps. Puis automatiquement si tout ça vous le découvrez et vous vous dites : « mais allons, faisons un pas de plus avec ces personnes », d’où l’histoire du logement, d’où après l’histoire du travail. Mais là, à cette époque toutes les résistances se mettaient en place automatiquement. Ce qui est bon pour eux c’est l’institution! &lt;br /&gt;
C’est extraordinaire mais vous vous êtes pris là dedans, dans ce modèle, moi j’étais pris. J’ai relu des textes, avant notre rencontre ce matin, il y a des choses je me dis : « mais attends Alain, t’a osé écrire des choses comme ça, t’allais pas au bout de ton idée ou de ce que tu voulais parce que tu fais parti du système, tu veux bien le déranger un petit peu mais jusqu’où ça va aller ? Et puis, c’est que petit à petit les choses se sont mises en place. Alors à partir de là, si vous voulez, c’est toute cette première partie qui moi me semble importante et est ce qui m’a fait créer à Caritas, ce qui existe je crois encore, ce qu’on appelait le secteur pour personnes handicapées. Donc vous savez, c’était à Caritas Jeunesse du premier responsable pour les séjours de vacance puis on a crée le secteur pour personnes handicapées. Ne me demandez pas la date je suis incapable de, je pourrais peut-être la retrouver mais… simplement pour continuer cette démarche. Et pourquoi Caritas ? Simplement parce que dans mon parcours à moi, j’avais des amis du quartier ou autre et puis je connaissais de Caritas et de pars la paroisse et tout ça, toutes ces choses sont nées comme ceci. Mais il y avait une idée derrière, qui était de sortir de l’hôpital, donc d’avoir une institution qui n’est pas une institution psychiatrique et je pense que ça c’est un point extrêmement important. Mais vous savez, on pense que on va faire des miracles et moi la même chose. J’ai aussi pensé que l’hôpital psychiatrique, et puis je continue à le penser aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose d’excellent pour les soins à longue durée. Pour quelqu’un qui se trouve en situation de crise et je ne crois pas à l’hôpital, je pense qu’il vaut mieux comme ça a été fait, ici à l’hôpital cantonal, il y a un secteur pour la psychiatrie adulte pour accueillir les personnes en situation de crise, où comme ça s’est fait en Italie avec les centres de santé mentale, on y reviendra quand on parlera de la psychiatrie avec Basalia, Franco Rotelli.  Et puis, au niveau des personnes déficientes, ok, on avait enfoncé un coin Caritas… le secteur pour personnes handicapées mais c’est une institution, c’est énorme Caritas, c’est sur le plan Suisse, sur le plan international et autre. Et derrière, alors on revient dans l’histoire il y a tout cet état d’esprit de charité. Okay. Je pense que c’est un mot extraordinaire mais qui était très, très mal utilisé et moi je crois que la question n’était pas comprise. Quand je dis la question, c’est que ces personnes ont le droit de citer. On n’est pas là pour les assister, pour leur faire la charité et puis pour simplement leurs donner à manger ou autre, non, ils ont des droits. Et ces droits, et si vous regardez la charte des personnes handicapées, c’est extraordinaire tout est dit dedans, dans les différents articles. Elle a besoin d’être un peu mise à jour même en terme de vocabulaire, parce qu’on parle d’handicapés, on parlait même pas de la personne à l’époque, ce n’était pas considéré comme des personnes. Moi ce que j’ai appris c’est que c’était des animaux, ce n’était pas comme nous. Et pourtant, ces gens là, lorsqu’il y a la rencontre et puis j’ai écouté ce que disait Jean Valse ou ce que disait Raymond Uldry quand il parlait de sa fille. C’est extraordinaire, je veux dire et je crois que c’est à écouter ceci, et de voir la manière dont ces personnes ont leur place, mais parce que, il faut que j’entre en matière… elles ont quelque chose à m’apprendre ce n’est pas que dans un sens, c’est dans la réciprocité qu’on n’avait pas, quand on avait le club du Mercredi ou les vacances au point de départ, c’est des choses qu’on a découvert.&lt;br /&gt;
Ca c’est le point de départ de la sociothérapie  et ce service de sociothérapie moi je l’ai développé. Je l’ai développé, je l’ai quitté en quatre-vingt-trois parce que…, simplement pour d’autres engagements. On le verra après avec la mise en place de Trajet, il est difficile d’être partout et puis il y avait le lieu d’accueil le Quatre. Avec le professeur Eisenring, comme je vous l’ai dit, on avait la recherche mais en même temps on faisait savoir. Lui il écrit énormément, moi je ne suis pas très doué pour ceci, mais j’ai participé, j’écrivais aussi mais ce n’était pas tellement ma tasse de thé je suis plutôt un praticien. Mais je m’y suis mis, je trouve ça très intéressant de poser des mots et d’être capable de les fixer à un moment donné même en sachant qu’ils n’ont de valeur qu’aujourd’hui, au moment où vous les écrivez, après les choses évolues. Et moi je me suis retrouvé dans cette situation, d’écrire mais avec beaucoup de peurs de figer les choses parce que je les voyais évoluer dans la pratique et en même temps les figer c’était nous donner l’occasion de poser des hypothèses de travail et on a fait ça constamment. À cette période là moi j’ai commencé à apprendre un peu mon métier. Ce n’est pas tellement à l’école que j’ai appris, à l’école Pahud, même si je suis très satisfait de ce qui s’y est passé. Mais je veux dire on nous formait pour être à l’intérieur de l’institution, c’est tout. Et ça, c’est un sacré piège. On n’était pas là pour nous former, pour faire en sorte que les personnes deviennent des personnes et mettent en place leur projet de vie. Quelque soit le… On aura peut être l’occasion, beaucoup plus tard, de… je pourrais vous raconter une ou deux histoire de personnes grabataires avec qui ont a mis en place des projets de vie. Personnes grabataires qui étaient à Bel-Air, attachées, les mains, les pieds. Et quand vous voyez que ces personnes, je fais juste une petite parenthèse parce que moi c’est ce qu’elles m’ont appris, je ne vais pas conter cette histoire parce que ça prendrait  trop de temps mais c’est de découvrir qu’elles ont des talents que moi je n’ai pas, elles n’ont pas ce que j’ai mais elles en ont… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Perrine &lt;br /&gt;
Au bureau de M. Dupont, le 31.10.2012 (Deuxième partie de l’entretien. Enregistrer à partir de la 45ème minute).&lt;br /&gt;
Cette personne aveugle ne parlait pas, simplement elle avait trouvé des moyens de s’occuper,  parfois l’automutilation c’est aussi ça. Ce n’est pas simplement que dans la tête, faut bien que je m’occupe. Vous savez, être dans un lit 24h/24h ce n’est pas très drôle. Moi j’avais découvert cette femme, tout à fait par hasard, et puis grâce à une autre femme, qui était là avec moi quand je faisais la rencontre de cet avion ( ? ), j’enseignais l’observation et puis les gens me disaient : tu es un peu secoué avec ce que tu nous dis. Viens voir la clientèle, il ne savait pas mon histoire et puis que j’en connaissais un petit bout. Simplement en faisant le tour, je vais l’appeler Marie, quand on est allé lui dire “bonjour“, elle a eu des mimiques sur son visage. Deux choses : tiens, il y a eu une nouveauté, ce n’est plus le même son de voix, et ma collègue avait un parfum, je ne sais plus lequel, et elle, elle avait perçu cela, à partir de cet élément là, vous pouvez construire un projet de vie. Et cette personne a le droit d’avoir un appartement ici, et d’avoir son projet de vie, et évidemment, dans sa situation, avec un accompagnement pour toutes les choses où elle a besoin d’être accompagnée. Mais il y a des choses je vais vous dire, je vais simplement prendre l’odorat parce que moi j’ai découvert cela avec les personnes comme Roland, aller faire le marché de Plainpalais ou faire le marché de Provence ou aller à la criée à Cherbourg, vous n’avez pas les mêmes odeurs, pas les mêmes bruits, les mêmes environnements, ça change tout. Et votre vie après, vous devez faire des choix, elle, avec le développement de son odorat, elle s’est mit à faire de la cuisine parce qu’elle est gourmande… et c’est ce que je disais, le découpage, tout ces gens me l’ont appris mais vous verrez que pour la psychiatrie, c’était extrêmement important. Le découpage c’était de dire, vous savez sur cette terre il y a un millier de sorte de pommes, elles n’ont pas toutes le même goût. Chez nous, il n’y en a pas beaucoup, c’est 5 ou 10 sortes. Vous verrez quand psychiatrie j’ai monté une petite entreprise avec le QUATRE, où on travaillait il y avait mille pommiers, et il y a une personne comme cela qui a travaillé là, je vous expliquerai cela parce que c’était aussi  avec la notion du travail. Mais en même temps, Marie nous apprend qu’elle est capable de choisir ses pommes, vous allez au marché, si vous ne la mettez pas en situation,  moi, c’est ce que j’ai appris, c’est l’expérience, c’est leur donner la possibilité de vivre des expériences pour que ces personnes puissent prendre leur responsabilité et faire leur choix. Les pommes il y en a plusieurs sortes et bien, elle peut les sentir, mais ensuite vous savez, même pour éplucher les pommes, ça existe depuis des dizaines d’années, ce petit appareil, comme elle avait la mobilité au niveau de ses membres pas de souci, elle pouvait éplucher les pommes et quand vous cuisez une tarte aux pommes chez vous, vous faites pas ça chez vous ? si… ça a une odeur… et Marie elle peut partager sa tarte aux pommes. Elle apporte quelques chose à la communauté, elle peut recevoir les membres de sa famille et puis avoir fait une tarte aux pommes, même si ma foi, elle n’a pas la motricité avec ses jambes, c’est pas bien grave cela, c’est même jamais grave.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avant d’arriver au sujet concret du QUATRE, vous parlez des sorties au Bastion, au marché et les personnes avec qui vous partez en campagne, toute votre vie vous avez œuvré pour une certaine catégorie de personnes, à savoir les personnes dite déficiente, physique, mentale, psychiatrique et autre et je me posais la question, à savoir quels sont les liens que vous avez tissé avec ces personnes quand elles vous ont appris des choses, vous disiez justement, elles vous ont permis de voir les choses différemment,  de passer de la théorie à la pratique et vous absorber de ces personnes, et qu’elles ont été les apports de ces rencontres et à quel niveau ? Est-ce que c’était plus personnel, plus dans les recherches à venir comme vous étiez en train de faire avec M. Eisenring en parallèle ? Ou est-ce que c’était au niveau humain que vous avez appris des choses sur vous ou sur les autres de manière général ? Plus se situer sur ces personnes et qu’est-ce qu’elles vous ont apporté ? Et peut-être même au final, vous ont aidé à construire le QUATRE ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le QUATRE, ce que je fais aujourd’hui ce que je suis aujourd’hui. Merci de votre question parce que je crois qu’elle est importante. Moi je crois que pour pouvoir travailler, mais rencontrer ces personnes j’ai dû m’ouvrir à moi-même. Je pense que ça, ça a été un point extrêmement important, c’est-à-dire m’interroger sur moi, sur qu’est la vie, sur c’est quoi mes valeurs, et je pense que ça c’est un point important qu’elle m’ont apporté parce que.. vous savez, moi j’avais appris qu’il y avait le bien et le mal, vous savez ces choses là. J’ai eu une éducation religieuse, catholique, qui fait qu’il y a le bien le mal, et puis le pêché véniel et mortel, je crois que je les ai pratiquement tous fait à part tuer du monde, parce que c’est bon la transgression, et puis ces personnes m’ont appris la transgression, m’ont appris l’humain, mais m’ont appris le fait que, là attend, Alain tu es qui dans cette situation pour te permettre de juger? Et pourtant, c’est important de porter des jugements, parce qu’il y a que comme cela qu’on peut construire aussi des relations. Enfin quand je vous vois, et c’est la même chose pour vous, simplement vous portez un jugement sur qui je suis, moi sur vous, mais simplement parce que je vous vois, je vous regarde et autre, par ce que je suis, et quand je vous vois, je me vois, vous êtes un miroir et les personnes, c’est d’accepter que ces personnes déficientes étaient un miroir pour moi. Donc est-ce que j’ose prendre le risque de m’interroger et d’oser prendre le risque qu’elles ont quelque chose à m’apprendre. C’est quelques chose qui m’est resté, donc oui j’ai rencontré des personnes, il y a des personnes avec qui je suis toujours en lien là aujourd’hui. Il y a des personnes que je n’ai jamais quitté comme relation, certaines oui, ça a disparu comme beaucoup de relations. Dans ma vie j’ai croisé des centaines, miliers de personnes, de part mon activité et puis certaines sont devenues des amis, et puis chez ces personnes, la même chose, simplement on ne partage pas toujours comme… je vous en parlerai quand on parlera d’ici et maintenant, moi j’ai des amis qui étaient là hier, je veux dire avec qui on partage le quotidien mais ces personnes… votre question est intéressante car il ne suffit pas comme professionnel de dire aux autres, rencontrez ces personnes, partagez des moments, soyez des amis! Il faut, c’est ce que j’ai appris et continue à mettre en place, balayer devant sa porte, mais en même temps faisant l’expérience avant de dire à d’autres de la faire comme professionnel, parce qu’il ne suffit pas d’être dans un bureau, il faut oser partager un repas et boire un verre avec mon ami Juan, qui habite juste en face et puis aller chez Servette, là à côté, et puis boire un verre avec lui et partager son quotidien, ou avec Patrick, même si ces personnes, parce que la vie est faite comme cela, les systèmes sont fait comme ça… Là, aujourd’hui, on retourne à l’enfermement et ces personnes, aujourd’hui se retrouvent en institution, c’est triste au possible, mais on est impuissant face au système, et je pense que c’est important de le savoir. &lt;br /&gt;
Avec le professeur Eisenring, on proposait logement, habitat, loisirs et autres. Il y a des choses qui continuent comme ceci mais on a créé des grandes institutions toutes ces dernières années. Et je pense que c’est quand même important de le savoir, oui c’est beau, à Genève on a énormément d’argent mais moi ce que je vous dis je l’ai réalisé, je l’ai proposé à des amis. Ils ont découvert au travers du club du mercredi, des vacances, il y a eu des rencontres, des vraies rencontres dans la vraie vie, comme ça peut se passer avec vous, des personnes de votre entourage, de votre quartier, ou comme ça, dans un tram, vous croisez un regard et vous tomber amoureuse, et puis à partir de là, moi j’ai des personnes aujourd’hui, vous imaginez, des années après, qui continuent à se voir, sont devenues des amis parce qu’ils partagent des repas une fois par semaine en famille, parce que la personne handicapée était pendant des années seule et autre, ça fait des années que cela dure, mais tiens, j’aimerai me trouver un logement, la personne fait marcher son réseau et autre, et je pense à une personne Patrick, il était en institution et ensuite en foyer et ensuite en logement, il a voulu déménager, il a fait marcher son réseau, c’est-à-dire les amis, comme vous et moi. S’il va se présenter dans une régis vous oubliez… on lui ferme la porte sur le champ. Et là je ne parle même pas de personne psychiatrisée, mais avec sa dégaine un peu tordue quand il marche sur le trottoir, c’est un homme extraordinaire, vous pouvez le rencontrer il prend son café le matin au début de la rue de Carouge. On se croise, on discute et autre, pas de souci. Oui des rencontres réelles, sur le plan humain, de personne à personne, c’est à dire que l’on a des choses à partager en terme d’émotions, de sentiments, des choses de la vie, moi je crois que c’est ce qui me permet de réussir ma vie, c’est la rencontre avec autrui, parce que autrui vient m’interroger. Est-ce que je suis capable de m’interroger par des personnes qui apparamment sont, peu ou gravement touchées.  Si je me laisse touché par ça oui, pas de souci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pourrions nous revenir sur le QUATRE ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça me semblait important les prémisses, vous comprenez, parce que la psychiatrie, vous savez, c’est un monstre… avec des professeurs, des docteurs, des médecins-chefs, des chefs de clinique, des infirmiers, des concepts, des DSMIII, IV, je crois qu’on est au V là maintenant qui augmente chaque fois parce qu’on définit les maladies, et puis il y a les malades et nous ! et avec Jean Jacques Eisenring on était au CPSU, Centre Psychosocial Universitaire de la Jonction, c’est intéressant en terme de désinstitutioNnalisation parce que psychothérapie institutionnelle, la biologie, et puis là on reparlera du professeur Tissot à qui on a confié ce secteur là, même quand il y a eu l’affaire d’Alain Urban, toute la structuration, je l’ai ici dans un texte. On lui confie après toute la chaire de biologie et puis Bierens de Hahn, tout ces gens qui avaient d’autres visions. Et avec Eisenring on a donné des journées d’études, on a présenté nos expériences avec les personnes handicapées mentales et le professeur Garonne, qui était en charge du CPSU. Il y avait deux personnes, le professeur Enal, il était plus branché sur psychanalyse, et puis le professeur Garonne sur tout ce qui était psychatrie sociale. Ils étaient là les deux lorsque nous avions fait cette journée d’étude en 1975 et puis, Garonne, quand il a entendu ça, c’est un homme extraordinaire, en politique et autre… misère pourquoi pas faire ceci avec des personnes dites chroniques de Bel-Air ? Moi j’ai reçu un coup de téléphone, il y avait Jean-Claude Droz, qui était le directeur administratif du centre psychosocial. Là même chose qu’avec Einsenring, on s’est rencontré, on est allé manger ensemble… Est-ce que tu serais prêt à mettre en place la même chose que vous faites, on parlait du club du mercredi avec des personnes venant de la psychiatrie adulte dite chronique ? J’en connaissais un petit bout, là j’ai parlé des vacances et autres ,mais un champ que j’avais développé, ça va un petit bout sur le champ de ma formation artistique, j’avais développé tout le côté artistique des personnes handicapées mentales, à l’époque, et entre autre avec une artiste Françoise Regamet et on avait mis en place des ateliers, et quand j’étais à Bel-Air en sociothérapie, mais psychiatrique, pas avec les personnes déficientes intellectuelles, j’avais travaillé à Chougny, il y avait un pavillon en dehors de la clinique, tenez vous bien… vous allez comprendre, ça va rejoindre le QUATRE, on avait exclu les personnes dites chroniques à l’extérieur de la clinique, on les avait mis dans un pavillon a Chougny, vous savez le village… et il y avait une très belle maison de maître. On était de nouveau dans les soins et autres, et moi j’avais travaillé avec eux, avec ce que l’on trouvait à l’époque, j’avais trouvé de la peinture, et autres, toutes sortes de choses et autres, des dessins, on avait même fait une exposition pour dire venez voir ! Je crois que nous avons eu une personne quand même, c’était sympa…qui était venue de Bel-Air. Mais bref, nous nous avions eu notre plaisir et Garonne dit : Avec toutes ces personnes et les pavillons de Bel-Air, est-ce que nous pourrions mettre quelque chose en place d’eux-même ? Vous savez moi je suis plutôt un homme spontané pur, qui aime un peu l’aventure, je sais que j’avais dit oui, mais sur le champ, un peu inconscient quand même. Alors on va réfléchir ensemble et c’est comme ça que dans les années 75-76, une réflexion s’est mise en place, eux savaient aussi que je continuai de travailler à Caritas, j’étais formateur, professeur à l’institut d’études sociales et puis, à ce moment, on s’est dit mettre en place un lieu d’accueil, on a appelé ça comme ça, mais on voulait un lieu démédicalisé et dépsychiatrisé. &lt;br /&gt;
Garonne voulait un lieu démédicalisé, hors des soins, c’était sa vision même comme psychiatre, la psychiatrie sociale appartient aussi à d’autres personnes qu’au médecin psychiatre et aux infirmiers, je pense que là, ça me convenait, et on ne mettra pas cela en place, comme il existait à Bel-Air la sociothérapie au pavillon des Lilas, on mettra cela en place à l’extérieur. Comme j’avais le club du mercredi qui se passait au Pâquis, j’ai essayé de négocier avec Caritas, et les personnes qui étaient là à l’époque pour dire, est-ce que vous seriez d’accord ? les locaux qu’on utilise peu, c’était des locaux vétustes quand on les a pris, qui appartenaient à la paroisse Notre Dame mais qui étaient inutilisés depuis des années. Et puis, on a écrit, on a essayé de vendre notre histoire en disant on a besoin de vous Caritas, ce n’était pas l’aspect catholique, c’était simplement parce que l’expérience avait déjà été faite avec les personnes handicapées mentales eux ont été d’accord pour une année, et le centre psychosocial louerait les locaux, 5000 frs par an et puis. Eux on été d’accord qu&#039;à l’intérieur il y ait le club du mercredi qui n’avait rien à voir avec le QUATRE. Ok ! On a mis cela en place pour les personnes, et le même mécanisme s’est fait, les personnes venaient de Bel-Air mais on avait cette idée dans ce que nous avions imaginé de faire venir les gens du quartier, c’était dans les objectifs. Ce n’est pas quelque chose qui s’est produit au départ. D’abord un, je pense que cela c’était une erreur, de faire rentrer les gens du quartier dans une institution plutôt que nous d’aller vers l’extérieur. Et le lieu d’accueil du QUATRE, nous avions aussi imaginé les permanences, en dehors, et volontairement, ce n’était pas toute la journée. Vous savez, la psychiatrie de secteur avait mis en place des ateliers protégés, des centres de jour, des centres d’occupation sociale, le COS, et même après il y a eu une plateforme, et à partir de là, on fait une permanence le midi de 11hoo à 14hoo et le soir dès 17hoo. Pourquoi on avait déjà cette idée, on ne veut pas que cela empiète sur les heures d’ateliers ou de travail, c’est des rencontres, un moment de partage avec d’autres personnes, et voilà comment est né  le QUATRE, à partir d’un exposé qu’on avait pu faire et d’un travail  et d’un intérêt et ce qui est intéressant, qui va bien avec les universitaires et les politiques justement. &lt;br /&gt;
Ok, on met ceci en place, pour une année après on verra, c’est génial, je saute sur l’occasion. Comme j’étais à l’IES, j’avais une équipe d’étudiants de travailleurs sociaux, un peu bouillonant, qui faisait la révolution à l’institut , moi j’étais là comme enseignant, et l’école d’assisants sociaux, m’a demandé de faire avec eux, car j’ai une formation dans ce domaine, de regarder la dynamite de groupe,  et de faire l’enseignement et à un moment donné j’ai donné l’idée à cette classe, que j’allais ouvrir un lieu et que si des étudiants voulaient faire un stage, pas de souci. Je me suis organisé avec l’institut, j’étais leur praticien formateur. Il y a 6 personnes qui ont décidé de faire leur stage, et le 4 janvier 1977, on a ouvert ça au 4 rue des Pâquis, voilà pourquoi, c’est aussi simple que ça, on n’a pas chercher midi à 14hoo. L’immeuble où on a commencé a été détruit puis reconstruit, et simplement on a entamé avec nos permanences, et quelques personnes ont commencé à venir, et souvent on les descendait de Bel-Air, il y avait un service de transports, avec l’écriteau sur le côté comme ça on sait qui c’est qui vient! En terme d’image c’est assez intéressant. Et c’est extraordinaire ce qui s’est passé à ce moment parce qu’on se retrouve avec des personnes, ça n’a plus rien avoir avec la déficience intellectuelle, on a des gens brillants qui ont fait des études, des apprentissages, il y en a qui sont institutionnalisés ou qui sont à l’hôpital depuis 10-20 ans, il y a une personne ici, j’ai son dossier complet, et ceci rejoindra votre question, par ce que c’est elle qui m’a appris mon métier. Avec des gens, sous médication, avec des gens qui là, viennent voir, et on les rencontre, on s’assoit, partage un repas, on s’était installé un petit bout de cuisine, c’était modeste mais ça a eu un impact assez important au niveau des personnes mais aussi au niveau infirmier et médical. On s’était fixé une règle, il ne venait pas mettre les pieds dans ce lieu, car ce n’était pas un lieu de soins. Je crois que cela était important. Et là très rapidement ces personnes ont exprimé des désirs, besoins, et qui étaient par mon ami J-P : Ecoute Alain, toi tu as des amis, un appart, un job, moi j’aimerai vivre comme toi, quand on vous dit… Moi j’ai honte, je lui ai dit, mais soigne toi, quand ça ira mieux on verra ! J’ai honte… Vous savez ce qui m’a répondu ? Alain, ça fait 35 ans que j’essaye de me soigner ou que je me soigne, et vous êtes mal avec ça. C’est là qu’on vous renvoit des questions. C’est vrai mais est-ce qu’on peut se soigner à l’hôpital et vivre à l’hôpital ? là dessus il avait raison, c’est tout d’un coup il vous renvoit des choses de la vrai vie, c’est-à-dire ce que vous vivez. Mais vous, comme on est dans la psychiatrie, et je vais parler des peurs avec les personnes déficientes, là vous avez encore les chocottes, parce que des crises il y en a eu. Des gens qui ont tout cassé, des gens qui vous agressent, et ça c’est nos mots, ce que l’on s’aperçoit, c’est que nous étions pas capable d’être à l’écoute réellement de ces personnes et de leurs besoins, il ne suffit pas de les nourrir et d’avoir un toit. &lt;br /&gt;
Alors, avec l’équipe du QUATRE, c’était extraordinaire, on faisait un point systématiquement. Mais tous les jours étaient notés les informations, j’aimerai remettre la main dessus. Il y a des observations de toutes les personnes et une fois par semaine, on s’arrêtait un après-midi pour remettre toutes ces choses, et pour savoir où on allait. Et en même temps comme c’était un stage, ils avaient des comptes à rendre à leur école. Une des choses qui avait été dit à la direction administrative, au CPSU et à Bel-Air,  si l’expérience est positive, on continue. En juin, on fait le point, un rapport avec tous le monde, la direction administrative mais en 6 mois, vous ne pouvez pas changer quelque chose qui a pris 35 ans, une personne a pris 35 ans pour essayer de dire que effectivement elle est une personne et pas uniquement une malade, qui pousse des cris pour pouvoir s’en sortir et se faire entendre, mais plus elle poussait des cris, plus elle voulait se faire entendre, et plus on médicalise parce que vous voyez bien, elle est en crise. On a vécu toutes ces choses là, et pourtant il y a eu une évolution, on est parti en vacances, je vous dis pas, j’avais entraîné cette équipe à partir en vacances, à Rochefort du Gard. On arrive à Rochefort du Gard avec toute l’équipe du QUATRE, et une dizaine de personnes dites malades mentales, on avait loué là-bas une petite maison. La personne vient nous ouvrir. A la personne décrite comme la plus folle: &amp;quot;Bonjour, parfait, vous êtes arrivés, entrez, je vais vous montrer que vous puissiez installer les personnes&amp;quot;. On a commencé comme ça, c’était la personne la plus touchée, elle n&#039;avait vu que du feu, elle ne devait pas savoir qui était qui, ça devait être la responsable, on s’est regardé, comme ça, c’est ça les apprentissages, vous êtes là et vous vous dites là il se passe quelques chose. Je reviens… la direction administrative nous dit on arrête là, il n’y a pas d’argent. Alors là, pour ceux qui me connaissent je monte les tours, je deviens un peu mauvais, vous nous faites faire cette expérience, c’est pour quoi, écrire un article ?  Parce que là vous nous dites, il n’y a pas d’argent, d’abord un, vous le saviez avant, vous nous avez promis quelque chose là vous n’avez pas le droit de… Je veux dire c’était assez virulant, on s’est réunis à notre retour de vacances, on est en 77, fin juillet 77, on se retrouve toute l’équipe chez un des membres, on travaille toute la journée on fait quoi ? On va vous cherchez du travail, moi je dis, je poursuis qui poursuis ? Sans argent … tout le monde était partant, un engagement de ces gens là , pas dans la semaine des 35 hrs, on décide de poursuivre, à partir de là, on a annoncé à Bel-Air et au Centre Psychosocial qu’on poursuit. On poursuit jusqu’à décembre, et puis les gens non non, on continue. On a mis tellement les gens mal à l’aise que l’expérience était en train de grandir que 6 mois plus tard, on essaye de faire les fonds de tiroirs. Très bien, nous on est d’accord de vous payer de 6 mois en 6 mois. Les gens ont été d’accord d’avoir des contrats de 6 mois en 6 mois, et puis d’année en année, jamais de contrat fixe, c’était renouvelé tout le temps. Tellement mal à l’aise et au vue de la progression, voyant les résultats que les personnes pouvaient obtenir pour elle même, ils ont même décidé de payer le rétroactif. À partir de là, c’était important qur des gens puissent s’engager. Le lieu d’accueil s’est mis à vivre, s’est mis à être à l’écoute, de pouvoir rencontrer des personnes dites malades chroniques, c’était pour des incurables vous comprenez, parce que vous vous apercevez que personne n’y croit que ces personnes ont un potentiel, des capacités, peuvent modifier quelques chose dans leur vie. Mais il n’y a pas que les soins, il y a aussi les aspects psychosociaux, et il peut y avoir un partenariat qui se met en place sans créer la confusion… Mais vous y connaissez rien M. Dupont, vous n’êtes pas psychiatre, vous ne pouvez pas savoir le nombre de fois que je l’ai entendu, vous, les personnes la maladie mentale, stop, je veux dire, même si j’avais suivi les cours de Ajuriaguerra, Garonne, au même titre que font les personnes psychiatres en dehors de la médecine avant, je veux dire, je peux vous conter quelques anecdotes, on a rencontré des personnes, je pourrai vous citer des parcours de vie mais on voulait que le QUATRE puisse vivre, tout en faisant partie, mais en étant à l’extérieur,  du centre psychosocial, et on verra qu’il y a toute la naissance de TRAJET mais grâce aux personnes, nous ont aimerait bien avoir des activités et c’est comme cela que le potager de la Vendée à été mis en place au QUATRE, on en parlera la prochaine fois mais c’est le point de départ, mais c’est identique aux personnes handicapées mentales, là c’était des personnes dites chroniques dans un lieu démédicalisé, où on peut tenir compte des réseaux naturels qui existe au sein d’un quartier, au sein de la vie en général, voilà en deux mots. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mercredi 7 novembre Hôtel pension Silva&lt;br /&gt;
Diona : RETRANSCRIPTION :  7 novembre 2012&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. Dupont : L’hôtel pension Silva (on aura l’occasion d’en reparler) : cet hôtel qui était une entreprise, mais c’est la suite du Quatre et de Trajets et de T-Interaction, en tout cas un aboutissement aujourd’hui avec toutes les recherches que l’on continue de faire pour offrir du travail à des personnes en difficulté sociale ou psychosociale et en fait, c’est un hôtel qui a pris forme ces dernières années et puis qui a une particularité, c’est d’accueillir des personnes qui peuvent être en difficulté, il y a quelques chambres. Il y en a aussi pour les étudiants à revenus modestes et puis la majorité ce sont des touristes puisqu’on ne veut pas recréer un ghetto, mais c’est l’occasion pour ces personnes aussi de se rencontrer, de se croiser et parfois de prendre un petit déjeuner ensemble, je pense que c’est un point important, et puis, pour repérer peut-être aussi … mais comme tout ce que l’on fait aujourd’hui … mis en place. Ici, nous travaillons systématiquement sur le beau et après en termes d’esthétisme ou autre, il y a des goûts différents, mais c’est notre volonté, nous travaillons qu’avec des professionnels. Il n’y a pas de sociaux ou de psychosociaux qui se retrouvent ici à travailler à l’hôtel, ce sont des professionnels de l’hôtellerie, je pense que c’est un point important, et en plus, cet hôtel qui est aussi unique puisqu’il est adapté sur les 5 étages à des personnes à revenus réduits, et en plus, il y a des chambres avec chambres pour accompagnants attenantes pour des personnes à mobilité réduite, donc l’hôtel commence à être connu. L’établissement est utile entre autre sur le plan international et est fréquenté par des gens qui voyagent avec des personnes à mobilité réduite accompagnées. &lt;br /&gt;
Diona : A la fin de votre exposé sur le Quatre, vous avez parlé de démédicalisation, désinstitutionalisation : peut-on considérer la création de Trajets comme une stratégie, une sorte d’encouragement à la continuation de la mouvance antipsychiatrique ?&lt;br /&gt;
A. Dupont : Merci de votre question : cela permet de faire le lien avec ce qui a été dit la dernière fois avec la création du Quatre, lieu d’accueil et qui  avait été créé si vous vous souvenez en 1977. Mais c’est au travers de ce lieu que l’on a pu prendre conscience des besoins qui étaient exprimés par les personnes. Je pense que c’est un point important, parce que les personnes se disaient au travers des rencontres et c’est là que nous avions commencé les premières expériences en termes d’habitat ou en termes d’activités hors du lieu, et si vous vous souvenez, Caritas était impliqué dans cette action et a mis fin très rapidement après une année de fonctionnement, ce qui nous a invité à réfléchir comment nous pourrions poursuivre. Quand on parlait de démédicalisation, je pense que c’est un point important, pour qu’il n’y ait pas de confusion, ce n’est pas un lieu où il n’y a pas de médication, c’est un lieu où, et vous verrez qu’il y a même des incohérences parfois au travers de notre discours, de ce que nous mettons en place, mais par manque de moyens au point départ, mais c’est en fait que nous souhaitions qu’il n’y ait pas une équipe d’infirmiers qui fassent partie du projet. Je pense que c’est un point important, nous l’avions vu avec le Pr Gaston Garrone et le Dr Goldmeister, simplement le fait d’avoir un lieu qui soit dans la cité, même hors des murs de l’institution psychiatrique, c’est dans ce sens là démédicalisation. Je pense que c’est important et puis Trajets va poursuivre ceci. En 1978, quand Caritas a décidé de mettre un terme à notre relation, je crois qu’ils ont eu peur de prendre ces risques là avec nous, mais très rapidement au travers de la réflexion, je pense qu’on est dans le champ de l’antipsychiatrie ou de la dénonciation de ce qui se passe dans les hôpitaux psychiatriques ou dans le champ de la psychiatrie. J&#039;ai eu eu la chance de rencontrer 2 personnes Jean Vannier, je pense que c’est un point important, qui avait mis en place des communautés pour les personnes handicapées mentales au point départ en créant l’Arche, j&#039;ai passé quelque temps, quelques jours à Compiègne en France. Jean Vannier est une personne qui vient du Canada et qui a réalisé toute son activité au départ à Compiègne en France, là maintenant sur le plan international, puisqu’on retrouve l’Arche dans tous les pays et en vivant avec cette communauté personnellement, cela m&#039;a ouvert les yeux sur le type de rapports, de relations qui pouvaient être créés avec les personnes. Mais il y a eu une autre chose, c’est que Tony Lainé, a sorti son film, «La raison du plus fou» et j&#039;ai été marqué par ceci, comme toujours parce que je ne peux pas m’empêcher de ceci , et je les a appelés et je les a fait venir ici à Genève, et on a passé plusieurs jours avec Tony Lainé et j&#039;ai même retrouvé mes notes, c’est extraordinaire, je ne savais pas que j&#039;avais conservé ceci, mais en travaillant j&#039;avais invité d’autres personnes qui souhaitaient passer ces quelques jours avec nous. Il y avait l’équipe du Quatre et les futurs professionnels du Trajets qui se trouvaient là, et Tony Lainé a été assez clair au niveau de la psychiatrie, sur la manière dont on peut prendre pouvoir, je reprends ses mots sur les personnes au travers du regard que l’on pose au niveau d’une personne dite psychiatrisée, je vais le dire comme cela que l’on ne leur donne pas tellement la parole, qu’on est pas tellement à l’écoute, nous avons commencé cela avec le Quatre, et en fait cela a pris corps et nous avons dès 1978 commencé à réfléchir avec différentes personnes, puis entre autre Lainé est reparti dans son pays, mais avec des personnes d’ici, mais ce qui est important et cela va dans le sens de ce que vous dites démédicalisation c.à.d. que nous sommes allés cherché des gens de la communauté tout de suite, cela allait de gens du politique, de gens de monsieur et madame tout le monde, qui fréquentaient aussi  le lieu d’accueil pouvant simplement venir passer un moment avec ces personnes. Nous nous sommes réunis, nous avons travaillé ensemble pendant une année pour pouvoir en même temps réfléchir, mais pour pouvoir dire quelle structure il est possible de mettre en place, je crois que c’est important, une structure qui permette la participation, qui permette la souplesse, qui permette de cheminer en toute liberté, je crois que ce que j&#039;avais appris entre autre à Trieste, avec Basaglia, parce qu’on voit à Trieste à un moment donné, sur un des murs de l’hôpital quelque chose d’extraordinaire : «la liberté est thérapeutique». je pense comme le dit Tony Lainé, je crois qu’il explique aussi cette part de liberté comme quelque chose d’essentiel dans la construction de toute personne. Donc, on a cherché une structure souple qui nous permette de faire ceci, on verra que la souplesse est parfois relative aussi. Mais en même temps à Genève, je pense que c’est important, avec l’ouverture du lieu d’accueil nous avions réfléchi, si vous vous souvenez aussi à ces questions liées à l’habitat, lié à l’occupation, à l’activité, et est né aussi le foyer Gevray, la responsable du foyer Gevray était une travailleuse sociale, mais c’était permettre à des personnes de la Clinique psychiatrique de Bel-Air de faire le pas et d’aller en foyer. Ceci en vue pour cela je le précise là maintenant, parce que vous verrez qu’à Trajets, avec la construction on a mis en place des possibilités de logement pour ces personnes, mais que les personnes fassent des apprentissages. On croyait à l’époque que le passage hôpital il y avait la nécessité d’aller en foyer, puis ensuite d’aller en appartement collectif, puis ensuite d’aller en appartement individuel, avec tous ces aspects là aujourd’hui, je pense que c’est une erreur, on aura l’occasion d’en reparler de cela. Mais n’empêche que c’était extrêmement important et la même chose était un lieu ce foyer aux Pâquis, et puis pas très loin du Quatre, et les personnes fréquentaient aussi le lieu d’accueil donc, c’est toutes les prémices, mais en même temps c’est pour cela que je dis qu’il y avait aussi des contradictions, on avait pas les moyens, un infirmier en psychiatrie avait été engagé à cette époque, il avait été détaché par Bel-Air pour l’animation psychosociale, s‘est il pas beau cela? une animation psychosociale ? Mais bon c’est comme ça ! Durant cette même année nous avions créé ce qu’on appelait le potager de la Vendée, c.à.d. un lieu de travail parce que, comme il y avait des besoins donc, on est toujours dans les prémices de Trajets, et vous allez voir l’importance que cela a pu prendre par la suite, c’est parce que c‘est ce qui a permis aussi de montrer que nous pouvions aller un peu plus loin que simplement le lieu d’accueil ou l’accompagnement psychosocial des personnes. Donc, on avait trouvé un terrain à Chêne-Bourg, mais je vais vous dire aussi pourquoi je veux dire en toute honnêteté, c’est parce que comme travailleurs sociaux, qu’est-ce qu’on sait faire de nos mains ? On s’est dit planter des légumes, je veux dire cela qui paraît assez simple, donc on a mis cela en place, on a trouvé ce terrain, on l’a défriché, on nous l’a mis à disposition, et c’est devenu le potager de la Vendée. Parallèlement, comme on faisait des travaux temporaires de vendanges, peinture, réfection de locaux, nettoyages, préparation des repas, on avait créé toutes sortes de petites activités qui n’étaient pas sur la durée, les vendanges, c’est le temps des vendanges, mais en même temps cela nous permettait de découvrir qui étaient les personnes, autrement, différemment comme le disait Tony Lainé, quel regard il est capable de porter ? Cela nous avait ébranlé quand même, toutes ces réflexions, et son film, je vous invite à le regarder, je pense que l’on peut le trouver encore aujourd’hui, et on avait parallèlement même mis en place un atelier vidéo autour de la formation, c.à.d. de pouvoir en même temps utiliser, cela se faisait beaucoup à l’école, et c’était un des premier atelier de vidéo ici à Genève, qu’on avait mis en place, et on le louait, c’est une manière de se faire de l’argent, mais en même temps de se poser avec les personnes, et puis de regarder un peu quels étaient nos attitudes, nos comportements, comment on s&#039;y prenait avec ces personnes et tout ça dans le monde ordinaire et dans le monde social et pas du tout de la psychiatrie. On a même, puisqu’on se trouvait au 4, rue des Pâquis, mis en place un atelier de réparation de meubles, je veux vous dire la petite histoire cela va vous parler, Caritas avait son dépôt de meubles vous savez comme la Renfile au CSP, qui se trouvait à la rue Plantamour, derrière la rue des Pâquis, en voyant tout ça je me suis dit, là il y a une occasion de faire quelque chose, on était aussi dans «le faire avec les personnes», mais pas uniquement dans l’entretien, parce qu’il y avait d’abord tellement l’habitude de ceci, parce que influencés par la psychiatrie, la psychanalyse et autre, la psychothérapie, enfin toutes ces personnes avaient l’habitude, et quand ils se contaient, ils parlaient mieux que les psychiatres de leurs maladies. Je crois qu’ils les connaissaient aussi bien sur le plan théorique, parfois en termes d’introspection, pour voir modifier quelque chose ou changer quelque chose de leur vie. On s’est dit faisons des choses avec ces personnes en vue de créer une relation, et on a mis en place cet atelier de réparation de meubles, qu’on a quitté après parce que, comme c’était en lien avec Caritas, c’est devenu le Carré qui avait mis en place (le nom me revient : M. Zanoli), avec qui on a créé ceci, et après cela a été repris puisque son nom est connu par Jean-Marie Viennaz, mais c’est pas lui sur le moment le Carré. Parce que le Carré c’était un sigle, je ne sais plus ce que cela signifiait et je pense que c’est important de voir ceci. Avec l’accompagnement à la vie sociale, l’organisation de vacances, de week-ends de loisirs en Suisse et à l’étranger, tout cela, c’était les prémices de Trajets. On avait du matériel pour travailler avec les personnes qui étaient d’accord d’entamer et de réfléchir sur la création. C’est comme cela que toute cette étude pour la création d’une association au travers d’un groupe de travail de recherches d’un futur comité, il fallait bien qu’on trouve des personnes qui avaient envie de s’engager, et on a créé le 19 juin 1979 l’association Trajets. On a créé alors, je vais vous le dire, les moyens qu’on avait, c’est pour ça quand je vois la différence avec aujourd’hui, dans la salle où l’on se trouve, on a créé cela autour de la table de ping-pong, parce que j&#039;ai toujours conservé cette image. Et à l’intérieur de cette première assemblée constitutive, et bien, il y avait toutes sortes de personnes, et monsieur et madame tout le monde, mais cela allait déjà dans nos valeurs des personnes, on les appelait des usagers du Quatre, étaient présentes et cela dès le point de départ, j&#039;ai voulu que les personnes concernées participent et soient présentes, parce que ce sont elles qui savent leur histoire, et le changement ne peut s’opérer que si elles sont actrices au sein de la communauté, mais aussi que ces personnes puissent être actrices du changement qu’elles veulent avoir pour elles-mêmes. Je pense que c’est un point important. On avait même des gens du département, je dis ceci parce que nous avions été cherchés des politiques, mais on avait entre autre le secrétaire général du département, qui aujourd’hui s’appelle l’action sociale, cela avait un autre nom à l’époque, et le secrétaire de ce département a joué une histoire, parce qu’il s’était implanté dans toutes les associations genevoises, mais on verra beaucoup plus tard, c’était aussi celui qui était le moteur de la destruction de Trajets ou de sa volonté à un moment donné. Tout cela pour des questions idéologiques, politiques, parce que comme je viens de vous le dire, nous souhaitions, nous ne voulions pas que ceci soit étatisé, et je pense que c’est important, donc on a créé cette association qui avait pour but la création, la gestion de secteurs destinés à répondre aux besoins spécifiques de jeunes et d’adultes éprouvant ou ayant éprouvé des troubles psychologiques ou des difficultés d’intégration à la vie sociale. Cela sont les premiers statuts, ce que je viens de vous dire maintenant de 1979 autour de cette table pour l’assemblée constitutive. Nous ne sommes pas allés chercher, il y avait des sociaux bien sûr, parce que d’abord c’était  mon milieu mais ce qui a été important,  c’est que la présidence avait été prise par William Lenoir. William Lenoir était juge à la cour, je ne le connaissais pas, mais c’est par quelqu’un qui était bénévole, et c’était son beau-père, je lui ai dit cela vaut la peine de le rencontrer, je prend son téléphone, je l’ai appelé, j&#039;ai souhaité le rencontrer et je lui a expliqué ce qu’on était en train de mettre en place. Ce qui est extraordinaire, c’est qu&#039;il n&#039;avait aucune connaissance de tout cela, mais il a accepté et il dira plus tard, parce qu’après, quand il a été remplacé pour des questions de santé à l’hôpital, juste avant de décéder, il lui a dit, parce que c’était extraordinaire qu’il avait modifié sa vie, changé sa vie depuis qu’il a découvert cela, et il avait même changé sa manière d’entrevoir les personnes quand il y avait procès. C’était fabuleux à entendre. Mais on ne le savait pas au départ, mais cet apport des personnes dites psychiatrisées à l’époque à la communauté, parce que tout un coup il a découvert des personnes, il a pas découvert que les malades, parce que par le regard que l’on porte, on pose une étiquette sur les gens. Ceux qui viennent au début, ce sont des malades, nous avons essayé d’aligner tous ces mots volontairement, mais cela a pris du temps, c’était extrêmement difficile parce que nous-mêmes sommes imbibés de ces choses là, il a dû transformer beaucoup de choses dans sa vie, dans sa vie personnelle, professionnelle, pour essayer de modifier, puis d’être un peu innovant c.à.d. de prendre des risques c.à.d. de sortir de la sécurité que nous offre les institutions. Pour lui c’est aussi cela la désinstitutionalisation, c’est partir en dehors des sentiers battus, prendre ce risque là. C’était extraordinaire de voir cette évolution, et on a repris dès cet instant là, toutes les activités qui étaient au Quatre, le potager de la Vendée, les week-ends, les vacances, les camps d’accompagnement, et pour pouvoir fonctionner nous avions du personnel, c’étaient des travailleurs sociaux qui étaient prêtés par les IUPG, car nous n’avions pas la possibilité de financer quoi que ce soit, on avait aucun moyen, et vous verrez combien c’est difficile, et puis, on se réunissait, on avait même pas de locaux, le Quatre existait comme lieu d’accuei,l mais Trajets tout d’un coup se retrouvait sans locaux et comme, … à Annemasse … on se réunissait toutes les trois semaines, parce qu’en même temps c’était un comité, et en même temps on réfléchissait à la mise en place de tout ceci. Donc, c’était en même temps un peu un comité exécutif. Je pense que c’est important de voir ceci. Personnellement j&#039;étais là comme bénévole, j&#039;ai constitué mon activité au service de sociothérapie, que j&#039;avais mis en place comme consultant et très rapidement en reprenant toutes ces activités il y en a une que je n’avais pas nommée, mais qu’on a arrêtée, parce que quand je disais qu&#039;on est parti avec ce potager de la Vendée, il y a une autre ou l’on faisait le marché aux puces, on vendait des frites, on faisait cela avec une personne, mais c’était l’occasion deux fois par semaine avec toujours cette idée d’être en lien direct avec la communauté. Ce dont nous étions aperçus au Quatre, lieu d’accueil, nous voulions que l’extérieur vienne au lieu d’accueil, c’est une utopie, c’est du rêve ceci. On pensait que les gens du quartier des Pâquis allaient venir. Au point de départ, ce sont nos amis, c’est nos connaissances, c’est nos propres réseaux qui sont venus, cela s’est élargi un petit peu mais très très peu. Donc l’idée c’est d’aller sur l’extérieur et de mettre en place des activités sur l’extérieur, c’est pour cela le marché aux puces, c’était quelque chose où de toute manière on était confronté avec des personnes, mais il y avait un lien étroit avec le Quatre. Il pense que c’est important, aussi parce qu’on a poursuivi, le Quatre a permis le lancement de l’association Trajets, mais en même temps il y avait des liens étroits, puisqu’on s’est retrouvé avec la même clientèle, en fait, puisque ce sont principalement des personnes dites psychiatrisées, dites chroniques qui venaient à Trajets, et c’était cette volonté là, d’offrir à ces personnes, on était pas du tout dans la convention, nous accueillons des personnes qui ont un très très long parcours ou passé psychiatriques. Cela aussi était une question, après nous sommes ouverts à toutes sortes d’autres personnes comme nous le faisons aujourd’hui. Mais je pense que c’est important, parce que nous avons découvert des gens qui avaient un syndrome institutionnel très très important, qui n’avaient même plus la possibilité de dépasser ceci. Syndrome institutionnel c.à.d. il s’est construit à l’intérieur de l’institution, c’est tout cela son cadre de référence et des repères, il ne peut même plus essayer d’imaginer ou de penser qu’il existe autre chose et qu’il pourrait peut-être penser autrement. Donc avec ces personnes nous avons poursuivi, en essayant très très modestement d’améliorer leur qualité de vie, je pense que c’est un point important, puisque on a poursuivi la démarche avec le foyer, également parce qu’on offrait habitat, travail, loisirs, vacances, culture, et si vous vous souvenez aussi dans l’atelier de sociothérapie, il avait mis en place aussi des ateliers de création, on va y venir puisqu’on en a créé un pour ces personnes là, et puis au niveau de l’habitat, il y avait un lien étroit avec le foyer. Mais comme je vous est dit, on devait passer par un passage obligé, c’est même contradictoire avec ce que l’on pensait, nous n’étions pas suffisamment à l’écoute des personnes, voilà ce que tu dois faire, voilà le parcours que tu dois suivre, je ne sais pas si vous vous souvenez, je dénonçait cela quand j&#039;étais à Cery, et pourtant, c’est tellement ancré en nous, puisque nous on sait, c’est pas eux qui savent alors que ce n’est pas vrai, mais maintenant on tenait le discours responsabilisez-vous, et en même temps on leur disait, voilà ce que vous devez faire pour réussir, grave, non ? Non, si je reprends des faits précis, c’est la honte d’avoir osé avancer des mots comme cela, et puis des choses qu’on entend encore aujourd’hui, et avec ces personnes, ce sont ces personnes qui ont construit Trajets, parce qu’elles étaient aussi au comité, puis on les rencontrait quotidiennement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sandra: &amp;quot;Dès 1981 parce que le quatre continuait à vivre et à Organiser l’asssociation, c’est que c’était quelque chose qui était devenu important parce que ça se chiffrait quand meme à des dizaines de personnes au niveau de quand on regarde les statistiques de la fréquentation. Et il y avait des listes &amp;quot; (environ 35 ème minute)&lt;br /&gt;
Sandra.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dès 1981 parce que le quatre continuait à vivre et à Organiser l’asssociation, c’est que c’était quelque chose qui était devenu important parce que ça se chiffrait quand meme à des dizaines de personnes au niveau de quand on regarde les statistiques de la fréquentation. Et il y avait des listes d’attentes. Quand je regarde ceci, je me dis, c’est un peu bizarre d’écrire des attentes mais c’est vrai qu’on avait pas les moyens et qu’il n’y avait rien d’autre à Genève. Je pense que sur le plan de la psychiatrie il y avait les ateliers protégés de la rue Modoir et de la au boulevard divoit, je ne sais pas si vous avez connu ces choses là ; simplement c’était François Grasset qui avait mis ça en place . son nom me vient là maintenant. Qui était un psyciatre et François Grasset qui avait fait la mise en place lui a développé tous les ateliers protégés d’occupation et protégés. Mais quand on allait voir ceci et qu’on était dans l’occupation entre 9h et 15h ou entre10h et 16h c’est des choses de cet ordre là de nouveau avec des sociaux comme nous la seule différence c’est que nous on était implentés dans l’environnement et qu’on avait pas dans le même atelier 20 ou 30 personnes je pense que là il y a une petite nuance mais ce qu’on a fait c’est qu’on a négocié aussi avec les UPG pour avoir un minimum d’argent c’est-à-dire par le biais de professionnels. Et on 1981 eh ben les UPG nous ont fait un prêt important, à l’association Trajet je pense que c’est important de signaler parce que ça montre aussi  l’intérêt qu’ils portaient à ceci. Ils ont fait un prêt financier que l’on devait rembourser un jour, il n’a jamais été remboursé enfin ça a été écrit mais parce que c’est devenu un don vous connaissez les institutions, je veux dire quand vous avez changé d’année c’est plus dans les comptes je veux dire c’est des choses qui disparaissent. &lt;br /&gt;
En même temps nous avions commencé à créer aussi un des baraquements on était vraiment sous équipés vous comprenez dans l’église st François à plainpalais ça vous dit quelque chose, ils existent toujours ces baraquements il y avait des baraquements derrière l’église qui étaient inoccupés moi j’ai été voir les responsables de l’église et on avait pu prendre ces baraquements et c’est là qu’on avait créé aussi un secteur de travaux de bureaux mais en même temps ça faisait toute l’administration de trajets et au moins on avait un bureau qui était à notre disposition donc c’était un secrétariat puis qu’est devenu un, c’était un secrétariat fait avec des bénévoles je pense que c’est le point de départ de cette organisation où le bénévolat était extrêmement important. Mais avec des gens compétents dans le domaine parceque vous avez besoin d’une comptable, vous avez besoin d’une secrétaire .&lt;br /&gt;
Ce qui est aussi important c’est qu’on a commencé nos premiers contacts avec l’office général des assurances sociales, que ça c’est une longue histoire avec Berne pour essayer de leur dire voilà ce que l’on met en place mais il faut que vous sachiez que dans la loi de l’ai et dans les articles 74 et 73 le mot psychiatrie n’existe pas , pas avant 98 et je pense que c’est important de savoir ça parce que c’était un combat, pour dire alors les gens étaient à l’AI oui mais attendez ce n’est pas des handicapés mentaux, ce n’est pas des handicapés physiques, c’est pas parce que vous pourriez faire le parallèle avec euh ce que Jean Wahl expliquait um dans la création de l’association pour de parents pour  et d’amis de personnes handicaps mentales ou celle de clairbois c’est la même chose c’est une association de parents qui a mis ça en place et pour eux il n’yavait pas trop de difficultés pour trouver les fonds. En psychiatrie attendez on est dans les soins vous comprenez et c’est là que tout d’un coup cette histoire de milieu médical revenait sur le tapis. Parce que vous avez à faire à des malades là on a il a fallu se battre moi le 33 rue Fingestrasse je le connais par cœur je sais où on prend le train à Genève  et où on atterrit à Berne j’y suis un bon nombre de fois, je les ai fait venir pour qu’ils comprennent et vous savez on avait aussi des personnes je pense à le aux travaux de bureau (tousse, pardon) dans les travaux de bureau on avait une personne qui venait travailler 	c’était une belle femme comme vous et qui vient travailler ici ça se voit en quoi que cette personne a des difficultés quand ils sont venus il la voyait travailller elle était dans une phase absolument extraordinaire c’est une femme qui était maniaco-dépressive et qui était attachée à un radiateur complètement prostrée dans un coin quand moi je l’ai rencontrée la première fois avec des gens qui sont de l’ADUPSI, la MPDINA et c’est lui qui m’avait appelé « j’ai quelqu’un ici moi je pense que on peut faire autre chose que simplement une vie à Bel Air. Alors je suis allée la voir j’ai dit mais ou lala, il fallait la voir qu’elle était mais prostrée dans un coin je lui ai dit bonjour on a échangé quelques mots . J’ai revu MEDINA juste après je lui dit « mais attends voir elle peut sortir » « mais bien sur pas de souci »et  je lui ai fixé un rendez-vous dans le bistrot à côté de Bel air, au début de l’avenue de Bel Air. Elle est venue. Le comportement était totalement différent . Mais quand vous la voyez à Bel air vous la voyez au bistrot c’est comme ça qu’on a commencé son projet c’est une personne qui a fait un apprentissages d’employé de commerce par la suite qui éatit dans un des appartements dit communautaire et cette personne leur phase (XXX)ils la voient en santé sur le moment « monsieur Dupont vous êtes en train de nous conter des histoires, je veux dire ces gens là peuvent travailler »et puis ils venaient inspecter deux trois fois par année on avait des, au début par le subventionnement. Mais quand ils sont revenus mais « elle est où la personne que j’avais vu » « ben là elle avait été en crise elle se  trouvait à Bel Air ». Là un petit déclic s’est fait quand même. Et je pense que c’est important parce que il a fallu se battre tout au long, ça c’est des faits importants pour faire reconnaitre le fait que ces gens là ont des droits. ont le droit de cité. Ont des mêmes droits que moi par rapport à, à leur, à leur vie. Et puis ben le PHASE petit à petit est entré en matière parceque c’était des conventioons mais je dois dire que j’ai eu la chance de rencontrer là-bas entre autre un responsable qui était extraordinaire qui lui avait pigé alors est-ce qu’il avait un membre de sa famille ou une connaissance et il m’a donné les clés sur comment rentrer. Je ne vous dit pas, je n’ai jamais dit à personne je ne suis pas sur que je le dirais masi un jour et c’est grace à cet homme si nous avons pu entrer à LEPHASE et créer des postes à partir de l’année 1983. Il m’a donné une clé sur comment entrer en la matière c’était extraordinaire il avait tout pigé. &lt;br /&gt;
INterventiojn de Sandra : je me permets de rebondir (mais oui) sur le droit de cité que vous venez juste de citer à l’instant. Un peu auparavant vous mentionnez puis vous insistez un peu qu’on tenant à ce que les gens soient plus libres et à leur accorder la liberté. Mais ils sortent quand même d’un cadrequi étagit très lourd enfin ils avaient des repères . du coup  ils passent de quelque chose où ils sont très encadrés, on aimerait leur accorder la liberté, est-ce qu’il n’y a pas un risque qu’ils soient abandonnés à eux-mêmes ? comment ça a été fait pour, enfin vous avez parlé , vous avez déjà mentionné ça des appartements communautaires, qui sont devenus appartements individuels mais quand même ils ont été habitués à des repères ils deviennent seuls. Quel, quel chemin , où on en est aujourd’hui et aussi, par rapport à ce droit de cité eub ben les personnes , vous avez dit que les personnes elles doivent elles-mêmes s’introduire et puis arriver sur l’extérieur parce que l’extérieur ne vient pas à eux . est-ce que, comment justement on pourrait éduquer cette cité qui doit ou qui peut ou ne peut pas accueillir ces gens qui arrivent avec leurs propres problématiques ? &lt;br /&gt;
Merci vous en avez d’autres des questions comme ça. IL y a deux , vous avez deux questions. &lt;br /&gt;
Oui il ya deux aspects.&lt;br /&gt;
Redites-voir la première, juste un mot. &lt;br /&gt;
La première en gros c’est entre abandonnés à eux-mêmes et trop de repères de l’institution. &lt;br /&gt;
Oui. Parce que je pense que quand je disais que c’était fait de façon empirique, vous savez au début et qu’on ne savait pas on est tombé dans l’extrême et je pense que c’est important de le savoir parce que nous ne voulions pas que la communauté sache que ces personnes étaient des personnes psychiatrisées qu’elles avaient un lourd passé , (toux) un long passé psychiatrique. Et pourtant pour certaines personnes même si on n’est pas dans la déficience mentale ou physique, certaines personnes ça se voit. Juste là à côté rue de la prairie on avait un appartement un des appartements qu’on avait eu, tout ça on louait les appartements,je crois que c’est  c’est important de savoir ça c’est une volonté aussi qu’on soit aux prises avec chaque citoyen donc les gens devaient aussi payer donc  il y avait, il y avait des négociations aussi avec le financement de euh en lien avec une assurance invalidité ou autre pour avoir les gens ou d’autres fonds. Ici à la rue de la prairie on avait strictement rien dit. Et il y avait un homme qui était là et quand vous voyez son visage noir, sombre, qui descendait les escaliers, qui allait faire ses courses et qui remontait puis qui croisait les gens et qui, pour vous ça vous paraissant naturelle parce que, là on se trouve au début des années 80, ça fait 10 ans que vous faites ça, vs vous êtes habitués à autre chose. On avait rien dit à l’immeuble. Un dimanche matin, la police m’appelle. Il y a une plainte comme quoi un des petits enfant d’une famille de l’immeuble a été violé. vous etes mal. Tt de suite vous débarquez. puis vous regardez Et il y a une plante qui a été déposée. Et tt. Alors là à ce moment là vous dites on estt tombé dans l’autre extrême c’est pour ça qu’on ‘est pris différemment. Même l’histoire n’existe pas. Simplement les gens avaient la trouille, de voir cet home. Les enfant avait la trouille et eux s’étaient mis avec d’autres personnes de l’immeuble vous comprenez et puis je pense le ral le bol. Je pense que la gamine est rentrée en pleurs parcequ’elle avait été acheté du pain ou je ne sais quoi. Et on s’est posés. Je résume. On s’est posés avec tous ces gens là. Et on nous nous sommes aperçus là que ces gens mais les avaient comme ça vous savez. Je veux dire et moi je pense que c’est naturel normal. Et en même temps dans la réunion. Moi j’ai fait une réunion avec les gens de l’immeuble une réunion avec les gens de l’immeuble mais les gens aussi. Tout ça pour s’apercevoir que tous ces faits étaient complètements erronés. Mais en même temps leur disant les droit dans les yeux « votre place est à Bel Air ». puis vous vous êtes là vous dites, attendez et on a pu entamer comme ça on a découvert dans le dépôt des plaintes parce qu’ils avaient un membre de leur famille qui n’avait pas de logement et eux en disant votre place est à bel air voulaient récupérer l’appartement pour pouvoir loger les gens parce qu’en plus il étaient en lien avec le propriétaire que j’ai fait venir à un moment donné et on s’est assis. L’appartement il existe toujours où il y a des personnes dedans. Simplement. C’est pour ça que votre question elle est importante.  C’est parce que on avait l’expérience vous savez les foyers Gevrets et autre on s’est dit non on va pas continuer cet étiquetage, on va pas continuer à prendre pouvoir sur eux, on va prévoir l’imprévisible en permanence et c’est ce qu’on fait tout le temps pour se rassurer soi-même on prévoit l’imprévisible. Là simplement on allait beaucoup trop loin dans cette histoire vous comprenez. Alors j’ai plein de petites anecdotes euh comme ça mais ce qui nous a permis de réajuster. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Si vous prenez un appartement on s’est reposé la question de l’ordinaire, comment ça se passe dans l’ordinaire. Vous déménagez, vous tel à vos amis à votre famille et  vous pendez la crémaillère. Nous on n’a pas fait ça vous comprenez. Vous allez dire bonjour aux voisins au concierge etc ? nous on était complètement à l’extérieur de ceci. Je pense que ce sont des faits important qui nous ont permis de comprendre que nous nous devions nous y rendre différemment avec les personnes pour entrer en matière leur donner la possibilité de rencontrer aussi les autres personnes. Il faut savoir que tous les appartements, tous les locaux loués, il n’y a pas une régie qui était d’accord de la donner à l’association Trajets. Pas une. Donc je me suis retrouvé à avoir des locaux dans tout Genève, à mon nom. C’était le seul moyen. L’appartement était à mon nom. Je veux dire c’est, parce que personne ne voulait prendre le risque et c’est encore des choses difficiles comme ça aujourd’hui dans la même situation. Au-delà de la situation de logement qui est extrêmement tendue mais personne. Donc  c’était faire un choix. Puis après j’ai trouvé des personnes qui prenaient le logement, j’en ai un peu rendue. Actuellement j’en ai encore à mon nom mais petit à petit j’ai ajouté l’association parce que on a le droit là maintenant, il y avait aussi ça à l’époque, là maintenant on peut avoir deux noms pour un logement. Je veux dire je mets l’association .&lt;br /&gt;
Alors ça c’était un point important. Et simplement pour tout ce qu’on a fait on a commencé et c’est ce qui nous a invité aussi à organiser des fêtes à peu près tous les deux ans on a organisé des fêtes pour faire connaitre, mais faire connaitre à la population, faire connaitre aux politiques . parce que moi le premier conseiller d’Etat que j’ai rencontré m’avait dit « mais faites vos preuves, quand vous aurez fait vos preuves on verra bien » . c’était la première reflexion. Je veux dire alors mais c’est gentillet tout ça pour 60&#039;000 francs de subvention qu’on demandait. Et pourtant et pourtant avant celui qui est parti de Prechet, c’est la secrétaire générale était une travailleuse sociale qui elle comprenait et qui nous soutenait mais quand vous êtes assis il y a le conseiller d’état puis vous etes là avec sa secrétaire générale vous pouvez défendre tout ce que vous voulez c’est une question de fric, de budget, de tout ce que vous voulez. C’était constamment comme si mais si vous remarquez c’est le même mécanisme qu’on avait pris. C’est-à-dire le conseiller d’état on va le voir puis on lui dit « mais croyez nous » . aux gens de l’immeuble, « croyez nous ». et cette expérience de la rue de la prairie je l’ai vérifiée à plusieurs endroits ; ce qui fait qu’on a modifié. Parce que je crois que d’aller à l’extérieur d’où l’organisation de fêtes mais d’où l’organisation de, je veux dire, on va dire bonjour aux voisins, on apprend à dire bonjour aux voisins, on apprend à, tout cela s’est modifié à la rue de la Prairie. Les gens eh ben ensuite se rendaient des services. Comme quand vous avez besoin, vous avez plus de sucre un soir, vous avez invité votre copain et vous allez faire une bonne tarte aux pommes ou je ne sais quoi puis tout d’un coup vous avez plus de sucre , vous allez sonner chez le voisin. Les magasins sont fermés etc. Est-ce qu’on peut partir de cet ordinaire ? C’est ça. Et là moi j’ai appris que d’aller dans les extrêmes parce que j’ai été très souvent dans les extrêmes comme ça vous savez de, de faire en sorte de dénoncer quelque chose. Mais ça reste vous comprenez. On a eu un décès récemment ici, il y a dix jours, dans cet hôtel . Les travailleurs sociaux ne se sont pas déplacés. Il est mort ici. Je vous conterai l’histoire à un autre moment mais moi ça me fout dans une rage. On aurait été à l’époque, on était à l’époque, moi je débarquais au casse et pour leur dire ce que j’en pensais, vous comprenez, puis je faisais un scandale. Là aujourd&#039;hui je m’y prends un peu différemment parce que c’est les personnes qui vont payer derrière. Là vous savez et puis quand vous avez vu ça puis vous dites attendez ya du personnel il se trouve là et autre, pas de souci, vous savez Monsieur c’est vendredi midi. Cet après-midi on est fermé.  Oui mais attendez on vit dans la communauté. Alors c’est ça l’histoire vous comprenez. &lt;br /&gt;
Et puis vous aviez une deuxième question. &lt;br /&gt;
(Sandra) Est-ce qu’il était possible d’éduquer justement la cité et comment on peut appliquer&lt;br /&gt;
Moi je crois que l’éducation du public est un point extrêmement important. Là aujourd&#039;hui si vous remarquez ben il se passe quoi dans la réalité de la vie et je vais faire une petite, une petite parenthèse . Dans l’analyse, je vous ai amené le passe droits parce que je vais vous dire pourquoi je vous ai amené ça. Parce que j’ai eu l’occasion en, de découvrir cet ouvrage et de découvrir des formations qui vont avec. Et ça c’est en 83. Et j’avais lu un article aussi de Wolfenberger qui a écrit la valorisation des roles sociaux. Mais son article qu’il écrit avec un monde dit combien la valorisation de la personne et ensuite la valorisation des rôles sociaux. Ce qui est important c’est la valorisation des rôles sociaux et pas tellement la valorisation de la personne parce que vous pouvez valoriser une personne à l’intérieur de l’institution ça ne va strictement rien changer , vous comprenez. Et puis c’est en lien avec votre question ça c’est le programme d’analyse du système des services c’est un outil d’évaluation des institution en vue de la désinstitutionalisation. C’est quelque chose qu’il avait mis en place. Moi quand j’ai vu ça je suis parti faire des formations, c’est les Canadiens qui faisait ces formation dans le nord de la France à Caen et à St Lo. J’en ai fait je ne sais combien et j‘ai découvert les gens très rapidement, et j’ai décidé de venir à Genève pour lancer la valorisation des roles sociaux. Et pour la valorisation des rôles sociaux on m’a fait aussi découvrir une personne Jacques Pelletier qui est cité dans cet article je dois dire d’art Wolf et qui est le premier un des premiers à avoir utilisé la valorisation et Jacques Pelletier est toujours consultant ici donc voyez ça date il arrive là prochainement puisqu’il vient 4 fois par an il vient nous aider à réfléchir sur tout ce qu’on met en  place. Parce que ça rejoint votre question et là à l’intérieur vous avez entre autre ces choses là se sont améliorées après il y a le passé toute sorte de choses, mais il a un item qui est éducation du public. Wolf avait pensé à ça, comment est-ce qu’on s’ prend il ne suffit pas de dire on va dans la communauté puis on va voir il ne suffit pas dire voyez l’environnement c’est quelque chose d’important, comment est-ce qu’on va s’y prendre pour entrer en matière avec la population. Tous est fait selon moi parce que c’est surement le plus important c’est pour ça qu’on a commencé par mettre en place des fêtes et les gens se cotoyaient, les gens se croisaient etc. et comme vous le verrez pour T-Interaction on est vraiment au fait de ça. Mais en même temps on s’est fait lancé des article dans la presse, on s’est fait en sorte que nous soyons bien implantés dans l’extérieur vous comprenez. Lorsque vous êtes dans une dans un immeuble je vais prendre l’immeuble rue de Carouge et rue de la Maladière de Minoteries où vous avez regroupé dans le même immeuble Clairbois, avec toutes les délinquances avec euh je cherche le nom là le , vous avez regroupé encore tout plein il y en 5 ou 6 ou 7 institutions dans le même village, vous oubliez on ne parle plus d’intégration . C’est terminé parce que vous avez regroupé dans le même endroit tout le fait pour nous de réfléchir sur si on veut faire éducation du public si vous, enfin vous êtres là-bas à la Migros rue de Carouge sans faire de publicité parce que je les ai croisés vous avez dix personnes déficientes ah oui parce qu’après il y a les minoteries encore qi se trouve à côté des EPI de la Comble je veux dire et vous trouvez à la Migros et vous voyez  tout d’un coup « ah je vais me dépécher je vais faire mes courses ici il n’y a personne » vous avancez puis derrière vous voyez qu’il y a un rayon à 9 personnes et puis trois éducatrices qui sont là une qui tient le billet, l’autre qui prend dans les rayons et puis vous avez celle qui met dans le chariot, qui tient le chariot. Et puis vous avez les 9 personnes qui sont là vous savez qui regardent comme ça, c’est arrivé dernièrement. On n’est pas dans l’éducation du public parce qu’on se rend compte qu’on doit faire peur vous comprenez. On va montrer que ce sont des incapables, des incompétents le fait qu’ils ne sont pas rien, tout simplement plutôt que de partir des besoins. Moi je les vois passer depuis mon bureau, vous voyez où est mon bureau (non vous n’étiez pas là) simplement vous les voyez passer sur le trottoir alors comme il y a Clairbois ben c’est des gens très touchés en terme d’infirmité motrice cérébrale mais des gens géniaux mais si vous vous mettez avec cent de chez là dans le groupe il va passer comme tous les autres vous comprenez. Avec san de chez là pour s’en sortir il a dû quitter l’institution aller dans la vraie vie. Et puis à partir de là vous les voyez passer sur le trottoir ils sont un deux trois quatre cinq six dix fauteuils roulants à se pousser l’un derrière l’autre puis à discuter entre éducatrices et éducateurs . On n’est plus dans l’éducation du public  . Parce que les gens changent de trottoir moi je l’avais vécu quand je vous avais raconté vous comprenez. C’est de faire en sorte pour moi l’éducation du public se passe dans l’expérience, dans  la rencontre que les personnes puissent se croiser donc créons des évènements, créons des lieux où les personnes peuvent se découvrir parce que toute personne, il y a plein de personnes ici à Genève qui n’ont pas de difficulté quelle qu’elle soit vous comprenez là simplement elles sont peut être un peu plus marquées mais si, parce moi je vois bien et j’aimais bien ce que disait Laimé sur notre désir de mort par rapport à ces personnes . C’est pas un désir de vivre là vous savez  quand on les accompagne en camp à , c’est pour ça qu’on prévoit tout et on organise tout mais plus vous allez alors ça c’est ce qu’a mis en place Trajets c’est tout un travail en individuel, un travail individuel avec chaque personne parce qu’il n’y a pas une personne qui se ressemble il n’y a pas une personne qui aime , on a tous des besoins ( ???) pas de souci mais à partir de là il suffit de vous regarder je veux dire il n’y a pas une personne qui est habillée de la même chose vous avez pas les mêmes envies, vous avez pas les mêmes désirs etc etc . Est-ce qu’on peut construire à partir de là ? Tout le fait dès les années 80 alors ce qui avait été mis en place ce qu’on avait mis en place c’était des programmes individualisés à l’intérieur parce que c’est devenu des plans de services PSI plans de service mais qui restaient à l’intérieur et travaillant avec Jacques Pelletier puis à partir des rôles à partir de la valorisation des rôles sociaux eh bien simplement c’est comme ça qu’on a créé le projet de réalisation de personnes et la réalisation de soi avec une visions élistique et pas uniquement dans  un champ mais la communauté est présente là dedans les proches les amis familles et autre parce que eux aussi souffrent de ces situation et en même temps comment est-ce qu’on pourrait se rencontrer. Vous pouvez traiter des questions on l’a fait à Trajets qu’avec le réseau des personnes De la communauté qui eux s’investissent mais tout ceci il faut leur faire découvrir. Parce que quand vous avez une personne en crise, tout le monde disparait. J’aurai une histoire fabuleuse à vous raconter mais ça prendrait trop de temps, sur la construction et la reconstruction des réseaux personnels qui vont jusqu’aux fait que des personnes je vais prendre en terme d’emploi je pense à cette femme je vais l’appeler Marie-Claire, cette femme Marie-Claire elle était complètement isolée chez elle, les volets fermés, s’alcoolisait, ne mangeait plus enfin bref. Il lui restait un ami. Qui est venu me trouver parce qu’il faisait ce que je faisais et que je connaissais. Cet homme « moi là j’ai une personne c’est terrifiant » je ne vous décris pas je suis allé la voir et puis quand je l’ai rencontrée je l’ai écouté mais j’ai tenu 20 minutes pas plus je suis parti en courant. Le vieux réflexe il est toujours présent « ah il faut qu’elle parte pour Belle-Idée » mais vous vous donnez des curs. Puis je partais en voyage en Canada ça m’a permis de réfléchir je lui ai dit « à mon retour je viens vous voir ». Je suis venu mais ce qu’était intéressant dans ce qu’elle racontait de sa vie c’est qu’elle nommait des gens, des prénoms. Nous sommes partis de ceci pour reconstruire et moi je l’ai aidée à reprendre contact avec toutes ces personnes et on a fait un première soirée. A l’intérieur de ses amis il y avait une femme psychiatre qui travaillait à Belle-Idée. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça signifie. On s’est rencontrés on avait préparé nos connaissances et autres il y avait les membres de la famille, il y avait les petits neveux, toute sorte, elle avait un réseau extrêmement important c’est parce qu’on est dans l’éducation du public quand je dis ça . Et puis à partir de là ben « bonjour, Marie-Claire avait envie de vous rencontrer  » puis là, on avait préparé elle a pu dire des choses avec son amie etc puis elle dit alors la psychiatre « oui mais » enfin bref je dis « stop » je la connaissais je dis « madame là vous êtes comme amie, pas comme psychiatre, donc vous restez amie » parce que tout d’un coup elle voulait prendre le contrôle quand on dit pouvoir, on sait aussi où se trouve le pouvoir et puis Marie-Claire à un moment donné, dans la préparation, s’est de ses besoins « ben moi là je ne suis pas capable de sortir, le week end je suis toute seule je ne peux pas aller à la pharmacie je ne peux pas aller faire mes courses euh je suis incapable » elle hurlait de douleurs c’était dans sa tête et physique et autre, fallait reconstruire tout ça. « attendez, qui est prêt pour venir là remarque il y a 20 personnes, on les a fait parler vous comprenez qu’est-ce qui fait que vous avez laché Claire-Marie » « ah, moi c’est mes propres peurs qui ont fait que ». tout était reconstruit jusqu‘au  travail. On a retrouvé un travail à mi-temps elle faisait deux choses c’était une artiste et puis en même temps elle faisait du secrétariat des choses comme ça. On a trouvé un mi-temps de secrétariat. Une de ses amies compétentes dans le domaine a vu l’employeur. Marie-Claire était là (montre de la main vers le bas) son amie était là (montre de la main un peu plus haut) et on a fait comme ceci. C’est-à-dire que tout le travail était exécuté. On  a dit à l’employeur « vous avez aucun souci » l’amie elle vous coute rien et puis Marie-Claire a fait comme ça (montre de la main vers le haut) et puis l’amie a fait comme ça (montre de la main vers le bas) jusqu’au moment où tout était bon puis elle a eu son job. C’est le réseau, c’est la communauté. L’employeur il en était mais complètement gaga de voir que simplement. Alors ce qu’on a fait aussi j’ai repris « madame il faut vous soigner » je fais le lien avec les soins je veux dire moi il faut entrer en matière on va quand même faire une vérification sur le plan des soins physiques et puis psychiatriques. Elle m’a dit « oui oui  vous venez me chercher» je suis venu la chercher elle a quitté la jonction et là il y a un couple médical de psychiatres alternatifs qui sont juste en-dessous. Il y a quelques années de ça pour venir de la jonction jusque là ça m’a pris une matinée parce qu’elle devait rouler à deux à l’heure tellement elle avait peur. Pour vous dire. Où vous faites le choix de l’ambulance où vous faites pas, y a toute sorte de choses à construire comme ceci en fait le 60, je ne sais plus comment on l’appelle je vous décrivais de la situation vous vous dites « c’est pas possible ».  Sa santé physique allait bien, santé mentale on avait quelques questions, elle avait quelques questions quand même à régler. Alors mais c’est éducation du public je vais vous dire parce qu’il y avait les parents qui étaient là. Cette fameuse soirée on en a fait plusieurs comme ça le père mais m’a agressé en me disant « vous m’excusez mais là elle a besoin de soins, il faut l’interner » et elle avait la psychiatre qui était là « non » « comment vous êtes prêts à faire quoi pour votre fille » vous comprenez. Mais juste ça (montre de la main un peu, on vous demande pas de faire ça (montre de la main beaucoup) mais comme père là vous êtes prêts à entrer en matière et puis c’est un chemin qui se fait. Et avec la population c’est la même chose vous comprenez mais quand il y a côtoiement, quand il y a rencontre, ici il y a des personnes, je pense à une personne on a un homme d’affaire qui est resté plus de trois semaines ici c’était pendant les fêtes de Genève il a côtoyé des gens qui se retrouvaient là qui sont venus prendre un café il causait avec. C’est la personne qui a des difficultés qui ne travaille pas qu’est allé faire le tour avec lui des fêtes de Genève, qui lui a montré comment ça se passe à Genève. Lui il a appris quelque chose et la personne qui a des difficultés aussi. Mais nous on favorise ça c’est pour ça que je dis il faut créer l’évènement. Alors si vous voulez nous on a construit petit à petit toutes ces choses avec les différent lieux qu’on a pu mettre ne place à Trajets en terme d’accueil, d’accompagnement psycho-social mais ça rejoint votre question. Je pense que c’est un point important il y avait des travailleurs sociaux on a mis en place les ateliers, les entreprises pour offrir du travail on a mis en place des possibilités de vacances, de loisirs, culture, euh on a mis en place aussi pour permettre à ces personnes là de se rencontrer. Ce que je disais avant. De créer des évènements on a mis en place des possibilités d’habitat. L’idée derrière n’était pas simplement d’avoir, de devenir totalitaire comme association mais simplement de répondre aux besoins et ensuite on avait d’autres qui prenaient le relais comme ça s’est fait à un moment donné à la FHP ici à Genève a repris toute l’histoire du logement etc. qui a été reprise ensuite par les EPI et autre on aura le temps d’y revenir sur le système de balancier mais l’idée c’était chaque fois de se dire en partant des besoins est-ce qu’on va créer mettre en place quelque chose. Je pense que ça c’est fondamental. Et ça depuis les années 81. On aura l’occasion de se parler aussi de tout la euh la jalousie et puis toutes les attaques qu’il y a eu je pense que c’est important et vous verrez les risques aussi de la, mettre en place ceci. Mais je vais m’arrêter là pour aujourd&#039;hui . Merci pour vos questions.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Entretien avec Alain Dupont, au Pyramus, le 14.11.2012&#039;&#039;&#039;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce restaurant vient d’être inauguré, si vous vous souvenez. En quelques mots, on collabore avec le Jardin Botanique pour qu’il y ait des synergies qui soient créées entre eux, puisqu’il y a 150 employés qui travaillent au Jardin Botanique. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cela fait quand même beaucoup!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M. Boiseau, le directeur, enseigne en biologie à l’Université. C’est important de savoir qu’il y a des conservateurs et 4 à 500&#039;000 visiteurs par an ici, au Jardin botanique. Mais on en reparlera quand on parlera de T-Interactions. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Madame Ruchat :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bonjour et bienvenue ici au Pyramus. Donc, je vous remercie de vous être déplacés depuis Uni-Mail pour venir au Jardin botanique -ce n’est pas à côté - pour continuer le 3ème entretien (14.11.12) avec Alain Dupont sur la question des entreprises sociales, en particulier T-Interactions qui fait suite à Trajets. Donc, cela nous permet d’avancer dans cette biographie où l’on voit non seulement une œuvre sociale mais aussi le travail d’une personne au sein d’une collectivité et on voit aussi avancer cette idée de l’antipsychiatrie puisque c’était le départ de notre périple dans notre cours, la question de l’antipsychiatrie s’est transformée en quelque sorte, passant d’une certaine contestation, je dirais presque de la rue, des années 70 vers une sorte d’entreprise sociale intégrée dans la collectivité avec toutes les difficultés aussi, résistances. On en a vu un certain nombre et on verra peut-être aujourd’hui ,dans le récit d’Alain Dupont ,la suite de ce travail. Alors,je passe la parole aux deux étudiantes qui l’interrogent aujourd’hui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bonjour, M. Dupont!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Bonjour. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Durant l’entretien de la semaine dernière, vous nous aviez fait part des vives réactions que l’intégration de personnes en rupture sociale a suscitées au sein de la société, en raison des logements et des l’emploi qui leur ont été attribués. Vous nous aviez raconté quelques histoires assez marquantes. Et justement, on voulait savoir quelle ampleur ont pris ces mouvements et comment Trajets a-t-il fait face à ces réactions de la part de la société ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Merci de votre question. Je vais tenter d’y répondre sans y mettre trop d’émotion parce que ça a été une période extrêmement vive au niveau des réactions qu’il y a eu. J’avais raconté l’anecdote de &amp;quot;la Rue de la Prairie&amp;quot; mais vous allez voir que ça a pris de l’ampleur à un moment donné et il y a eu quelques événements déclencheurs que je vais citer parce qu’il y a eu des réactions qu’on peut voir au niveau de la population mais il y a eu beaucoup de réactions au niveau du travail social. Il y a eu  beaucoup de réactions au niveau politique aussi, sur le plan idéologique. Alors, si vous vous souvenez, on a toujours été Trajets à cette époque assez innovants, créatifs dans ce que l’on a mis en place et on essayait de passer à autre chose que simplement vouloir aider la personne mais faire en sorte, et on le verra avec T-Interactions, que cette personne puisse être actrice et puis avoir sa place puisque ,même au début de Trajets, dès l’instant où  l’on avait créé l’association, en 1979, les personnes avaient leur place même au sein de l’association. Ça c’était sur le papier. Cependant, je pense que dans la réalité, en fin de compte, ces personnes, nous les considérions  toujours comme des personnes à aider. C’est pour ça que le mot je l’ai modifié à un moment donné et que l’on est entré dans l’accompagnement. On verra les nuances après avec T-Interactions. Et puis, j’avais aussi évoqué la notion de « totalitaire » parce qu’on regroupait, le logement, le travail, l’accompagnement psycho-social, les loisirs, les vacances, les centres de jour, enfin tous ces éléments et les gens voyaient ,ça aussi, comme quelque chose de totalitaire. Mais ce qui était le plus marquant à un moment donné, c’est que c’est au travers du travail qu’on s’est principalement rendu compte des choses. On avait tout cet aspect des loisirs avant qui nous avait montré le chemin. Mais le travail a été le révélateur parce qu’à Genève, si vous vous souvenez, le Dr Grasset avait mis en place les ateliers du Boulevard d’Ivoy et de la Rue Maunoir, ateliers dits « protégés » et puis au sens de l’OFAS, l’Office Fédéral des Assurances Sociales. Et puis, à partir de là, en mettant en place ces éléments, nous avons voulu prendre la tangente, mais, dans les faits, en termes de subventionnement, ça restait identique aux ateliers protégés, sauf en terme de nombre de personnes accueillies. Je pense que c’était un des premiers éléments, mais à l’intérieur des premiers ateliers comme l’atelier de reproduction et d’impression,  que ce soient les centres de jour ou le Trajets-jardin  que l’on avait mis en place à Chêne-Bougeries. Et bien, chaque fois, il y avait des travailleurs sociaux à l’intérieur qui n’étaient pas forcément des maîtres socio-professionnels comme on le voit là, maintenant, même si la formation existait à Lausanne. La formation pour les MSP avait été mise en place par l’ancienne Ecole Pahud. Et puis, on partait avec les travailleurs sociaux qui étaient à l’intérieur de l’entreprise. Puis, à un moment donné, on s’est rendu compte qu’on faisait plus de social que de donner un rôle de travailleurs aux personnes et je pense que ça c’est un point important parce que c’est l’un des éléments des crises. Il y en a eu plusieurs quand même qui se sont produites. La première  c’est parce qu’au travers des évaluations aussi faites par l’externe, au travers de nos observations, nous nous sommes rendu compte que nous dévalorisions les travailleurs sociaux en les mettant dans ce champ-là. Mais ça n’a pas été compris comme ça. En tout cas, moi, mon idée, c’était de redonner une place aux travailleurs sociaux, leur place de personnes accompagnantes, responsables avec les utilisateurs de nos services, de leurs projets de vie, quelque chose de plus global et puis parce que le travailleur social a besoin de se rendre de se rencontrer, il a besoin de parler, il a besoin de colloques, de réunions, il a besoin de pouvoir partager tout ce qu’il vit avec les personnes et avec d’autres partenaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lorsque vous vous trouvez dans l’entreprise, on n’est pas dans le même mode. Je vais prendre l’exemple de l’imprimerie que nous avons mise en place, qui existe encore aujourd’hui mais qui s’est également transformée. Et bien, simplement, le responsable, Robert Vanderlan, qui avait une sensibilité sociale, lui avait tout compris. Il n’a jamais fait de colloques. Par contre, il faisait des réunions de travail et tous les employés, quels qu’ils soient, participaient à ceci. Lui ne comprenait pas quand on avait des réunions d’employés pourquoi ces employés ne venaient pas, parce que dans sa tête, il avait compris que c’étaient des employés peut-être limités, peut-être avec des difficultés, peut-être avec un besoin d’accompagnement professionnel mais c’est ce qui nous a fait dire que la place des travailleurs sociaux n’était pas dans ce milieu. On a fait le choix au comité de dire « non », redonnons une place aux travailleurs sociaux, donc créons une entité mais externe aux entreprises, externe à l’habitat, parce que pour l’habitat on avait déjà fait ça. On a pu prendre modèle là-dessus, on ne vivait pas avec les personnes, contrairement aux foyers et aux institutions. Par contre, on était disponible 24 heures sur 24, selon les besoins, pour un accompagnement, pour une adaptation, etc. et on a voulu réaliser la même chose dans le travail. Qu’est-ce qu’on n’avait pas dit là ? de mettre à la porte. Cela a été entendu comme ça et là les personnes ont commencé à  monter au créneau. Et je pense que c’est un point important. La première crise se passe avec les travailleurs sociaux. Elle s’est même amplifiée après. Je crois par incompréhension ou peut-être parce que l’on n’a pas su expliquer correctement les choses. Ce n’est jamais que d’un côté et peut-être que nous étions trop tranchants quand nous évoquions les choses, même si ceci se passait au travers de faits concrets parce que tout à coup les travailleurs sociaux étaient capables de dire « on ferme l’entreprise parce qu’on a besoin de réfléchir ». C’est comme si ,ici, au Pyramus, où nous sommes aujourd’hui, les responsables disaient « on ferme une semaine, on part au vert réfléchir » ! Ce n’est pas sûr qu’à la fin de la semaine on ait les rentrées d’argent et que la clientèle soit satisfaite. Ça c’est le premier élément, c’est ce qui nous a amenés à parler des travailleurs sociaux et ça n’a jamais pu prendre. Pour moi, l’idée était de mettre en place, et j’ai beaucoup réfléchi à ça,  un bureau d’ingénierie sociale, parce que je crois en ce qu’a écrit [ ... ]dans son livre sur l’ingénierie sociale. Je suis en train de chercher le nom de cet auteur mais cela me reviendra tout à l’heure! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me suis également basé sur la formation que j’avais eue avec Arbano, avec Lebroc, tout le champ de la désinstitutionnalisation ou de l’analyse institutionnelle. Je vous rappelle que j’ai fait aussi une formation avec l’institut canadien Alan Roer, l’institut canadien pour la déficience mentale. J’ai donc fait une formation dans le domaine de l’analyse institutionnelle car je  pense que c’est quelque chose d’important et je l’ai pratiqué que ce soit ici en Suisse, en France, en Italie ou au Canada pour essayer de comprendre ces mécanismes. Ce qui fait que ça m’a fait mettre en place ce bureau d’ingénierie sociale, c’est-à-dire travailler principalement au niveau de la personne, avec son projet. A l’époque, on disait, et vous verrez qu’on a complètement modifié les choses « mettons la personne au centre ». Vous avez sûrement déjà entendu ça : « mettons la personne au centre ».  Il n’y a rien de pire que de mettre la personne au centre parce que vous vous réunissez, vous la mettez au centre, et puis tous les professionnels sont autour. En plus, la personne n’est pas là puisque ça reste un dossier. Que se passe-t-il si ce n’est un enfermement où chacun a un avis. Vous verrez qu’à T-Interactions et dans toute la réflexion que l’on a pu mener, ce sont des éléments qui ont conduit aux différentes crises. Après, je vais venir sur l’aspect financier et politique. Mais simplement, si vous mettez la personne  que vous accompagnez à côté de vous, vous pouvez continuer à voir les personnes concernées par le projet de la personne mais la personne devient actrice. Pour nous, à cette période-là, la personne n’était pas actrice, « auteur de son projet ». On restait encore, malgré nous,  14.34 aidant ??? dans cette relation-là et pas dans une relation plus équitable avec les personnes. En voulant tenter de faire ça, je pense qu’on butait contre un mur, contre des idéologies, des formations et des personnes qui restaient ancrées ou enfermées  dans leur propre histoire professionnelle et la question n’était pas chez les personnes. Et je pense que cela est le premier élément. Alors, les gens sont montés au créneau assez rapidement. Tant mieux, cela nous a permis de réfléchir. Par la suite, nous avons fait faire ce qu’on appelle un audit, une évaluation globale de l’ensemble de Trajets par des personnes de l’extérieur, venant de Suisse, de France et du Canada. C’est Monsieur Jacques Pelletier qui a conduit cette évaluation externe mais globale. Il devait alors produire un rapport. Alors, on se retrouve à ce moment-là en 1993, tout cela pour avoir des pistes de transformations, puisqu’on avait déjà eu tous ces éléments de transformations mais qui nous revenaient à la figure, sans que nous puissions en faire quelque chose. Tout le monde a été écouté pour ce rapport, mais quand je dis « tout le monde », ce n’est pas uniquement en interne, c’est aussi les politiques, la population, les personnes concernées, les familles, les professionnels du travail social mais aussi l’ensemble des professionnels. Tous les aspects de gestion, administratifs, de financement, tout avait été passé en revue. Cela a duré quelques mois pour pouvoir auditionner toutes les personnes et faire ce rapport. Ce qui a été aussi intéressant, c’est que les personnes concernées devenaient également actrices de l’évaluation. C’était une évaluation externe mais en même temps chaque fois que l’on fait une évaluation et qu’on interroge les gens concernés, cela amène déjà l’installation de changements pour nous-mêmes. Ces personnes qui participent à l’évaluation commencent à se poser les bonnes questions au travers des entrevues et commencent déjà le changement qui va leur être demandé par le rapport. C’est fort intéressant comme mécanisme qui est mis en place. Moi, je vous invite à faire de l’évaluation, car cela est fabuleux, on le voit. La semaine prochaine, une évaluation est faite pour T-Interactions, on recommence le même exercice. J’espère que cela n’aura pas toujours les mêmes effets. On en a fait plusieurs d’évaluations globales mais celle-ci était importante. Nous sommes aussi allés interroger tous nos partenaires. Là, aujourd’hui, j’hésiterais car l’on avait donné le rapport aux subventionnaires, aux politiques, aux partenaires, à l’ensemble des employés, aux familles, à tout le monde, partant d’une bonne intention. On leur a présenté nos questions, et la manière dont nous pensions répondre à ces questions. Je ne vous dis pas, on avait donné un bâton pour se faire battre. C’était les éléments qui ont provoqué la crise, mais une crise extrêmement violente, qui me remonte encore quelques fois. Les partenaires, tout à coup, – j’avais évoqué le mot « jalousie » au dernier entretien – ont vu l’ampleur qu’avait pris Trajets. Bel-Air, IUPG, m’avait demandé de mettre en place ce qu’ils avaient appelé un « Secrétariat de coordination », c’est-à-dire de réfléchir à comment regrouper toutes ces associations avec qui on échangeait en permanence, que ce soit Appartement de jour, Arcade 84, Réalise, le Centre Gaspard de la Rive, qui a été le premier centre de loisirs pour personnes psychiatrisées à Genève, il ne faut pas l’oublier, cela existe depuis très longtemps. Mais, tout à coup, les gens ont redécouvert où ils pouvaient entrer pour mettre un poing dans la porte et dire des choses. Je fais juste un petit parallèle : l’Office fédérale des Assurances Sociales, comme cela se passe maintenant, avait annoncé en 1994 une diminution des subventions pour des raisons budgétaires. On a ce rapport, on a une diminution de subventions, alors j’ai cru bien faire croyant au partage et à la transparence. Là aussi, j’ai modifié aujourd’hui mes discours par rapport à tout cela. À partir de là, nous avions réuni tout le personnel pour réfléchir à des solutions sur la base des questions de l’audit, des projets de transformations et de la diminution de subventionnement. On a donc partagé toutes ces choses et de regarder ensemble les solutions. Troisième élément, j’avais fait une demande pour les transformations à la Loterie Romande qui nous a accordé 300&#039;000 Frs. pour les travaux. À l’époque, cela était une somme extrêmement importante mais seulement pour les travaux. La Loterie Romande ne donne que pour du matériel, des travaux, pour l’achat d’une table, d’un meuble ou autre, et vous présentez un budget. Vous ne pouvez donc pas utiliser cet argent pour autre chose. Cela a été un élément important car comme le Domaine de la Pierre Bleue se trouve en France, c’est comme si l’argent de Genève partait pour la France. On a donc évoqué tout cela en Assemblée générale. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’en donnant de l’argent, la Loterie Romande était dans l’acte de vente et ce n’était donc même pas Trajets qui était propriétaire totalement du Domaine de la Pierre Bleue, de cette ferme qu’on avait achetée en France. On ne pouvait donc rien faire sans l’aval de la Loterie Romande. On aurait voulu la vendre mais l’argent aurait retourné alors à la Loterie Romande. On a partagé tout cela, j’ai donné mes options. Si nous voulions vivre, on aurait pu aller vers des licenciements. Mais en termes d’égalité, je pensais qu’il était important que chacun puisse faire un effort et accepte de diminuer son salaire. Cela aurait permis pendant quelques temps, avant que nous trouvions d’autres solutions, d’avoir aucun licenciement. Ceci n’a pas été entendu et les gens, sans le dire – car dans le monde du travail social, nous sommes pour le dialogue, le partage et la transparence, mais tout cela vous oubliez – sont allés voir les politiques, en disant « voilà ce qui se passe à Trajets », et à partir de là, le politique est intervenu. Alors je ne vous dis pas à quel point cela a été extrêmement contradictoire. Je vous donne encore cet élément car le politique, en même temps, le lieu d’accueil Le Quatre, en 1993, le chef du département a décidé que le lieu d’accueil Le Quatre deviendrait Le Centre de Jour de Trajets avec toutes les activités et donnerait pendant 5 ans, 100’000 Frs. Et que pour mener ceci à bien, il donnerait pour un salaire 100&#039;000 Frs. par an pendant 3 ans, pour coordonner l’ensemble de l’activité : en tout, 800&#039;000 Frs. sur 5 ans. Et en même temps, le politique « débarque » au sein de Trajets pour dire « stop à tout cela, il y a la crise », les journaux s’emparent de tout cela mais on s’est aperçu que le fils du chef de cabinet de ce département était journaliste des journaux locaux et c’est lui qui faisait les articles avant même que des décisions aient pu être prises et dénonçait la situation. Le coulage était venu des travailleurs sociaux et d’un membre du comité qui transmettait tous les PV au département… Ce n’est juste qu’un petit détail ! On s’est rendu compte de ceci par la suite. Cela a été une crise énorme, ce qui a fait que le département en 2 ans, en 1996, a décidé de supprimer le subventionnement. Cela n’était pas énorme, 170&#039;000 Frs., c’est une bricole. On a dû dire au revoir au département mais on a poursuivi l’activité. Ceux qui nous ont soutenus, c’est l’Office fédérale des Assurances sociales et les autres associations comme Arcade 84 et autres. Je revoyais certaines personnes une fois par mois pour faire le point par rapport à la psychiatrie, au militantisme. On se demandait que faire. Une personne responsable d’une petite organisation avec qui j’ai discuté m’a dit à un moment donné : « si tu savais ce que je suis satisfait », c’est pour cela que j’avais parlé de jalousie, « de ce qui se passe là, pour Trajets, pour toi, parce que je suis jaloux depuis le début de ce que tu arrives à mettre en place ». J’ai payé ma consommation et puis je me suis levé et suis parti.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Justement, d’après ce que j’ai compris, vous avez quitté Trajets pour recréer T-Interactions. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer T-Interactions à la suite de Trajets sachant qu’au final ces deux associations poursuivent les mêmes objectifs ?&lt;br /&gt;
Je n’ai pas quitté Trajets. J’ai quitté cette association plus tard car j’ai l’habitude d’assumer jusqu’au bout ce que j’ai mis en place et j’ai fait le choix de quitter la coordination, la direction de Trajets en 2002. Je pense que cela est important car ce n’est pas parce qu’il y a une crise qu’on s’en va, même si tout le monde voulait me voir partir. Mais, attendez, il n’y avait pas que des détracteurs non plus. Sur 100 personnes, les détracteurs étaient au nombre environ de 6 à 10 personnes. Donc, nous avons poursuivi. Mais comme les détracteurs étaient des travailleurs sociaux, ils savaient faire du bruit. Quand vous êtes imprimeur, ce n’est pas votre tasse de thé, vous ne prenez pas la parole de la même manière devant des journalistes, devant un groupe et autres. Les travailleurs sociaux et le politique avaient même décidé qui prendraient la direction de Trajets. Sur le plan idéologique, je vous rappelle que le premier Conseiller d’État que j’avais rencontré, celui qui a essayé de nous faire quelques misères par l’intermédiaire de son chef de cabinet, m’avait dit « Faites vos preuves et après on verra ». Et c’est toujours le même mécanisme mais là, on était avec un Conseiller d’État libéral. Ensuite, on s’est retrouvé avec un Conseiller d’État radical socialiste et avec un chef de cabinet socialiste. Et dans l’idéologie, maintenant qu’on a fait nos preuves, c’est le Tout État 29 :05 qui vient en place. Regardez, c’est ce qu’il s’est passé en déficiences intellectuelles avec Les Épis. Les Épis est un Établissement public d’Intégration. Cette organisation a un conseiller d’administration mais le financement est totalement à 100% fait par l’État. Et il n’y a plus de marge de manœuvre. Moi, je ne voulais pas perdre la liberté, la créativité, l’innovation. Cela est important de voir que là derrière, il y a des dimensions différentes. Je crois à ce qui se dit dans le parti socialiste mais je ne crois pas au Tout État. Je pense qu’il doit y avoir les deux aspects, entre le privé et l’État. Et en 2002, j’ai fait le choix de quitter la direction et de rester comme conseiller. Tout cela était vu avec Monsieur Aegerter qui était président à l’époque, dans le but simplement de pouvoir continuer à mettre en place des projets, car tout cela prend du temps. Nous avons alors décidé que je resterais à l’intérieur de Trajets comme conseiller et la direction a été confiée à une première personne qui est partie, puis à une deuxième personne qui est venue du Département et qui simplement, peut-être que cela n’a pas été mesuré par le Conseil de Fondation, a une autre vision, a d’autres valeurs liées au Tout État. Là, aujourd’hui, il y a pour plus de 10 millions de subventionnement. Au début, il n’y avait pas un Frs ! Quand j’ai quitté la direction en 2002, on a mis en place un projet de loi, c’est ainsi que la Fondation de Trajets s’est mise en place, pour avoir, parce que l’État a besoin de ceci et cela peut se comprendre, un meilleur contrôle mais un contrôle sur les organisations. Je veux bien que l’État contrôle mais que ce soit des choses limitées par rapport à ce que nous pouvons réaliser. À partir de là, j’ai commencé à mettre en place des projets. En 2002, il y a la création de la Fondation de Trajets. L’association Trajets reste mais elle devient T-Interactions. L’association T-Interactions, c’est l’association Trajets du 19 juin 1979. Cela n’a pas changé.&lt;br /&gt;
Donc, Trajets et T-Interactions existent toujours. Mais est-ce les mêmes objectifs ?&lt;br /&gt;
Non, pas tout à fait. Je vais vous parler des différences. Le cheminement, le développement, la réflexion, toutes les évaluations qu’on a pu faire, toutes les interrogations qu’on s’est posées, nous voulions les mettre en œuvre. Moi, je voulais les mettre en œuvre à l’intérieur de Trajets. Malheureusement, les choses ne se passent pas toujours comme nous le voulons. L’hôtel Pension Silva, où nous étions la dernière fois, je l’ai mis en place pour Trajets, et non pour T-Interactions. Idem pour le Café Cult où l’on sera la prochaine fois, idem pour le Domaine de la Pierre Bleue, idem pour les Jardins du Milly, avec Aquaflore, le paysagisme, etc. Le nouveau directeur n’a rien voulu de tout cela, n’a rien voulu d’Alain Dupont. C’est autre chose vous comprenez. Il disait poursuivre ce qui était mis en place, mais non, c’était tout autre chose qui était en train de se mettre en place. Il parle d’entreprises sociales. Nous, nous avions fait le choix de peu de logements, un maximum de 15 personnes, pour des questions de projets de vie avec certaines personnes. Et lui parlait d’entreprises. Alors, parmi toutes ces entreprises, il en a fermées, les autres sont toutes déficitaires à ce jour. Par contre, il y a 65 personnes au niveau du logement parce que cela rapporte beaucoup d’argent. Je vous passe les détails, on ne va pas parler de Trajets aujourd’hui. Mais l’information que je vous donne vient de hier soir. Ce ne sont pas des chiffres en l’air. En mettant en place T-Interactions, le président me demandait de mettre en place des projets, et c’est ce que je voulais faire. Le projet de l’hôtel Pension Silva avait une originalité. On mettait en place de réelles entreprises sociales, avec un business plan au point de départ, parce qu’on entrait avec une mission sociale et une mission économique. Je pense que c’est un point important mais c’était continuer à aller dans le sens de donner aux travailleurs des rôles sociaux réels. Donc on quitte le champ où l’on a un subventionnement. Ça c’est la volonté de T-Interactions. Nous ne sommes pas subventionnés pour un Frs. pour le fonctionnement. Entre 10 millions et rien, il y a une petite nuance, mais nous avons fait le choix, parce que quand le directeur actuel de Trajets a dit au président qu’il ne voulait plus ni du Domaine de la Pierre Bleue, ni des Jardins de Milly, ni de l’hôtel, ni du Café Cult, c’était un 23 décembre 2007. On était en plein travaux à l’hôtel. Les travaux pour l’hôtel s’élevaient à 2,5 millions de Frs. Mais tous les fonds, je les avais cherchés par le biais de Trajets. À la Loterie Romande, j’ai envoyé un projet Trajets. Il y avait T-Interactions à côté car c’étaient eux qui mettaient en place les travaux. On fait quoi ? On s’est assis, on a ouvert une bonne bouteille, on s’est regardé, et c’est aussi simple que ça avec le président. Nous nous sommes dits : « Que faisons-nous ? » - « Eh bien, on prend cela à T-Interactions ».&lt;br /&gt;
Donc, T-Interactions a été en quelque sorte une issue de secours pour maintenir le projet ?&lt;br /&gt;
C’était volontaire quand on l’a mis en place parce que, comme le politique s’en prenait constamment à la Pierre Bleue – et je vais y revenir avec T-Interactions – car c’est sur France. Il faut être Genevois ! Donc, à Genève, moi, à moins que vous ayez vu ça, mais je n’ai pas encore pas vu les bords de mer… Il y a les bords du Lac qui sont magnifiques mais ce n’est pas les bords de mer. À partir de là, on s’était dit qu’on laisserait cela à l’Association Trajets qui est devenu T-Interactions en quelques mois, on a changé de nom, et les Domaines du Midi, c’est-à-dire qu’on a des terrains à Plan-les-Ouates où l’on fait le maraîchage les plantes aquatiques. Quand Trajets, c’est-à-dire le directeur et son nouveau président ont décidé de lâcher tout cela, nous, on s’est dit : « On prend ». Mais on s’est retrouvé avec 400&#039;000 Frs. de dette, plus les dettes du Domaine de la Pierre Bleue qui étaient de 800&#039;000 Euros. On avait 1,2 millions de dettes. C’est juste un petit souci mais on s’est lancé ce défi. Ensuite, on a pris l’hôtel Pension Silva, et on l’a ouvert le 15 mars 2008. Cela a été rapide car le projet existait déjà. Et on a engagé un directeur le 1er janvier 2008. Puis, on a engagé du personnel. Alors, on n’était pas encore avec du personnel type École hôtelière ou autre, car on n’avait pas les moyens, donc on a travaillé avec des stagiaires, des étudiants. Si vous voulez, j’ai revécu ce que j’avais mis en place au Quatre, au début. Des stagiaires nous ont aidés à monter cela et puis très rapidement l’hôtel a eu une progression en termes de réservations, soit par rapport à la clientèle, car je vous ai expliqué que c’était un projet mixte avec des étudiants, avec des personnes en difficulté et des touristes, et là, aujourd’hui, cet hôtel est bénéficiaire très largement, beaucoup plus que ce que l’on avait vu dans notre plan d’affaire au point de départ. On a fait jusqu’à 100&#039;000 – 200&#039;000 Frs. de bénéfices, uniquement pour l’hôtel. Cela nous a permis de réinjecter de l’argent, d’engager du personnel et de faire en sorte que cela tourne. Il s’est passé la même chose pour le Café Cult puisque les projets ont eu lieu en même temps, en 2005, mais cela prend toujours beaucoup de temps selon qui est le partenaire. Et il fallait aussi trouver de l’argent. L’hôtel, 2,5 millions, le Café Cult, où l’on sera la prochaine fois, c’est 900&#039;000 Frs. C’est cela que nous avons mis en place. Donc, le premier choix, c’est pas de subventionnement pour le fonctionnement. Le deuxième choix est que toute personne a un salaire et est rémunérée. Cela est une autre option. Je vais vous dire le piège de ce que j’avais pu mettre en place à Trajets. Lorsque vous avez une personne performante et qu’elle vous coûte 2,50 Frs. de l’heure parce qu’elle touche l’AI, vous êtes peu tentés de mettre en place un projet avec elle pour qu’elle s’en sorte. Mais là, aujourd’hui, à l’imprimerie, au sein des photocopies, il y a une personne qui est à l’AI et si vous enlevez tout le personnel, elle fait tourner la maison. Donnez-lui un salaire pour sa dignité et pour qu’elle devienne véritablement une personne ! Nous, on a fait ce choix-là, elle est là la nuance, c’est-à-dire d’aller jusqu’au bout et de ne pas simplement continuer à être pris par l’aspect social, psyho-social, car pour obtenir du subventionnement, c’est assez simple, on pourrait à T-Interactions. Il suffit de mettre dans les statuts qu’on s’occupe de personnes en situation de handicap et on va mettre « psychiatrisées », etc., tout ce que vous voulez, qui va être validé par l’exécutif, le Conseil d’État, ensuite on va faire un projet de loi et on va entrer dans le système. Et là, on sera dans le budget. Ce n’est pas très compliqué. Cela prend un peu de temps, mais ce n’est pas très compliqué puisqu’on est de droit public, d’utilité publique et qu’on rend service à la communauté. Là, aujourd’hui, au mois de janvier, il y aura 85 employés. Depuis le 15 mars 2008, c’est 85 emplois que nous avons créés à T-Interactions. Et je dis bien des emplois, des emplois réels. Mais Trajets, c’était différent. La préoccupation, qui était aussi la mission et le point de départ, de prendre en charge – je dis volontairement ces mots, « de prendre en charge » – des personnes sur le plan psycho-social sur le plan socio-professionnel – cela va être la nuance avec T-Interactions – nous amenait à aller chercher du subventionnement et, au niveau de la psychiatrie, des personnes. Mais quand vous ne vous portez pas garant de tout cela… Aujourd’hui, il y a 70 entrées à Trajets et 70 sorties au niveau du travail, chaque année, depuis deux ans. On n’est plus dans la continuité, mais ça, c’est l’autre aspect. Votre projet de vie, il a commencé le jour où vous avez été conçu et se terminera le jour où vous allez quitter ce bas monde. Et ça, c’est pour tout le monde. Mais tout cela doit se passer dans une certaine continuité. Si tous vous prof changent constamment, et qu’en X années vous avez 15 interlocuteurs différents, qu’est-ce que la continuité ? Votre dossier que personne ne lit ? Il n’y a plus de continuité. Que pouvons-nous mettre en place ? C’est une question que nous nous sommes posés. Ici, à T-Interactions, chaque employé à son porte-folio, par rapport à son projet professionnel. On n’est plus dans l’habitat, mais dans le domaine du travail. ( Différence Trajets et T-Interactions) Si vous remarquez, j’ai dit professionnel et plus socio-professionnel. Même si à l’intérieur de ça, il y a des aspects psycho-sociaux puisque nous aidons des personnes qui ont des problèmes psychologiques, psychiatriques, qui sont à l’AI. Pour moi, une personne en fin de droit de chômage est aussi une personne qui rencontre des difficultés sociales. &lt;br /&gt;
L’autre chose… Si vous ne connaissiez pas ce lieu, regardez comme nous avons travaillé sur l’esthétisme ! Par ce que c’est un point important, une nuance que l’on avait déjà à Trajets. Un point essentiel à T-Interactions est l’environnement. Vous vous souvenez que les définitions de l’OMF sur le champ de la déficience mentale, entre incapacité et handicap, en 2002 ? Ils ont rajouté l’environnement car c’est quelque chose de capital.  Il y a 11 entreprises construites au sein de T-Interactions. Nous en avons plus qu’à Trajets. Nous sommes  passé de zéro francs, à 6 millions de chiffre d’affaire l’année passée. C’est un petit détail ! Simplement nous créons des emplois, mais nous voulons vendre notre produit et qu’il soit de qualité. J’espère que vous vous en rendrez compte, lorsque l’on mangera ensemble tout à l’heure. Le chef aura fait un effort ultime pour nous. Mais ce que je souhaite c’est qu’il le fasse pour tout client qui vient ici, vous comprenez ? Ce n’est pas le fruit du hasard si l’on se retrouve ici. C’est que nous avons fait le concours et que nous y avons réfléchis, à l’environnement. Nous avons remporté deux concours mais avons choisi ce lieux-ci car il offrait beaucoup plus de possibilités. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et l’autre chose que nous avons développée à T-Interactions. C’est le champ de la formation. Toute personne, ici, quelle qu’elle soit, a de la formation en interne et va faire de la formation continue. A Trajets nous ne formions que le personnel. Ici, Les gens rentrent en apprentissage, que ce soit cfc, Efp, validation des acquis et des expériences. A partir de leur besoin, nous leur offrons des stages, des apprentissages. Nous avons des gens en apprentissages d’employé de commerce, dans la restauration, dans le graphisme et ect… Le tout, pour donner de réelles possibilités, de réelle chances de réadaptation et de trouver un emploi. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vous donne un exemple. Nous avons des personnes en stage que nous engageons au bout de deux ans et quelque mois ! Dans l’imprimerie de Trajets, par exemple, en janvier, nous avons une personne qui a fait tant de progrès au niveau personnel et au niveau de ses compétences qu’il devient un employé à part entière et ne sera plus en emploi de solidarité mais aura un salaire augmentant de 500 ch.- par mois. Parce que nous avons reconnu ses compétences et nous les avons évaluées. C’est peut être des nuances, mais moi je peux vous dire que ceci est fondamental en terme de vision. Alors, notre vision a évolué. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Justement, si je peux vous poser une question par rapport au partenariat. Comment l’équipe s’est mise en place ? Était-ce la même équipe que pour Trajets, vu les tensions évoquées tout  à l’heure ? Comment l’équipe s’est reconstruite et quels sont les partenaires à qui vous avez fait appel pour reconstruire les emplois et former les personnes. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Votre question est intéressante car c’est vrai que nous nous y prenons différemment, aujourd’hui. Intéressant car – ça c’est le monde du social ! – aujourd’hui, ils tentent de récupérer T-Interactions. C’est fabuleux à voir, je vous en dirais deux mots après.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais prendre cet exemple là : Quand on veut mettre un projet en place, on voit une annonce, on se voit avec le président et le directeur. On décide de se lancer dans le projet. Moi, j’écris le projet de A à Z avec son buisines-plan. Tous les éléments sont dedans mais je rajoute toujours à qui  ca s’adresse car nous avons des employés un peu particuliers, mais aussi toute la mission sociale et solidaire, avec nos entreprises. Je veux respecter cette mission sociale. J’écris le projet et on le soumet à différentes personnes. Vous pensez bien que la cuisine qu’il y a derrière… J’ai un ami cuisto 5 étoiles, je le contacte, et lui se met à critiquer les projets, nos exigences. Et je note. Jacques Pelletier voit le projet. Nous avons aussi des fournisseurs. Aujourd’hui, ce sont les gens compétents dans le domaine car les travailleurs socio ne sont pas compétents dans tous les domaines. Par exemple, moi, écrire un projet : Oui. Car j’ai des formations sur ce qu’est un projet. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Donc nous avons gagné le concours. Mais maintenant, que se passe-t-il ? Il va falloir trouver du personnel qui va devenir acteur. Nous engageons du personnel pour qu’ils soient acteurs, 2 mois avant pour qu’ils soient aussi parti-prenant dans le choix du matériel avec les fournisseurs.  Ici, le projet est 700 mille francs d’investissement. C’est une prise de risque, vous comprenez. On vend le projet, à gauche, à droite. Pour le moment il manque encore 150 mille. Mais des gens nous on aidé. Ils deviennent des partenaires. Monter un projet, ce n’est pas le projet d’Alain Dupont, le but est que cet endroit devienne le projet de ces personnes. Moi, je me suis porté garant pour une année. Ils vont me voir les talons jusqu’au premier septembre.… Parce que je viens ici, je regarde, j’observe.  Il faut que le personnel soit formé. C’est la nuance avec Trajets. Là, les gens sont des professionnels de l’hôtellerie. Le responsable a fait l’école hôtelière a voyagé et travaillé dans de nombreux hôtels 5 étoiles autour du monde, en Irak, en Egypte. De même pour son adjoint. Le chef cuisinier, mon ami, m’a dit qu’il connaissait quelqu’un. Il le connaissait depuis 25 ans, c’est lui qui l’a formé. C’est une perle, vous savez ! Magnifique, nous l’avons engagé.  On crée comme ça l’équipe. Et puis, à l’intérieur,  ensuite, il y a formation. Ils ont une sensibilité sociale, mais une formation interne est nécessaire puisqu’ils vont travailler avec un certain type de personnes. Par exemple, le second travail avec des gens qui tout d’un coup peuvent être perdus dans leur tête, il pourrait trouver qu’ils ne vont pas assez vite. C’est ici que la formation est nécessaire. Il y a eu formation avant. Vous savez, ici, nous accueillons toute sorte de personne quels que soient les difficultés. A partir de là, il y a … Ca c’est une autre nuance. Que vous soyez employé de solidarité, ou auxiliaire, en stage,  les gens ont un contrat de travail. C’est comme ca que vous devenez travailleur. Si c’est l’AI qui vous place, et que vous simplement une convention avec la direction, mais pas un réel contrat… Depuis 2008, il y a des personnes , ca ne va pas… Nous ne pouvons pas répondre à vos besoins : Au revoir ! On a des personnes qui nous mènent au Prud’homme. Il y a combien d’employés qui sont déficients dans les institutions, même à Trajets qui sont syndiquées ? Aucunes ! Nous on a des gens qui sont au syndicat. Je veux dire, tant mieux, car c’est un droit.  Nous avons une personne qui est allé au syndic car elle n’avait pas bien compris le système. Le syndic est venu, nous avons parlé et réglé le problème. Bravo, il a utilisé une ressource ordinaire. C’est des nuances importantes par rapport à Trajets.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une autre, vous savez, si une personne pique dans la caisse. Ok, il peut avoir des troubles psychologiques, mais il fait ca une fois, deux fois, trois fois… Votre caisse à la fin du mois, vous pouvez oublier ! Cette personne à été mise à la porte et nous a trainé au prudhomme en nous réclamant de l’argent pour dommage et intérêt. C’est elle qui nous a rendu de l’argent en fin de compte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation, l’aspect professionnel, le passage à de réelle entreprise sociale, et le respect de règles mises en place par la communauté, les ressources utilisées par monsieur et madame tout le monde… Ca, c’est quelque chose d’important : Le porte folio !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Evidement, quand vous mettez tout ca en place… Là, vous croyez que la crise 86… non, elle vient de se repasser en début d’année. Des gens politiques se sont mêlés de ce que nous faisons. « Le président et Alain Dupont sont entrain de s’enrichir ». On nous envoi la cour des comptes ! En février 2012. Ils ont mandaté un fiduciaire pour qu’elle vienne tout contrôler. Le 27 juin, nous avons eu une réponse comme quoi tout était ok. Mais le fond chômage de la ville de Genève, on suspendu notre contre-prestation pour aider les personnes. J’ai rendez-vous demain matin. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Parce qu’on recommence tout le temps. On veut une récupération. Ca fonctionne c’est trop beau… La question est toujours, comment faites-vous. Des gens du valais, de Vaud, sont venus voir … Nous aidons des gens à Neuchâtel à monter une entreprise, un pressoir de jus de pomme, de cidre car nous voulons aider d’autres à faire cela aussi, pas sous le nom de T-Interactions. Mais en même temps, les sociaux viennent voir. Demain je suis invité à la commission d’indication. J’ai appelé en disant que je n’étais vraiment pas sûr que ce soit une bonne idée, le bon endroit. Car la centrale d’indication regroupe toutes les demandes à Genève pour les personnes déficientes, psychiatrisées  et c’est eux qui décident, voilà tu peux aller à Trajets, à Clairbois, à fondation Espoir, à la Corolle… Il y a trois place là ou là…Vous ne saviez pas ca ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ils nous disent : C’est intéressant ce que vous faites à interaction ! C’est une manière de nous faire rentrer dans ce système. Une façon de prendre pouvoir. Et de nous envoyer des personnes parce qu’ils ont besoin d’une place. Mais la personne, La personne, est-ce qu’elle a tout simplement le droit d’être entendue ? Demain aprèm, vous oubliez, demain je suis très très pris ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il faut être réaliste, on ne va pas retourner dans les girons du social. Le social j’y crois, mais je suis convaincu que nous avons besoin de nous tous ici pour réaliser tout ca !  Mais avec un part égalitaire. Ca ne sert à rien de vouloir prendre pouvoir sur les gens. C’est les gens qui sont capables de nous dire quels sont leur projets et comment ils entrevoient leurs vies.  La personne doit trouver une place de travail qui lui correspond, mais que cette personne corresponde  aux attentes de la place de travail. Il faut qu’il y ait réciprocité. Et ce n’était plus le cas à Trajets vous savez… On place les personnes ! Les personnes sont assez grande, ce sont des adultes ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les personnes engagées par T-Interactions quelles types de déficiences, quelles sont leurs difficultés ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce sont des personnes qui rencontrent des difficultés sociales, psychiatriques, psycho-sociales, des personnes à l’Ai, des personne en difficultés sociales car elles se retrouvent au chômage, des personnes en fin de droit de chômage, des personne de l’hospice générale. On accueille aussi des hommes et femmes battues, nous avons la discrétion la plus totale. Ca peut être simplement de durée limité ou illimitée. Elles peuvent venir pour 15 jours, en stage, car elles ne savent pas ce qui leur plait, quel type de travail. En été, beaucoup d’étudiants, car c’est dur de trouver un emploi. Nous sommes dans le mixte pour qu’il y ait confrontation entre les personnes parce que même quand je suis étudiant, je peux être en difficulté. Ne pas réussir à payer son loyer à la fin du mois est une difficulté sociale. C’est dans ce sens là ! Aucune porte fermée à qui que ce soit. Sauf, je tiens à le préciser car nous ne sommes pas outillés, mais une personne souffrant de toxicomanie. La drogue, la drogue dure, nous ne savons pas faire, il y a certainement des structures mieux adaptées. Dans le domaine du travail, nous ne pouvons accueillir une personne totalement shooté qui fera le servie. Tout d’abord, nous desservons la personne elle-même et nous desservons la clientèle aussi. Nous avons besoin de la clientèle ex terne! Si personne ne vient manger, si la clientèle n’est pas satisfaite… une personne de perdue, c’est 10 personnes de perdues !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et est-ce que vous engagé des personnes psychiatrisées ayant des comportements «  particuliers » pouvant être considérés comme « dérangeant » au niveau social ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tout à fait, mais ce n’est pas aux personnes qui viennent manger ici de supporter ca. C’est donc à nous de regarder quelle est la place de la personne. Je vais vous donner un exemple parlant. Nous avons accueilli un homme extraordinaire ayant le syndrome de Gilles de la Tourette – TIC et TOC -. Je vous raconte cette petite anecdote, car elle répond à votre question à 100 %.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous allons l’appeler Pierre. Il a été placé à la clinique de Belle idée, à l’âge de 15-16 ans ! ca fait 8 ans qu’il est bouclé là-bas. Et il a eu vent que T-Interactions se mettait en place. Un jour, le médecin chef m’appelle. Il me dit : « écoutez, j’ai une situation dont je dois vous parler parce que je sais que vous faite des choses un peu particulières ». Nous fixons le rendez-vous. Il me demande de me déplacer jusqu’à la clinique et si son assistante sociale peut être présente. Nous parlons de Pierre à qui ils attribuaient tous les « maux » de la terre.  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ensuite, Alain Dupont demande de rencontrer Pierre. Il sort sa carte et demande si c’est possible que pierre lui téléphone.  L’assistante sociale lui dit qu’il n’appellera pas. A. Dupont demande si Pierre est capable de se déplacer jusqu’à la clinique.  Elle répond que oui mais qu’ils doivent le conduire. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
« Moi, ca commençait à monter. Je lui dis : «  j’espère que vous avez un bus avec écrit HP, un infirmier en blouse blanche à droite et a gauche ! » Par cette affirmation, il leur explique les valeurs qu’il y a derrière. C’est Pierre qui est responsable de son projet ! Malgré le grand nombre de comportements particuliers, Il a été place lorsqu’il était au collège, il parle 5 langues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jour, il appelle. « Je suis pierre ». Le point de départ de la relation commence dès ce coup de téléphone. En tant que travailleur social, tout doit être pris en compte. Ils fixent un rendez-vous, au bureau de A.Dupont : Mercredi, 16h. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le Jour J, A-Dupont attend avec sa stagiaire, tout le monde dit que Pierre est retardataire… A moins dix, ils entendent des cris dans le couloir. Il se lève pour aller voir, et intervenir. Mais il se stoppe car il se rend compte que c’est lui qui a peur. Il fait confiance à Pierre qui a dit qu’il serait là à 16 h ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
16h précise : le voilà. Pierre, un garçon à forte carrure, qui pratique le karaté. A-Dupont lui dit « Bonjour Monsieur ! » Pierre semble surpris car à la clinique, on le  tutoie. A. Dupont lui demande ce qu’il désire. Pierre lui explique qu’il veut faire du service dans un restaurant. « Vous allez voir, transgresser des choses, c’est possible. » A. Dupont lui dit ok, mais lui rappelle qu’il a une maladie. A 24 ans, Pierre précise qu’il aimerait demander l’accord de ces parents. « Quand on passe son adolescence a la clinique,  les transgressions, pourtant nécessaires à ce que l’adolescence se passe, sont  interdites et directement punies… »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lors d’une entrevue avec les parents et l’assistante sociale, Pierre serre tout le monde – le personnel médical y compris- dans ses bras. « Arrivé à ma hauteur, je lui tends la main, il serre la main…Il est important de mettre une distance ».  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre affirme son envie de travailler mais demande l’encadrement d’un coach. Le Projet se met en place. Il ne travaillera pas tout de suite en salle, mais tout d’abord dans un cagibi, derrière pour la plonge, puis au comptoir. «  Nous avons réfléchi à cela ensemble. » &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout de 6 mois, Pierre a appris à se maitriser ne fait plus de crises durant 50 minutes, voire 1 heure durant le service !  « Nous lui avons appris à se maitriser. »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et tenez-vous bien, à la clinique, il ne voulait pas le croire. Mais vous savez, lorsque vous rentrez chez vous le soir, vous n’avez pas le même comportement, les attitudes normées que l’on a en société, en présence d’autres personnes. Pour lui, la clinique était sa « maison ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Plus tard, le médecin chef réalise qu’il n’a pas sa place à la clinique ! A. Dupont lui indique de le mettre à la porte. Il a droit à un vrai logement. Pierre est ainsi reconnu, Il n’a plus besoin de soins. Il quittera la clinique. Pour conclure cette anecdote, A.Dupont nous explique que le Médecin-chef qui s’occupait de Pierre lui proposa, par la suite, de donner des cours à l’université, pour les psychiatres, sur le thème de l’intégration ! &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
=== Retranscription de l’entretien de Monsieur Dupont du 21.11.12 (Aline) ===&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Non mais avant de commencer, juste vous dire : Vous êtes ici dans une des entreprises de T-Interaction. On a commencé ce projet en 2005. Ici, vous vous trouvez dans un bâtiment classé qui appartient à la paroisse protestante des Eaux-vives. Il y a le temple juste à côté. Et puis cette salle était une des salles de la paroisse. Il y en a une très belle en dessus,  je dis bâtiment classé parce qu’il y a un plafond, ça vaut la peine d’aller le voir, peint du 19ème, fin 19ème. Et puis ici c’est une salle inutilisée et puis en 2005, quand on a vu cette salle, il y avait d’autres personnes intéressées. Ils cherchaient à la louer, ou éventuellement en faire quelque chose. Et moi, j’ai déposé un projet comme on fait chaque fois, mais en 2005 on était sur cyber café et puis toute les négociations et autres ont pris énormément de temps. Alors en plus, là où vous avez, tout n’est pas tout à fait terminé. Où il y a les grands parasols, la terrasse dehors, c’était un parking sauvage. Donc il a fallu faire des négociations, parce qu’une partie c’est la paroisse et une partie c’est l’église protestante à qui ça appartient. Et puis ici, ce que vous avez devant les fenêtres venait à un mètre, c’était un mur qui montait devant les fenêtres ici. Et il n’y avait pas de portes. Donc il a fallu demander toute sorte d’autorisation puisque c’est bâtiment classé. Savoir si les monuments et sites nous autorisaient et puis avec le temps, et bien on a bifurqué pour en faire un café restaurant. Parce que de nombreux cyber café, café internet s’étaient ouverts donc ça n’avait plus de sens. Et en mettant en place ceci et bien on a voulu en faire une entreprise sociale comme les autres entreprises. Et puis, on a inauguré en 2010, alors en même temps et c’est pas le cas là aujourd’hui, c’est un lieu d’exposition. Je pense que c’est important de le savoir. Ici, on organise des concerts, on a fait avec le festival du Bois de la Bâtie, on y a participé. Là il y a eu un concert, il y a eu également des expositions d’artistes. Donc les murs permettent de faire galerie. On a eu Jacqueline Bachmann, Poussin, enfin quatre ou cinq et là prochainement il y a un photographe. Et on fait ceci, c’est une occasion pour nous en terme d’intégration sociale, parce qu’on fait venir nos amis et autres, on invite. C’est toujours entre 200 et 300 personnes qui viennent au vernissage. Donc c’est l’occasion de pouvoir rencontrer des personnes. C’est ouvert tous les jours, sauf le dimanche. Le dimanche, ici, dans le quartier c’est plutôt mort. On pensait qu’avec la paroisse il y aurait du monde. On oublie, je pense qu’il doit y avoir trois ou quatre personnes qui viennent de temps à autre. Je sais pas… Et puis donc on a fermé le dimanche. Mais autrement c’est ouvert du matin jusqu’au soir. Vous pouvez regarder si vous le voulez la carte des menus. La même chose, on fait avec des produits du terroir. C’est que des vins, par exemple Genevois, ici que l’on retrouve là. On travaille ici avec le gérant, et puis deux personnes en cuisine, qui sont des professionnels de la restauration. Cuisinier et autre, il y a des gens en apprentissage, il y a des gens qui ont déficience intellectuelle, difficultés psychologiques, psychiatriques, chômeuses, chômeurs, en fin de droit ou difficultés sociales. Donc on a aussi des gens en apprentissage, enfin comme on avait au Pyramus, alors voilà. Et une fois de plus, on a voulu que ce soit beau, donc on a travaillé avec des architectes de Ganz et Muller parce que c’était une salle où il y avait des toiles d’araignées. Le sol était comme dans la fosse ici. On a essayé d’imaginer pour en faire quelque chose d’agréable autant sur le plan esthétique que de la beauté. Alors voilà, et on a appelé ça Café Cult, parce qu’on a enlevé le E du Culte qui est à côté, mais sachez que le Café Cult existe dans d’autres pays, et entre autre à New York, il y a un café très connu qui s’appelle le Café Cult. Voilà, en deux mots…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Martine Ruchat :&#039;&#039;&#039; Merci beaucoup&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Alors je vous invite à venir avec vos amis et votre famille pour partager un repas. Vous verrez c’est très agréable. Un petit peu de pub…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Martine Ruchat :&#039;&#039;&#039; Merci, bien ce n’est pas seulement de la pub, mais c’est aussi pour connaître au fond une des dernières productions de T-Interaction. Et puis aussi de ton périple professionnel et personnel. Donc on est aujourd’hui le 21 novembre, et c’est le quatrième entretien et le dernier, en fait, entretien que l’on fait avec Alain Dupont. Et donc l’idée était de revenir un peu sur les origines et sur le moteur, et sur le fil conducteur. Parce que maintenant, dans la suite de l’atelier que nous faisons, il va falloir écrire cette biographie. Et donc, il faut essayer de trouver maintenant un fil conducteur et une cohérence, un sens à tout ça. Alors, moi j’avais une première question : En réécoutant un certain nombre d’entretiens que l’on a fait jusqu’à présent. Enfin, les trois entretiens, je vois qu’il revient très souvent au fond des références à l’église catholique. D’abord Caritas, qui est l’association, enfin organisation dans laquelle tu as travaillé. Mais aussi, tu as cité des personnes, comme Jean-Marie Vienat, qui était un prêtre catholique. Et puis, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de symboles du christianisme. C&#039;est-à-dire, le repas, on mange beaucoup, on fait beaucoup de choses autour du repas, on se réunit. La dimension de la communauté aussi, qui est importante. Et puis, le symbole évidemment de la charité que tu opposes à un moment au droit. Et je me suis demandée en quoi finalement la religion ou le christianisme avait joué un rôle dans ton orientation pour aller aider, pour te battre au respect des droits des personnes. Et au fond, est-ce qu’il y a quelque chose de ton origine sociale aussi qui pourrait expliquer le chemin que tu as pris par la suite ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Oui, je vais peut-être repartir de ma naissance, je dirais. Comment je suis arrivé ici, parce que je pense que ça fait partie de tout ces éléments là. Parce que je suis retourné un peu en arrière aussi pour rechercher un peu mon histoire. Même s’il y a des bouts que je connais bien, mais peut-être redire que là, moi j’arrive après la guerre 1946. Donc on est à la fin de la guerre et puis, il y a toute une période devant qui s’annonce. Mais peut-être, de rappeler qu’en 1944 comme dans toutes les familles mais aussi lié à cette période, il y a beaucoup de secrets de famille. J’ai même des choses qui sont restées des secrets de famille à ce jour, d’autres qui ont disparu. Mais mon père se retrouve pendant la guerre, à avoir été blessé. Tout proche d’ici, dans la frontière, en Savoie. Et puis, en 1944, il a passé la frontière, venant de l’hôpital de Saint-Julien. Et c’est l’aumônier de l’hôpital de Saint-Julien qui l’a aidé à passer la frontière. Vous devez connaître c’est à Pierre-à -Bochet à la frontière ici, il y avait la petite rivière et les barbelés à passer avant d’aller ici. Blessé et puis il a été récupéré par les Suisses à ce moment-là. Mais tout de suite conduit dans les camps de réfugier. Je pense qu’il  a été soigné puis conduit dans les camps de réfugier qui n’étaient pas mixte et puis, il s’est retrouvé à Viège en Valais. Je veux dire, où il a travaillé pendant des mois, des années avant de se retrouver avec ma mère qui a fait le même parcours. Et puis, il y avait le frère ainé mais son père lui a dit : mais fait le passage aussi sur Suisse donc aussi clandestinement. Elle a passé la frontière sous les barbelés, du reste, au même endroit. Et, je sais ça parce que c’est des choses qu’en tout cas on est allé voir, c’est pour ça qu’on connait l’histoire. Le pourquoi derrière, c’est très difficile à savoir parce qu’il y a aussi des histoires de camps, de villages et autres et d’options prises. Je n’en sais pas plus là aujourd’hui. Et puis, à partir de là, ma mère s’est retrouvée à Epalinges vers Lausanne dans un camp de réfugier pour femmes et avec son fils. Mais en même temps pendant toute cette période, elle est allée travailler à Moudon parce que le directeur du camp, était directeur d’une maison pour personnes handicapées. Il faut le faire quand même. Et puis, elle allait travailler là-bas, et ensuite, moi, vous dire comment et où j’ai été conçu, je sais pas. Donc, mais je sais où je suis né, parce que j’ai recherché ça et j’ai pris mon téléphone pour pouvoir vous le dire. Parce qu’en fait je suis né à Genève, parce que j’ai encore une tante qui vit, je l’ai appelé là, enfin deux qui sont des sœurs de ma mère, pour poser quelques questions. Parce que dans le livret de famille, que je n’ai pas, mais je l’avais photocopié à un moment donné, je l’avais eu dans les mains. Et je l’avais photocopié, et je suis le troisième alors qu’en âge je suis le deuxième. Voilà, je vais m’arrêter là parce qu’il y a peut-être des questions là derrière. Il faudrait que j’aille… J’ai jamais voulu creuser parce que je pense que les questions ne sont pas là. Et puis, donc je suis né à Genève. Et à l’époque, la famille vivait aux Charmilles. Moi j’en ai encore des souvenirs, même de tout petit gamin. Des deux trois premières années de ma vie, parce qu’on vivait chez des gens, sous un toit, où il faisait froid l’hiver, c’est les images que j’ai et avec la neige, et avec toutes les peurs et les angoisses que pouvait avoir ma mère à  l’époque parce qu’on est dans cette période de l’après guerre. Et il y avait encore une insécurité, ne me demandez pas plus de détails, je ne les ai pas. Simplement, moi j’ai senti, vécu tout ça. Je veux dire, je l’ai vu aussi bien après et puis là, mon père, lui, qui faisait des bois de galoche, son métier, enfin c’est des souliers, et puis quand il est venu en Suisse ici, il a apprit le métier de mécanicien à Châtelaine. Et j’ai, du reste, retrouvé il y a pas très longtemps le fils du patron qui travaille chez Mercedes, là aujourd’hui. Et j’achetais des véhicules pour T- Interaction, parce qu’on nous avait donné de l’argent pour acheter mais on nous avait dit qu’il fallait acheter des Mercedes. Et j’ai retrouvé la personne qui vendait ces bus et bien on se connaissait en fait. C’est son nom qui m’a dit ça et puis à partir de là, ensuite on est venu dans le quartier de Plainpalais. Là où j’ai mon bureau. Et moi j’ai grandis dans le quartier de Plainpalais. Et avec quelque chose d’important, parce que je viens d’une famille catholique. Donc, éducation chrétienne avec toutes les valeurs qui vont derrière. Et mes parents étaient très engagés au sein de la paroisse, au mouvement populaire des familles. Cela me revient là maintenant, le MPF, parce qu’ils faisaient aussi des réunions à la maison. Donc, il y avait déjà ce côté aussi engagement. Je veux dire, avec des valeurs chrétiennes où le prochain c’est quelque chose d’important et puis où on donne un coup de main à autrui, donc ça en permanence. Et moi, je me suis retrouvé baigné là dedans et puis à pratiquer, je veux dire, à la paroisse Saint-François. Vous devez connaître à Plainpalais, depuis l’Université vous devez entendre les cloches. Et moi j’ai grandi là et je pense que c’est un point important et malheureusement, parce que j’ai pas eu le temps non plus, j’ai trouvé une photo de mes grands parents, pour vous montrer, de leur mariage. Alors je vous l’ai amenée simplement parce que ça vous montre. C’est aussi parce que ça fait partie des valeurs. Eux sont des paysans. Et ils ont une petite ferme ici, en Haute Savoie où je suis allé. Mais, il y a tout ce côté environnement, nature, et autre. Et pauvreté, parce que quand je dis une ferme c’est pas 200 vaches, vous comprenez ? Et pour compléter le salaire, mon grand père était cantonnier à la commune, comme ça se faisait beaucoup. Donc moi je viens d’un milieu extrêmement modeste. Et quand on s’est retrouvé ici, je veux dire, il n’y avait pas toujours à manger sur la table, je pense que c’est important. C’est pour ça que je dis milieu modeste. J’ai été nourri, du reste, je mesure deux mètres, c’est des choses importantes, mais pour dire on gaspillait pas. On avait toutes ces notions là qui nous étaient inculquées. Les valeurs chrétiennes, vous savez, il faut vous remettre à l’époque, simplement vous alliez à la messe le dimanche, c’était même pas le samedi, si vous vous souvenez. Le dimanche, le jour du seigneur, vous êtes là, vous participez mais en même temps vous faites votre catéchisme et vous participez, moi j’ai été enfant de chœur comme bon nombre de gamins du quartier de la paroisse. Mais tout ça, je veux dire, nous indiquait aussi une voie très claire en terme de valeurs. La charité chrétienne, comme c’était évoqué, je veux dire, même si le mot est galvaudé, moi j’ai vécu ça avec mes parents. D’abord un parce que la famille c’était quelque chose d’important et puis ma fois il fallait travailler, nourrir mais moi j’ai vu ma mère, parce que ce que pouvait rapporter mon père simplement ne suffisait pas, et ma mère travaillait toutes les nuits à faire des veilles à Carouge, je me souviens même du nom. C’était une pouponnière chez sœur Madeleine où elle faisait les nuits, les veilles, puis le matin elle était debout pour le réveil et puis qu’on ait le petit déjeuner, nous préparer pour aller à l’école et autre. Je veux dire elle a fait ça pendant des années et des années pour que l’on puisse bien vivre. Et vivre correctement, donc si on revient à la paroisse, moi j’ai participé à tout ce qui se faisait dans la paroisse. A l’époque, la paroisse il y avait un curé, il y avait cinq prêtres, pour le quartier donc vous imaginez tout ce que ça peut représenter. Il y avait des groupes de jeunes, il y avait le club du jeudi, auquel on participait, mais tout ça était animé à l’époque, il n’y avait pas d’animateurs sociaux culturels, c’était la paroisse, c’était les prêtres, c’était des jeunes. Et en plus, il y a eu le scoutisme et bon nombre de personnes, même si j’y suis rentré assez tard, par rapport à d’autres personnes, mais j’ai fait du scoutisme où j’ai pu prendre des responsabilités. Il y avait des colonies de vacances. Je vous en ai parlé, puisque comme on était un milieu modeste, et bien c’est les paroisses qui avaient les colonies de vacances. Principalement, toutes les paroisses avaient leurs colonies de vacances. Et moi, dès l’âge de 6 ans, je partais en colonie de vacances, on partait six semaines à Bogève, mais en Haute Savoie. Mais on était entouré, puisqu’on est dans les valeurs chrétiennes, on était entouré de prêtres et de séminaristes. Il n’y avait pas d’autres bénévoles et autres, il n’y avait que des hommes. N’oubliez jamais ça, c’était 60 enfants de 6 à 15 ans, qui se retrouvaient là avec les prêtres de la paroisse plus les séminaristes, donc tout le monde était en soutane. Et pour vous montrer aussi toute cette période en terme de valeurs, chaque année, moi j’ai vécu les journées missionnaires. Vous savez bien qu’il faut aller éduquer en Afrique, en Amérique latine, et autre. Et des missionnaires venaient, puis on avait les journées missionnaires, où on nous parlait des personnes vivants en Afrique et puis de la manière dont elles pouvaient vivre quand même. Ces sous-hommes, on va le dire comme ça. Moi j’ai été marqué par ces choses là. C’est ensuite toute la critique qu’on a pu porter, rappelez vous que Mai 68 arrive donc c’est pas négligeable parce qu’il y a toute une évolution qui se fait mais moi toute mon éducation elle vient de là. Mais ce qui a fait aussi que cette éducation chrétienne, engagement, parce que c’était comme ça, je veux dire, on s’engageait. Mais quand je dis les valeurs de scoutisme, aider le voisin, donner un coup de main à quelqu’un, ça faisait partie de notre vie. On ne se posait même pas la question, moi pendant des années, j’ai aidé une personne âgée au boulevard de la Cluse, et en hiver, je revois ça parce que les immeubles existent encore même à la rue de Carouge, et là quand arrive l’hiver, il y a un camion qui vient avec le bois, le charbon, et puis le mazout. Vous savez ces petits bidons. Moi j’ai fait ça pendant des années dans le quartier parce que on rendait service et je pense que c’est important, mais moi ça m’a marqué vous pensez bien. Mais aussi en terme de responsabilité, en terme d’engagement, en terme de : le prochain c’était quelque chose d’important et puis, toutes les valeurs de l’évangile. Je parle de l’évangile et pas forcément celles de l’église et je pense qu’au niveau du quartier, je veux dire, il y avait une emprise quand même très forte sur tout ce que l’on pouvait faire et réaliser. Je pense que c’est un point important. De même que s’il faut regarder pour les colonies de vacances, moi j’ai pris des responsabilités très rapidement. Je ne sais pas si je vous ai dit ça mais, très rapidement, et j’ai fais des formations au CEMEA, les centres aux méthodes d’éducation active. J’ai fais toutes les formations nécessaires, mais à 15 ans et demi j’étais déjà aide-moniteur pour les plus jeunes. Et l’année suivante, lorsque j’avais 16 ans et demi, c’est juste pour la petite histoire, parce que ça me semble important par rapport à ce que je réalise aujourd’hui, moi l’aspect militaire des colonies de vacances, l’enfermement je ne supportais déjà pas. Moi je m’étais déjà organisé même quand j’étais comme colon comme on disait à m’organiser pour bien vivre, te fais pas de soucis pour moi et à transgresser tout ce qu’il fallait. Mais, parce que derrière, il y avait aussi, vous savez, d’abord on ne voyait pas les parents pendant six semaines, sauf un dimanche mais en terme de valeurs, je vais vous donner un petit fait. Il y avait la distribution des friandises tous les jours. Et quand on recevait un paquet, parce que le linge était lavé à Genève, dans le cornet il y avait les friandises. On devait ouvrir ça devant un moniteur, donc un curé, un prêtre, ou un séminariste et puis les parents avaient mis des friandises. Alors voilà, mais on partage donc il y a ce qui va dans la caisse commune. Ah et bien je vais donner ça, non c’est quoi que tu aimes le mieux. Ah mais spontanément on dit : c’est ça. Bien c’est ça qui allait dans la caisse commune. Je vous dis pas… Parce que derrière il y a aussi toutes les souffrances, il y a les apprentissages mais c’était ça. Donc apprendre à partager, je vais vous dire, c’est devenu depuis l’âge de… tout petit. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Aline Armeli :&#039;&#039;&#039; Alors vous dites que vous ne supportez pas l’enfermement et le non respect des droits de la personne. Est-ce qu’il y a quelque chose, par exemple un événement ou une rencontre dans l’enfance ou l’adolescence, qui a marqué votre choix, donc par exemple le stage à Serix-sur-Oron ou Eben-Hezer ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&#039;&#039;&#039;Alain Dupont :&#039;&#039;&#039; Déjà avant, moi j’ai des faits qui m’ont marqué même quand j’étais à l’école primaire, à l’école de la Roseraie. De la part d’enseignants, et quand je vous disais colonie de vacances, moi très rapidement j’ai mis en place ce qu’on appelait un levé individualisé. Vous savez on devait tous se lever en même temps, alignés enfin on était comme à l’armée, ce qui est venu plus tard mais simplement à l’école primaire, moi j’ai vécu la même chose, avec certains enseignants. Je pense qu’on ne va pas généraliser, mais où la discrimination existait à l’intérieur de l’école. Et moi, je me souviens, j’ai le nom de la personne là en tête, d’un jeune comme moi qui se trouvait à l’école primaire qui était un peu plus turbulent. On aurait dit avec Serix, un peu caractériel puisque c’était les mots qui étaient utilisés. Et puis, simplement, un jour, ce gamin à l’école, il était en train de tailler son crayon, l’enseignant lui fait une remarque qui n’était pas justifiée. Et lui lève la main, le prof va pour lui tirer une claque et le couteau à transpercé la main du prof. Et le sang c’est mis à pisser. je vous dis pas, j’ai mon collègue, mon ami Jean-Pierre, c’est pas le même qu’après, mais qui est tombé dans les pommes. Bref, mais simplement pour dire, oui ça m’a marqué parce qu’on était dans l’injustice. Et, ce qu’il faut que vous sachiez, c’est que cet homme est parti en maison d’éducation, vous comprenez. C’était comme ça, pour moi ça n’avait pas de sens, c’était pas forcément compris, comme gamin. Mais je veux dire, c’est des événements comme ça, à Serix la même chose, quand vous portez du pain et de l’eau parce que vous avez mis des enfants au cachot, parce que l’éducateur… Moi j’ai vu la violence à Serix et moi toutes ces choses là m’ont marqué. Je veux dire, et en me disant … et la même chose à l’intérieur de la paroisse vous comprenez. La même chose en colonie de vacances enfin, tout ces aspects liés à la justice, justice sociale, je veux dire. Parce qu’en même temps, on nous tiens un discours et moi c’est là que ça m’a choqué c’est que vous venez de valeurs chrétiennes, on vous annonce des choses et dans les faits c’est pas ça. Et moi, très très jeune ces choses là, cette incohérence m’a marquée. Et je l’ai retrouvé dans l’éducation au même titre quand vous parlez de Serix ou après si on reprend les débuts de la socio thérapie, du Quatre ou autre c’est ces choses là. Et oui, alors c’est pour ça que je dis l’école primaire. Mais la même chose quand vous organisiez, au scoutisme c’était la même chose. Je veux dire, parce qu’on nous demandait d’être les meilleurs en même temps. Les autres qui n’arrivaient pas à suivre, alors qu’on tenait un tout autre discours, bien simplement, elles étaient évacuées. Il n’y avait pas de place pour les personnes, je dirais plus démunies à l’époque. Ou elles étaient systématiquement montrées du doigt. Et essayez de vous imaginer que dans le quartier de Plainpalais, où là si vous vous promener aujourd’hui ça parle de toutes les langues, il y a toutes les couleurs et à l’époque, les noirs il y en avait pas. Or vous êtes là, mais il n’y en avait même pas à l’école, mais on nous apprenait le racisme aussi. Bien oui, lisez « Tintin au Congo », c’était nos lectures, essayez de regarder le vocabulaire, les images et autre et les missionnaires venaient vous dire que c’était des sous-hommes, qu’il fallait les éduquer. Vous êtes là, vous vous dites, attendez où est-ce que je suis, à un moment donné, parce que comme moi j’ai toujours été assez critique, et puis je reste aujourd’hui critique par rapport à toute organisation, même par rapport à T-Interaction. Je pense que c’est extrêmement important. Mais cette mise en question, alors que j’y ai participé, vous comprenez et moi le racisme il est au fond de moi, la charité elle est au fond de moi. Voilà les mécanismes qui sont… comment je peux mieux gérer ça aujourd’hui, je veux dire, parce que si vous laissez remonter ça, bien simplement vous tombez dans des extrêmes et des abus comme ça peut exister aujourd’hui. Alors oui moi j’ai été marqué même après Serix quand j’ai travaillé comme premier conseiller social après Klaus Engler au cycle d’orientation de l’Aubépine. Premier cycle d’orientation, et puis avec le premier conseiller social moi j’ai vu la manière aussi dont les enseignants, avec tout ce que l’on met en place. Et c’était fait assez finement en fait et moi j’ai pris la défense de ces gens là. Mais déjà en colonie de vacances vous comprenez, déjà à l’école, moi j’ai vu quand j’étais au collège, j’ai un copain qui était dans la classe qui a disparu de la circulation, on n’a jamais voulu nous en parler. Il arrive pour un cours, on se trouvait vers le collège Calvin, et à partir de là il tombe. On a compris bien après, c’est une crise d’épilepsie, il a disparu de la circulation. Lavigny est fait pour ça vous comprenez. On l’a jamais revu mais en plus toutes ces choses là étaient tues. On en parlait pas, il y avait pas une question de dialogue. Moi j’ai souffert de ces choses là, je pense que c’est des éléments qui m’ont amené à mettre en place, parce qu’en même temps on parle de démocratie, vous êtes où ? Je suis pas sur qu’on soit dans le vrai en terme de dialogue, en terme de poser les choses sur la table parce que vous venez du secret dans la famille. Il y a pleins d’autres secrets qui se passent ailleurs, oui j’ai été marqué mais j’ai aussi été marqué par des personnes. Moi si je prend Michel Bassot parce que j’ai refais la liste, une quarantaine de personnes qui ont été sur mon parcours quelques instants ou plus longuement. Moi j’écoutais cet homme, c’est un français, Michel Bassot, qui partait dans l’humanitaire et qui vient nous parler, je parle du scoutisme là. Cet homme là était génial dans ce qu’il proposait comme action c&#039;est-à-dire de construire les choses. Et moi je crois que j’ai pris ces aspects là, moi je pense que je suis plutôt un homme résiliant parce qu’autrement j’aurais choisi la transgression mais dans le sens de la délinquance pour combattre ces choses là. Et je pense que ça sert pas à grand-chose sous cette forme. Comment est-ce qu’on peut analyser, comprendre et puis essayer de construire à partir de ça. Pour ça que moi je suis heureux que vous voyez ces choses là, parce que c’est une construction de quelque chose pour donner place à ces personnes les plus démunies. Et je pense que j’ai été marqué par ça. Et comme quand j’avais fait mon stage à Eben-Hezer, après Serix où là comme on était avec des jeunes et puis il y avait beaucoup de violence et puis moi j’ai vu du personnel éducatif, donc des éducateurs, moi mon éducateur chef je l’ai vu tabasser les jeunes. Mais je les ai vu dégringoler dans l’escalier central à Serix qui existe encore là aujourd’hui. Je veux dire, à se battre avec un jeune de 14-15 ans et tout ça pour ensuite aller l’enfermer. Vous dites attendez mais en même temps vous tenez le discours de l’éducation, c’est quelqu’un qui avait une formation d’éducateur. Vous dites il y a quelque chose qui ne joue pas. Je veux dire, en tout cas moi je ne comprenais pas ce type de choses là, et puis je crois que je ne veux toujours pas comprendre. Et à mon avis c’est ça, quand je vais à Eben-Hezer, je me suis retrouvé avec des personnes adultes déficientes intellectuelles mais on va dire graves. Puis vous êtes là, mais livrées à elles même, on leur propose rien vous comprenez donc quand vous regardez ça, vous vous dites tien il y a quelque chose qui ne joue pas dans la communauté il y a une place pour tout le monde. Moi c’est ce qu’on m’avait appris en terme de valeurs, vous comprenez donc oui moi j’ai été marqué par ça ou quand j’ai vu… je revois le visage du directeur d’Eben-Hezer, monsieur Montvert, son nom m’est tout le temps resté. Quand je suis arrivé pour lui demander une place de stage mais il m’a dit mais c’est génial, vous êtes le premier à demander un stage ici. Lui c’était la révélation, il se demandait pourquoi, moi j’ai envie de connaître les gens les plus démunis pour voir comment est-ce qu’on peut entrer en matière parce que c’est bien ce qu’on nous a appris. Si vous relisez l’évangile, il y a tout ça dedans. Et puis c’est décrit de façon claire, pas toujours comme l’église nous l’a appris ou nous l’a fait comprendre etc. Parce que l’autre chose qu’il faut que vous compreniez, c’est que moi j’ai assisté aussi ce qui est dénoncé aujourd’hui, mais à l’époque on n’en parlait pas. Je veux dire, tout le thème de la pédophilie, je peux vous en parler de long en large en colonie de vacances donc je vous ai parlé de qui se trouvait là. Moi je peux vous dire, je peux vous donner le détail. Je veux dire, et vous êtes là, c’est quoi ces histoires qui se passent. Et vous vous avez vécu ces choses là. Vous dites, non il y a quelque chose qui ne va pas. Je veux dire, et comment vous allez transformer ça. C’est pour ça, moi j’ai toute sorte d’événements comme ça mais qui se retrouvent toujours avec cette histoire d’enfermement parce que l’enfermement ce n’est pas que les murs, c’est aussi soi où on s’enferme vous comprenez ? Et on s’enferme dans notre propre histoire sans jamais la mettre en question, sans jamais se questionner mais parce que oui il y a d’autres personnes qui vous enferment mais l’enfermement il est chez soi et puis qu’est-ce que je fais de ces questions qui m’arrivent quotidiennement depuis que je suis gamin vous comprenez. Alors l’autre chose, je vais vous dire, parce que j’en ai jamais parler, mais moi j’ai été proche de la mort, je veux dire comme gamin aussi. Je crois que j’ai jamais évoqué ça, parce que j’ai vécu deux erreurs médicales assez sérieuses, et puis j’en veux pas aux médecins c’est comme ça je veux dire. A l’époque je pense qu’on n’avait pas toutes les clés. Mais on est venu me chercher à l’école primaire, à l’école de la Roseraie, pour subir une opération, ça faisait deux ans qu’ils cherchaient ce que j’avais et ils ne comprenaient pas. On est venu me chercher en classe pour me dire, tu files juste en dessus, pour être opéré parce que j’étais à l’article de la mort, vous allez y mettre les nuances mais vous êtes en situation de survie. Et puis je vais vous donner un autre exemple, en situation de survie qu’est-ce que vous faites de ça, vous choisissez la vie ou la mort ? Vous comprenez… J’étais avec ma grand-mère, là c’est les habits du mariage, je veux dire vous imaginez là où ils vivaient et puis je pars en vacances chez un oncle qui était boucher charcutier à Ville-en-Salaz et c’est juste une petite anecdote mais qui moi m’a marquée. C’est parce que vous posez ceci, et puis où on m’a enfermé aussi mais je me suis laissé enfermer. Vous comprenez, jusqu’au moment où j’avais la capacité d’agir et réagir mais là bas, j’ai été, vous avez peut-être vu que j’ai une fossette là qui fait tout mon charme, et à partir de ça c’est un chien qui était bien des mètres plus loin, il y avait deux chiens qui faisaient partie de la boucherie et autre etc. Et puis qui tout d’un coup a perdu la tête et puis il a bondit, il est venu vers moi et il m’a arraché la figure. Il y avait juste le trou là et je me revois, j’ai crié, j’ai poussé un cris donc les gens sont venus, j’ai même pas pleuré, ça c’est les choses de mon histoire et puis à partir de là, c’est tout le discours, c’est pas le fait. Alors on m’a conduit chez le médecin, il m’a dit on ne peut rien, il a mit une épingle pour conserver un peu la peau et autre et puis c’est pas pratique de manger par le côté, il vaut mieux manger par le devant, je vous le dis. Et puis, ils m’ont conduit à l’hôpital et ils m’ont recousu. Le drame, jamais jamais Alain tu vas pouvoir trouver une copine, une femme ou autre. Mais j’en ai entendu, et on m’a obligé pour atténuer la cicatrice et tenez vous bien, je sais plus ce que c’est comme pommade deux fois par jour de me frictionner pour atténuer la cicatrice. C’était comme ça et ça a duré deux trois ans, parce que j’étais haut comme trois pomme donc vous obéissez. Mais attendez, ça a des limites l’obéissance je veux dire. Et en fait c’est ce qui fait que j’ai trouvé je ne sais combien de femmes dans ma vie. Mais simplement pour vous dire, oui mais c’est un fait marquant vous comprenez. Je veux dire où vous êtes là parce que non… on avait détruit votre vie, vous allez pas pouvoir en faire quelque chose parce que vous êtes défiguré. Vous êtes devenu une personne handicapée, et bien excusez moi, je veux dire… non. Enfin bref, intérieurement je ne le vivais pas du tout comme ça. Je veux dire, enfin bon pour moi j’ai été mordu, j’ai été mordu. Et en plus, même mon oncle n’en pouvait rien. Simplement c’était un Berger-Allemand, vous savez et puis il était très âgé et puis il parait que ces bêtes là à partir d’un certain âge ça arrive ce type de choses. Moi j’en sais rien mais pour l’avoir entendu après puisqu’il y en a souvent qui se font mordre par des chiens. Mais personne ne m’a aidé à construire avec ça. J’ai eu peur des chiens, je suis pas toujours tranquille avec mais ça a mis des années pour que j’ose (Anecdote) Mais simplement vous faites avec ça, mais personne, oui il fallait que je frotte là sur le handicap physique que j’avais. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tu as nous raconté une histoire de l&#039;anti-psychiatrie qui souvent est partie des murs même de l&#039;institution (avec Eisenring, Garonne, etc.) et a été réalisée grâce à des choix politiques de l&#039;Etat même si sur le terrain tout était à créer, à expérimenter (essai, erreur, évaluation, rectification, etc.) : te considères-tu comme un militant de l&#039;anti-psychiatrie? et vers quoi ta critique se porte aujourd&#039;hui ?&lt;br /&gt;
 (38 :01)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sincèrement je ne me sens pas dans l’anti-psychiatrie. Sincèrement moi j’ai toujours cru alors c’est une erreur aujourd’hui qu’une institution comme Bel-air ou le centre psychosocial, c’était possible de changer l’institution en soi. Moi je suis et je l’ai toujours annoncé comme tel moi je veux être à l’intérieur pour changer des choses, modifier des choses. Et je suis resté en même temps pour voir ce qui se passait et pour proposer d’autres choses à l’intérieure de l’institution.&lt;br /&gt;
Moi je crois que l’institution est trop puissante et n’est pas prête à modifier avec toutes les strates qui existent et avec toutes les luttes de pouvoir et en fin de compte même le cadre de Trajets n’était pas un contre-pouvoir par rapport à ça. Moi je ne me trouve pas comme d’autres militants comme Alain Riesen et Roger Schuler. Moi je ne peux pas me poser en contre simplement dans le sens où je l’entends ou dénoncer, j’ai passé à ma vie à dénoncer et  me battre mais pas comme un militant qui sort et qui se pose contre ce qui se passe. Je ne sais pas faire cela. Par contre je suis assez stratégique et tactique dans ce que je mets en place. Je suis parti de ce que je voulais dès le départ. Pour moi il n’y avait pas de dialogue-. Comment est-ce possible d’être entendu ? Mais pour cela il faut être à l’écoute des personnes et d’une communauté. Et d’être à l’écoute. La psychiatrie s’est le psyché et iatros, c’est le médecin. On est dans la médecine du psyché. Le mot a été dit en 1808. C’est les soins de l’âme ; on va faire le lien avec les valeurs chrétiennes. Mais moi ce que j’ai mis en place comme militant, mais comme  psychosocial en psychologie sociale et psychosociologie qui ne se pose pas en contre la psychiatrie, mais en complémentaire avec quelque chose qui existe. Et en ce sens j’ai voulu me faire entendre. Mais dans ce sens là cela m’a servi d’être à l’interne et voir ce que vivent les médecins, les infirmiers et les ergothérapeutes qui étaient à l’intérieur. Et peut-être ensemble de pouvoir  réfléchir. C’est quelque chose de très complexe. Car je l’ai vécu puisque j’ai fermé des institutions quand même. Il y a une institution de 98 personnes avec des troubles intellectuels : ces gens vivent dans la communauté : il a fallu travailler avec le personnel. A Genève on est la Mecque de la psychiatrie à l’époque, Genève est regardée comme la Mecque au niveau de la psychiatrie. Vous ne toucher pas à cela moi-même j’ai fait une erreur. Une erreur de vouloir modifier tous ces aspects là. Vous pouvez faire toutes les manifestations que vous voulez ça ne changera rien pour ces personnes. Actuellement il y a encore 50-60 personne qui vient à la clinique : cela a modifier quoi pour eux ? Rien au-delà des personnes concernant personnes des articles 49 où on a commué la peine de prison en internement psychiatrique. C’est quelque chose qui m’a toujours frappé. Il ne suffit pas de mettre en place trajets, T-interaction il faut faire des partenariats. Moi je suis plus dans cet état d’esprit De poser le dialogue, même si c’est difficile.&lt;br /&gt;
En 1981, un  psychiatre m’avait dit vous n’avez pas de concepts. J’ai dit stop on va organiser une journée et on va parler des valeurs et des concepts et de ce qu’on met derrière et comment on travaille. Ils étaient très surpris : il y avait 80 personnes à ce colloque qu’on a fait ici à Genève pour les gens de la psychiatrie. Et à partir de là ils ont découvert et cela ouvert des portes. Je ne suis pas sur qu’il faille tirer à boulet rouge dessus. Que l’on dénonce que l’on se pose en personnes critiques, mais regardons aussi chez nous. Là je suis entrain de scanner des milliers de photos et clichés quand  je vois le point de départ  et aujourd’hui : c’est le jour et la nuit. Le point de départ c’était le scoutisme. On travaillait de cette façon là au départ du Quatre et de Trajets : eux ils n’avaient pas été scoutes, mais moi j’étais chef de patrouille. Quand on a fait le potager de la Vendée j’étais parti chercher de l’argent : moi j’ai répéter une histoire. Moi j’étais parti avec quarante gamins en Suède faire un camp de vacances en Suède on était trois pour trente gamins, c’était génial on leur a fait vivre tout sorte de chose, mais en même  temps on n’avait pas d’argent. On  avait fait des crêpes on avait récolté de l’argent pour ces gamins de Plainpalais. Le potager de la Vendée c’était la même chose. On avait récolté 10&#039;000 Frs de la même manière. Et moi quand je regarde aujourd’hui on s’y prend différemment aujourd’hui on donne une vraie place aux personnes. A l’époque on était encore dans l’aide, de patients, de fous. Je suis sur que je n’étais pas convaincu que les gens pourraient modifier des choses de leur vie. On les voyait en situation de crise et on avait besoin des psychiatres et des soins on était bien content qu’il y ait des neuroleptiques en situation de crise. On peut dénoncer des manières de faire ou simplement … parce que j’ai assisté à des situations où es psychiatres qui enfermais des gens. J’ai retrouver quelqu’un à Trajets : lui avait fait une école d’ingénieur et avait péter les plombs et c’était retrouver à Bel-Air. Et moi je l’avais vu et puis le gars qui gérait l’entreprise de pommiers (on avait planter mille pommiers) m’a dit de venir, et le type me dit que le psychiatre à Bel-Air lui avait qu’il y passerait toute sa vie. J’ai dit il délire et on va voir le psychiatre et on a attendu parce qu’on est patient. Et quand le psychiatre est venu, c’était un jeune psychiatre parce qu’il change tout les premiers octobre les assistant ! Je lui dit ça et il me dit oui c’est vrai et il prend le DSM III il prend ça et il lit eh oui parce que 80% des gens finissent à Bel-Air c’était au début des années 80 !  C’est la règle : c’est ça l’enfermement. Et moi je dénonce. Et je l’ai dénoncé, mais je ne suis pas sur… que c’est une forme de militantisme, mais moi j’ai mis en place des stratégies où les personnes et les structures, et une des stratégies avec Trajets de faire en sorte que cela grandissent et qu’ils ne puissent pas récupérer. Car dès le début ils voulaient récupérer et mettre ceci à l’intérieur de l’institution. Je dis non on est dans la communauté et on veut y rester.&lt;br /&gt;
Et quand vous avez mis en place  bureau service, le potager de la Vendée, bureau service, les loisirs les vacances, et autres et que cela touche une centaine de personnes, on y touche moins. Mais la récupération c’est le risque c’est ce qui se passe aujourd’hui. L’enfermement, on y retourne et on y est avec bon nombre d’institutions qu’on a fait grandir ; mais c’est le politique qui a fait grandir. Ma critique aujourd’hui c’est que d’abord : il n’y a plus de militant pas dans le sens pas s’opposer en contre mais de militer pour des valeurs. Oui j’ai milité non pas contre la psychiatrie mais pour l’intégration sociale, professionnelle pour une justice  sociale pour que les gens aient une place dans la communauté une place au travail. Là on a rassemblé tout le personnel pour leur annoncer que les bénéfices qu’on a fait cette année on va le partager. Ils ont droit au partage des bénéfices. Je crois à cela c’est des stratégies. On s’est posé la même question pour T-Intéraction parce qu’on cherche à récupérer….&lt;br /&gt;
Les Epis le nouveau directeur général écrit au directeur de T-Intéraction il propose qu’ils se voient… on est loin des ateliers protégés avec 300 personnes on est à des kilomètres de distance. Il faut qu’on se voie pour mettre en place des partenariats. Mais ce sont les prémisses à une récupération. Là il y a un risque c’est un système… ce n’est jamais terminé… là on s’adresse à de personnes fragilisées, mais c’est la même chose pour les requérants d’asile, ou les Roms et ceux qui cherchent une place fixe dans le canton de Vaud, il faut se battre. &lt;br /&gt;
Le risque aussi c’est le management parce qu’aujourd’hui on est plus dans la rencontre de l’humain, on parle management et on crée des strates qui dirigent. Moi je n’ai rien contre le management : Trajets a été ISO, et la buanderie de Pont d’Arve a été la première entreprise sociale en psychiatrie à être ISO, 2001 : c’est important. J’ai une formation dans le domaine et je crois à la qualité et on a besoin d’avoir des procédures et autres mais il faut limité. Quand j’étais à Trajets c’était une obligation de l’OFAS 2000 il y a fallu créer 3 postes pour savoir où cette tasse a été inventoriée et quel est le prix etc. Vous me direz que cela crée de l’emploi, mais cela fait aussi que vous ne bougez plus au niveau des personnes ! Il y a aussi le risque que comme militant, ma fois les horaires : les gens ils vivent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 comment on peut les suivre ? Est-ce qu’on peut continuer à s’engager ?&lt;br /&gt;
Je n’étais pas parti pour cela. Au départ. D’abord un les études m’agaçais j’aurais fait un apprentissage j’ai besoin de créer. Heureusement mon père m’a appris. Je sais tout faire de mes mains. Je l’ai vu faire. On récupérait tout. Mon premier vélo, il n’y avait pas d’argent pour l’acheté, on récupérait tout ce qu’il y avait au bord de la rue  je l’ai reçu à mon anniversaire il avait toute sorte de couleurs : c’était magnifique. J’aurais voulu partir comme menuisier. J’adorais les voitures, à dix ans j’avais toujours le nez dans les moteurs. Puis j’ai rencontré Klaus Engler, qui avait fait sa formation chez Pahud à Lausanne.  Je l’ai rencontré par le biais du scoutisme. Et lui a vu toute sorte de choses chez moi que je fais aujourd’hui. Mais lui avait vu moi pas Mais je ne regrette rien du tout. Dans le scoutisme j’enseignais lesn travaux manuels et puis les jeux avec les gamins. Et lui ma dit il faut que tu fasses l’école Pahud. Et j’ai dit eh bien oui. Il m’a dit il faut que tu aies à Serix et il a pris contatc et les choses se sont faites comme cela. Moi j’aurais fait des choses manuelles et j’aurais fait des chose sartisites. Et j’ai suiv des cours de sculpture et peinture. J’avais un ami artiste peintre et j’étais chez lui. J’ai suivais des cours 4 heures chaque semaine.  J’ai payé mes cours chez Pahud en vendant mes tableaux ; je faisais de l’huile donc. Et cela va dans le même état d’esprit : la créativité, j’ai x idées par minutes. C’est fatigant des fois. Klaus Engler a été mon coach comme on dit aujourd’hui. Il a été le premier éducateur de rue à la PDJ et il avait créé ces services pour être dans la communauté avec les gens ; c’est lui qui a créer les conseillers sociaux avec Valy Degoumois qui était directrice de la Protection de la jeunesse, une femme extraordinaire, et c’est son mari qui était le premier président de Trajets en 1979. Un homme extraordinaire : c’était un juge. Ces rencontres là a fait que j’ai choisi ce métier là. Mais j’ai découvert que j’ai fait pour moi en fonction d’où je viens. Je suis resté timide et j’étais réservé mais avant j’étais très très timide. J’ai trouvé cela avec mon ami André Blanchet qui est à Boston. J’ai eu travaillé avec lui. C’était un militant, qui s’est battu contre les hôpitaux psychiatriques. Il a du quitter le Québec, il  eu des procès, il a été condamné… et je l’avais fait venir à Genève pour un cours sur l’intégration communautaire. J’avais ouvert cela à une quinzaine de personnes, mais cela n’a jamais été renouvelé ; parce que les instituts sont fait comme cela c’est des questions de mode ! Je me souviens et un jour j’ai pris consciences de tout cela. En fait les valeurs premières je les ai mises au service d’autrui, mais c’est seulement en 91. Tout le chemin parcouru. On fait les choses d’abord pour soi après on les mets au service d’autrui &lt;br /&gt;
Il a fallu que je fasse mes expériences C’est pour cela que je parle de résilience. Le moteur énorme ce n’est pas le militantisme c’est le plaisir. Tous les soirs je fais le point sur ce que j’ai fait et ce que je peux améliorer. Et tous les soirs je sais ce que je vais faire le lendemain. Puis je prends de la distance et je regarde la nature et je me nourris. C’est du bonheur. J’ai envie comme militant de poursuivre ces choses là.&lt;br /&gt;
Un métier aujourd’hui si je devais changer je pense que je fais travailler encore dix ans pour améliorer et aller vers l’excellence par rapport à ce qu’on fait. Je reste très critique : il faut garder cette approche réflexive tout le temps. L’autre chose qui m’attire c’est tout le côté artistique : peinture sculpture. J’ai un atelier c’est un monde de trésor parce que je ne suis pas capable de voir quelque chose qui traine, je m’arrête, je  le mets dans ma voiture et  j’en fais quelque chose, Il y a un tel gaspillage et j’ai toute sorte d’idée de cet ordre là. Je l’ai fait avec des gens qui ont des graves difficultés et mis en place avec Jacqueline Backmann un atelier avec des gens qui ont des difficultés psychologiques et psychiatriques. Aujourd’hui elles font quelque chose de leur vie mais ce n’est pas reconnu, parce qu’il faut travailler. Mais c’est pas le travail qui est important c’est le choix de l’activité que vous voulez faire et quand vous vous levez le matin vous avez le bonheur devant vous. C’est la règle pour toutes les personnes. Si vous vous levez le matin et faites la gueule il faut changer de métier, car il y a toutes sortes d’activités pour gagner sa croûte. On va se mettre ensemble pour regarder ce qui est possible. Avoir un boulot alimentaire et pouvoir se réaliser. Moi je ferais des choses comme cela mais aujourd’hui je me lève à 5 heures du matin pas parce que j’ai des obligations, mais pour le plaisir mais j’ai besoin de la rencontre tous les matins.&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2012-10-28T15:26:50Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Dr. David Cooper (précurseur de l&#039;antipsychiatrie (1962)) avec Ronald Laing&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr. Jacques Bergier (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Valy Degoumois&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dr. René Tissot ( directeur médical de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André Chavanne (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pr. Garone succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline Lalive&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Claude Droz administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Pache (psychologue)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franco Basaglia, psychiatre italien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giovanni Jervis, collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maxwell Jones, psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Raymond Uldry (  directeur de l&#039;école du mail / ...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis Vaney(professeur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Gisela Chatelanat(professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Louise Thorel (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
W. Wolfenberger (VRS: valorisation des rôles sociaux)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (neuropsychiatre et psychanalyste, représentant d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste --&amp;gt; psychiatrie de secteur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2012-10-28T15:25:55Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Dr. David Cooper (précurseur de l&#039;antipsychiatrie (1962)) avec Ronald Laing&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr. Jacques Bergier (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Valy Degoumois&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dr. René Tissot ( directeur de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André Chavanne (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pr. Garone succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline Lalive&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Claude Droz administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Pache (psychologue)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franco Basaglia, psychiatre italien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giovanni Jervis, collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Professeur Tissot, directeur médical de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maxwell Jones, psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Raymond Uldry (  directeur de l&#039;école du mail / ...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis Vaney(professeur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Gisela Chatelanat(professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Louise Thorel (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
W. Wolfenberger (VRS: valorisation des rôles sociaux)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (neuropsychiatre et psychanalyste, représentant d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste --&amp;gt; psychiatrie de secteur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2012-10-28T15:25:00Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;&lt;br /&gt;
Dr. David Cooper (précurseur de l&#039;antipsychiatrie (1962)) avec Ronald Laing&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr. Jacques Bergier (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Valy Degoumois&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Urban Alain&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 &lt;br /&gt;
Dr. René Tissot ( directeur de la clinique bel air / successeur d&#039;Ajuriaguerra / beaucoup de controverses à son sujet)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André Chavanne (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pr. Garone succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Tosquelles François&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline Lalive&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Claude Droz administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Pache (psychologue)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franco Basaglia, psychiatre italien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Darbellay&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Giovanni Jervis, collaborateur de Basaglia à l&#039;hôpital de Gorizia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Professeur Tissot, directeur médical de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maxwell Jones, psychiatre et père de la communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Raymond Uldry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Louis Vaney(professeur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Gisela Chatelanat(professeure à la Faculté de Psychologie et des sciences de l’éducation)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Marie-Louise Thorel (éducatrice spécialisée) &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
W. Wolfenberger (VRS: valorisation des rôles sociaux)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra (neuropsychiatre et psychanalyste, représentant d&#039;une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste --&amp;gt; psychiatrie de secteur)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Chronologie</title>
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		<updated>2012-10-06T12:51:41Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l&#039;Ecole d&#039;éducateurs spécialisés dite Ecole Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrète d&#039;Intergration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 naissance du premier lieu d&#039;accueil et de rencontre pour personnes psychiatrisées, ouvert sur le quartier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatrique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
???? Ouverture de la Yourte aux fondue&lt;br /&gt;
???? Ouverture du Café Cult&lt;br /&gt;
???? Ouverture de &amp;quot; Aux Glaces Inuits&amp;quot; &lt;br /&gt;
???? Ouverture du Gîte, &amp;quot;La pierre Bleue&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Index_de_personnes&amp;diff=9395</id>
		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2012-10-06T11:22:11Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Dr. Jacques Bergier (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Valy Degoumois &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André Chavanne (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pr. Garone succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline Lalive&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Claude Droz administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Pache (psychologue)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franco Basaglia, psychiatre italien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Professeur Tissot, directeur médical de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
W. Wolfenberger (VRS: valorisation des rôles sociaux)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Diatkine&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Blanchet&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Index de personnes</title>
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		<updated>2012-10-06T11:16:38Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;Dr. Jacques Bergier (psychiatre du Service médico pédagogique vaudois)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Valy Degoumois &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André Chavanne (chef du DIP)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pr. Garone succède à Ajuriaguerra&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eisenring&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacqueline Lalive&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Burgmeister&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jean-Claude Droz administrateur&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bernard Pache (psychologue)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Rotelli&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Franco Basaglia, psychiatre italien&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Professeur Tissot, directeur médical de Bel-Air&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jacques Pelletier&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
W. Wolfenberger (VRS: valorisation des rôles sociaux)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dr Ajuriaguerra&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
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		<title>Chronologie</title>
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		<updated>2012-10-06T11:14:47Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l&#039;Ecole d&#039;éducateurs spécialisés dite Ecole Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrête d&#039;Intergration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatrique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
	<entry>
		<id>https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9392</id>
		<title>Chronologie</title>
		<link rel="alternate" type="text/html" href="https://edutechwiki.unige.ch/demediawiki/index.php?title=Chronologie&amp;diff=9392"/>
		<updated>2012-10-06T11:13:31Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;Daphne : &lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;div&gt;1880 Ouverture de l&#039;hôpital psychiatrique de San Clemente&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Naissance d&#039;Alain Dupont à Genève (quartier de Plainpalais)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1946 Première utilisation du terme de communauté thérapeutique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1954 Ouverture de l&#039;Ecole d&#039;éducateurs spécialisés dite Ecole Pahud à Lausanne (internat)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1964 Communication au Congrès international de Londres de psychiatrie sociale &amp;quot;La destruction de l&#039;hôpital psychiatrique comme lieu d&#039;institutionnalisation&amp;quot; par Franco Basaglia&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1966 stage d&#039;Alain Dupont à Serix-sur-Oron&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1968 mobilisation en France relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1969 grandes grèves en Italie relative à la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Premier conseiller social au cycle d&#039;orientation&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 création des services caritas jeunesse (camps de vacances, colonies) et secteur handicapé&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Formateur à l&#039;Institut d&#039;études sociales (section éducation spéciale) jusqu&#039;en 1985 (Cefoc)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Formation universitaire à la FAPSE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Enseignant à en Pédagogie curative à Fribourg, en Belgique avec Magerotte, à l&#039;Université d&#039;Ottawa (+audits divers), à Trieste avec Basaglia et Franco Rotelli)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1970 Ouvre une consultation (évaluation, intervention communautaire, etc.)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 service de sociothérapie à Bel-Air (Dr.Eisenring)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1972 tentative d&#039;ouvrir à Grange-Canal des appartements sans succès&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
création du club au Centre de loisirs de marignac au grand Lancy&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1974-1975 Création Le Quatre (avec des bénévoles)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1976 En collaboration avec Garonne. Expérience concrête d&#039;Intergration à Bel air avec personnes en psychiatrie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1977 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1978 loi 180 sur la fermeture des hôpitaux psychiatrique&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;Association Trajet (19 juin) et création du Potager de la Vendée&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 ( ????) &amp;quot;AD-Consultants&amp;quot; , société d&#039;évaluation , d&#039;offre d&#039;expertise concernant l&#039;intégration sociale dans divers domaines ( éducation, santé...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1979 Création de l&#039;ADUPSY, association de défense des usagers de la psychiatrie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1997 Publication de &amp;quot;Le projet de réalisation personnelle&amp;quot; ( Dupont, Pelletier, Nicoletti)  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2002 Création de T-Interaction (T= tolérance et T en référence à l&#039;association Trajets) une entreprise sociale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2004 Reçoit le prix &amp;quot;Robert Scheimbert&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2007 Opération colonne vertébrale&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis 2008 10 lieux social ont été ouvert&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2011 Publication de l&#039; API, analyse des pratiques institutionnelle. ( Dupont &amp;amp; Pelletier,2011)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
2012 Ouverture du restaurant Le Pyramus (Augustin Pyramus de Candolle)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1 octobre 2012 article tribune de Genève Les fous de l&#039;île de Leros les oubliés de la crise&lt;/div&gt;</summary>
		<author><name>Daphne</name></author>
	</entry>
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